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vendredi 30 novembre 2012

Saint André, apôtre

L'Apôtre André An icon of St. Andrew the Apostle by the Bulgarian iconographer Yoan from Gabrovo. 19th century. Exhibited at Hadzhi Nikoli Inn museum, Veliko Tarnovo, Bulgaria. Attribution: © Plamen Agov • studiolemontree.com

André veut dire beau, ou caution, ou viril, d'ander, homme; ou bien encore anthrôpos, homme, d'ana, au-dessus, et tropos tourné, ce qui est la même chose que converti, comme s'il eût été converti aux choses du ciel et élevé vers son créateur. Aussi, est-il beau dans sa vie, caution d'une doctrine pleine de sagesse, homme fort dans son supplice, et élevé en gloire. Son martyre fut écrit par les prêtres et les diacres d'Achaïe ou d'Asie qui en ont été les témoins oculaires.


'Heiliger Andreas als Apostel mit Andreaskreuz' Meister von Meßkirch (1500–1543) vers 1535/40 huile sur toile Staatsgalerie (Stuttgart) Allemagne Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

André et quelques autres disciples furent appelés à trois reprises différentes par le Seigneur. La première fois qu'il les appela à le connaître, ce fut un jour qu'André avec un autre disciple ouït dire par Jean, son maître : « Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. »
Et tout aussitôt, avec cet autre disciple, il vint et vit où demeurait Jésus, et ils passèrent ce jour auprès de lui. Et André ayant rencontré Simon, son frère, il l’amena à Jésus. Le lendemain ils retournèrent à leur métier de pêcheurs. Plus tard il les appela pour la seconde fois à vivre avec lui. Ce fut le jour où la foule se pressait sur les pas de Jésus auprès du lac de Génésareth aussi appelé mer de Galilée ; le Sauveur entra dans la barque de Simon et d'André, et après une pêche extraordinaire, il appela Jacques et Jean qui étaient dans une autre barque. Ils le suivirent et revinrent ensuite chez eux. Jésus les appela la troisième et dernière fois pour être ses disciples, lorsque se promenant sur le bord de cette même mer où ils se livraient à la pêche : « Venez, leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. »
Ils quittèrent tout à l’instant pour le suivre toujours et ne plus retourner en leur maison. Toutefois il appela André et d'autres de ses disciples à l’apostolat, selon que le rapporte saint Marc (III): « Il appela à lui ceux qu'il voulut lui-même et ils vinrent à lui au nombre de douze. »

 The Crucifixion of St. Andrew Master of the Murano Gradual 1440-50 Tempera and gold leaf on parchment (29.3 x 24.6 cm) Saint Louis, Missouri, United States Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Après l’ascension du Seigneur, et la séparation des Apôtres, André prêcha en Scythie et Mathieu en Myrmidonie . Les habitants de ce dernier pays refusèrent d'écouter Mathieu, lui arrachèrent les yeux, le mirent dans les fers avec l’intention de le tuer quelques jours après. Sur ces entrefaites, l’ange du Seigneur apparut à saint André et lui ordonna d'aller en Myrmidoaie trouver saint Mathieu. Sur sa réponse qu'il n'en connaissait pas la route, il lui fut ordonné d'aller au bord de la mer et de monter sur le premier navire qu'il trouverait. Il exécuta tout de suite les ordres qu'il recevait, et sous la conduite d'un ange, il vint, à l’aide d'un vent favorable, à la ville qui lui avait été désignée, trouva ouverte la prison de saint Mathieu et se mit à pleurer beaucoup et à prier en le voyant. Alors le Seigneur rendit à Mathieu le bon usage de ses deux yeux dont l’avait privé la malice des pécheurs. Mathieu s'en alla ensuite et vint à Antioche. André resta dans la ville dont les habitants, irrités de l’évasion de Mathieu, saisirent André et le traînèrent sur les places après lui avoir lié les mains. Et comme son sang coulait, il pria pour eux, et par sa prière les convertit à J.-C., de là il partit pour l’Achaïe *.
Ce qu'on rapporte ici de la délivrance de Mathieu et de la guérison de ses deux yeux, je ne le crois pas digne de foi; car ce serait peu d'honneur porter à un si grand évangéliste de croire qu'il n'a pu obtenir pour soi-même ce que André obtint si facilement.
Un jeune noble s'étant attaché à l’apôtre malgré ses parents, ceux-ci mirent le feu à une maison où leur fils demeurait avec André. Comme la flamme s'élevait déjà fort haut, ce jeune homme prit un vase, en répandit l’eau sur le feu qui s'éteignit aussitôt. « Notre fils, dirent alors ses parents, est déjà un grand magicien. » Et pendant qu'ils voulaient monter au moyen des échelles, Dieu les aveugla au point qu'ils ne les voyaient même pas. Alors quelqu'un s'écria : « A quoi vous sert de vous consumer en vains efforts ? Dieu combat pour eux et vous ne le voyez point ! Cessez donc, de crainte que la colère de Dieu ne descende sur vous. » Or beaucoup de témoins de ce fait crurent au Seigneur; quant aux parents; ils moururent et furent enterrés cinquante jours après.
Une femme mariée à un assassin ne pouvait accoucher : « Allez, dit-elle à sa sœur, invoquer pour moi Diane notre déesse. » Le diable dit à celle qui l’invoquait: « Pourquoi t'adresser à moi qui ne saurais te secourir? Va plutôt trouver l’apôtre André qui pourra aider ta sœur ** » Elle y alla, et mena l’apôtre chez sa sœur en danger de périr. Il lui dit: « Il est juste que tu souffres, car tu es mal mariée ; tu as conçu dans le mal, et tu as consulté les démons. Cependant repens-toi, crois en J.-C. et accouche. » Elle crut, et accoucha d'un avorton; puis sa douleur cessa.
* L'Ethiopie. Nicéphore appelle la ville Myrmenen, lib. I, c. XLI, il ajoute que c'était le pays des anthropophages.
* S. Jérôme; Épître 148 à Marcelle; — Grégoire de Tours De Gloria Martyr., lib. I, c. XXXI; — S. Paulin, Gaudence de Bresce, Pierre Chrysologue, etc.
La lettre des prêtres d'Achaïe, sur le martyre de saint André, est une pièce du 1er au IIe siècle, qui a été démontrée authentique par le protestant Woog. Voyez sur cette épître la préface de Galland Veter Patr. Biblioth., I, prol., p. 38.
* Abdias, Saint André, c. XII.
** Idem, Ibid., c. XXX.

Le martyre de Saint-André Pierre Paul Rubens (1577–1640) 1638 huile sur toile exposée à Madrid (Espagne) à Hospital de San Andrés de los Flamencos Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Un vieillard nommé Nicolas alla trouver l’apôtre et lui dit*: « Seigneur, depuis soixante-dix ans je vis esclave de passions infâmes. J'ai cependant reçu l’évangile, et ai prié pour que Dieu m’accordât la continence. Mais accoutumé à ce péché, et séduit par la concupiscence, je suis retourné à mes désordres habituels. Un jour que brûlant de mauvais, désirs, j'avais oublié que je portais l’évangile sur moi, j'entrai dans une maison de débauche : et la courtisane me dit aussitôt : « Sors, vieillard, sors, car tu es un ange de Dieu. Ne me touche pas et ne t'avise pas d'approcher; car je vois sur toi des prodiges. » Effrayé des paroles de cette femme, je me suis rappelé que j'avais apporté sur moi l’Évangile. Maintenant donc, saint de Dieu, obtenez mon salut par vos saintes prières. » En l’entendant, le bienheureux André se mit à pleurer, et depuis tierce jusqu'à none. il pria. Se levant de sa prière, il ne voulut point manger, mais il dit :
« Je ne mangerai point avant de savoir si le Seigneur aura pitié de ce vieillard. » Après cinq jours de jeûne, une voix se fit entendre à André et dit: « André, tu obtiens ce que tu sollicites pour ce vieillard, mais de même que tu t'es macéré par le jeûne aussi faut-il que pour être sauvé, lui aussi s'affaiblisse par les jeûnes. » C'est ce que fit le vieillard en jeûnant pendant six mois au pain et à l’eau; après quoi, plein de bonnes œuvres, il reposa en paix. Et une voix dit à André : « Par ta, prière, j'ai recouvré Nicolas que j'avais perdu. »
* Abdias, Saint André, c. XXXIII.
Un jeune chrétien confia ce qui suit sous le plus grand secret à saint André*. « Ma mère, éblouie de ma beauté, me tenta pour une œuvre illicite : comme je n'y consentais pas, elle alla trouver le juge, dans l’intention de faire peser sur moi l’énormité d'un tel crime: mais priez pour moi de peur que je ne meure injustement; car lors de l’accusation, je préférerai me taire et perdre la vie plutôt que déshonorer ainsi ma mère. » Le jeune homme est donc mandé cri justice : André l’y suit. La mère accuse positivement son fils d'avoir voulu la violer. Interrogé plusieurs fois si la chose s'était ainsi passée, le jeune homme ne répondit mot. André dit alors à cette mère. « O la plus cruelle des femmes, de vouloir la perte de ton fils unique pour satisfaire ta débauche ! » La mère dit donc au juge : « Seigneur, voilà l’homme auquel s'est attaché mon fils après qu'il eût tenté de consommer son crime, sans pouvoir le commettre. » Alors le juge irrité condamna le jeune homme à être mis en un sac enduit de poix et de bitume puis ensuite jeté dans la rivière ; et il ordonna de garder en prison André, jusqu'à ce qu'il eût trouvé un supplice pour le faire périr. Mais à la prière d'André, un tonnerre horrible épouvanta les assistants, et un tremblement de terre les renversa tous, en même temps que la femme, frappée de la foudre, était desséchée. Tous conjurèrent alors l’apôtre de ne pas les perdre. Il pria pour eux et le calme se fit. Le juge crut ainsi que toute sa maison.
* Adias, Saint André, c. VI.


Capilla de San Andrés, Segovia Cathedral Attribution: Zarateman

Comme l’apôtre était à Nicée, les habitants lui dirent que sur le chemin qui menait à la ville, se trouvaient sept démons qui tuaient les passants*. L'apôtre les fit venir sous la forme de chiens devant le peuple et leur commanda d'aller où ils ne pourraient nuire à personne. Aussitôt ils disparurent. A cette vue, ces hommes reçurent la foi de J.-C. En arrivant à la porte d'une autre ville, l’apôtre rencontra le convoi d'un jeune homme qu'on portait en terre : et comme il s'informait de l’accident, il lui fut dit que sept chiens étaient venus et l’avaient fait mourir dans son lit. André se mit à pleurer et dit: « Je sais bien, Seigneur, que c'est le fait des démons que j'ai chassés de Nicée. » Et s'adressant au père : « Que me donneras-tu, lui demanda-t-il, si je ressuscite ton fils?» « C'est tout ce que je possédais de plus cher au monde, répondit le père, je te le donnerai.» L'apôtre fit une prière et ressuscita l’enfant qui s'attacha à lui.

Un jour quarante hommes vinrent par mer trouver l’apôtre afin de recevoir de lui la doctrine de la foi, mais le diable excita une tempête, qui les engloutit tous. Leurs corps ayant été rejetés sur le rivage, furent portés à l’apôtre et tout aussitôt ressuscités. Ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé.
De là vient qu'on lit dans une des hymnes de son office : « Il rendit à la vie quarante personnes que les flots avaient englouties. » Maître Jean Beleth dit en traitant de la fête de saint André, qu'il avait le teint brun, la barbe épaisse et une petite taille.
* Abdias, Saint André, c. VII.
* Rationale, c. CLXIV,

This is a part of a scan of an historical document: Title: Schedelsche Weltchronik or Nuremberg Chronicle 1493 Hartmann Schedel Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Or saint André resta en Achaïe, y fonda de nombreuses églises et convertit beaucoup de monde à la foi du Christ. Il instruisit même la femme du proconsul Égée et la régénéra dans les eaux sacrées du baptême. A cette nouvelle, Égée vient à Patras pour contraindre les chrétiens à sacrifier aux idoles. André alla à sa rencontre et lui dit : « Il fallait que toi qui as l’honneur d'être ici-bas le juge des hommes, tu connusses et ensuite tu honorasses ton juge qui est dans le ciel, après avoir renoncé en ton cœur aux faux dieux.*. » Égée lui répliqua : « C'est toi qui es André : tu enseignes les dogmes de cette secte superstitieuse que les empereurs romains viennent de prescrire d'exterminer. » « Les empereurs romains, dit André, n'ont pas encore appris que le Fils de Dieu, en venant sur la terre, a enseigné que les idoles sont des démons qui apprennent à offenser Dieu; en sorte qu'offensé par les hommes il détourne d'eux son visage, qu'irrité contre eux, il ne les exauce point, et qu'en ne les exauçant pas, ils sont les esclaves et le jouet du diable, jusqu'à ce que dépouillés de tout en sortant de leur corps, ils n'emportent avec eux rien autre que leurs péchés. » Égée : « Votre Jésus qui prêchait ces sottises a été attaché au gibet de la croix. André répartit : « C'est pour nous racheter et non pour des crimes qu'il a bien voulu souffrir le supplice de la croix. » Égée : « Il a été livré par son disciple, pris par les Juifs et crucifié par les soldats ; comment donc peux-tu dire qu'il a souffert de plein gré le supplice de la croix! » Alors André démontra par cinq raisons que Jésus-Christ avait souffert parce qu'il l’avait voulu.
1° Il a prévu et prédit sa passion à ses disciples, lorsqu'il dit : « Voici que nous allons à Jérusalem, etc... »
2° Quand saint Pierre voulut l’en détourner il s'indigna fortement et lui dit : « Va-t-en derrière moi; Satan, etc... »
3° Il a clairement annoncé qu'il avait le pouvoir et de souffrir et de ressusciter tout à la fois, lorsqu'il dit : « J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre. »
4° Il a connu d'avance celui qui le trahissait, lorsqu'il lui donna du pain trempé, et cependant il ne se garda pas de lui.
5- Il choisit l’endroit où il savait que devait venir le traître.
Lui-même assura avoir été témoin de chacun de ces faits ; il ajouta que c'était un grand mystère que celui de la croix. Égée répondit : « On ne saurait appeler mystère ce qui fut un supplice ; cependant si tu n'obtempères pas à mes ordres, je te ferai passer par l’épreuve du même mystère. » André : « Si j'étais épouvanté du supplice de la croix, je n'en proclamerais point la gloire. Or je veux t'apprendre ce mystère de la croix, peut-être qu'en le connaissant tu y croiras; tu l’adoreras et tu seras sauvé. » Alors il commença à lui dévoiler le mystère de la Rédemption et lui en prouva par cinq arguments la convenance et la nécessité.
Le premier argument est que le premier homme ayant donné naissance à la mort par le bois, il était convenable que le second homme détruisît la mort en souffrant sur le bois. Le second, que le prévaricateur ayant été formé d'une terre immaculée, il était juste que le réconciliateur naquit d'une vierge immaculée. Le troisième, que Adam ayant étendu la main avec intempérance vers le fruit défendu, il seyait que le second Adam étendît sur la croix ses mains immaculées. Le quatrième, que Adam ayant goûté de l’arbre défendu un fruit agréable, il était convenable que le Christ, lorsqu'il fut abreuvé de fiel, détruisît le contraire par son contraire. Le cinquième est que, pour nous conférer son immortalité, il importait que le Christ prît avec lui notre mortalité : car si Dieu ne s'était fait mortel, l’homme ne fût pas devenu immortel.

Les apôtres André et Jacques, ainsi que Paul sur la châsse de saint Calmin et de sainte Namadie - abbaye de Mozac (63) XIIe siècle Attribution: Photo de l'association Club historique mozacois

Alors Égée dit : « Va conter aux tiens ces rêveries, et obéis-moi en sacrifiant aux dieux tout-puissants. » « Chaque jour, répondit André, j'offre au Dieu tout-puissant l’agneau sans tache, et quand il a été mangé par tout le peuple, cet agneau reste vivant et entier. » Égée demandant comment cela pouvait-il se faire, André lui répondit de se mettre au nombre des disciples. Égée répliqua: « Avec des tourments, je saurai bien te faire expliquer la chose. »
Et tout en colère, il le fit enfermer dans une prison. Le matin étant venu, il s'assit sur son tribunal et de nouveau il l’exhorta à sacrifier aux idoles. « Si tu ne m’obéis, lui dit-il, je te ferai suspendre à cette croix que tu as glorifiée. » Et comme il le menaçait de nombreux tourments, André répondit : « Invente tout ce qui te paraîtra de plus cruel en fait de supplice. Plus je serai constant à souffrir dans les tourments pour le nom de mon roi, plus je lui serai agréable.
Alors Égée le fit fouetter par vingt hommes, et le fit lier ensuite à une croix par les mains et par les pieds afin qu'il souffrît plus longtemps. Et comme il était conduit à la croix, il se fit un grand concours de peuple qui disait : « Il est innocent et condamné sans, preuves à verser son sang. » Cependant, l’apôtre pria cette foule de- ne point s'opposer à son martyre. Et quand André aperçut la croix de loin, il la salua en disant :

Saint André crucifié sur une croix en X devant une foule. Deux autres scènes sont représentées sous le texte : Saint André est conduit chez le proconsul en bas à gauche, et il est bastonné en bas à droite. Les Très Riches Heures du duc de Berry :Jean Colombe entre 1485 et 1486 tempera sur vélin hauteur : 29 cm. largeur : 21 cm. Musée Condé Château de Chantilly dans l'Oise Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

« Salut, ô croix consacrée par le sang de J.-C., et décorée par chacun de ses membres comme avec des pierres précieuses. Avant que le seigneur eût été élevé sur toi tu étais un sujet d'effroi pour la terre; maintenant en procurant l’amour du ciel, tu es l’objet de tous les désirs. Plein de sincérité et de joie, je viens à toi afin de te procurer la joie de recevoir en moi un disciple de celui qui a été pendu sur toi. En effet toujours je t'ai aimée et ai désiré t'embrasser. O bonne croix qui as reçu gloire et beauté des membres du Seigneur. Toi que j'ai longtemps désirée, que j'ai aimée avec sollicitude, que j'ai recherchée sans relâche et qui enfin est préparée à mon âme désireuse, reçois-moi du milieu des hommes, et me rends à mon maître afin qu'il me reçoive par toi, lui qui par toi m’a racheté. »
En disant ces mots, il se dépouilla de ses vêtements qu'il donna aux bourreaux. Alors ceux ci le suspendirent à la croix, comme il leur avait été prescrit. Pendant deux jours qu'il y vécût, il prêcha à vingt mille hommes qui l’entouraient. Cette foule menaçait Égée de le faire mourir, en disant qu'un saint doux et pieux ne devait pas ainsi périr; Egée vint pour le délivrer. A sa vue André lui dit: « Pourquoi viens-tu vers nous? Si c'est pour demander pardon, tu l’obtiendras; mais si c'est pour me détacher, sache que je ne descendrai pas vivant de la croix. Déjà en effet je vois mon roi qui m’attend. » Et comme on voulait le délier, on ne put y parvenir, parce que les bras de ceux qui essayaient de le faire devenaient paralysés.
Pour André, comme il voyait que le peuple le voulait délivrer, il fit cette prière sur la croix, comme la rapporte saint Augustin en son livre de la Pénitence. « Ne permettez pas, Seigneur, que je descende vivant, il est temps que vous confiiez mon corps à la terre, car tant que je l’ai porté, tant j'ai veillé à sa garde ; j'ai travaillé à vouloir être délivré de ce soin, et à être dépouillé de ce très épais vêtement. Je sais combien je l’ai trouvé lourd à porter, redoutable à vaincre, paresseux à enflammer et prompt à faiblir. Vous savez, Seigneur, combien il était porté à m’arracher aux pures contemplations ; combien il s'efforçait de me tirer du sommeil de votre charmant repos. Toutes et quantes fois il me fit souffrir de douleur. Chaque fois que je l’ai pu, Père débonnaire, j'ai résisté en combattant et j'ai vaincu avec votre aide. C'est à vous, juste et pieux rémunérateur, que je demande de ne plus me confier à ce corps: mais je vous rends ce dépôt. Confiez-le à un autre, et ne m’opposez plus par lui d'obstacles. Qu'il soit conservé et rendu à la résurrection, afin que vous retiriez honneur de ses œuvres. Confiez-le à la terre afin de ne plus veiller, afin qu'il ne m’empêche pas de tendre avec ardeur et librement vers vous qui êtes la source d'une vie de joie intarissable. » (Saint Augustin, De vexa et falsa poenit., c. VIII).

Vitrail de l'abside de l'église Saint-Gervais de Rouen représentant André. Attribution: Giogo

Après ces paroles, une lumière éclatante venue du ciel l’entoura pendant une demi-heure, en sorte que personne ne pouvait fixer sur lui les yeux ; et cette lumière disparaissant, il rendit en même temps l’esprit. Maximilla, l’épouse d'Egée, prit le corps du saint apôtre et l’ensevelit avec honneur *. Quant à Egée, avant d'être rentré dans sa maison, il fut saisi par le démon et à la vue de tous il expira sur le chemin. On dit que du tombeau de saint André découle une manne semblable à de la farine et une huile odoriférante. Les habitants du pays en tirent un présage pour la récolte : car si ce qui coule est en petite quantité, la récolte sera peu considérable, s'il en coule beaucoup, elle sera abondante. Peut-être qu'il en a été ainsi autrefois, mais aujourd'hui on prétend que son corps a été transporté à Constantinople.
* Abdias, Saint André, c. XXVI..
Un évêque, qui menait une vie sainte, avait une vénération particulière pour saint André, en sorte qu'à chacun de ses ouvrages, il mettait en tête : « A l’honneur de Dieu et de saint André. » Or jaloux de la sainteté de ce personnage, l’antique ennemi, pour le séduire, après avoir employé toutes sortes de ruses, prit la forme d'une femme, merveilleusement belle. Elle vint au palais de l’évêque sous prétexte de vouloir se confesser à lui. Sur l’ordre de l’évêque de l’adresser à son pénitencier qui avait tous ses pouvoirs, elle répondit qu'elle ne révélera à nul autre qu'à lui les secrets de sa conscience. Le Prélat touché la fait entrer.
« Je vous en conjure, Seigneur; lui dit-elle, ayez pitié de moi : car jeune encore, ainsi que vous le voyez, élevée dans les délices dès mon enfance, issue même de race royale, je suis venue seule ici sous l’habit des pèlerins. Le roi mon père, prince très puissant, voulant me marier à un grand personnage; je lui ai répondu que j'avais en horreur le lien du mariage, puisque j'ai consacré ma virginité pour toujours à J.-C. et qu'en conséquence je ne pourrais jamais consentir à la perdre. Pressée d'obéir à ses ordres, ou de subir sur la terre, différents supplices, je pris secrètement la fuite, préférant m’exiler que de violer la foi jurée à mon époux. La renommée de votre sainteté étant parvenue à mes oreilles, je me suis réfugiée sous les ailes de votre protection, dans l’espoir de trouver auprès de vous un lieu de repos où je puisse jouir en secret des douceurs de la contemplation, me sauver des naufrages de la vie présente, enfuir le bruit et les agitations du monde. »

Plein d'admiration pour la noblesse de sa race, la beauté de sa personne, sa grande ferveur, et l’élégance remarquable de ses paroles, l’évêque lui répondit avec bonté et douceur
« Soyez tranquille, ma fille; ne craignez point, car celui pour l’amour duquel vous avez méprisé avec tant de courage et vous-même, et vos parents et vos biens, vous accordera, pour ce sacrifice, le comble de la grâce en cette vie et la plénitude de la gloire en l’autre. Aussi moi qui suis son serviteur, je m’offre à vous avec ce qui m’appartient: choisissez l’appartement qu'il vous plaira, et je veux qu'aujourd'hui vous mangiez avec moi. »
« Veuillez, ah! veuillez, dit-elle, mon Père, ne pas exiger cela de moi, de peur d'éveiller quelque mauvais soupçon et de porter quelque atteinte à l’éclat de votre réputation. »
« Nous serons plusieurs, lui répondit l’évêque, nous ne serons pas seuls, et ainsi il n'y aura pas lieu de fournir eu quoi que ce soit l’apparence à mauvais soupçon. »

Reliquary chest of Saint Servatius in the Treasury of the Basilica of Saint Servatius, Maastricht, Netherlands. Detail of the Saint Peter side of the chest, with Saint Peter (left) and Saint Andrew (right). Mosan (Maastricht?), gilded copper over wood.Attribution: Kleon3

Les convives se mirent à table, l’évêque se plaça en face de la dame et les autres de l’un et de l’autre côté. L'évêque eut beaucoup d'attention pour cette femme ; il ne cessa de la regarder et d'en admirer la beauté. Pendant qu'il a les yeux fixés ainsi, son âme est atteinte, et tandis qu'il ne cesse de la regarder, l’antique ennemi lance contre son cœur une flèche acérée. Le Diable, qui tenait compte de tout, se mit à augmenter de plus en plus sa beauté. Déjà l’évêque était sur le point de donner son consentement à la tentation de commettre avec cette personne une action criminelle dès que la possibilité s'en présenterait, quand tout à coup un pèlerin vient heurter à la porte avec violence, demandant à grands cris qu'on lui ouvre. Comme on s'y refusait et que le pèlerin devenait importun par ses clameurs et ses coups répétés, l’évêque demande à la femme si elle voulait recevoir ce pèlerin.
« Qu'on lui propose, dit-elle, quelque question difficile ; s'il sait la résoudre, qu'on l’introduise; s'il ne le peut, qu'on l’éloigne, comme un ignorant, et comme une personne indigne de paraître devant l’évêque. »
On applaudit à la proposition, et l’on se demande qui sera capable de poser la question. Et comme on ne trouvait personne :
«Quelle autre, madame, reprit l’évêque, peut mieux poser la question que vous qui l’emportez sur nous autres en éloquence et dont la sagesse brille au-dessus de la nôtre à tous? Proposez donc vous-même une question. »
« Qu'on lui demande, dit-elle, ce que Dieu a fait de plus merveilleux dans une petite chose. »
Le pèlerin auquel un messager porta la question répondit:
« C'est la variété et l’excellence du visage. Parmi tant d'hommes qui ont existé depuis le commencement du monde, et qui existeront dans l’avenir, on n'en saurait rencontrer deux dont les visages soient semblables en tout point, et cependant, dans une si petite figure, Dieu a placé tous les sens du corps. »
En entendant cette réponse on s'écria avec admiration :
« C'est vraiment une excellente solution à la demande. »
Alors la dame dit :
« Qu'on lui en propose une seconde plus difficile qui mette sa science à meilleure épreuve : « Qu'on lui demande où la terre est plus, haute que le ciel tout entier. »
Le pèlerin interrogé répondit:
« Dans le ciel empyrée, où réside le corps. de J.-C. Le corps du Christ en effet, qui est plus élevé que tout le ciel, est formé de notre chair; or notre chair est une portion de la substance de la terre: comme donc le corps du Christ est au dessus de tous les cieux, et qu'il tire son origine de notre chair, que notre chair est formée de la terre, il est donc constant que là où le corps de J.-C. réside, là certainement la terre est plus élevée que le ciel. »

St.Olai cathedral in Helsingør. Choir stalls ( 1652 ): Saint Andrew Attribution: Wolfgang Sauber

L'envoyé rapporte la réponse du pèlerin, et tous d'approuver cette solution merveilleuse et d'en louer hautement la sagesse. Alors la femme dit encore :
« Qu'on lui pose de nouveau une troisième question très grave, compliquée, difficile à résoudre, obscure, afin que, pour la troisième fois, il soit prouvé qu'il est digne à juste titre d'être admis à la table de l’évêque. Demandez-lui quelle distance il y a de la terre au ciel. »
Le pèlerin répondit à l’envoyé qui lui portait la question:
« Allez le demander à celui-là même qui a posé la demande. Il le sait certainement et il pourra répondre mieux que je ne le ferais ; car lui-même a mesuré cette distance, quand du ciel il est tombé dans l’abîme; pour moi je ne suis jamais tombé du ciel et n'ai jamais mesuré cet espace. Car ce n'est pas une femme, mais le diable qui s'est caché sous la ressemblance d'une femme. »
A ces paroles le messager fut pâmé, et répéta devant tous les convives ce qu'il avait entendu. Tandis que l’étonnement et la stupeur ont saisi les convives, le vieil ennemi a disparu. L'évêque, rentrant en lui-même, se reprochait amèrement sa conduite et demandait avec lamentations le pardon de la faute qu'il avait commise. Il envoya aussitôt pour qu'on introduisît le pèlerin, mais on ne lé trouva plus. L'évêque convoqua le peuple, lui exposa de point en point ce qui s'était passé, et commanda des jeûnes et des prières pour que le Seigneur daignât révéler quel était ce pèlerin qui l’avait sauvé de si grand péril. Et cette nuit-là même, il fut révélé à l’évêque que c'était saint André qui, pour le délivrer, avait pris l’extérieur d'un pèlerin. L'évêque redoubla de dévotion envers le saint apôtre et il ne cessa de donner des preuves de sa vénération pour lui.
* Bréviaire romain.
** Saint Grégoire de Tours, ubi supra.
* D'après saint Grégoire de Tours, De gloria nnartyrum, l. I, c. LXXIX, cet homme était Gomacharus, comte de la ville d'Agde, vers la fin du VIe siècle.


Bywell St. Andrew - stained glass window: St. Andrew See 1573180.From geograph.org.uk Attribution: Mike Quinn

Le prévôt d'une ville s'était emparé d'un champ de saint André, et par les prières de l’évêque, il en fut puni de très fortes fièvres. Il alla trouver le prélat, le conjurant d'intercéder en sa faveur et lui promit de restituer le champ. Mais après sa guérison obtenue par l’intercession du pontife, il reprit une seconde fois la terre. Alors l’évêque se mit en prières et brisa toutes les lampes de l’église, eu disant:
« Qu'on n'allume plus ces lumières, jusqu'à ce que le Seigneur se venge lui-même de son ennemi, et que l’église recouvre ce qu'elle a perdu. »
Et voilà que le prévôt eut encore de très fortes fièvres; il envoya alors demander à l’évêque de prier pour lui, l’assurant qu'il rendrait son champ, et en surplus un autre de la même valeur. Comme l’évêque lui faisait répondre toujours :
« J'ai déjà prié, et Dieu m’a exaucé, » le prévôt se fit porter chez le prélat et le força d'entrer dans l’église pour prier.
A l’instant où l’évêque entre dans l’église, le prévôt meurt subitement et le champ est restitué à l’église.

dimanche 22 juillet 2012

Sainte Marie-Magdeleine

Marie-Madeleine au pied de la croix, déplorant la mort du Christ. Détail de la Pietà d'Agnolo Bronzino, 1529, Galerie des Offices (Florence). L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Marie signifie mer amère, ou illuminatrice, ou illuminée. Ces trois significations font comprendre les trois excellentes parts qu'elle a choisies, savoir : la part de la pénitence, de la contemplation intérieure et de la gloire céleste. C'est de ces trois parts que le Seigneur a dit : « Marie a choisi une excellente part qui ne lui sera pas enlevée. » La première part ne lui sera pas enlevée à cause de la fin qu'elle se proposait d'acquérir, la béatitude; ni la seconde à cause de la continuité, parce que la contemplation de la vie est continuée par la contemplation de la patrie : ni la troisième en raison de son éternité. En tant donc qu'elle a choisi l’excellente part de pénitence, elle est appelée mer amère, parce qu'elle y eut beaucoup d'amertumes : ce qui est clair par l’abondance des larmes qu'elle répandit et avec lesquelles elle lava les pieds du Seigneur. En tant qu'elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle reçoit le nom d'illuminatrice, parce qu'elle y a reçu avec avidité ce qu'elle a dans la suite rendu avec abondance : elle y a reçu la lumière avec laquelle elle a plus tard éclairé les autres. En tant qu'elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle est nommée illuminée, parce qu'elle est maintenant illuminée dans son esprit par la lumière de la parfaite connaissance, et que, dans son corps, elle sera illuminée de clarté. Madeleine veut dire restant coupable (manens rea) ou bien encore munie, invaincue, magnifique, qualités qui indiquent ce qu'elle fut avant, pendant, et après sa conversion.
* Raban, Maur, Bréviaires de: Provence.
Avant sa conversion en. effet, elle restait coupable et engagée a la damnation éternelle; pendant sa conversion, elle était munie et invaincue, parce qu'elle était armée de pénitence; elle se munit donc excellemment de toutes les armes de la pénitence ; car autant elle a eu de délectation, autant elle en a fait l’objet de ses holocaustes. Après sa conversion elle fut magnifique par la surabondance de grâces, car où avait abondé le péché, là a surabondé la grâce *.

La Madeleine à la veilleuse (Madeleine Terff) Georges de La Tour (1593–1652) ca. 1640-1645 (1642-1644) 128 × 94 cm Musée du Louvre L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Marie, surnommée Magdeleine, du château de Magdalon, naquit des parents les plus illustres, puisqu'ils descendaient de la race royale. Son père se nommait Syrus et sa mère Eucharie. Marie possédait en commun avec Lazare, son frère et Marthe, sa sueur, le château de Magdalon, situé à deux milles de Génézareth, Béthanie qui est proche de Jérusalem, et une grande partie de Jérusalem. Ils se partagèrent cependant leurs biens de cette manière : Marie eut Magdalon d'où elle fut appelée Magdeleine, Lazare retint ce qui se trouvait à Jérusalem, et Marie posséda Béthanie.
Mais comme Magdeleine recherchait tout ce qui peut flatter les sens, et que Lazare avait son temps employé au service militaire, Marthe, qui était pleine de prudence, gouvernait avec soin les intérêts de sa sueur et ceux de son frère; en outre elle fournissait le nécessaire aux soldats, à ses serviteurs, et aux pauvres. Toutefois ils vendirent tous leurs biens après l'ascension,de J.-C. et en apportent le prix aux apôtres.
* Pour la vie de sainte Marie-Magdeleine, consulter les Monuments de l’apostolat, par M. Faillon, prêtre de Saint-Sulpice. Celte publication extraordinaire confirme les faits de la légende, à l’exception du pèlerinage du prince à Rome et à Jérusalem avec saint Pierre. Toutefois, M. Faillon ne parait rejeter ce fait qu'en s'appuyant sur l’impossibilité où le prince aurait pu d'être reconnu par saint Pierre à la croix qu'il portait sur l’épaule. Ce qui ne paraît pas rigoureux.

Madeleine repentante par Le Caravage (1573–1610) 1594-1596 huile sur toile 106 × 97 cm Galleria Doria Pamphilj Rome Originally uploaded 9 februari 2005 kl.07.17 by sv:Användere:Lamré Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Comme donc Magdeleine regorgeait de richesses et que la volupté est la compagne accoutumée de nombreuses possessions, plus elle brillait par ses richesses et sa beauté, plus elle salissait son corps par la volupté; aussi perdit-elle son nom propre pour ne plus porter que celui de pécheresse. Comme J.-C. prêchait çà et là, inspirée par la volonté divine, et ayant entendu dire que J.-C. dînait chez Simon le lépreux, Magdeleine y alla avec empressement, et n'osant pas, en sa qualité de pécheresse, se mêler avec les justes, elle resta aux pieds du Seigneur, qu'elle lava de ses larmes, essuya avec ses cheveux et parfuma d'une essence précieuse : car les habitants du pays, en raison de l'extrême chaleur du soleil, usaient de parfums et de bains. Comme Simon le pharisien pensait à part soi que si J.-C. était un prophète, il ne se laisserait pas toucher par une pécheresse, le Seigneur le reprit de son orgueilleuse justice et remit à cette femme tous ses péchés. C'est à cette Marie-Magdeleine que le Seigneur accorda tant de bienfaits et donna de si grandes marques d'affection. Il chassa d'elle sept démons, il l'embrasa entièrement d'amour pour lui; il en fit son amie de préférence; il était son hôte; c'était elle qui; dans ses courses, pourvoyait à ses besoins, et en toute occasion il prenait sa défense. Il la disculpa auprès dit pharisien qui la disait immonde, auprès de sa sœur qui la traitait de paresseuse, auprès de Judits qui l'appelait prodigue. En voyant ses larmes, il ne put retenir les siennes.


Par son amour, elle obtint que son frère, mort depuis trois jours, fût ressuscité ; ce fut à son amitié que Marthe, sa sœur, dut d'être délivrée d'un flux de sang, dont elle était affligée depuis sept ans; à ses mérites Martille, servante, de sa sœur, dut d'avoir l'honneur de proférer ce mot si doux qu'elle dit en s'écriant : « Bienheureux le sein qui vous a porté. »
D'après saint Ambroise, en effet, c'est de Marthe et de sa servante qu'il est question en cet endroit. C'est elle, dis-je, qui lava les pieds du Seigneur de ses larmes, qui les essuya avec ses cheveux, qui les parfuma d'essence, qui, le temps de la grâce arrivé, fit tout d'abord une pénitence exemplaire, qui choisit la meilleure part, qui se tenant assise aux, pieds du Seigneur écouta sa parole, et lui parfuma la tête, qui était auprès de la croix lors de la passion, qui prépara des aromates dans l'intention d'embaumer son corps, qui ne quitta pas le sépulcre quand les disciples se retirèrent ; ce fut à elle la première que J.-C. apparut lors de sa résurrection, et il la fit l'apôtre des apôtres.
Après l'ascension du Seigneur, c'est-à-dire quatorze ans après la passion, les Juifs ayant massacré depuis longtemps déjà saint Étienne et ayant chassé les autres disciples de leur pays, ces derniers se retirèrent dans les régions habitées par les gentils, pour y semer la parole de Dieu.

Feast of Simon the Pharisee, Rubens (1577–1640) entre 1618 et 1620 huile sur toile transferred from wood Hauteur : 189 cm. Largeur : 285 cm. Musée de l'Ermitage Sankt Petersburg Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Il y avait pour lors avec les apôtres saint Maximin, l'un des 72 disciples, auquel Marie-Magdeleine avait été spécialement recommandée par saint Pierre. Au moment de cette dispersion, saint Maximin, Marie-Magdeleine, Lazare, son frère, Marthe, sa sœur, et Manille, suivante de Marthe, et enfin le bienheureux Cédonius, l’aveugle-né guéri par le Seigneur, furent mis par les infidèles sur un vaisseau tous ensemble avec plusieurs autres chrétiens encore; et abandonnés sur la mer sans aucun pilote afin qu'ils fussent engloutis en même temps.
Dieu permit qu'ils abordassent à Marseille. N'ayant trouvé la personne qui voulût les recevoir, ils restaient sous le portique d'un temple élevé à la divinité du pays. Or, comme sainte Marie-Magdeleine voyait le peuple accourir pour sacrifier aux dieux, elle se leva avec un visage tranquille, le regard serein, et par des discours fort adroits, elle le détournait du culte des idoles et lui prêchait sans cesse J.-C. Tous étaient dans l’admiration pour ses manières fort distinguées, pour sa facilité à parler, et pour le charme de son éloquence. Ce n'était pas merveille si une bouche qui avait embrassé avec autant de piété et de tendresse les pieds du Sauveur, eût conservé mieux que les autres le parfum de la parole de Dieu.

Sainte Marie-Magdeleine Fra Angelico (1395–1455) Fresque 1437-1446 Museo San Marco Florence L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Alors arriva un prince du pays avec son épouse qui venait sacrifier aux idoles pour obtenir un enfant. Magdeleine, en leur annonçant J.-C., les dissuada d'offrir des sacrifices. Quelques jours s'étant écoulés, Magdeleine, se montra dans une vision à cette dame et lui dit: « Pourquoi, vous qui vivez dans l’abondance, laissez-vous les saints. de Dieu mourir de faim et de froid? » Elle finit par la menacer que si elle ne persuadait pas son mari de venir au secours de la misère des saints, elle encourrait la colère du Dieu tout puissant. Toutefois la princesse n'eut pas la force de découvrir sa vision à son mari.
La nuit suivante Magdeleine lui apparut et lui dit la même chose; mais cette femme négligea encore d'en faire part à son. époux. Une troisième fois, au milieu du silence de la nuit, Marie apparut à l’un et à l’autre ; elle frémissait et le feu de sa colère jetait une lumière qui aurait fait croire que toute la maison était eu flammes. « Dors-tu, tyran, dit-elle ? membre de Satan qui est ton père, tu reposes avec cette vipère, ta femme, qui n'a pas voulu te faire connaître ce que je lui ai dit Te reposes-tu, ennemi de la croix de J.-C. ? Quand ton estomac est rempli d'aliments de toutes sortes, tu laisses périr de faim et de soif les saints de Dieu. Tu es couché dans un palais; autour de toi ce ne sont que tentures de soie, et tu les vois désolés et sans asile, et tu passes outre. Non, cela ne finira pas de cette sorte : et ce ne sera pas impunément que tu auras différé de leur faire du bien. »
Elle dit et se retira. — A son réveil la femme, haletante et effrayée, dit à son mari troublé comme elle : «Mon seigneur, avez-vous eu le même songe que moi? » « Oui, répondit-il, et je ne puis m’empêcher d'admirer et de craindre. Qu'avons-nous donc à faire? » « Il vaut mieux pour nous, reprit la femme, nous conformer à ce qu'elle dit, plutôt que d'encourir la colère de son Dieu dont elle nous menace. » Ils reçurent donc les saints chez eux, et leur fournirent le nécessaire.

Or, un jour que Marie-Magdeleine prêchait, le prince dont on vient de parler lui dit: « Penses-tu pouvoir justifier la foi que tu prêches ? » « Oui, reprit-elle, je suis prête à la défendre; elle est confirmée par les miracles quotidiens et la prédication de mon maître saint Pierre, qui préside à Rome.

Maddalena, sculputure by Donatello in Opera del Duomo Museum Museo in Florence, Italy Firenze/Wikimédia Commons

Le prince et son épouse lui dirent : « Nous voilà disposés à obtempérer à tous tes dires, si tu nous obtiens un fils du Dieu que tu prêches. » « Alors, dit Magdeleine, ce ne sera pas moi qui serai un obstacle. » Et la bienheureuse pria pour eux le Seigneur qu'il leur daignât accorder un fils. Le Seigneur exauça ses prières et la dame conçut.. Alors son mari voulut partir pour aller trouver saint Pierre, afin de s'assurer si ce qu'avait annoncé Magdeleine touchant J.-C. était réellement la vérité. Sa femme lui dit: « Quoi ! mon seigneur, pensez-vous partir sans moi ? Point du tout ; si vous partez, je partirai, si vous venez, je viendrai, si vous restez, je resterai. » Son mari lui dit: « Il n'en sera pas ainsi, ma dame ; car vous êtes enceinte et sur la mer on court des dangers sans nombre ; vous pourriez donc, facilement être exposée; vous resterez en repos à la maison et vous veillerez sur nos possessions. » Elle n'en persista pas moins, et obstinée comme l’est une personne de son sexe, elle se jeta avec larmes aux pieds de son mari qui obtempéra enfin à sa demande. Alors Marie mit le signe de la croix sur leurs épaules de crainte que l’antique ennemi ne leur nuisit en route. Ils chargèrent un vaisseau de tout ce qui leur était nécessaire, et après avoir laissé le reste à la garde de Marie-Madgdeleine, ils partirent. Ils n'avaient voyagé qu'un jour et une nuit quand la mer commença à s'enfler, le vent à gronder, de sorte que tous les passagers et principalement la dame enceinte et débile, ballottés ainsi par les vagues, furent en proie aux plus graves inquiétudes; les douleurs de l’enfantement saisirent la femme tout à coup, et au milieu de ses souffrances et de la violence de la tempête, elle mit un enfant au monde et expira.

Ascension of Mary Magdalene Miniature médiévale peut-être du XV°siècle Auteur inconnu Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Or, le petit nouveau-né palpitait éprouvant. le besoin de se nourrir du lait de sa mère qu'il semblait chercher en poussant des vagissements pitoyables. Hélas! quelle douleur! En recevant la vie, cet enfant avait donné la mort à sa mère, il ne lui restait plus qu'à mourir lui-même puisqu'il n'y avait personne pour lui administrer la nourriture nécessaire à sa conservation. Que fera le pèlerin envoyant sa femme morte, et son, fils qui, par ses cris plaintifs, exprimait le désir de prendre le sein? Il se lamentait beaucoup en disant: « Hélas ! malheureux! que feras-tu ? Tu as souhaité un fils et tu as perdu la mère qui lui donnait la vie. » Les matelots criaient : « Qu'on jette ce corps à la mer, avant que nous ne soyons engloutis en même temps que lui, car tant qu'il sera avec nous, cette tempête ne cessera pas.» Et comme ils avaient pris le cadavre pour le jeter à la mer: « Un instant, dit le pèlerin, un instant: si vous ne voulez pas attendre ni pour la mère ni pour moi, ayez pitié au moins de ce petit enfant qui crie; attendez un instant, peut-être que la mère a seulement perdu connaissance dans sa douleur et qu'elle vit encore.» Et voici que non loin,du vaisseau apparut une colline ; à cette vue, il pensa qu'il n'y avait rien de mieux à faire que d'y transporter le corps de la mère et l’enfant plutôt que de les jeter en pâture, aux bêtes marines. Ce fut par prières et par argent qu'il parvint à obtenir des matelots d'aborder.
Et comme le rocher était si dur qu'il ne- put creuser une fosse, il plaça le corps enveloppé d'un manteau dans un endroit des plus écartés de la montagne et déposant son fils contre son sein, il dit : « O Marie-Magdeleine ; c'est pour mon plus grand malheur que tu as abordé à Marseille! Pourquoi, faut-il que j'aie eu le malheur d'entreprendre ce voyage d'après tes avis? As-tu demandé à Dieu que ma femme conçût afin qu'elle pérît ? Car voici qu'elle a conçu et, en devenant mère, elle subit la mort; son fruit est né et il faut qu'il meure, puisqu'il n'y a personne pour le nourrir. Voici ce que j'ai obtenu par ta prière, je t'ai confié tous mes biens, je les confie à ton Dieu. Si tu as quelque pouvoir, souviens-toi de l’âme de la mère et à ta prière que ton Dieu ait pitié de l’enfant et ne le laisse pas périr. » Il enveloppa alors dans son manteau le corps de sa femme et de son fils et remonta sur le vaisseau.
Quand il fut arrivé chez saint Pierre, celui-ci vint à sa rencontre, et en voyant le signe de la croix attaché sur ses épaules il lui demanda qui il était et doit il venait. Le pèlerin lui raconta tout ce qui s'était passé. — Pierre lui dit: « La paix soit avec vous,. vous avez bien fait de venir et vous avez été bien inspiré de croire. Ne vous tourmentez pas si votre femme dort, et si son enfant repose avec elle ; car le Seigneur a le pouvoir de donner à qui il veut, de reprendre ce qu'il a donné, de rendre ce qui a été enlevé, et de changer votre douleur en joie. »

Sainte Marie-Magdeleine El Greco (1541–1614) vers 1580 huile sur toile 156,5 × 121 cm Musée des beaux-arts de Budapest L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Or, saint Pierre le conduisit lui-même à Jérusalem et lui montra chacun des endroits où J.-C. avait prêché, et avait fait des miracles, comme aussi le lieu où il avait souffert, et celui d'où il était monté aux cieux. Après avoir été instruit avec soin dans la foi par saint Pierre, il remonta sur un vaisseau après deux ans révolus, dans l’intention. de regagner sa patrie. Dieu permet que„ dans le trajet, ils passassent auprès de la colline où avait été déposé le corps de sa femme avec le nouveau-né, et par prière et par argent il obtint d'y débarquer.
Or, le petit enfant, qui avait été gardé sain et sauf par sainte Marie-Magdeleine, venait souvent sur le rivage, et comme tous les enfants, il avait coutume de se jouer avec des coquillages et dès cailloux. En abordant, le pèlerin vit donc un petit enfant qui s'amusait, comme on le fait à son âge, avec des pierres; il ne se lassait pas, d'admirer jusqu'à ce qu'il descendît de la nacelle. En l’apercevant, l’enfant, qui n'avait jamais vu de semblable chose, eut peur, courut comme il avait coutume de le faire au sein de sa mère sous le manteau de laquelle il se cacha. Or, le pèlerin; pour mieux s'assurer de ce qui se passait, s'approcha de cet endroit et y trouva un très bel enfant qui prenait le sein de sa mère.
Il l’accueillit dans ses bras. « O bienheureuse Marie-Magdeleine, dit-il, quel bonheur pour moi ! comme tout me réussirait, si ma femme vivait et pouvait retourner avec moi dans notre patrie! Je sais, oui, je sais, et je crois sans aucun doute que vous qui m’avez donné un enfant et qui l’avez nourri sur rocher pendant deux ans, vous pourriez, par vos prières, rendre à sa mère la santé dont elle a joui auparavant. » A ces mots, la femme respira et dit comme si elle se réveillait: « Votre mérite est grand, bienheureuse Marie-Magdeleine, vous êtes glorieuse, vous qui, dans les douleurs de l’enfantement, avez rempli pour moi l’office de sage-femme, et qui en toute circonstance m’avez rendu les bons soins d'une servante. » En entendant ces paroles, le pèlerin fut plein d'admiration. « Vivez-vous, dit-il, ma chère épouse? » « Oui, répondit-elle, je vis ; je viens d'accomplir le pèlerinage que vous avez fait vous-même. C'est saint Pierre qui vous a conduit à Jérusalem et qui vous a montré tous les lieux où J.-C. a souffert, est mort et a été enseveli, et beaucoup d'autres encore; moi, c'est avec sainte Marie-Magdeleine pour compagne et pour guide que j'ai vu chacun de ces lieux avec vous; j'en ai confié le souvenir à ma mémoire. » Alors elle énuméra tous les endroits où J.-C. a souffert, raconta les miracles qui avaient eu son mari pour témoin, sans la moindre hésitation. Le pèlerin joyeux prit la mère et l’enfant,s'embarqua et peu après ils abordèrent à Marseille, où, étant entrés, ils trouvèrent sainte Marie-Magdeleine annonçant la parole de Dieu avec ses disciples. Ils se jetèrent à ses pieds en pleurant, lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, et reçurent le saint baptême des mains du bienheureux Maximin.
Alors ils détruisirent dans Marseille tous les temples des idoles, et élevèrent des églises en l’honneur de J.-C., ensuite ils choisirent à l’unanimité le bienheureux Lazare pour évêque de la cité. Enfin conduits par l’inspiration de Dieu, ils vinrent à Aix dont ils convertirent la population à la foi de J.-C. en faisant beaucoup de miracles et où le bienheureux Maximin fut de son côté, ordonné évêque.

Maria Magdalena Honoré Daumier (1808–1879) 2nd third of 19th century huile sur toile 41 × 33 cm Collection particulière Paris L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Cependant la bienheureuse Marie-Magdeleine, qui aspirait ardemment se livrer à la contemplation dés choses supérieures, se retira dans un désert affreux où elle resta inconnue l’espace de trente ans, dans un endroit préparé par les mains des anges. Or, dans ce lieu, il n'y avait aucune ressource, ni cours d'eau, ni arbres, ni herbe, afin qu'il restât évident que notre Rédempteur avait disposé de la rassasier; non pas de nourritures terrestres, mais seulement des mets du ciel. Or, chaque jour, à l’instant des sept heures canoniales; elle était enlevée par les anges au ciel et elle y entendait, même des oreilles du corps, les concerts charmants des chœurs célestes. Il en résultait que, rassasiée chaque jour à cette table succulente, et ramenée par les mêmes anges aux lieux qu'elle habitait, elle n'éprouvait pas le moindre besoin d'user d'aliments corporels.
Un prêtre, qui désirait mener une vie solitaire, plaça sa cellule dans un endroit voisin de douze stades de celle de Marie-Magdeleine. Un jour donc, le Seigneur ouvrit les yeux de ce prêtre qui put voir clairement comment les anges descendaient dans le lieu où demeurait la bienheureuse Marie, la soulevaient dans les airs et la rapportaient une heure après dans le même lieu, en chantant les louanges du Seigneur. Alors le prêtre, voulant s'assurer de la réalité de cette vision; après s'être recommandé parla prière à son créateur, se dirigea avec dévotion et courage vers cet endroit . il n'en était éloigné que d'un jet e pierre, quand, ses jambes commencèrent à fléchir, une crainte violente le saisit et lui ôta la respiration : s'il revenait en arrière, ses jambes et ses pieds reprenaient des forces pour marcher, mais s'il rebroussait chemin pour tenter de s'approcher du lieu en question, autant de fois la lassitude s'emparait de son corps, et son esprit s'engourdissait. L'homme de Dieu comprit donc qu'il y avait là un secret du ciel auquel l’esprit humain ne pouvait atteindre. Après avoir invoqué le nom du Sauveur il s'écria : « Je t'adjure par le Seigneur, que si tu es un homme ou bien une créature raisonnable habitant cette caverne tu me répondes et tu me dises la vérité. «
Et quand il eut répété, ces mots par trois fois, la bienheureuse Marie-Magdeleine lui répondit : «Approchez plus près, et vous pourrez connaître la vérité de tout ce que votre âme désire. » Quand il se fut approché tout tremblant jusqu'au milieu de la voie à parcourir, elle lui dit : « Vous souvenez-vous qu'il est question, dans l’Évangile, de Marie, cette fameuse pécheresse, qui lava de ses larmes les pieds du Sauveur, et les essuya de ses cheveux, ensuite mérita le pardon de ses fautes? » Le prêtre lui répondit : « Je m’en. souviens; et depuis plus de trente ans la sainte église croit et confesse ce fait.»
— « C'est moi, dit-elle, qui suis cette femme. J'ai demeuré inconnue aux hommes l’espace de trente ans, et comme il vous a été accordé de le voir hier, chaque jour, je suis enlevée au ciel par les mains des anges, et j'ai eu le bonheur d'entendre des oreilles du corps les admirables concerts des chœurs célestes, sept fois par chaque jour. Or, puisqu'il m’a été révélé par le Seigneur que je dois sortir de ce monde, allez trouver le bienheureux Maximin, et dites-lui que, le jour de Pâques prochain, à l’heure qu'il a coutume de se lever pour aller à matines, il entre seul dans son oratoire et qu'il m’y trouvera transportée par le ministère des anges. »

Scenes from the Life of Mary Magdalene: The Hermit Zosimus Giving a Cloak to Magdalene Giotto di Bondone (1266–1337) années 1320 fresque Lower Church, San Francesco, Assisi Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré

Le prêtre entendait sa voix, comme on aurait dit de celle d'un ange, mais il ne voyait personne. Il se hâta donc d'aller trouver saint Maximin, et lui raconta tous ces détails. Saint Maximin, rempli d'une grande: joie, rendit alors au Sauveur d'immenses actions de grâce, et au jour et à l’heure qu'il lui avait été dit, en entrant dans son oratoire, il voit la bienheureuse Marie-Magdeleine debout dans le chœur, au milieu des anges qui l’avaient amenée. Elle était de deux coudées au-dessus de terre, debout au milieu des anges et priant Dieu, les mains étendues. Or, comme le bienheureux Maximin tremblait d'approcher auprès d'elle, Marie dit en se tournant vers lui : « Approchez plus près ; ne fuyez pas votre fille, mon père. » En s'approchant, selon qu'on le lit dans les livres de saint Maximin lui-même, il vit que le visage de la sainte rayonnait de telle sorte par les continuelles et longues communications avec les anges, que les rayons du soleil étaient moins éblouissants que sa face. Maximin convoqua tout le clergé et le prêtre dont il vient d'être parlé.
Marie-Magdeleine reçut le corps et le sang du Seigneur des mains de l’évêque, avec une grande abondance de larmes. S'étant ensuite prosternée devant la base de l’autel, sa très sainte âme passa au Seigneur après qu'elle fut sortie de son corps, une odeur si suave se répandit dans le lieu même, que pendant près de sept jours, ceux qui entraient dans l’oratoire la ressentaient. Le bienheureux Maximin embauma le très saint corps avec différents aromates, l’ensevelit, et ordonna qu'on l’ensevelit lui-même auprès d'elle après sa mort.
Hégésippe, ou bien Joseph, selon d'autres, est assez d'accord avec cette histoire. Il dit, en effet, dans son traité, que Marie-Magdeleine, après l’ascension du Seigneur, poussée par son amour envers J.-C. et par l’ennui qu'elle en avait, ne voulait plus jamais voir face d'homme; mais que dans la suite elle vint au territoire d'Aix, s'en alla dans un désert où elle resta: inconnue l’espace de trente ans, et, d'après son récit chaque jour, elle était transportée dans le ciel pour les sept heures canoniales. Il ajoute cependant qu'un prêtre, étant venu chez elle, la trouva enfermée dans sa cellule. Il lui donna un vêtement sur la demande qu'elle lui en fit. Elle s'en revêtit, alla avec le prêtre à l’église où après avoir reçu la communion, elle éleva, les mains pour prier et mourut en paix vis-à-vis l’autel. —
Du temps de Charlemagne, c'est-à-dire, l’an du Seigneur 769, Gyrard, duc de Bourgogne, ne pouvant avoir de fils de son épouse, faisait de grandes largesses aux pauvres, et construisait beaucoup d'églises et de monastères. Ayant donc fait bâtir l’abbaye de Vézelay, il envoya, de concert avec l’abbé de ce monastère, un moine avec une suite convenable, à la ville d'Aix, pour en rapporter, s'il était possible, les reliques de sainte Marie-Madeleine. Ce moine arrivé à Aix trouva la ville ruinée de fond en comble par les païens; le hasard, lui fit découvrir un sépulcre dont les sculptures en marbre lui prouvèrent que le corps de sainte Marie-Magdeleine était renfermé dans l’intérieur; en effet l’histoire de la sainte était sculptée avec un art merveilleux sur le tombeau. Une nuit donc le moine le brisa, prit les reliques et les emporta à son hôtel. Or, cette nuit-là même, la bienheureuse Marie-Magdeleine apparut à ce moine et lui dit de n'avoir aucune crainte mais d'achever l’oeuvre qu'il avait entreprise.
A son retour, il était éloigné d'une demi-lieue de son monastère, quand il devint absolument impossible de remuer les reliques, jusqu'à l’arrivée de l’abbé avec les moines qui les reçurent en procession avec grand honneur. Un soldat qui avait l’habitude de venir chaque année en pèlerinage au corps de la bienheureuse Marie-Magdeleine, fut tué dans une bataille. On l’avait mis dans le cercueil et ses parents en pleurs se plaignaient avec confiance à sainte Magdeleine de ce qu'elle avait laissé mourir, sans qu'il eût eu le temps de se confesser et de faire pénitence, un homme qui lui avait été si dévot. Tout à coup, à la stupéfaction générale, celui qui était mort ressuscita, demanda un prêtre, et après s'être dévotement confessé et avoir reçu le viatique, il mourut en paix aussitôt. —
Un navire sur lequel se trouvaient beaucoup d'hommes et de femmes fit naufrage. Mais une femme enceinte, se voyant en danger de périr dans la mer, invoquait, autant qu'il était en son pouvoir, sainte Magdeleine, et faisait vœu que si, grâce à ses mérites elle échappait au naufrage et mettait un fils au monde, elle le dédierait à son monastère. A l’instant, une femme d'un aspect et d'un port vénérable lui apparut, la prit par le menton, et la conduisit saine et sauve sur le rivage; quand tous les autres périssaient *. Peu de temps après, elle mit au monde un fils, et accomplit fidèlement son voeu.
* Vincent de B., Hist., l. XXIV, c. XXXV.

Mary Magdalene, Lucas Cranach (1472-1553) d. Ä., 1525 huile sur panneau 47 × 30 cm Wallraf-Richartz-Museum Köln L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Il y en a qui disent que Marie-Magdeleine était fiancée à saint Jean l’évangéliste, et qu'il allait l’épouser quand J.-C. l’appela au moment de ses noces. Indignée de ce que le Seigneur lui avait enlevé son fiancé, Magdeleine s'en alla et se livra tout à fait à la volupté. Mais parce qu'il n'était pas convenable que la vocation de Jean fût pour Magdeleine une occasion de se damner, le Seigneur, dans sa miséricorde, la convertit à la pénitence; et en l’arrachant aux plaisirs des sens, il la combla des joies spirituelles qui se trouvent dans l’amour de Dieu.
Quelques-uns prétendent que si N.-S. admit saint Jean dans une intimité plus grande que les autres, ce fut parce qu'il l’arracha à l’amour de Magdeleine. Mais ce sont choses fausses et frivoles; car frère Albert, dans le prologue sur l’Evangile de saint Jean, pose en fait que cette fiancée dont saint Jean fut séparé au moment de ses noces par la vocation de J.-C., resta vierge, et s'attacha parla suite à la sainte Vierge Marie, mère de J.-C. et qu'enfin elle mourut saintement.
Un homme privé de la vue venait au monastère de Vézelay visiter le corps de sainte, Marie-Magdeleine, quand son conducteur lui dit qu'il commençait à apercevoir l’église. Alors l’aveugle s'écria à haute voix: « O sainte Marie-Magdeleine ! que ne puis-je avoir le bonheur, de voir une fois votre église ! » et à l’instant ses yeux furent ouverts.
Un homme avait écrit ses péchés sur: une feuille qu'il posa sous la nappe de l’autel de sainte Marie-Magdeleine, en la priant de lui en obtenir la rémission. Peu de temps après il reprit sa feuille et tous les péchés en avaient été effacés.
Un homme détenu en, prison pour de l’argent qu'on exigeait de lui invoquait à son secours sainte Marie-Magdeleine; et voici qu'une nuit lui apparut une femme d'une beauté remarquable qui, brisant ses chaînes et lui ouvrant la porte, lui commanda de fuir. Ce prisonnier se voyant délivré s'enfuit aussitôt *.

Un clerc de Flandre, nommé Etienne, était tombé dans de si grands crimes, en s'adonnant à toutes les scélératesses, qu'il ne voulait pas plus entendre parler des choses qui regardent le salut. qu'il ne les pratiquait. Cependant il avait une grande dévotion en sainte Marie-Magdeleine ; il jeûnait ses vigiles et honorait le jour de sa fête. Une fois qu'il visitait soit tombeau; sainte Marie-Magdeleine lui apparut; alors qu'il n'était ni tout à fait endormi, ni tout à fait éveillé; elle avait la figure d'une belle femme; ses veux étaient tristes, et elle était soutenue a droite et, à gauche par deux anges : alors elle lui dit: « Je t'en prie, Etienne, pourquoi te livres-tu à des actions indignes de moi ? Pourquoi n'es-tu pas touché des paroles pressantes que je t'adresse, de ma propre bouche? dès l’instant que tu as eu de la dévotion pour moi, j'ai toujours prié d'une manière pressante le Seigneur pour toi. Allons, courage, repens-toi, car je ne t'abandonnerai pas que tu ne sois réconcilié avec Dieu. » Et il se sentit inondé de tant de grâces que, renonçant au inonde, il entra en religion et mena une vie très parfaite. A sa mort, on vit sainte Marie-Magdeleine apparaître avec des anges auprès de son cercueil, et porter au ciel, avec des cantiques, son âme sous la forme d'une colombe **.
* Vincent de B., Hist., 1. XXIV, c. XXXV, ms. de la Bible, Bibliothèque nationale, n° 5296.
** Denys le Chartr., Sermon IV, de sainte Marie-Magdeleine.

La Légende Dorée

samedi 12 mai 2012

Saints Nérée et Achillé

* Bréviaire; — Martyrologes; — Eusèbe, Hist. Eccl.
Nérée et Achillée, eunuques chambellans de Domitille, nièce de l’empereur Domitien, furent baptisés. par l’apôtre saint Pierre. Or, comme cette Domitille était fiancée à Aurélien, fils d'un consul, et qu'elle était couverte de pierreries et de vêtements de pourpre, Nérée et Achillée lui prêchèrent la foi, et lui suggérèrent une grande estime pour la virginité qu'ils lui montrèrent comme approchant de Dieu, rendant semblable aux anges, née avec l’homme, tandis qu'une femme mariée était sous la sujétion de son mari, qu'elle était frappée de coups de poing et de pied, qu'elle mettait trop souvent au monde des enfants difformes, supportant de plus avec peine les pieux avis de leur mère, qu'enfin elle était forcée d'endurer de grandes contrariétés de la part d'un époux. Domitille leur répondit entre autres choses : «Je sais que mon père fut jaloux et que ma mère eut à souffrir de sa part une foule de mauvais traitements Mais celui que je dois avoir pour mari lui ressemblera-t-il? » Ils lui dirent : « Tant que les hommes sont seulement fiancés, ils paraissent doux; mais dès qu'ils sont mariés, ils deviennent cruels et impérieux : quelquefois ils préfèrent des suivantes à leurs dames.

 Sainte Domitille avec Saints Nérée et Achille, huile de Niccolò Pomarancio (1598-99) pour l'église Santi Nereo e Achilleo, à Rome.Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

— Toute sainteté perdue peut se recouvrer par la pénitence, il n'y a que la virginité qui ne se puisse recouvrer: car la culpabilité peut être effacée par la pénitence, mais la virginité ne se peut réparer : elle ne saurait prétendre à regagner l’état de sainteté qu'elle a perdu. » Alors Flavie Domitille crut, fit vœu de virginité, reçut le voile des mains de saint Clément.
— A cette nouvelle son fiancé se fit autoriser par Domitien à la reléguer dans l’île Pontia, avec les saints Nérée et Achillée, dans la pensée qu'il pourrait ainsi la faire revenir sur la résolution prise par elle de garder la virginité. Quelque temps après, dans un voyage en cette île, il fit de riches présents à ces deux saints pour les engager à influencer cette vierge : mais ils s'y refusèrent absolument; et s'attachèrent à la fortifier dans ses bonnes dispositions. Comme on les poussait à sacrifier, ils dirent qu'ayant été baptisés par l’apôtre saint Pierre, rien ne pouvait les faire immoler aux idoles. Ils furent décapités vers l’an du Seigneur 80, et leurs corps furent ensevelis auprès du tombeau de sainte Pétronille.
II y en eut d'autres, comme Victorin, Euthicès et Maron qui étaient attachés à Domitille, qu'Aurélien faisait travailler tout le jour comme des esclaves dans ses domaines, et le soir il leur faisait manger le pain des chiens. Enfin il ordonna de fouetter Euthicès jusqu'à ce qu'il eût rendu l’âme ; il fit étouffer Victorin dans des eaux fétides et écraser Maron sous un énorme quartier de roche. Or, quand on eut jeté sur lui cette pierre que soixante-dix hommes pouvaient remuer à peine, il la prit sur les épaules et la porta comme paille légère l’espace de deux milles; et comme un grand nombre de personnes avaient alors embrassé la foi, le fils du consul le fit tuer.

 Ancient Roman saints Domitilla with Nereus and Achilleus Peter Paul Rubens (1577–1640) Santa Maria in Vallicella (Rome) domaine publique

Après quoi, il ramena Domitille de l’exil, et lui envoya deux vierges, Euphrosine et Théodora, ses sœurs de lait, pour la faire changer de résolution : mais Domitille les convertit à la foi. Alors Aurélien vint avec les deux fiancés de ces jeunes personnes et trois jongleurs pour célébrer ses noces, ou du moins, pour la posséder par la violence. Mais comme Domitille avait converti ces deux jeunes gens, Aurélien fit entrer Domitille dans une chambre nuptiale, ordonna à ses jongleurs de chanter et aux autres de se livrer à la danse avec lui, dans la volonté de faire violence ensuite à la sainte. Alors les baladins s'épuisèrent à chanter et les autres à danser ; Aurélien lui-même ne cessa de danser pendant deux jours, jusqu'à ce qu'exténué de fatigue, il expira.
Son frère Luxurius sollicita la permission de tuer tous ceux qui avaient reçu la foi, il mit le feu à l’appartement desdites vierges, qui rendirent l’esprit en faisant leurs prières. Le lendemain matin, saint Césaire ensevelit leurs corps qu'il avait retrouvés intacts.