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mercredi 9 mai 2012

La Cité des dames

La Cité des dames est un récit allégorique de Christine de Pisan paru à Paris en 1405.
Christine de Pisan souhaitait donner sa version du De mulieribus claris (Des Femmes Illustres) de Boccace tout en poursuivant le débat qu'elle avait contribué à susciter autour d'œuvres misogynes et cyniques comme la seconde partie du Roman de la Rose ou Les Lamentations de Matheolus de Jehan Le Fevre. Et comme elle l'indique, elle fut motivée pour écrire ce livre après la lecture de l'œuvre antiféministe Lamentationes Matheoli de Mathieu de Boulogne-sur-Mer.
Christine de Pisan décrit une société allégorique, où la dame est une femme dont la noblesse est celle de l'esprit plutôt que de la naissance. L'ouvrage cite une série de figures féminines du passé que Christine de Pizan donne comme exemple de la façon dont les femmes peuvent mener une existence pleine de noblesse tout en apportant leur contribution à la société.
Ce livre contient également des dialogues didactiques entre trois figures allégoriques, la déesse de la Raison, de la Droiture et de la Justice. Cette dernière demande à Christine de Pizan de construire une cité métaphorique où pourront résider les Dames.

Christine de Pizan presents her book to Queen Isabeau of Bavaria.Illustrator: Master of the Bedford trend Detail of scan from James Laver, The Concise History of Costume, 1979. Crop from Christine_de_Pisan_and_Queen_Isabeau.jpg Domaine publique

Construction de la ville
Les fondations et les murs
La raison est représentée avec le miroir de la connaissance à la main. C'est donc avec l'aide de la raison, ciment solide et apte à résister au temps, que Christine de Pisan peut entreprendre la construction de cette cité aux fondations profondes et aux murailles élevées.

Cette cité moderne sera édifié à l'aide de blocs de pierre qui représentent des femmes illustres de l'Antiquité : Sémiramis, Amazone, Frédégoride, Clélie, Bérénice, Zénobie et Artémis.


Les bâtiments

Ensuite, Christine de Pisan édifiera les bâtiments qui symbolisent les vertus avec l'aide de la Droiture. Celle-ci tient en main une règle qui mesure le juste et l'injuste, le bien et le mal; cette règle sert à montrer la voie droite aux bons et à frapper les méchants .

Les finitions et le peuplement de la cité

La Justice tient une coupe à la main où elle verse à chacun selon ses mérites. Cette troisième allégorie, à son tour, va aider la narratrice en mettant la dernière main aux bâtiments qu'elle recouvrira d'or fin. Ensuite elle sélectionnera les femmes dignes de venir dans la cité, formant une communauté vertueuse2. La cité peuplée, elle ouvre ses portes à la reine, la Vierge Marie, accompagnée des saintes et des martyres. La narratrice se voir remettre les clefs.

Christine de Pisan demande si les femmes doivent recevoir la même éducation que les hommes et pourquoi cette idée déplaît aux hommes. Elle évoque également des questions comme celle de l'illégalité du viol, l'affinité des femmes pour l'étude et leur capacité à gouverner.

Christine de Pisan: Le livre des trois vertus. Paris: Antoine Vérard, 8.VIII.1497. 2°, Exemplar der ÖNB Wien vers 1497 http://data.onb.ac.at/dtl/2788460 Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Interprétations critiques
Le livre de Christine de Pisan est considéré par certains auteurs contemporains comme un des premiers ouvrages féministes de la littérature1, en ce sens qu'il ne reprend pas les tropes usés du débat rhétorique utilisés par les auteurs masculins pour attaquer ou défendre la femme, mais se place délibérément dans une perspective nouvelle, la narratrice prenant conscience de ce que sa vision d'elle-même est en fait déterminée par les clichés qui circulent sur les femmes et leur infériorité "naturelle".

L'allégorie de la cité renvoie aussi aux arts de la mémoire ou théâtres de la mémoire hérités de l'antiquité. Dans une époque où le livre est rare et cher, la mémoire entraînée est la bibliothèque de son possesseur1. Christine de Pisan fait appel à une série de loci faciles à mémoriser, placés selon un plan logique qui suit celui de l'édification de la cité.

Premièrement l'exposition des thèse antiféministes des Boccace et autres Jean de Meung, ordes pierres broconneuses et noires (643) qu'il faut déblayer pour creuser les fondations de la ville. Chaque pierre ôtée par la narratrice correspond à une opinion erronée d'un auteur masculin, sans épargner les plus grands, Aristote, Virgile, Ovide ou Cicéron.
Deuxièmement la réfutation par l'exemple en édifiant un nouveau paradigme à l'aide de belles reluysans pierres (787) :

D'abord les pierres qui formeront le soubassement de la cité, la première étant Sémiramis, célèbre bâtisseuse de l'antiquité. Comme celle des autres exempla, sa figure est décrite de façon saisissante, sous forme d'une statue d'airain, l'épée à la main, les cheveux tressés d'un côté mais non de l'autre car la reine a interrompu sa toilette pour aller soumettre une rébellion dans ses royaumes. Les autres pierres qui forment l'assise de la cité correspondent toutes à des femmes fortes, comme il convient à ce rôle d'étayage. Ce détournement de la plus virile des vertus, la Force, non sous forme d'allégorie mais d'exemples, répond aux critiques sur l'infériorité physique et morale des femmes.

Lorsqu'on s'élève dans la construction de l'édifice, on passe à des vertus plus cérébrales, comme la prudence, de nouveau à travers des exemples qui forment les murs de la cité. Les premiers bâtiments sont édifiés dans la même perspective, y ajoutant des exemples de bon gouvernement (Didon) et de piété filiale avec Pero, souvent prise comme exemple de la Charité.
Les femmes choisies pour peupler la cité illustrent des vertus conjugales : ce sont des épouses exemplaires, héroïques dans la défense de leur époux, chastes et constantes.
La dernière étape de la construction est l'arrivée de la reine, la Vierge Marie, chief du sexe femenin (977), fontaine mystique à laquelle les femmes pourront venir boire toutes les vertus. La Vierge sera entourée des Vierges et des martyrs, illustrant la plus importante des vertus théologales, la foi.

Picture from The Book of the City of Ladies Beginning of 15th century Pergament 12 × 18 cm Bibliothèque Nationale Paris Domaine publique

Sources
La littérature allégorique chrétienne commence avec la Psychomachie de l'auteur latin Prudence; composée au IVe siècle, elle était encore très populaire au Moyen Âge. Ce poème épique raconte le triomphe des vertus contre les vices dont l'étape ultime est la construction du temple de l’âme chrétienne. Ce texte fondateur fournit aux poètes des générations suivantes les prototypes des allégories chrétiennes qui vont se généraliser avec leurs attributs respectifs dans la littérature, le spectacle et les arts plastiques, ainsi que deux schèmes narratifs, celui du combat et celui de la construction d'un édifice allégorique.

À la fin du XIIe et du XIIIe siècle, les figures allégoriques des vices et des vertus sont présentes dans tous les arts, sacrés et profanes. Vincent de Beauvais avait déjà mis en scène la figure de dame Raison avec son miroir. Le mot miroir, en latin speculum, est employé dans un grand nombre de titres d'ouvrages didactiques médiévaux, tant religieux que scientifiques, avec le sens de « traité » ou d’« encyclopédie ». Les plus célèbres sont le Speculum majus de Vincent de Beauvais, qui date du milieu du XIIIe siècle, le Speculum iuris de Guillaume Durand (c. 1271) ou le Speculum humanae salvationis (Miroir du salut humain) du début du XIVe siècle. Le miroir de dame Raison indique donc à la fois le caractère encyclopédique de l'œuvre entreprise par la narratrice tout en réclamant pour les femmes une éducation semblable à celle des hommes.


Pygmalion au temple de Vénus Christine de Pisan (v1363-v1430), Epître d’Othéa entre 1450 et 1475 6,5 x 9 cm Koninklijke Bibliotheek, KB, 74 G 27, fol. 25 r°La Haye Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

À côté des figures allégoriques, Christine de Pisan cite toute une galerie de personnages féminins historiques ou légendaires. La tradition des catalogues d’hommes illustres remonte à l'antiquité, avec des œuvres qui ont eu une influence majeure comme les Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque ou les différents De viris illustribus latins. Plutarque avait également abordé la question des vertus féminines dans ses Moralia, illustrant son propos d'une série d’exempla. La forme du catalogue avait été reprise par Pétrarque, dans un nouveau De viris illustribus, dont le livre II notamment fournit l'inspiration du de claris mulieribus de Boccace. Les exemples choisis par Christine de Pisan lui ont été fournis par Boccace, auquel elle se réfère plusieurs fois. La vogue de ce genre de catalogue était alors très grande en Europe, et l'année même où Christine de Pisan compose La Cité des dames, Laurent de Premierfait donne une traduction française de l'ouvrage de Boccace qui sera très populaire en Europe. Dans la tradition évhémériste, Christine de Pisan cite plusieurs personnages de la mythologie auxquels elle attribue une existence réelle, par exemple Arachné.
Arachné ou Arachne (en grec ancien Ἀράχνη / Arákhnê), dans la mythologie gréco-romaine, est une jeune fille originaire de Lydie qui excellait dans l'art du tissage.

Intriguée, Athéna se déguisa en vieille femme pour rendre visite à la jeune tisseuse et observer son travail. Arachné prétendit devant la déesse qu'elle était la meilleure tisseuse du monde, meilleure qu'Athéna elle-même. La déesse entra alors dans une grande colère en constatant qu'une simple mortelle pouvait prétendre être aussi adroite qu'elle. Elle révéla à Arachné sa véritable identité et organisa un concours avec la jeune femme. Athéna illustra sur sa toile les divers dieux de l'Olympe tandis qu'Arachné préféra tisser Zeus avec ses nombreuses amantes. Ce fut finalement la fille de Lydie qui gagna. Furieuse, Athéna déchira l'ouvrage d'Arachné. Humiliée, Arachné alla se pendre. La déesse, prise de remords, décida d'offrir une seconde vie à Arachné : elle la changea en araignée suspendue à son fil, pour qu'elle puisse à nouveau tisser sa toile.


Livre de la cité des dames » . BN Paris fr. 1177, Bl. 3v - Autorinnenbild mit Damen und Büchergestell Bibliothèque nationale de France Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Postérité
Les ouvrages manuscrits de Christine de Pisan étaient illustrés de portraits de l'auteure, qui disparaîtront plus tard des éditions imprimées. C'est peut-être la raison pour laquelle le nom de Christine de Pisan disparaît et que la Cité des dames est attribuée à un auteur masculin, tant d'érudition sans doute paraissant difficile à verser au crédit d'une femme. Cependant la chercheuse Susan Groag Bell a montré qu'il y avait eu une certaine diffusion de tapisseries basées sur l'ouvrage allégorique de Christine de Pisan dans le milieu des cours européennes.

Bibliographie
Le Livre de la Cité des Dames, Texte traduit et présenté par Thérèse Moreau et Éric Hicks, 2005, Stock, collection Moyen Âge, (ISBN 2) 234 01989 3


Wikipédia

samedi 25 février 2012

Maître de Bedford

Le Maître de Bedford, ou Maître du duc de Bedford, est un enlumineur qui fut actif à Paris dans la première moitié du XVe siècle.

L'artiste anonyme français doit son nom au commanditaire de deux de ses chefs d'œuvre, le duc de Bedford Jean de Lancastre, pour qui il exécuta entre 1423 et 1435 le Bréviaire de Salisbury (Bibliothèque nationale de France, Paris) et un livre d'heures, les Heures du duc de Bedford (British Library, Londres, ms add. 18 850).

Clovis recevant la fleur de lys. Bedford Book of Hours, 1423.http://admissions.uwa.edu.au/__data/page/74416/Fleurdelys.gif Domaine publique

À sa première phase d'activité, vers 1405-15, se rattachent des œuvres probablement réalisées en collaboration avec le Maître de Boucicaut ou le Maître de Rohan : un Bréviaire (Bibliothèque municipale, Châteauroux, France) ; le Livre des Merveilles et le Livre du roi Modus (tous deux à la Bibbliothèque nationale de France, Paris).

La tour de Babel, Heures du duc de Bedford 41 x 28 cm, British Library, London 1423 Domaine publique

Après les travaux pour le duc de Bedford et l'installation à Paris d'un atelier florissant, qui joua un rôle décisif dans le second quart du XVe siècle, en particulier dans la formation des peintres franco-flamands de la génération de Jean Fouquet et de Robert Campin, on attribue encore au Maître de Bedford les Heures Sobieski (Château de Windsor) ; un Livre d'Heures (vers 1423, Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne) ; une Bible en français (Bibliothèque nationale de France, Paris) ; enfin les Heures d'Isabelle de Bretagne (Fondation Calouste-Gulbenkian, Lisbonne).

Toppling of the Pagan Idols (Flight into Egypt); Isaiah 19:1, Pseudo-Matthew 22-23 Date 1423 http://www.osjoseph.org/stjoseph/art/detail.php?id=410 Bedford Master Domaine publique

Wikipédia

dimanche 12 février 2012

La Cité des Dames Christine de Pisan

Christine de Pizan écrivant dans sa chambre (1407) Domaine publique

(...)
XIX. Ici finit le livre de la Cité des Dames. christine s’adresse aux femmes.

Remercions le Seigneur, mes très vénérées dames ! Car voici notre Cité bâtie et parachevée. Vous toutes qui aimez la vertu, la gloire et la renommée y serez accueillies dans les plus grands honneurs, car elle a été fondée et construite pour toutes les femmes honorables – celles de jadis, celles d’aujourd’hui et celles de demain. Mes très chères sœurs, il est naturel que le cœur humain se réjouisse lorsqu’il a triomphé de quelque agression et qu’il voit ses ennemis confondus. Vous avez cause désormais, chères amies, de vous réjouir honnêtement sans offenser Dieu ni les bienséances, en contemplant la perfection de cette nouvelle Cité qui, si vous en prenez soin, sera pour vous toutes (c’est-à-dire les femmes de bien) non seulement un refuge, mais un rempart pour vous défendre des attaques de vos ennemis. Vous pouvez voir que c’est toute de vertus qu’elle a été construite, matériaux en vérité si brillants que vous pouvez toutes vous y mirer, en particulier dans les hautes toitures de l’édifice (c’est-à-dire en cette dernière partie), mais il ne faudrait pas pour autant dédaigner ce qui vous concerne dans les autres parties. Mes chères amies, ne faites pas mauvais usage de ce nouveau matrimoine, comme le font ces arrogants qui s’enflent d’orgueil en voyant multiplier leurs richesses et croître leur prospérité. Suivez plutôt l’exemple de votre Reine, la Vierge Souveraine, qui lorsqu’elle apprit le suprême honneur qu’elle aurait de devenir la Mère du fils de Dieu, s’humilia d’autant plus en se réclamant la chambrière du Seigneur. Puisqu’il est vrai, chères amies, que plus une personne abonde en vertus, plus elle est humble et douce, puisse cette Cité vous inciter à vivre honorablement dans la vertu et la modestie.

Et vous, chères amies qui êtes mariées, ne vous indignez pas d’être ainsi soumises à vos maris, car ce n’est pas toujours dans l’intérêt des gens que d’être libres. C’est ce qui ressort en effet de ce que l’ange d Dieu disait à Esdras : que ceux qui s’en étaient remis à leur libre arbitre tombèrent dans le péché, se soulevèrent contre Notre-Seigneur et piétinèrent les justes, ce qui les entraîna dans la destruction. Que celle qui a un mari doux, bon et raisonnable, et qui l’aime d’un véritable amour, remercie le Seigneur, car ce n’est pas là une mince faveur, mais le plus grand bien qu’elle puisse recevoir sur cette terre ; qu’elle mette tous ses soins à le servir, le chérir et l’aimer d’un cœur fidèle – comme il est de son devoir –, vivant dans la tranquillité et priant Dieu qu’il continue à protéger leur union et à leur garder la vie sauve. Quand à celle dont le mari n’est ni bon ni méchant, elle doit elle aussi remercier le Seigneur de ne pas lui en avoir donné un pire elle doit faire tous ses efforts pour modérer ses excès et pour vivre paisiblement selon leur rang. Et celle dont le mari est pervers, félon et méchant doit faire tout son possible pour le supporter, afin de l’arracher à sa perversité et le ramener, si elle le peut, sur le chemin de la raison et de la bonté ; et si, malgré tous ses efforts, le mari s’obstine dans le mal, son âme sera récompensée de cette courageuse patience, et tous les béniront et prendront sa défense.

Ainsi, mes chères amies, soyez humbles et patientes, et la grâce de Dieu s’étendra sur vous ; on vous en louera, et le royaume des cieux vous sera ouvert. Car saint Grégoire affirme que la patience est la porte du Paradis et la voie qui mène à Jésus-Christ. Qu’aucune de vous ne persévère opiniâtrement dans des opinions frivoles et sans fondement – dans la jalousie, dans l’entêtement, dans un langage méprisant ou dans des actions scandaleuses –, car ce sont là des choses qui troublent l’esprit et font perdre la raison, et des façons particulièrement disgracieuses et malsaines chez une femme.

Et vous, jeunes filles qui êtes vierges, soyez pures, sages et discrètes. Restez sur vos gardes ; les méchants ont déjà tendu leurs filets. Que vos yeux soient baissés, vos bouches avares de paroles ; que la pudeur inspire tous vos actes. Armez-vous de vertu et de courage contre toutes les ruses des séducteurs et fuyez leur compagnie.

Et vous, les veuves, que vos habits, votre maintien et vos paroles soient honnêtes. Soyez pieuses dans vos actes comme dans vos mœurs. Modérez vos besoins, armez-vous de patience, vous en aurez bien besoin ! Soyez fortes et résolues face aux tribulations et aux difficultés matérielles. Restez humbles de caractère, d’aspect et de paroles, et charitables dans vos actes.

Enfin, vous toutes, mesdames, femmes de grande, de moyenne ou d’humble condition, avant toute chose restez sur vos gardes et soyez vigilantes pour vous défendre contre les ennemis de votre honneur et de votre vertu. Voyez, chères amies, comme de toutes parts ces hommes vous accusent des pires défauts ! Démasquez leur imposture par l’éclat de votre vertu ; en faisant le bien, convainquez de mensonge tout ceux qui vous calomnient. Ainsi pourriez-vous dire avec le Psalmiste : " L’iniquité du méchant retombera sur sa tête. ". Repoussez ces hypocrites enjôleurs qui cherchent à vous prendre par leurs beaux discours et par toutes les ruses imaginables votre bien le plus précieux, c’est-à-dire votre honneur et l’excellence de votre réputation ! Oh ! fuyez, mesdames, fuyez cette folle passion qu’ils exaltent auprès de vous ! Fuyez-la ! Pour l’amour de Dieu, fuyez ! Rien de bon ne peut vous en arriver ; soyez certaines, au contraire, que même si le jeu en paraît plaisant, cela se terminera toujours à votre préjudice. Ne vous laissez jamais persuader du contraire, car c’est la stricte vérité. Souvenez-vous, chères amies, comment ces hommes vous accusent de fragilité, de légèreté et d’inconstance, ce qui ne les empêche point de déployer les ruses les plus sophistiquées et de s’évertuer par mille manières à vous séduire et à vous prendre, comme autant de bêtes dans leurs filets ! Fuyez, mesdames, fuyez ! Evitez ces liaisons, car sous la gaieté se cachent les poisons les plus amers, ce qui entraînent la mort. Daignez, mes très vénérées dames, accroître et multiplier les habitantes de notre Cité en recherchant la vertu et en fuyant le vice, et réjouissez-vous dans le bien. Quant à moi, votre servante, ne m’oubliez pas dans vos prières, afin que Dieu m’accorde la grâce de vivre et de persévérer ici-bas en son saint service, et qu’à ma mort il me pardonne mes grandes fautes et m’accueille dans la joie éternelle. Qu’il étende sur vous toutes cette même grâce. Amen.

Ici finit la troisième et dernière partie du Livre de la Cité des Dames.

http://expositions.bnf.fr

vendredi 2 décembre 2011

Maître de Boucicaut

Le Maître de Boucicaut ou Maître du maréchal Boucicaut est un enlumineur français ou flamand actif dans le premier quart du XVe siècle, en particulier entre 1405 et 1420.
Il doit son nom aux Heures du maréchal Boucicaut, livre d'heures commandité par le maréchal Boucicaut et réalisé entre 1410 et 1415.

Heures du maréchal Boucicaut L'annonce aux bergers

Certains l'identifient à Jacques Coene (actif entre 1398 et 1404), directeur du chantier du Duomo de Milan dans la première décennie du Quattrocento.

Son rôle fut important pour la peinture du XVe siècle : ses œuvres font partie des antécédents les plus directs de la nouvelle approche spatiale et de la lumière chez Jean Fouquet et les Flamands à partir de Jan van Eyck.

Heures du maréchal Boucicaut La fuite en Égypte

Grâce à la découverte de nouveaux liants, il put disposer de couleurs plus brillantes, capables de créer de la transparence (comme pour les ciels, où il fut le premier à faire des dégradés jusqu'aux plus clairs en rejoignant l'horizon) et de rendre les détails avec une plus grande précision.

Le Maître de Boucicaut est souvent comparé au Maître de Bedford et au Maître de Rohan ; on lui a longtemps attribué des œuvres récemment regroupées sous le nom du Maître de la Mazarine.

Heures du maréchal Boucicaut La Pentecôte

Bibliographie
Gabriele Bartz, Der Boucicaut-Meister. Ein unbekanntes Stundenbuch. Rotthalmünster, 1999.
Pierluigi De Vecchi ed Elda Cerchiari, I tempi dell'arte, volume 2, Bompiani, Milan, 1999.


Wikipédia et Art de l'enluminure N°6