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dimanche 30 septembre 2012

Saint Jérôme de Stridon

Jérôme de Stridon, saint Jérôme ou « Eusebius Sophronius Hieronymus » en latin, né vers 347 à Stridon, à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (actuelle Croatie) et mort le 30 septembre 420 à Bethléem, est un moine, traducteur de la Bible, fondateur de l'Ordre Hiéronymite, Docteur de l'Église et l'un des quatre Pères de l'Église latine, avec Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone et Grégoire Ier.
Jérôme suit des études à Rome, se convertit à l'âge de 26 ans après un rêve mystérieux lors d'une maladie, puis, après un séjour en Gaule, part pour la Terre Sainte en 373. Il y vit en ermite à Chalcis de Syrie, au sud-ouest d'Antioche. Il est ensuite ordonné prêtre à Antioche (Asie Mineure). En 383, le pape Damase Ier le choisit comme secrétaire et lui demande de traduire la Bible en latin. Cette grande confiance que le Pape lui avait accordé, en tant que conseiller, explique que la tradition lui reconnaisse la qualité de cardinal, bien que l'institution cardinalice n'ait pas, à cette époque, reçut la définition précise accordée par la réforme grégorienne. C'est pourquoi Jérôme, dans l'iconographie postérieure, tant dans la peinture que dans la sculpture, est très souvent représenté en cardinal.

Saint Jérôme par maître Théodoric, couvent Sainte-Agnès, Prague Vers 1370 114 × 105 cm Bois Galerie nationale a Prague L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement. La reproduction fait partie des 10 000 peintures compilées par le Yorck Project. Cette compilation est gérée par Zenodot Verlagsgesellschaft mbH et mise sous licence GNU Free Documentation License.

À la mort du pape, il doit quitter Rome et retourne en Terre sainte en compagnie de Paula, noble romaine. Ils fondent un monastère double à Bethléem. Durant les 34 dernières années de sa vie, Jérôme se consacre à écrire l'Ancien Testament en latin à partir de sa propre traduction de l'hébreu et à rédiger ses commentaires sur la Bible.
Il meurt en 420 et ses restes sont d'abord enterrés à Jérusalem puis auraient été transférés à la basilique Sainte-Marie-Majeure, l'une des quatre grandes basiliques de Rome.
Les catholiques le considèrent comme un des Pères de l'Église et, avec les orthodoxes, le vénèrent comme saint. Depuis Boniface VIII, en 1298, il est qualifié de docteur de l'Église.
Sa traduction de la Bible constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction latine officiellement reconnue par l'Église catholique. Il est considéré comme le patron des traducteurs en raison de sa révision critique du texte de la Bible en latin qui a été utilisée jusqu'au XXe siècle comme texte officiel de la Bible en Occident.

Vitrail représentant le bibliste et Docteur de l'Église, dans l'église Saint-Pierre de Blagnac (31), France 19 février 2004 Travail personnel de Nip sur Wikipédia Commons

Enfance
Jérôme naît à Stridon au milieu du IVe siècle. La date exacte de sa naissance n'est pas connue, mais les éléments qu'il donne (il est encore enfant à la mort de Julien), permettent de la situer vers l'année 347. Ses parents sont chrétiens et d'un milieu aisé, ils possèdent un domaine. Conformément aux usages de l'époque, il n'est pas baptisé mais est inscrit en tant que catéchumène.
Il part vers l'âge de douze ans pour Rome afin de poursuivre ses études. Il est accompagné de son ami Bonosus et se lie d'amitié à Rome avec Rufin d'Aquilée et Héliodore d'Altino. Il étudie auprès d'Aelius Donat la grammaire, l'astronomie et la littérature païenne, dont Virgile, Cicéron, et fréquente le théâtre, le cirque romain. Vers l'âge de seize ans, il suit les cours de rhétorique et de philosophie auprès d'un rhéteur, ainsi que le grec.
Il demande le baptême vers 366. Après quelques années à Rome, il se rend avec Bonosus en Gaule vers 367, et s'installe à Trèves « sur la rive à moitié barbare du Rhin ». C'est là qu'il entame son parcours théologique et recopie, pour son ami Rufin, le commentaire d'Hilaire de Poitiers sur les Psaumes, et le traité De synodis et où il découvre le monachisme naissant. Il séjourne ensuite pendant quelque temps, peut-être plusieurs années, avec Rufin à Chromace d'Aquilée auprès d'une communauté cénobitique. C'est à ce moment qu'il rompt les relations avec sa famille, et qu'il affirme sa volonté d'être consacré à Dieu. Quelques-uns de ses amis chrétiens l'accompagnent lorsqu'il entame, vers 373, un voyage à travers la Thrace et l'Asie Mineure pour se rendre dans le Nord de la Syrie.

Premières expériences monastiques
À Antioche, deux de ses compagnons meurent, et lui-même tombe malade plusieurs fois. Au cours de l'une de ces maladies (hiver 373-374), il fait un rêve qui le détourne des études profanes et l'engage à se consacrer à Dieu. Dans ce rêve, qu'il raconte dans une de ses lettres, il lui est reproché d'être « cicéronien, et non pas chrétien ». Il semble avoir renoncé pendant une longue durée après ce rêve à l'étude des classiques profanes, et s'être plongé dans celle de la Bible sous l'impulsion d'Apollinaire de Laodicée. Il enseigne ensuite à Antioche auprès d'un groupe de femmes, étant sans doute disciple d’Évagre le Pontique. Il étudie aussi les écrits de Tertullien, Cyprien de Carthage et Hilaire de Poitiers.

La Vision de saint Jérôme de Louis Cretey, 2nde moitié du 17e siècle, huile sur toile, 150,5 x 127 cm, Collection particulière.Œuvre provenant d'une collection particulière et exposée au musée des beaux-arts de Lyon pour l'exposition Louis Cretey     Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
Désirant vivement vivre en ascète et faire pénitence, il s'installe en 375 dans le désert de Chalcis de Syrie, au sud-ouest d'Antioche, connu sous le nom de « Thébaïde de Syrie ». Il y passe quelque temps en raison du grand nombre d'ermites qui y vivent. La période au désert et la vie érémitique de Jérôme fut assez difficile, notamment du fait des jeûnes et de sa santé fragile : « Les jeûnes avaient pâli mon visage, mais les désirs enflammaient mon esprit dans mon corps glacé et devant le pauvre homme que j'étais, chair à moitié morte, seuls bouillonnaient les incendies des voluptés ». Il est en relation à cette époque avec les chrétiens d'Antioche, et semble avoir commencé alors à s'intéresser à l'Évangile des Hébreux, qui est, selon les gens d'Antioche, la source de l'Évangile selon Matthieu. C'est à cette époque qu’il fait ses premiers commentaires bibliques en commençant par le plus petit livre de la Bible, le livre d'Abdias. Il profite de ce temps pour apprendre l'hébreu avec l'aide d'un juif. Il traduit alors l’Évangile des Nazaréens, qu’il considère un temps comme l’original de l’Évangile de Matthieu. C'est à partir de cette période que Jérôme commence sa correspondance épistolaire, qu'il continue tout au long de sa vie.
À son retour à Antioche, en 378 ou 379, il est ordonné par l'évêque Paulin. Peu de temps après, il part à Constantinople pour continuer ses études des Écritures sous l'égide de Grégoire de Nazianze, mais aussi pour éviter les querelles théologiques entre les partisans de Nicée et les ariens. Il y reste deux ans et suit les cours de Grégoire de Nazianze qu’il décrit comme son précepteur. C’est à cette période qu’il découvre Origène et qu’il commence à développer une exégèse (étude de la Bible) en comparant les interprétations latines, grecques et hébraïques de la Bible. Il traduit en latin et complète la Chronique d'Eusèbe de Césarée, histoire universelle d'Abraham à Constantin.

Antonello de Messine , Saint Jérôme dans son étude, vers 1475 huile sur panneau 46 × 36,5 cm L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement. La reproduction fait partie des 10 000 peintures compilées par le Yorck Project. Cette compilation est gérée par Zenodot Verlagsgesellschaft mbH et mise sous licence GNU Free Documentation License.
  Jérôme au service du pape
En 382, il revient à Rome pour trois ans. Il est en contact direct avec le pape Damase et les principaux responsables de l'Église de Rome. Son retour à Rome est sans doute dû aux conflits issus du Concile de Constantinople ; il rencontre Paulin qui l’a invité à Rome pour être interprète. Il est invité au concile de Rome de 382, qui est convoqué pour mettre fin à la séparation d'une partie de l'Église d'Antioche. Jérôme, qui parle grec et latin, se rend indispensable auprès du pape Damase par ses traductions et sa connaissance biblique. Il devient un secrétaire occasionnel du pape et le conseille lors de consultations synodales.
En plus de l’aide occasionnelle donnée au pape Damase, Jérôme répond à ses demandes d'explications sur des termes de la Bible en utilisant les versions grecques et hébraïques. Ses traductions et ses interprétations cherchent à intégrer les aspects historiques de l’Écriture. À la demande privée du pape Damase, il cherche aussi à prendre en charge la révision du texte de la Bible latine, sur la base du Nouveau Testament grec et des traditions grecques de la Septante, attribuées à Symmaque l'Ébionite et Théodotion, afin de mettre fin aux divergences des textes qui circulent en Occident (connus sous le nom de Vetus Latina). Il commence aussi la traduction des Psaumes. Il traduit à la demande de Damase Les commentaires sur le Cantique des cantiques d’Origène, ainsi que le traité Sur le Saint Esprit de Didyme l’Aveugle.
Il exerce une influence non négligeable au cours de ces trois années passées à Rome, notamment par son zèle à prôner l'ascétisme. Il s'entoure d'un cercle de femmes de la noblesse, dont certaines sont issues des plus anciennes familles patriciennes, comme les veuves Marcella et Paula, et leurs filles Blaesilla et Eustochium . Il prend parti pour la possibilité d'être une femme consacrée en défendant la virginité, dans la célèbre lettre 22, rédigée en 384, destinée à Eustochium, surnommée Sur la virginité à conserver. Il met en garde Eustochium contre les dangers de l'adolescence, lui recommandant d'éviter le vin : « Vin et jeunesse : double fournaise de volupté. Pourquoi jeter de l'huile sur le feu ? Pourquoi à ce jeune corps ardent fournir l'aliment de ses flammes ? », encourageant la virginité : « Rien n'est dur à qui aime ; à qui désire, nul effort n'est difficile (...) chaque fois que dans le monde tu remarqueras quelque objet fastueux, émigre en ton esprit au paradis : commence d'être ici-bas ce que tu seras là-haut ». Cette lettre connaît une diffusion importante à Rome et contribue à développer une certaine opposition au sein du clergé romain.
Jérôme fait la critique du clergé régulier, il critique la cupidité des évêques et des prêtres. De plus il critique le paganisme qui reste présent à Rome au sein du clergé romain, qui y préserve des cultes païens. Les critiques ouvertes de Jérôme contribuent à faire naître une hostilité croissante à son égard de la part du clergé et de ses partisans.
Peu de temps après la mort de son protecteur Damase, le 11 décembre 384, l'opposition du clergé à l'égard de Jérôme le conduit à quitter Rome. Sa présence loin d'Antioche allait à l’encontre du concile de Nicée, qui exigeait que les prêtres ordonnés restent dans leurs diocèses d'origine. Il part avec quelques fidèles en direction de Jérusalem, en prenant avec lui des copies de livres, avec beaucoup de rancune envers ceux qui l’ont exclu.

Albrecht Dürer, Saint Jérôme dans son cabinet, 1514 gravure Kupferstich-Kabinett Dresde Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Pèlerinage en Terre Sainte
En août 385, il retourne à Antioche, accompagné par son frère Paulinianus et quelques amis. Il est suivi peu de temps après par Paula et Eustochium, résolues à quitter leur entourage patricien pour finir leurs jours en Terre Sainte. Les pèlerins, rejoints par l'évêque Paulin d'Antioche, visitent Jérusalem, Bethléem et les lieux saints de Galilée. Ils rencontrent Rufin d'Aquilée, son ami de jeunesse, et Mélanie l'Ancienne à Jérusalem, qui mènent une vie de pénitence et de prière, dans des monastères, que Jérôme cite en exemple à Paula.
Pendant l'hiver 385-386, Jérôme et Paula partent en Égypte, car c’est là le berceau des grands modèles de la vie ascétique. À Alexandrie, Jérôme peut rencontrer et écouter le catéchiste Didyme l'Aveugle expliquer le prophète Osée et raconter les souvenirs qu'il avait de l'ascète Antoine le Grand, mort trente ans plus tôt.

Fondation du monastère à Bethléem
En 386, il revient à Bethléem où il s'installe et fonde une communauté d'ascètes et d'érudits. Il y construit et développe son monastère pendant trois ans grâce aux moyens que lui fournit Paula. L'ensemble comporte une hôtellerie pour accueillir les pèlerins, et aussi un monastère pour les femmes. Paula dirige le monastère des femmes et Jérôme quant à lui dirige le monastère des hommes, mais il donne des directions spirituelles aux hommes comme aux femmes à travers des explications des Écritures. L'Écriture a une place primordiale dans la vie communautaire inaugurée par Jérôme. Jérôme assimile la Bible au Christ : « Aime les saintes Écritures et la Sagesse t'aimera, il faut que ta langue ne connaisse que le Christ, qu'elle ne puisse dire que ce qui est saint ». Jérôme montre des qualités d'éducateur, il écrit pour la petite-fille de Paula un manuel d'éducation, dans lequel il insiste sur la pédagogie : « Qu'on lui fasse des lettres, soit de buis, soit d'ivoire, et qu'on les désigne par leurs noms ; qu'elle s'en amuse, qu'ainsi son amusement même lui soit un enseignement..., qu'assembler les syllabes lui vaille une récompense, qu'on l'y invite encore par des petits cadeaux qui peuvent faire plaisir à cet âge. » ; il poursuit ses conseils : « Qu'elle ait des compagnes d'études qu'elle puisse envier, dont l'éloge la pique. Il ne faut pas la gronder si elle est un peu lente, mais stimuler son esprit par des compliments : qu'elle trouve de la joie dans les succès et dans l'échec de la peine. Veiller surtout à ce qu'elle ne prenne pas les études en dégoût, car l'amertume ressentie dans l'enfance pourrait durer au delà des années d'apprentissage ».

Couvent de Saint-Jérôme à Bethléem 16 X 2007 Travail personnel de Bonio sur Wikimédia Commons

Dans sa correspondance avec certains Romains qui lui demandent conseil, Jérôme montre l'importance qu'il donne à la vie communautaire : « Je préférerais que tu sois dans une sainte communauté, que tu ne t'enseignes pas toi-même et que tu ne t'engages pas sans maître dans une voie entièrement nouvelle pour toi », recommandant la modération dans les jeûnes corporels : « la malpropreté sera l'indice de la netteté de ton âme... Une nourriture modique, mais raisonnable, est salutaire au corps et à l'âme », ainsi que d'éviter l'oisiveté : « Livre-toi à quelque travail manuel, pour que le diable te trouve toujours occupé », terminant ses conseils par la maxime : « Le Christ est nu, suis-le nu. C'est dur, c'est grandiose et difficile ; mais magnifique en est la récompense ».

Commentaires des Écritures
À Bethléem, il apprend l'hébreu en suivant les cours du rabbin Bar Anima et étudie à la bibliothèque de Césarée de Palestine les différents écrits d'Origène ainsi que l'Ancien Testament en grec et hébreu. Jérôme développe des commentaires sur l'Ecclésiaste ; pour cela il s'appuie sur les différentes interprétations afin de pouvoir découvrir le sens littéral puis faire des commentaires. À la demande de Paula et d'Eustochium, il traduit l'épître aux Galates puis fait le même travail avec l'épître aux Éphésiens et l'épître à Tite.

Domenico Ghirlandaio, Saint Jérôme dans son étude, 1480, Chiesa di Ognissanti, Florence. Source:http://www.artunframed.com/ Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
En 389 il arrête son travail sur les épîtres de Paul afin de commencer la traduction des Psaumes. Il commence la traduction du livre de Nahum. Il développe alors sa méthode d'exégèse, issue en grande partie d'Origène : traduire le livre dans ses différentes versions puis en donner une explication historique, puis allégorique et enfin spirituelle. Il profite de ses commentaires sur la Bible pour répondre à la théologie de Marcion qui remet en cause l'unicité du Dieu de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament. Il écrit des commentaires du livre de Michée, du livre de Sophonie, du livre d'Aggée ainsi que du livre de Habacuc.
De 389 à 392, Jérôme travaille à la traduction de la Bible de la Septante en latin, il utilise la technique de l'hexaples d'Origène.
À la demande de Paula et d'Eustochium, Jérôme traduit les 39 homélies d'Origène et critique les écrits d'Ambroise de Milan qui utilise les écrits d'Origène en se trompant dans les traductions. La recherche biblique conduit Jérôme à entreprendre une onomasticon des noms et lieux hébreux, poursuivant l'initiative du rabbin Philon d'Alexandrie et complétant celle existante d'Eusèbe de Césarée. Cette étude le conduit à utiliser l'hébreu, ainsi que des traditions rabbiniques, afin de pouvoir mieux comprendre certains passages de la Bible, ce qui est une nouveauté dans le christianisme qui n'utilise alors que la version grecque de la Bible, la Septante, dans l'exégèse.

Jérôme polémiste et apologétique
Jérôme continue ses traductions avec les écrits de Didyme l'Aveugle. Il reprend le travail commencé à la demande du Pape Damase, et finit la traduction du traité sur la divinité du Saint-Esprit. Il écrit Sur les hommes illustres, une nomenclature des principaux personnages historiques chrétiens, en s'inspirant de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, mais aussi des écrits de Philon d'Alexandrie. Sur les hommes illustres deviendra l'une des principales sources d'information des historiens pendant de nombreux siècles.
Jérôme écrit en 393 un traité polémique Contre Jovinien. Il y critique les thèses du moine Jovinien, qui affirme que les personnes menant une vie d'ascèse ont les mêmes mérites que les personnes qui ne la pratiquent pas, et que les péchés sont d'égale importance. Cette conception de Jovinien va à l'encontre des principes de la vie monacale ainsi que de la virginité et de la vie consacrée des femmes si chers à Jérôme. Les thèses de Jovinien sont condamnées par des conciles locaux, par Ambroise de Milan et par Augustin d'Hippone qui parlent de Jovinien comme d'un hérétique.

Saint Jérôme écrivant, terre cuite du XVIIIe siècle par Luc Breton, Bibliothèque municipale de Besançon.2007 Travail personnel de Arnaud 25 sur Wikimédia Commons

Jérôme, en s'appuyant sur de nombreux passages de la Bible, mais aussi sur des philosophes hellénistes, critique vivement cette conception, en montrant la supériorité de la virginité sur la vie conjugale. Il prend aussi la défense de la sobriété et met en garde Rome contre la possibilité de retour des vices antérieurs au christianisme. Son traité Contre Jovinien est cependant très mal perçu à Rome et reçoit de nombreuses critiques, certains accusant Jérôme de nier l'importance du mariage et donc l'œuvre de la création, d'autant que la virginité consacrée n'est pas encore développée à Rome. Jérôme ajoute alors une Apologie à son traité, cherchant à limiter les critiques qui lui sont adressées.
La querelle sur Origène
La vie monastique de Jérôme, et ses critiques vives contre certains moines, dénonçant les vices des uns et des autres, lui valent de nombreuses inimitiés. De passage à Bethléem, Sulpice-Sévère défend l'attitude de Jérôme, le décrivant comme très studieux, défendant la doctrine et dormant peu. Mais cette opinion n'est pas partagée par tous : Palladios, ami de Jean Chrysostome, décrit Jérôme comme étant doué mais très jaloux, édictant des règles quand il le souhaite, au contraire de Rufin d'Aquilée, qu'il décrit comme un vrai modèle ascétique.
Les rapports entre Jérôme et Rufin d'Aquilée se dégradent à la même époque : leur longue amitié s'interrompt brutalement, se muant en une haine féroce entre les deux personnes, à cause essentiellement de leurs divergences sur Origène.
Au début 393 un groupe de moines demande sa signature à Jérôme de Stridon au bas d'une déclaration dans laquelle il dénonce les erreurs d’Origène, que Jérôme accepte. Jérôme défend sa traduction d'Origène en affirmant : « Qu'Origène soit hérétique, peu importe ! Je ne nie pas qu'il le soit sur certains sujets, mais il a bien interprété les Écritures ; il a expliqué les obscurités des prophètes et dévoilé les mystères de l'Ancien et du Nouveau Testament ». Ce même groupe se présente à Rufin d’Aquilée qui refuse de signer cette déclaration ; or Rufin d’Aquilée était protégé par Jean, faisant naître des doutes sur leur conformité aux dogmes. En 393, Épiphane de Salamine se rend à Jérusalem, où il critique ouvertement les anthropomorphismes d’Origène et suspecte d’hérésie l'évêque de Jérusalem, Jean. Peu de temps plus tard il ordonne de force le frère de Jérôme, Paulus. Or cette ordination a lieu sans l’accord de Jean de Jérusalem et en dehors de sa juridiction. L’évêque, mécontent, exclut Jérôme et sa communauté des célébrations dans l'église de la Nativité. Cet épisode conduit à une rupture entre Jérôme et Rufin d'Aquilée, ce dernier soutenant Jean de Jérusalem. Celui-ci cherche alors à exclure Jérôme de son diocèse, mais ils réussissent à se réconcilier grâce à Théophile d'Alexandrie.
Jérôme reprend en 396 ses traductions de la Bible, avec le livre de Jonas, ainsi que le livre d'Abdias ; il en profite pour prendre ses distances avec les thèses d'Origène, mais continue de mettre en parallèle les traductions hébraïques et grecques. Il peaufine sa méthode d'interprétation de la Bible, regrettant ses interprétations de jeunesse : « Je dois me faire pardonner d'avoir dans mon adolescence, poussé l'amour et le goût des Saintes Écritures, interprété allégoriquement le prophète Abdias, alors que j'en ignorais le sens historique ». Au printemps 397, il explique les visions d'Isaïe ; il est alors encore plus précis sur l'interprétation des Écritures : « L'interprétation spirituelle doit rester conforme à la vérité historique, dont l'ignorance fait tomber beaucoup d'interprètes dans l'aveuglement ». C’est dans ce commentaire d’Isaïe qu’il écrit la célèbre phrase qui montre tout l’importance qu’il donne à l’étude de la Bible : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ».

Saint Jérôme par Léonard de Vinci (1452–1519), vers 1482, 103 × 75 cm, Musée de la Pinacothèque, Vatican. La composition inachevée de la peinture est probablement due à un découpage de certaines parties.Tempera et huile sur bois     Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
Rufin d'Aquilée traduit les œuvres d'Origène, mais dans la préface de sa traduction il critique ouvertement Jérôme, affirmant que Jérôme par sa traduction favorise les hérésies d'Origène. La réponse de Jérôme ne se fait pas attendre, il critique vivement la méthode de traduction de Rufin d'Aquilée, qui sous prétexte de ne pas vouloir favoriser les hérésies trahit les traductions ; il décide de traduire lui-même l'ouvrage Sur les Principes d'Origène en 398 et 399. Cette traduction des écrits d'Origène par Jérôme conduit à accentuer la méfiance à l'encontre de Jérôme, certains le soupçonnant d'hérésie. La mort du pape Sirice et l'élection du pape Anastase Ier changent cependant la donne, le nouveau pape étant bienveillant à l'égard de Jérôme.
Rufin d'Aquilée est cependant mis en difficulté et il répond dans son Apologie en critiquant de nouveau Jérôme pour sa proximité avec Origène. Cette nouvelle charge contre Jérôme conduit ce dernier à écrire un traité Contre Rufin dans lequel il présente sa conception de la traduction des Écritures et de leurs interprétations : il défend la possibilité d'avoir différentes interprétations. Concernant la traduction de la Bible, là encore Jérôme défend les différentes possibilités de traduction qui permettent d'enrichir la lecture d'une traduction. D’ailleurs, Jérôme profite de cette période pour traduire la Bible en s’appuyant sur l’hébreu : ainsi il traduit en 393 les livres de Samuel et des Rois, en 394 le livre de Job, les livres des Prophètes, en 395 les livres des Chroniques, les cinq livres du Pentateuque (la date est encore discutée par les historiens, aux environs de 398), en 398 le livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste, les Psaumes, en 399 les livres de Tobie et de Judith, en 400 le livre d’Esdras. Chaque livre qu’il traduit est précédé d’une préface où Jérôme décrit les difficultés de la traduction, mais aussi une défense de l’hébreu dans la traduction vis-à-vis des nombreux critiques et partisans de la Septante.

Niccolò Antonio Colantonio, Saint Jérôme retirant l'épine de la patte du lion, dans son cabinet de travail, vers 1445, Museo di Capodimonte, Naples 25 mai 2008 Source     http://www.aiwaz.net/uploads/gallery/saint-jerome-in-a-study-606.jpg Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Travaux exégétiques
Les travaux de Jérôme suscitent un vif intérêt de la part de saint Augustin qui lui écrit à de nombreuses reprises pour avoir son point de vue sur l'interprétation de la Bible. Au début, Jérôme de Stridon ne lui répond pas car il se méfie d'Augustin qui n'est alors pas très reconnu. Ce n'est qu'à partir de 404 que les échanges entre Jérôme et Augustin d'Hippone deviennent fructueux, Augustin faisant part de sa méfiance vis-à-vis de la traduction de la Bible provenant de sources hébraïques.
Le 16 janvier 404, sa fidèle amie Paula meurt, ce qui marque profondément Jérôme : il tombe malade et a beaucoup de mal à se remettre à travailler. Il décide cependant de traduire en latin les anciennes règles cénobitiques d'Orient, « la plupart des Latins ignorent le texte des Égyptiens et des Grecs par lesquels les préceptes de Pachôme, de Théodore et d'Oriésus ont été mis par écrit ».
En 406, Jérôme reçoit une missive de l'évêque Exupère de Toulouse qui lui demande son avis sur les théories du prêtre Vigilance qu'il a rencontré. Jérôme écrit alors un traité, Contre Vigilance, dans lequel il dénonce la doctrine prêchée par Vigilance, qui refuse le culte des martyrs et s'oppose au célibat consacré. Jérôme affirme alors que les morts sont unis dans le Christ, et peuvent continuer à intercéder pour les vivants : « Si les apôtres et les martyrs, encore revêtus d'un corps et dans l'obligation de prendre soin de leur salut, peuvent prier pour les hommes, à plus forte raison peuvent-ils le faire après avoir remporté la victoire et reçu la couronne ».
Il reprend ses études et ses traductions sur les prophètes et sur Isaïe tout en répondant aux questions qui lui sont envoyées de Gaule, d'Espagne, d’Afrique du Nord, par le biais de pèlerins en Terre Sainte. Il finit en 408 la traduction d'Isaïe qu'il a promise à la défunte Paula, et il la dédicace à sa fille Eustochium.

Grandes catastrophes, lutte contre Pélage et mort de Jérôme
Le sac de Rome en 410 par les Wisigoths conduit à la mort des principaux amis de Jérôme qui en est très affecté. La traduction et l'étude des textes d'Ézéchiel sont souvent limitées du fait de l'âge de Jérôme, mais aussi par la présence à Bethléem de beaucoup de réfugiés qui arrivent dans son monastère.
Les pélagiens, qui forment alors une grande famille spirituelle, minimisent l'importance des sacrements, certains niant l'importance de la grâce dans le salut, ce qui conduit Jérôme à critiquer Pélage, qu'il surnomme « ventre à bouillie », et à tenter en vain de le faire condamner. Cependant il n'y parvient pas et une troupe de partisans des pélagiens envahit et dévaste le monastère de Bethléem en 416. Une partie du monastère est brûlée et un diacre est tué, ce qui conduit Jérôme et son entourage à se réfugier dans des tours fortifiées. La nouvelle de la destruction du monastère de Jérôme ainsi que des meurtres remonte jusqu'au pape Innocent Ier qui s'inquiète de sa situation : « Ta douleur et tes gémissements émeuvent si fort nos entrailles que ce n'est pas le moment de te donner des conseils ».
Jérôme est contraint de se réfugier dans une forteresse avoisinante. Il reçoit l'appui du pape, qui demande à Jean de Jérusalem de protéger Jérôme. Pélage est alors condamné par le concile de Carthage de 416, dominé par Augustin d'Hippone, et chassé de Palestine en 418. Jérôme est à la même époque très affecté par la mort soudaine d'Eustochium « La dormition soudaine de la sainte et vénérable Eustochium nous a tout à fait brisé et changé presque notre manière de vivre... La vivacité d'esprit et les forces corporelles m'ont totalement abandonné. ». Jérôme meurt sans doute le 30 septembre 419. La date de sa mort est connue par la chronique de Prosper d'Aquitaine. Ses restes, enterrés d'abord à Jérusalem, auraient été ensuite transférés, selon une tradition non authentifiée, à la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome, lors des invasions musulmanes en Palestine.



Œuvre théologique
La quasi-totalité de la production de Jérôme dans le domaine doctrinal a un caractère polémique plus ou moins affirmé. Elle est dirigée contre les adversaires de la doctrine orthodoxe. Même sa traduction du traité de Didyme l’Aveugle sur l'Esprit Saint en latin (commencée à Rome en 384 et continuée à Bethléem) fait preuve d'une tendance à l'apologétique contre les ariens et les tenants de la doctrine pneumatiste. Il en est de même de sa version du De principiis d'Origène (vers 399), dont la vocation est de suppléer à la traduction inappropriée de Rufin. Les écrits polémiques au sens strict couvrent la totalité de la carrière littéraire de Jérôme. Pendant ses séjours à Antioche et Constantinople, il doit s'occuper de la controverse arienne, et particulièrement des schismes provoqués par Mélitios et Lucifer de Cagliari. Dans deux lettres au pape Damase (ep. 15 et 16), il se plaint de la conduite des deux partis à Antioche, les mélétiens et les pauliniens, qui ont tenté de le faire participer à leur controverse sur l'application des termes « ousia » et « hypostasis » à la Trinité.
À la même époque, ou un peu plus tard (379), il rédige son Liber contra Luciferianos, où il fait un usage adroit du dialogue pour combattre les meneurs de cette faction. À Rome, vers 383, il écrit une vibrante tirade contre l'enseignement d'Helvidius, pour défendre la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie et la supériorité du célibat sur l'état conjugal. Il trouve un autre opposant en la personne de Jovinianus (Jovinien, cité plus haut) avec qui il entre en conflit en 392 (Adversus Jovinianum, et l'apologie de ce texte, que l'on trouve dans une lettre à son frère Pammachius, ep. 48). Une fois de plus, il prend la défense des pratiques catholiques de la piété et de sa propre éthique ascétique en 406, contre le prêtre espagnol Vigilantius qui s'oppose au culte des martyrs et des reliques, au vœu de pauvreté, et au célibat du clergé.
À la même époque débute la controverse avec Jean de Jérusalem et Rufin sur l'orthodoxie d'Origène. C'est de cette période que datent ses polémiques les plus passionnées et les plus globales : le Contra Joannem Hierosolymitanum (398 ou 399), les deux Apologiae contra Rufinum qui y sont intimement liées (402), et le « dernier mot » écrit quelques mois plus tard, Liber tertius seu ultima responsio adversus scripta Rufini. Le dernier de ses écrits polémiques est le dialogue « Contre Pélage ».
 Saint Jérôme par Albrecht Dürer(1471–1528) 1494-1497 Huile sur bois L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement. La reproduction fait partie des 10 000 peintures compilées par le Yorck Project. Cette compilation est gérée par Zenodot Verlagsgesellschaft mbH et mise sous licence GNU Free Documentation License.
Interprétation de la Bible
Jérôme de Stridon, de par son travail de traduction de la Bible, rend possible une évolution très importante pour l'histoire du christianisme occidental. En effet, la majorité des écrits bibliques sont à l'époque en grec, avec la traduction de la Septante. Or cette traduction grecque de la Bible est connue dans le monde latin (ou occidental) sous différentes versions. De plus, de nombreux débats théologiques animent avec passion les cités grecques, alors le débat théologique en Occident est beaucoup moins intense. Les traductions de commentaires d'Origène ainsi que d'écrits de Didyme l'Aveugle contribuent à enrichir la connaissance par les chrétiens latins des écrits des auteurs orientaux.
Jérôme développe tout au long de sa vie de nombreux commentaires sur l'Écriture. L'exégèse biblique de Jérôme est en grande partie fondée sur la typologie d'Origène dans l'ouvrage Sur les principes.
Lors de l'étude d'un texte biblique, Jérôme observe les différentes traductions existantes, latines, grecques et hébraïques. Ces différentes versions lui permettent de trouver le sens le plus proche de l'écrivain inspiré. Une fois la traduction faite, Jérôme recherche le sens historique du passage biblique, puis le sens allégorique de chacune des versions traduites avant de les comparer. Jérôme n'hésite pas à comparer un texte biblique à d'autres textes de la Bible afin de pouvoir expliquer les passages difficiles, c'est grâce à la Bible que l'on peut trouver des réponses aux interrogations. C'est dans la lettre 120 à Hédybia que Jérôme conceptualise la manière de faire de l'exégèse : « Il y a dans notre cœur une triple description qui est la règle des Écritures. La première est de les comprendre selon le sens historique, la seconde selon la tropologie, la troisième selon l'intelligence spirituelle ».

Femmes consacrées et virginité
Jérôme de Stridon défend tout au long de sa vie la possibilité pour les femmes d'avoir une vie consacrée. Dès l'époque romaine, il défend la virginité de la femme dans son traité Contre Helvidius. Celui-ci niait la virginité perpétuelle de Marie, affirmant que cela n'avait pas d'importance, et que Jésus avait des frères. Jérôme, en reprenant les termes de la Bible, affirme que la notion de frère est plus large dans les évangiles. Puis il démontre dans son traité Contre Helvidius que la nouveauté du christianisme conduit à faire évoluer l'échelle des valeurs : la supériorité du mariage sur le célibat n'est plus vraie après l'arrivée du Christ comme elle l'était à l'époque des Patriarches et de l'Ancienne Alliance.
Le statut des femmes à Rome à l'époque de Jérôme laissait place à une large émancipation pour les femmes riches de Rome ; l'apparition de femmes consacrées encouragées par Jérôme est donc une nouveauté qui est mal vue par la société romaine. Cependant Jérôme, comme Ambroise de Milan dans trois traités, Sur les vierges, Sur les veuves, Sur la virginité quelques années auparavant, défend l'émergence de femmes consacrées. Il commence à rencontrer des femmes dévotes à Rome, Marcella, amie du pape Damase Ier, puis d'autres romaines comme Paule auxquelles il enseigne la Bible et l'exégèse.

the Lübeck Bible (1494), showing the preface of Saint Jerome, woodcut by the Master of the Lübeck Bible 19 novembre 1494 Source http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0002/bsb00025548/images/bsb00025548_00010.jpg master of the Lubeck Bible; print: Steffen Arndes; scan upload: user:Concord Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Jérôme est un érudit de langue latine à une époque où cela implique de parler couramment le grec. Il sait un peu d'hébreu à l'époque où il commence son projet de traduction, mais il se rend à Bethléem pour parfaire sa connaissance de la langue et améliorer son approche de la technique juive du commentaire scripturaire.
Il existe alors trois versions, une traduction africaine utilisée par Tertullien, une autre utilisée par les Églises occidentales et enfin la dernière, italienne, attestée par Ambroise de Milan et Augustin d'Hippone. Jérôme préfère la version latine utilisée par Ambroise. Néanmoins, très vite, il déplore la multiplicité des traductions latines, aujourd'hui rassemblées sous le vocable Vetus Latina. Il s'efforce tout au long de sa vie de chercher les meilleures traductions et de les composer lui-même. Ainsi, il utilise au début les différentes versions grecques de la Bible, dont la Septante, puis progressivement s'appuie sur les écrits hébraïques de la Bible afin d'affiner la traduction.
L'utilisation de l'hébreu pour l'exégèse est alors relativement rare. Jérôme étudie aussi l'hébreu et défend l'existence d'une « verita hebraica ». Cette volonté de retrouver l’origine des textes, mais surtout sur l’hébreu, est alors une radicale nouveauté dans le christianisme, dans la mesure où le christianisme ne s’est fondé jusqu’alors que sur la Septante ou ses traductions. Jérôme de Stridon enrichit ainsi la recherche sur la Bible, ce qui permet aussi une plus grande exégèse en se fondant sur cette vérité hébraïque. Ses études sur la traduction et la signification hébraïque des mots conduisent à développer l'exégèse au sein du christianisme. Cette utilisation lui est reprochée par Augustin d'Hippone, qui craint les divisions sur les traductions de la Bible, et par Rufin d'Aquilée, pour qui l'utilisation de l'hébreu conduit à remettre en cause la nouveauté du christianisme.
La connaissance du grec et du latin de Jérôme lui permet progressivement de développer une traduction unifiée de la Bible. L'unification progressive de la traduction faite par Jérôme est connue sous le nom de Vulgate. Il vient à bout de cette entreprise vers 405.
Même si la version de Jérôme a du mal à s'imposer aux Ve et VIe siècles du fait de l'opposition d'Augustin d'Hippone et de Grégoire le Grand, elle devient progressivement la norme au sein des Églises occidentales dès les VIIe et VIIIe siècles, au point de devenir lors du concile de Trente la version officielle de l'Église catholique romaine, le concile affirmant : « Aussi statue-t-il (Le Concile) et déclare-t-il que la vieille édition de la Vulgate, approuvée par l'Église-même par le long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique dans les leçons publiques, les discussions, les prédications et les explications ».

Écrits historiques
Le plus important des travaux historiques de Jérôme est le livre Sur les hommes illustres, écrit à Bethléem en 392, dont le titre et la structure sont empruntés à Eusèbe de Césarée. Il contient de brèves notices biographiques et littéraires sur 135 auteurs chrétiens, de Pierre à Jérôme lui-même. Pour les 78 premiers, sa source principale est Eusèbe de Césarée (Historia ecclesiastica) ; la seconde partie, qui commence avec Arnobe et Lactance, comprend une bonne quantité d'informations indépendantes, particulièrement en ce qui concerne les auteurs occidentaux.

Correspondance
La correspondance de Jérôme constitue la partie la plus intéressante de son œuvre conservée (outre la traduction de la Bible), par la variété de la matière et la qualité du style. Aujourd'hui, 154 lettres sont identifiées comme étant écrites par Jérôme. Qu'il discute de points d'érudition, évoque des cas de conscience, réconforte les affligés, tienne des propos plaisants avec ses amis, vitupère contre les vices de son époque, exhorte à la vie ascétique et à la renonciation au monde, ou joute contre ses adversaires théologiques, il offre une peinture vivante non seulement de son esprit, mais également de son époque et de ses caractéristiques particulières.
Les lettres les plus reproduites ou les plus citées sont des lettres d'exhortation : ep. 14 Ad Heliodorum de laude vitae solitariae, une sorte de résumé de la théologie pastorale vue sous l'angle ascétique, ep. 53 Ad Paulinum de studio scripturarum, ep. 57 au même : De institutione monachi, ep. 70 Ad Magnum de scriptoribus ecclesiasticis, et ep. 107, Ad Laetam de institutione filiae.
Les correspondances de Jérôme ont été rangées selon le moment de leur rédaction, alors que dans la majorité des cas les lettres sont rangées d'après leur moment de réception. Ce classement particulier permet de voir qu'une lettre d'Augustin d'Hippone est classée 56e alors même que Jérôme ne la recevra que dix ans plus tard. Jérôme a eu une correspondance avec de nombreuses personnes tout au long de sa vie. Ces lettres recouvrent différents types de sujets, comme des conseils spirituels, notamment des conseils qu'il donna par rapport à la vie ascétique qu'il mena, et des lettres sur l'éducation.
Certaines lettres furent diffusées de manière plus importante ; elles portent principalement sur la vie consacrée féminine, comme la lettre 22 destinée à Eustochium Sur la virginité à conserver, ou masculine comme la lettre 52 Sur la vie des clercs

Vénération et patronage
Les chrétiens d'Occident vénèrent Jérôme comme saint et le fêtent le 30 septembre. Il est fêté le 15 juin grégorien par l'Église orthodoxe. Il est le patron des docteurs, des étudiants, des archéologues, des pèlerins, des bibliothécaires, des traducteurs et des libraires. Dans l'Église catholique romaine, il est reconnu comme le saint patron des bibliothécaires et des traducteurs. Le pape Boniface VIII décide de faire de Jérôme l'un des Docteurs de l'Église à la fin du XIIIe siècle, en même temps qu'Augustin d'Hippone, Ambroise de Milan et Grégoire le Grand.
Les écrits de Jérôme de Stridon, et notamment la Vulgate, sont reconnus au concile de Trente comme la version officielle de l'Église catholique romaine. C’est une reconnaissance de Jérôme de Stridon, Valéry Larbraud affirmant que ce texte est : « une des pierres angulaires de notre civilisation »

 A cardinal Doctor of the Church (possibly Saint Jerome?). Detail from the manneristic frescos by Carlo Urbino on the ceiling of the altar chapel in the Cappella di sant'Aquilino in the Basilica di San Lorenzo Maggiore in Milan, Italy. Picture by Giovanni Dall'Orto, May 18 2007.

Représentations et légendes de Jérôme dans l’iconographie
Les représentations de Jérôme de Stridon ont très vite été présentes dans l'art occidental. Dès le début du Moyen Âge, des représentations de Jérôme de Stridon étudiant la Bible figurent dans des ouvrages religieux. Ces représentations vont évoluer en s'appuyant sur des légendes qui se développent au cours du Moyen Âge.
Prêtre romain, Jérôme est traditionnellement représenté en cardinal. Même lorsqu'il est figuré comme un anachorète avec une croix, un crâne et une Bible pour toute ornementation de sa cellule, il est souvent représenté avec un chapeau rouge ou un autre signe comme le manteau pourpre pour indiquer son rang de cardinal. Cette représentation est anachronique, puisque le cardinalat est créé vers l'an mille ; elle est due à la période romaine de Jérôme au cours de laquelle il est le secrétaire du pape Damase Ier.
L'iconographie de Jérôme a fait souvent appel à sa légende : par exemple, sa pénitence au désert (Saint Jérôme, Léonard de Vinci (1480), La Pinacothèque, Vatican). L’ascétisme revendiqué par Jérôme conduit à des représentations dans le désert où il faisait pénitence avec des pierres, des fouets ou d'autres moyens de pénitence. Là encore les représentations sont anachroniques dans la mesure où Jérôme est souvent dépeint comme âgé lors de sa présence au désert, alors qu'il avait entre 25 et 30 ans à cette périoded 1.
La Légende dorée, un livre écrit au Moyen Âge qui aura un très grand succès, développe des biographies souvent légendaires sur la vie des saints. Jérôme de Stridon en fait partie. Une légende sur Jérôme de Stridon y est développée : Jérôme aurait rencontré un lion blessé par une épine dans la patte, et ce lion (symbole du désert) aurait laissé Jérôme le soigner (Saint Jérôme ramenant le lion au monastère, Vittore Carpaccio (1502), Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, Venise). La légende poursuit en affirmant que le lion serait devenu l’animal de compagnie de Jérôme. Cette légende conduit à de nombreuses représentations de Jérôme en compagnie d’un lion.
Jérôme de Stridon est l'un des quatre principaux Pères de l'Église latins, et il est à ce titre souvent représenté aux côtés d'Augustin d'Hippone, de l'archevêque Ambroise de Milan et du pape Grégoire Ier.

Éditions modernes
Apologie contre Rufin, introduction, texte critique, traduction et index par Pierre Lardet, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 1983.
Commentaire sur Jonas, introduction, texte critique, traduction et commentaire par Yves-Marie Duval, ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 1985.
Commentaire sur saint Matthieu, tome I, Livres I-II, texte latin du Corpus Christianorum établi par D. Hurst et M. Adriaen, traduction, notes et index par Émile Bonnard, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 1978.
Commentaire sur saint Matthieu, tome II, Livres III-IV, texte latin du Corpus Christianorum établi par D. Hurst et M. Adriaen, traduction, notes et index par Émile Bonnard, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 1979.
Débat entre un Luciférien et un Orthodoxe (Altercatio luciferiani et orthodoxi), introduction, texte critique, traduction, notes et index par Aline Canellis, maître de conférences de latin à l'université Lumière-Lyon II, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 2003.
Homélies sur Marc, texte latin de dom Germain Morin (CCL 78), introduction, traduction et notes par Jean-Louis Gourdain, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 2005.
Trois vies de moines (Paul, Malchus, Hilarion), introduction par Pierre Leclerc, Edgardo Martín Morales, Adalbert de Vogüé (abbaye de la Pierre-qui-Vire), texte critique par Edgardo M. Morales (Séminaire de Tucumán, Argentine) – Traduction par Pierre Leclerc (université de Rouen), notes de la traduction par Edgardo M. Morales et Pierre Leclerc, éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », 2007.
Correspondance, texte et traduction de J. Labourt, 8 t, éditions Belles-Lettres, coll. « Collection des Universités de France », Paris.

Représentation de Jérôme comme cardinal, représentation du XVIIIe siècle, São Paulo XVIIIe siècle huile sur toile 153 × 105 cm Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
Bibliographie
Lettres croisées de Jérôme et Augustin, traduites, présentées et annotées par Carole Fry, Éditions Migne et Belles lettres, 2010.
Ferd. Cavallera, Saint Jérôme. Sa vie et son œuvre, 2 tomes, Louvain, Spicilegium sacrum lovaniense, 1922
Paul Antin, Essai sur saint Jérôme, Paris, Lethouzey et Ané, 1951
Jean Steinmann, Saint Jérôme, Paris, Éditions du Cerf, 1958 (réimpr. 1985), 323 p.
Yvon Bodin, Saint Jérôme et l’Église, Paris (France), Beauchesne, coll. « Théologie historique n°6 », 1966
Régine Pernoud et Madeleine Pernoud, Saint Jérôme, Monaco, Rocher, coll. « Régine Pernoud », mars 1996 (ISBN 2-268-02228-5)
Pierre Maraval, Petite vie de Saint Jérôme, Paris (France), Éditions Desclée de Brouwer, 1995 (réimpr. 1998), 136 p. (ISBN 2-220-03572-7)
Patrick Laurence, Jérôme et le nouvel modèle féminin. La conversion à la vie parfaite, Paris (France), Institut des études augustiniennes, 1997
Pierre Jay, Jérôme, lecteur de l’Ecriture, Paris (France), Éditions du Cerf, coll. « Cahier Évangile, Supplément 104 », 1998, 75 p. (ISBN 977-2-204-37104-0)
Jean Paris, Saint Jérôme, Paris, Regard, coll. « L’Art du regard », 1999, 80 p. (ISBN 2-84105-107-2)
Benoît Jeanjean, Saint Jérôme et l’hérésie, Paris, Institut d’études augustiniennes, coll. « Collection des études augustiniennes, numéro 161 », mars 1999, 490 p. (ISBN 2-85121-172-2)
Sandrine Willems, Saint Jérôme et le lion, Leuven (Belgique), Les impressions nouvelles, coll. « Les petits dieux », avril 2002, 60 p. (ISBN 2-906131-44-X)
Anne Bernet, Saint Jérôme, Etampes (Essonne), Clovis, juillet 2002, 550 p. (ISBN 2-912642-76-0)
Alain Le Ninèze, La Controverse de Bethléem, Arles (Bouches-du-Rhône), Actes Sud, octobre 2009, 110 p. (ISBN 978-2-7427-8606-0)
Phillipe Henne, Saint Jérôme, Monts (France), Éditions du Cerf, coll. « Histoire », octobre 2009, 323 p. (ISBN 978-2-204-08951-7)

Wikipédia

lundi 12 mars 2012

Saint Grégoire

 
 Grégoire Ier Pape de l'Église catholique Francisco de Zurbarán, 1626-1627 huile sur toile The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Grégoire, de race sénatoriale, avait pour père Gordien et sa mère se nommait Sylvie. Ayant acquis dès sa jeunesse et la science complète de la philosophie et jouissant d'une grande opulence, il pensa cependant à tout quitter et à se mettre en religion. Mais, comme il tardait à suivre ce projet de conversion et qu'il pensait servir J.-C. avec plus de fruit 'en restant dans le monde avec la charge de préteur de la ville, il lui survint une foule d'affaires qui l’attachèrent au monde réellement, et non pas seulement en apparence. Enfin quand il eut perdu son père, il fit construire six monastères en Sicile et nu septième dans l’enceinte de Rome sur son propre héritage, à l’honneur de saint André apôtre; il y dépouilla ses habits de soie, ruisselants d'or et de pierreries pour se revêtir de l’humble habit de moine. Il parvint en peu de temps à une si haute perfection, que dès les commencements de sa conversion il pouvait être mis au nombre des parfaits. Ce qu'il, dit lui-même dans la préface qui précède son Dialogue, peut donner une idée de sa sainteté : « Mon malheureux cœur éloigné par le poids de ses occupations se rappelle ce qu'il a été autrefois dans le cloître, comment il foulait aux pieds tout ce qui passe, combien il était élevé au-dessus de toutes les choses de la vie.»

 Le pape Grégoire Ier http://pro.corbis.com/popup/Enlargement.aspx?mediauids={5316c2a1-24ae-4673-b8db-12b8fffcd6e0} Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Il avait coutume de ne penser qu'aux choses célestes ; retenu dans les liens du corps, il affranchissait par la contemplation les obstacles de la chair, et la mort même qui, pour presque tous, est un châtiment, il l’aimait comme l’entrée de la vie et la récompense de son labeur. » Enfin il affligea sa chair par de telles macérations que c'était à peine si, avec un estomac délabré, il pouvait subsister, et la perte de la respiration, nommée syncope par les Grecs, le jetait dans de telles angoisses qu'il était réduit à la dernière extrémité pendant des heures entières. Il arriva une fois, comme il écrivait dans le monastère où il était abbé, qu'un ange du Seigneur se présenta à lui sous les traits d'un naufragé, demandant avec larmes qu'on eût pitié de lui. Grégoire lui fit donner six deniers d'argent; après quoi le mendiant s'en alla. Il revint une seconde fois le même jour, et dit qu'il avait beaucoup perdu, mais qu'il avait reçu trop peu. Le saint lui fit donner la même somme d'argent; une troisième fois il revient et demande avec des clameurs importunes qu'on ait pitié de lui. Mais saint Grégoire, informé par le procureur de son monastère, qu'il n'y avait rien à donner qu'une écuelle d'argent que sa mère avait coutume d'envoyer pleine de légumes et qui avait été laissée au monastère, il la fit aussitôt donner. Le pauvre la prit et s'en alla. tout joyeux. Or, c'était un ange du Seigneur qui se fit connaître lui-même dans la suite.
* Tous les faits consignés dans cette légende sont extraits de ces deux vies.

Un jour, saint Grégoire passant sur le marché de Rome, vit quelques enfants très bien constitués, beaux de figure, et remarquables par l’éclat de leur chevelure ; ils étaient à vendre. Il demande au marchand de quel pays il les a amenés,
« De la Bretagne, répondit-il, dont les habitants sont de semblable beauté. »
Il l’interroge de nouveau, s'ils sont chrétiens.
Le marchand lui répond : « Non, mais ils sont retenus dans les liens du paganisme. »
Alors saint Grégoire gémit avec amertume et dit : « Oh! quelle douleur ! que de belles figures possède encore le prince des ténèbres ! »
Il demande de nouveau quel est le nom de ce peuple. « Ils se nomment Anglais, dit-il. »
« Ils sont bien nommés Anglais, comme on dirait Angéliques, reprit-il; car ils ont des visages d'anges. »
Il lui demanda encore comment se nommait la province d'où ils étaient.
Le marchand répondit : « Ils sont Décriens *. »
« Ils sont bien nommés, dit saint Grégoire, car les Décriens, doivent être délivrés de l’ire de Dieu. »
Il s'informa du nom du roi. Le marchand dit qu'il s'appelait Aelle.
Et Grégoire dit : « Il est bien nommé Aelle, parce qu'en son pays il faut qu'on chante alleluia. »
Il alla aussitôt trouver le souverain Pontife et lui demanda avec grandes instances et prières qu'on l’envoyât pour convertir ce pays, ce qu'il eut de la peine à obtenir : Il s'était déjà mis en chemin quand les Romains, extrêmement affligés de son départ,, allèrent trouver le pape, et lui parlèrent ainsi:
« Vous avez offensé saint Pierre, vous avez détruit Rome; vous avez fait partir Grégoire. » Le pape effrayé dépêcha à l’instant des courriers pour le rappeler. Grégoire avait déjà fait trois journées de chemin ; il s'était arrêté en un endroit où, pendant que ses compagnons se reposaient, il fit une lecture; alors une locuste ou sauterelle l’empêcha de continuer sa lecture, et ce mot de locuste lui fit penser que c'était un ordre qui lui était donné de rester en ce lieu; éclairé par un esprit prophétique, il engage ses compagnons à partir au plus tôt, quand arrivent les courriers apostoliques qui ordonnent à Grégoire de revenir, quoiqu'il en fût fort attristé. Alors le pape l’arracha de son monastère, et l’ordonna son diacre cardinal.
* La partie de la Grande Bretagne au nord du fleuve Humber était divisée en deux provinces : la Décrie et la Bernicie. La Décrie allait de l’Humber à la Tyne et; la Bernicie de la Tyne au Forth. L'un et l’autre pays avaient chacun un roi. Cf. Bède, Guillaume de Malmesbyres.

Gregory (later, Gregory the Great and Pope Gregory I) conversing with English slaves in Rome 1864 Edmund Evans (1826–1905) Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Le fleuve du Tibre étant sorti de son lit déborda tellement qu'il coulait: par-dessus les murs de la ville et renversait une quantité de maisons. Mais avec les eaux du Tibre descendirent en mer beaucoup de serpents: et un grand dragon, qui, étouffés par les flots et jetés sur le rivage, corrompirent l’air par leur pourriture. Il en résulta une peste affreuse, de la nature de celle qui attaque l’aine, en sorte qu'il semblait que l’on voyait réellement des flèches tomber du ciel et frapper chaque particulier. Le premier atteint fut le pape Pelage, qui fut emporté en un moment : et bientôt le mal fit de tels ravages dans le peuple que beaucoup de maisons de la ville restèrent vides par la mort de leurs habitants. Comme l’Eglise de Dieu ne pouvait rester sans chef, le peuple entier élut Grégoire, malgré toutes les résistances possibles de la part du saint. Il n'était pas encore sacré quand la peste ravageait la population : il fit alors un sermon au peuple, ordonna une procession, où il institua de chanter les Litanies, et avertit tous les fidèles de prier Dieu avec plus de ferveur que jamais. Au moment donc où le peuple était rassemblé pour les prières, le fléau fut si violent, qu'en une heure, périrent quatre-vingt-dix personnes. Mais cela ne l’empêcha pas de continuer à exhorter le peuple qu'il eût à ne pas se lasser de prier, jusqu'à ce que la miséricorde de Dieu éloignât, la peste. La procession finie, il voulut s'enfuir, mais il ne le put, parce que, par rapport à lui, il y avait jour et nuit des gardes apostés aux portes pour le, surveiller. Cependant, il changea de vêtement, et de concert avec certains négociants, il se cacha dans un tonneau et obtint d'eux qu'ils le sortiraient ainsi de. la ville sur une voiture. Il gagna de ,suite une forêt, y chercha une caverne pour s'y cacher, il y resta enfermé trois jours. On se mit activement à sa recherche, quand une colonne de feu partant du ciel descendit sur l’endroit où il était caché : et sur cette colonne, un reclus vit des anges qui montaient et qui descendaient ; aussitôt le peuple se saisit de lui, le traîne, et il est sacré souverain Pontife. Il suffit de lire ses écrits, pour se convaincre que ce fut malgré lui qu'il fut élevé à ce haut rang d'honneur.

 Nuremberg Chroniques 1493 Auteur Michel Wolgemut, Wilhelm Pleydenwurff (Text: Hartmann Schedel) Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
 
En effet voici comment il s'exprime dans une épître au patrice Narsès : « Pendant que vous décriviez si exactement les douceurs, de la contemplation, vous faisiez renaître en moi les gémissements que j'ai donnés à ma ruine; car j'ai su ce que j'ai perdu de calme intérieur, lorsque, sans aucun mérite de ma part, j'ai été élevé au comble de la puissance. Or, sachez que, je suis frappé d'une douleur telle que c'est à peine si je puis la dire. Ne m’appelez donc pas Noémi, c'est-à-dire beau, mais appelez-moi mara, parce que je suis tout marri. »
Il dit encore ailleurs : « Si vous m’aimez, pleurez-moi en apprenant que j'ai été élevé au souverain Pontificat; je pleure moi-même sans relâche, et vous conjure de vouloir prier Dieu pour moi. » Voici ce qu'on lit dans la préface de ses Dialogues : « A l’occasion de la charge pastorale, mon esprit souffre de s'occuper des affaires séculières, et sali par la poussière des actions de la terre, il regrette la beauté qu'il avait au temps de son repos. J'examine ce que j'endure, j'examine ce que j'ai perdu : et quand je vois ce que j'ai perdu, ce que j'endure me paraît encore plus pénible : me voici battu par les flots d'une vaste mer, et dans le vaisseau de mon âme, je suis brisé par les fureurs d'une affreuse tempête; quand je regarde en arrière dans ma vie, je soupire comme si je tournais les yeux vers le rivage qui me fuit. »
 Comme la peste dont il a été parlé plus haut exerçait encore ses ravages dans Rome, il ordonna qu'on ferait, au. temps de Pâques, comme de coutume, une procession autour de la ville en chantant les litanies ; on y porta en avant avec grande révérence l’image de la bienheureuse Marie toujours Vierge, qui est à Rome dans l’Eglise de Sainte-Marie-Majeure et qu'on dit avoir été peinte avec une ressemblance parfaite, par saint Luc, médecin et peintre excellent; et voilà que l’air , corrompu et infecté s'écartait pour faire place à l’image, comme s'il n'en pouvait supporter la présence : En sorte qu'en arrière du tableau restait une merveilleuse sérénité et l’air reprenait toute sa pureté. On rapporte qu'alors, on entendit dans les airs les voix des anges, qui chantaient vis-à-vis de l’image : « Regina caeli laetare, alleluia, quia quem meruisti portare, alleluia, resurrexit, sicut dixit, alleluia. Reine du ciel, réjouissez-vous, alléluia; car celui que vous avez mérité de porter; alléluia, est ressuscité, alléluia. » A quoi saint Grégoire ajouta à l’instant ces mots : « Ora pro nobis Deum, alleluia. Priez Dieu pour nous, alléluia. » Alors saint Grégoire vit, sur le château de Crescentius, l’ange du Seigneur essuyant un glaive ensanglanté qu'il remit dans le fourreau saint Grégoire comprit alors que la peste avait cessé et c'est en effet ce qui arriva, ce château reçut depuis le nom de château Saint-Ange. Enfin, dans, le but d'accomplir ce qui avait toujours fait l’objet de ses désirs, saint Grégoire envoya Augustin, Mellitus et Jean avec quelques autres en Angleterre, dont les habitants furent convertis à la foi, par ses prières et ses mérites.
L'humilité de saint Grégoire était si profonde qu'il ne souffrait aucune louange de qui que ce fût : Il écrivit en effet en ces termes à l’évêque Etienne qui l’avait loué : « Dans la lettre que vous m’avez adressée; vous avez usé d'une bienveillance dont je suis tout à fait indigne; et cependant il est écrit : « Ne louez personne de son vivant. » Quoique je n'aie pas mérité tout ce qu'il vous a plu de dire de moi, je vous prie de m’en rendre digne par vos prières, afin qu'ayant dit de moi un bien qui n'existe point, il y soit dorénavant parce que vous avez dit qu'il y est. » Il écrit encore au patrice Narsès : « Il y a des pensées fines et des passages intéressants dans vos lettres où vous jouez sur ma cause et sur mon nom. Certes, très cher frère, vous appelez Lion, celui qui n'est qu'un singe; nous parlons ainsi quand nous appelons de petits chats galeux des léopards ou des tigres. » Et dans sa lettre à Anastase, patriarche d'Antioche : « Vous m’appelez la bouche du Seigneur, vous dites que je suis une lumière, vous avancez que, par mes paroles, je puis être utile à beaucoup, je puis les éclairer; vraiment, je vous avoue que vous me faites bien douter de l’estime que vous avez conçue de moi. Je considère en effet quel je suis et je ne trouve trace de ce que vous y voyez. Je considère qui vous êtes, et je rie pense pas que vous puissiez mentir. Or, quand je veux croire ce que vous dites, ma misère me dit le contraire; lorsque je veux discuter ce qui est dit à ma louange, vôtre sainteté me contredit : mais, je vous en prie, saint homme, qu'il y ait pour nous quelque profit de cette querelle, et que si ce que vous dites n'existe pas:, que cela existe parce que vous le dites. » Tous les termes qui sentaient la jactance et la vanité, il les repoussait avec mépris; aussi écrit-il en ces termes à Euloge, patriarche d'Alexandrie, qui l’avait appelé pape. Universel : « En vedette de la lettre que vous m’avez adressée, vous avez cru devoir vous servir d'une expression qui renferme une appellation orgueilleuse en me disant pape universel. Ce que je demande, c'est que votre sainteté ne le fasse plus à l’avenir; car c'est vous ôter à vous-même que d'accorder à un autre plus que la raison n'exige. Pour moi, je ne cherche pas à être relevé par des mots, mais par des moeurs, et je ne regarde pas comme un accroissement de gloire, ce qui m’exalte au dépens de mes frères. Loin donc les paroles qui enflent la vanité et blessent la charité. » Et pour ce que Jean, évêque de Constantinople, s'était attribué ce titre de vanité en se faisant appeler frauduleusement pape universel parle synode, saint Grégoire entre autres choses écrit cela de lui : « Quel est cet homme, qui, malgré les ordonnances de l’Evangile, contre les décrets des canons, a la présomption d'usurper pour lui un nom nouveau, comme le ferait quelqu'un qui, sans vouloir rabaisser autrui, veut être seul au-dessus des autres quand il aspire à être universel ?» Il ne voulait même pas se servir du mot ordre, dans ses rapports avec ses co-évêques, ce qui lui fait dire dans une lettre à Euloge, évêque d'Alexandrie : « Votre charité me parle en ces termes : comme vous l’avez ordonné; ne vous servez pas avec moi de ce mot: ordre, parce que je sais qui je suis et qui vous êtes : vous êtes mes frères par la place que vous occupez, et vous êtes mes pères par votre conduite. » Il poussait encore l’humilité qui le distinguait, jusqu'à ne vouloir pas que les dames se nommassent ses servantes. C'est pourquoi il écrit à Rusticane, de famille patricienne : « Je n'ai qu'une chose à relever dans votre lettre, c'est que vous répétez trop souvent ce qui pouvait n'être dit qu'une fois : votre servante et encore votre servante. Ma charge d'évêque m’a rendu le serviteur de tous, pourquoi donc vous dire ma servante? moi qui avant de recevoir l’épiscopat vous ai appartenu. Ainsi, je vous, en prie par le Dieu tout-puissant, ne me faites plus lire de pareilles expressions dans vos lettres. » Ce fut le premier qui dans ses épîtres se nomma le serviteur: des serviteurs de Dieu, et il établit que ses successeurs s'appelleraient ainsi. De son vivant, par excès d'humilité, il ne voulait publier aucune de ses œuvres, et il trouvait que ses livres ne valaient rien en comparaison de ceux des autres: ce qui le fit écrire en ces termes à Innocent, gouverneur d'Afrique : « Au sujet de la demande que vous nous adressez de vous envoyer l’Exposition sur Job, nous partageons la joie que vous retirez de vos études ; mais si vous voulez nourrir votre esprit d'une substance délicieuse, lisez les opuscules: de votre compatriote le bienheureux Augustin ; ne préférez pas notre son à son froment, car, je ne veux pas, tant que je vivrai, faire connaître aux hommes ce que j'ai pu avoir écrit. »


Quatre docteurs de l'Église représentés avec les attributs des quatre Évangélistes : saint Augustin avec un aigle, saint Grégoire le Grand avec un taureau, saint Jérôme avec un ange, saint Ambroise avec un lion ailé. Bois peint (peuplierà, daté et signé : « PETRI FRANCISCI / SACHI DE PAPIA / OPUS 1516". » Pier Francesco Sacchi (ca. 1485–1528) H. 1.96 m (77 in.), W. 1.68 m (66 in.) Musée du Louvre Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

 On lit dans un livre traduit du grec en latin qu'un saint père, nommé l’abbé Jean, vint à Rome pour visiter les églises des apôtres; et qu'en voyant passer au milieu de la ville le bienheureux pape Grégoire, il voulut aller à sa rencontre et lui faire révérence, comme cela était convenable; mais saint Grégoire, le voyant se disposer à se prosterner en terre, se hâta de se prosterner lui-même devant lui et ne se releva que quand l’abbé en eut fait autant le premier; ceci met en relief sa grande humilité. Il usait de tant, de largesse en ses aumônes qu'il ne fournissait pas le nécessaire seulement à ceux qui étaient près de lui, mais encore à ceux qui en. étaient éloignés, par exemple, aux moines du mont Sinaï : il avait par écrit les noms de tous les indigents et il subvenait à leurs besoins avec une grande libéralité. Il fonda un monastère à Jérusalem et il eut soin, qu'on envoyât aux serviteurs de Dieu qui l’habitaient tout le nécessaire : il offrait annuellement quatre-vingts livres d'or pour les dépenses quotidiennes de trois mille servantes de Dieu : chaque jour encore, il invitait à sa table tous les pèlerins. Entre autres, il en vint un jour un auquel saint Grégoire voulait servir de l’eau pour laver ses mains, il se retournait pour prendre le vase quand tout à coup il ne trouva plus celui sur les mains duquel il voulait verser l’eau. Or, après avoir admiré à part lui cette étrangeté, cette nuit-là même, le Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Les autres jours, vous m’avez reçu dans la personne de ceux qui sont mes membres, mais" hier c'est moi que vous avez reçu en personne. » Une autre fois il commanda à son chancelier d'inviter à son repas douze pèlerins. Le chancelier alla exécuter ses Ordres. Alors qu'ils étaient ensemble à table, le pape regarda et en compta treize ; il demanda au chancelier pourquoi il avait pris sur lui d'inviter contre ses ordres ce nombre de personnes. Le chancelier compta lui-même et n'en trouvant que douze il dit: « Croyez-moi, mon Père, ils ne sont que douze. » Saint Grégoire remarqua que celui qui était assis à côté de lui changeait de figure à chaque instant, que tantôt c'était un jeune homme, tantôt un vieillard vénérable à tète blanche. Le repas fini, il le conduisit à sa chambre et le conjura de vouloir bien lui dire son nom et qui il était. Celui-ci répondit : « Pourquoi me demandez-vous mon nom qui est admirable? Apprenez pourtant que je suis le naufragé auquel vous avez donné une écuelle d'argent que votre mère vous avait envoyée avec des légumes, et tenez pour certain, qu'à dater de ce jour où vous m’avez fait l’aumône, le Seigneur vous a destiné à devenir le chef de son Eglise et le successeur de l’apôtre saint Pierre. » Grégoire lui dit : « Et comment savez-vous que dès lors le Seigneur me destina à gouverner son Eglise? » Il répondit . « Parce que je suis son ange et le Seigneur m’a fait revenir chez vous pour être occupé à vous garder et pour pouvoir obtenir de lui tout ce que vous lui demanderez par mon entremise. » A l’instant il disparut.
 
 Jerome & Gregory. XVe siècle Antonio Vivarini (1420–1484) Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

En ce temps-là un ermite, homme de grande vertu, avait tout quitté pour Dieu, et ne possédait rien qu'une chatte qu'il caressait souvent et qu'il réchauffait sur son giron comme sa compagne. Or, il pria Dieu de daigner lui montrer avec qui il pourrait espérer partager la demeure éternelle, lui qui, pour son amour, ne possédait rien des richesses du siècle. Il lui fut donc révélé une nuit qu'il avait lieu d'espérer de demeurer avec Grégoire, pontife romain. Alors il se mit à gémir en pensant que sa pauvreté volontaire lui avait servi de peu, puisqu'il devait être récompensé avec quelqu'un qui nageait dans l’abondance de toutes les richesses du monde. Or, comme il comparait jour et nuit en pleurant les richesses de Grégoire avec sa pauvreté, une autre nuit, il entendit le Seigneur lui dire : « Comme ce n'est pas la possession des richesses, mais la convoitise qui font le riche, pourquoi oses-tu comparer ta pauvreté avec les richesses de Grégoire? tu te complais plus dans l’amour de cette chatte que tu possèdes, que tu caresses tous les jours, que lui au sein de ses richesses : il ne les aime pas, mais il les méprise et les distribue bénévolement à tout le monde. » Ce solitaire rendit grâces à Dieu et celui qui avait cru son mérite rabaissé d'être en (336) société avec Grégoire, se mit à prier pour qu'il méritât d'avoir un jour une place auprès de lui.
Saint Grégoire avait été faussement accusé auprès de l’empereur Maurice et de. ses fils d'avoir fait mourir un évêque; il écrivit ainsi une lettre qu'il adressa à l’apocrisiaire : « Il est une chose que vous pouvez suggérer brièvement à mes maîtres, c'est que si j'avais voulu m’occuper de causer la mort et de nuire aux Lombards, aujourd'hui ? nation des lombards n'aurait ni roi, ni duc, ni comtes, et serait dans une grande confusion, mais parce que je crains Dieu, j'appréhende de chercher à perdre n'importe quel homme. » Son humilité était si grande que, tout souverain pontife qu'il fut, il se disait le serviteur de l’empereur, et l’appelait son maître. Il était inoffensif, à un tel point qu'il ne voulait pas consentir à la mort de ses ennemis: Alors que l’empereur Maurice persécutait saint Grégoire et l’Eglise de Dieu, ce saint lui écrivit entre autres choses : « Parce que je suis pécheur, je crois que vous apaisez d'autant plus Dieu que vous m’affligez, moi, qui le sers si mal. » Une fois, un personnage, revêtu d'an habit de moine, se présenta hardiment avec une épée nue à la main en présence de l’empereur, et la brandissant contre lui, il lui prédit qu'in mourrait par l’épée. Maurice effrayé cessa de persécuter Grégoire, et lui demanda instamment de prier pour lui afin que Dieu le punît en cette vie de ses méfaits et qu'il n'attendît pas à le châtier au dernier jugement. Une fois, Maurice se vit cité devant le tribunal du juge, et entendit crier : « Amenez Maurice. » Et les ministres se saisirent de lui et le placèrent en (337) présence du juge qui lui dit : « Où veux-tu que je te rende les maux que tu as commis en ce siècle ? » Maurice répondit.: « Ici plutôt, Seigneur, et ne me les, réservez pas pour le siècle futur. » Aussitôt la voix divine commanda que Maurice, sa femme, ses fils et ses filles fussent livrés au soldat Phocas pour être mis à mort. Ce qui arriva en effet. Peu de temps après, un de ses soldats, appelé Phocas, le tua avec toute sa famille par l’épée, et lui succéda à l’empire.

 Glass inlay mosaic — Saints Augustine and Gregory, "Non Angli sed Angeli si Christiani..." At Chapel of St Gregory and St Augustine, Westminster Cathedral — London.Travail personnel de User:FA2010 sur Wikimédia Commons

Le jour de Pâques, saint Grégoire célébrait la Messe à Sainte-Marie-Majeure; et au Pax Domini un ange du Seigneur répondit tout haut: Et cum spiritu tuo. En témoignage de ce prodige, le pape fait station, au jour de Pâques, en cette église, et on ne lui répond pas encore au Pax Domini.
Comme l’empereur Trajan partait en toute hâte pour livrer une bataille, une veuve éplorée vint le trouver et lui dire : « Je vous demande en grâce qu'il vous plaise venger le sang de mon fils qui a été tué injustement. » Alors Trajan promit de le venger, s'il revenait sauf. La veuve lui dit : « Et qui pourra me le faire, si vous mourez à la bataille? » Trajan répondit : « Celui qui après moi sera empereur. » La veuve reprit : « A quoi cela vous profitera-t-il, qu'un autre me fasse justice ? » Trajan dit : « Arien certainement. » « Alors, dit la veuve, ne vaudrait-il pas mieux que vous me fassiez justice et que vous en receviez récompense, que de la laisser à faire. à un autre? » Trajan donc, ému de pitié, descendit de cheval, et vengea à l’instant même la mort de cet innocent. On rapporte encore que le fils de Trajan, chevauchant par la ville, (338) d'une façon trop lascive, tua le fils d'une veuve; celle-ci, toute en pleurs, alla rapporter le fait à Trajan ; l’empereur lui livra son fils, l’auteur du meurtre, à la place de l’enfant mort, et il le dota richement. Or, une fois que, longtemps après la mort de Trajan, saint Grégoire passait sur la place Trajane en pensant à la mansuétude de Trajan quand il jugeait une affaire, il entra dans la basilique, de Saint-Pierre et se mit à pleurer très amèrement sur les erreurs de ce prince. Lors il lui fut répondu miraculeusement : « Voici que j'ai fait droit à ta requête, et j'ai délivré Trajan de la peine éternelle, mais dorénavant, garde-toi bien d'adresser des prières pour un damné. » Le Damascène raconte, en un de ses sermons, que saint Grégoire, priant pour l’âme de Trajan, entendit une voix du ciel lui parlant ainsi : « J'ai entendu ta voix et je donne grâce à Trajan. » De ce fait, ajoute-t-il au même endroit, tout l’orient et, tout l’occident en sont témoins. Sur cela, quelques-uns ont dit que Trajan a été rappelé à la vie, et qu'ayant acquis des grâces, il mérita son pardon et obtint ainsi la gloire, et qu'il n'avait. pas été finalement mis en enfer, ni condamné par une sentence définitive. D'autres ont prétendu que l’âme de Trajan ne fut pas simplement délivrée de la peine éternelle qu'il avait méritée, mais que cette peine fut suspendue pour un temps, savoir jusqu'au jour du jugement. D'autres soutiennent que- sa peine, quant au lieu et quant au mode de tourment, lui fut infligée sous condition, c'est-à-dire, jusqu'à ce que par les prières de saint Grégoire, avec la grâce de J.-C., il y eût changement quant au lieu ou quant au mode. (339) D'autres, comme Jean, diacre, qui a compilé cette légende, disent qu'on ne lit pas qu'il a prié, mais qu'il a pleuré : que le Seigneur accorde fréquemment dans sa miséricorde ce que l’homme n'ose lui demander, tout, désireux qu'il soit d'obtenir, et que l’âme de Trajan ne fut pas délivrée de l’enfer et placée au paradis, mais qu'elle est simplement délivrée des peines de l’enfer. « Il peut en effet se faire, dit-il, qu'une âme soit en enfer, et que, par la miséricorde de Dieu, elle n'en ressente pas les tourments. » D'autres avancent que la peiné éternelle consiste en deux choses, qui sont la peine du sens et la peine du dam qui est la privation de la vue de Dieu. Or la peine éternelle lui est remise quant à la peine du sens, mais quant à la peine du dam, elle lui est restée. On rapporte encore qu'un ange ajouta ces mots en parlant à saint Grégoire: « Parce que vous avez prié pour un damné ; choisissez de deux choses l’une, ou de souffrir deux jours en purgatoire, ou d'être rongé de douleurs et d'infirmités durant toute votre vie. » Le saint préféra endurer des infirmités tout le temps de sa vie, à être tourmenté deux jours dans le purgatoire. Aussi dans la suite, toujours il fut sujet à la fièvre, à des attaques de goutte, ou bien il fut affligé de différentes douleurs ou en proie à d'affreux maux d'estomac : ce qui lui fait dire en une de ses épîtres : « Je souffre tant de la goutte et de maladies, que ma vie m’est la plus poignante des peines; tous les jours je suis sur le point de défaillir, de douleur et je soupire après la mort comme après un remède. » Il dit encore ailleurs : « Tantôt ma douleur est faible, tantôt elle est insupportable ; mais elle n'est pas si faible (340) qu'elle me quitte, ni si excessive qu'elle me fasse mourir, en sorte qu'il se fait que, bien qu'étant si près de la mort, j'en suis cependant repoussé. Les humeurs . mauvaises se sont tellement empreintes en moi que la vie m’est une peine, et que j'attends avec grand désir la mort que je crois être le seul remède à mes gémissements.

 Grégoire le Grand par maître Théodoric, couvent Sainte-Agnès, Prague Maître Théodoric 1370 huile sur panneau The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Une dame offrait, tous les jours de dimanche, du pain à saint Grégoire ; et comme pendant la solennité de la messe il lui donnait le corps du Seigneur en disant: « Que le corps de N. S. J.-C. te garde pour la vie éternelle, » elle se mit à sourire avec indécence. Aussitôt le saint retira sa main qu'il avait approchée de la bouche de cette femme et remit la parcelle dit corps du Seigneur sur l’autel; ensuite il lui demanda, en présence du peuple, pour quel motif elle avait osé rire. Elle répondit : « C'est parce que ce pain, que j'ai fait de mes propres mains, vous l’appeliez le corps du Seigneur, » Alors saint Grégoire, se prosterna en prière pour l’incrédulité de cette femme, et, en se levant, il trouva que cette parcelle de pain s'était convertie en chair sous la forme d'un doigt, et il rendit ainsi la foi à cette femme. Il pria de nouveau et il vit cette chair convertie en pain et la donna à prendre à la dame. — Quelques princes lui demandant des reliques précieuses, il leur donna quelque peu de la dalmatique de saint Jean l’évangéliste. Ils le reçurent, mais ils le lui renvoyèrent avec grande indignation, estimant que c'étaient viles reliques. Alors saint Grégoire, après avoir fait une prière, demanda un couteau et en piqua l’étoffe. De ces piqûres jaillit aussitôt du sang ; et ce (341) miracle prouva combien ces reliques étaient précieuses. — Un des riches de Rome quitta sa femme et fut en conséquence privé de la communion par le Pontife. Le coupable supporta cela avec déplaisir, mais ne pouvant se soustraire à l’autorité d'un si grand pape, il prit avis des magiciens qui lui promirent que, par leurs enchantements, le démon entrerait dans le cheval du saint : cet animal deviendrait si furieux qu'il v aurait danger pour le cavalier. Or, comme saint Grégoire passait de temps à autre avec son cheval, les magiciens ayant envoyé un démon, firent tourmenter le cheval si fort que personne ne le pouvait maîtriser. Saint Grégoire sut alors par révélation que le diable était entré dans le cheval, et il fit un signe de croix qui délivra le cheval de la rage dont il était tourmenté. Il y eut plus : les magiciens furent frappés d'un aveuglement perpétuel. Ils confessèrent leur mauvaise action et parvinrent dans la suite à la grâce du baptême. Il ne voulut, pas leur rendre la vue, de crainte qu'ils ne lussent encore dans leurs livres de magie, mais il les fit nourrir des revenus de l’Eglise. — On lit encore dans un livre que les Grecs nomment Lymon, que l’abbé, qui était à la tète du monastère de saint Grégoire, lui dénonça un moine qui avait en sa possession trois pièces de monnaie. Saint Grégoire l’excommunia pour imprimer de la terreur aux autres. Peu de temps après, le frère meurt sans que saint Grégoire en soit informé. Il fut irrité de ce qu'on l’avait laissé mourir sans absolution; alors il écrivit, sur une feuille, une prière par laquelle il l’absolvait du lien de l’excommunication, puis il la donna à un diacre pour qu'il en fît lecture sur la fosse du frère défunt : ce qui' fut exécuté. La nuit suivante, le mort apparut à l’abbé et lui déclara que, jusqu'alors, il avait été détenu dans une prison, mais que la veille il avait été absous.
Il composa l’office et le chant ecclésiastique, et pour cela il fit bâtir deux maisons, l’une à côté de la basilique de Saint-Pierre, l’autre près de l’église de Latran, où jusqu'aujourd'hui l’on conserve avec un respect convenable le lit où il se reposait quand il enseignait à chanter, et le fouet, avec lequel il menaçait les enfants, ainsi que l’exemplaire authentique de l’antiphonaire. Il ajouta au canon ces mots : Diesque nostros in tua pace disponas atque ab aeterna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubeas grege numerari. Enfin saint Grégoire mourut plein de bonnes oeuvres, après avoir siégé treize ans six mois et dix jours. Sur sa tombe on inscrivit ces vers :
Suscipe, terra, tuo corpus de corpore sumptum,
Reddere quod valeas, vivificante Deo.
Spiritus astra petit, leti nil jura nocebunt,
Cui vitae alterius mors magis ipsa vita est.
Pontificis summi hoc clauduntur membra sepulchro,
Qui innumeris semper vivit ubique bonis *.

 Hans Bilger: Büste des Kirchenvaters Gregor der Große; Worms 1489-1496, Lindenholz, originale Farbfassung (barock überarbeitet) Liebieghaus, Frankfurt am Main, Inv. St. P. 120 Travail personnel de User:FA2010 sur Wikimédia Commons

Ce fut l’an de l’Incarnation du Seigneur 604, sous l’empire de Phocas. Après la mort de saint Grégoire, tout le pays fut ravagé par une horrible famine. Alors, les pauvres que. saint, Grégoire avait l’habitude de secourir par ses aumônes venaient dire à son successeur : « Seigneur, que votre sainteté ne laisse pas mourir de faim ceux que notre, père Grégoire avait coutume: de nourrir. » Le pape indigné leur disait pour toute réponse : « Si Grégoire s'est chargé de soutenir tous les peuples pour s'attirer renommée et louanges, pour nous, nous ne pouvons vous nourrir.» Et il les renvoyait toujours ainsi les mains vides. Alors saint Grégoire lui apparut jusqu'à trois fois et lui reprocha avec douceur son avarice, et ses refus : mais le pape ne se mit pas en peine de s'amender en quoi que ce fût. Saint Grégoire, une quatrième fois, lui apparut avec un air terrible, le reprit et le frappa mortellement à la tête ; le pape mourut bientôt après de sa douleur. Pendant que cette pesté durait encore, quelques envieux se mirent à critiquer saint Grégoire, en assurant qu'il avait épuisé, comme un prodigue, tout le trésor de l’Eglise ; et par esprit de vengeance, ils portèrent les autres à brûler ses livres. Après qu'on en eut brûlé un certain nombre, comme on se disposait. à brûler le reste, Pierre, diacre, qui avait vécu dans une très grande intimité avec le saint, et qui est son interlocuteur dans les quatre livres des Dialogues, s'y opposa avec la plus grande énergie, en affirmant que cela ne saurait en rien détruire sa mémoire, puisqu'on conservait des exemplaires de ses oeuvres dans les différentes parties du monde : il ajouta que c'était un infâme sacrilège de brûler tant et de si précieux livres d'un si grand homme, sur la tête duquel lui-même avait vu (344) très fréquemment l’Esprit-Saint en forme de colombe. Enfin il les amena à consentir que s'il méritait de mourir en affirmant avec serment qu'il venait de dire la vérité, ils cesseraient de brûler ces ouvrages; mais que s'il ne mourait pas, et qu'il survécût au témoignage qu'il venait de rendre, il aiderait de ses mains ceux qui brûleraient ses livres.
* Terre reçois un corps sorti de ton sein,
Pour le rendre après que Dieu l’aura vivifié.
L'âme monte au ciel ; la mort n'a plus de droits à exercer,
Sur celui auquel le trépas a procuré la vie.
Dans ce sépulcre sont renfermées les dépouilles d'un saint pontife;
Dont les bienfaits immenses sont proclamés partout.
On rapporte en effet que saint Grégoire avait dit à Jean que quand il. découvrirait le miracle de la colombe, il ne pourrait plais vivre après. C'est pourquoi le vénérable lévite Pierre, revêtu des habits de diacre, apporta le livre des Evangiles, et il n'eut pas plutôt touché les Saintes Lettres pour rendre témoignage à la sainteté de Grégoire, que, sans ressentir les douleurs qui accompagnent la mort, il expira en prononçant les paroles de son serment.

 Légende de l'origine du chant grégorien, d'après le frontispice de l'édition vaticane: Le très Saint Grégoire se répandait en prières, pour que le Seigneur lui accorde la musique à donner sur les textes liturgiques. L'Esprit Saint descendit alors sur lui sous la forme d'une colombe, et son cœur fut éclairé. Il commença aussitôt à chanter, et voici comment:... (Suit l'Introït du premier dimanche de l'Avent.)(frontispice de l'édition Vaticane du Graduel romain). Auteur MicheletB sur Wikimédia Commons
 
Un moine du monastère de saint Grégoire s'amassa un certain pécule : alors saint Grégoire apparut à un autre moine et lui dit de prévenir. le premier qu'il distribuât son argent et qu'il fît pénitence, car il devait mourir dans trois jours. En entendant cela, le moine fut étrangement saisi, il fit pénitence, et rendit son argent; bientôt après il fut pris par une si forte fièvre que, depuis le matin du troisième jour jusqu'à la troisième heure, il était comme brûlé, la langue lui sortait de la bouche, et on croyait qu'il allait mourir. Or, les moines qui étaient autour de lui et qui chantaient des psaumes, interrompirent la psalmodie et se mirent à médire de lui : incontinent il se ranima, et, ouvrant les yeux, il dit avec un sourire: « Que le Seigneur vous pardonne, mes frères, d'avoir médit de moi; vous m’avez (345) jeté dans un embarras qui n'était pas mince; parce que, accusé en même temps et par vous et par le diable, je ne savais à quelle calomnie répondre en premier lieu plais si vous voyez quelqu'un à l’instant de son trépas, usez envers lui non de médisance, mais de compassion, puisqu'il va avec son accusateur devant le tribunal d'un juge sévère : car j'ai été an jugement avec le diable et par l’aide de. saint Grégoire, j'ai bien répondu à tout ce qui m’était reproché : seulement j'ai eu à rougir d'une objection à laquelle je n'ai. eu rien à répondre ; c'est pour cela que vous m’avez vu tourmenté de la sorte; et à l’heure qu'il est je n'ai encore pu me libérer. »
Et comme les frères lui demandaient de, quoi il s'agissait, il dit : « Je n'ose l’avouer, parce que, ayant reçu ordre de saint Grégoire de venir à vous, le diable s'en plaignit beaucoup, il pensait en effet que Dieu me renvoyait sur la terre pour faire pénitence de cette faute ; c'est pourquoi j'ai donné caution à saint Grégoire que je ne révélerais à personne la calomnie qui a été soulevée. » Et aussitôt il se mit à dire en criant : « O André, André, puisses-tu périr cette année, pour m’avoir poussé en pareil péril par ton mauvais conseil. » Et à l’instant, il expira en roulant horriblement les yeux. Or, il y avait dans la ville un nommé André qui; au moment où le moine mourant fit son imprécation, tomba en si dangereuse maladie, que toutes ses chairs se détachaient par lambeaux, sans qu'il pût mourir. Alors il convoqua les moines du monastère de saint Grégoire, et confessa avoir soustrait et enlevé, avec le moine en question, certaines chartes du (346) monastère qu'il aurait. données contre de l’argent à des étrangers : et lui qui, jusqu'à cet instant n'avait pu mourir, rendit l’esprit en proférant ces aveux.

 Saint Grégoire écrivant sous l'inspiration de la colombe du Saint-Esprit (Registrum Gregorii, Xe siècle) Meister des Registrum Gregorii. Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

En ce temps-là, ainsi qu'on lit; dans la vie de saint Grégoire, on suivait plutôt l’office ambrosien que le grégorien, dans l’Eglise ; alors le pontife romain Adrien convoqua un concile où l’on statua que l’office grégorien fût observé partout. L'empereur Charles se fit l’exécuteur de cette ordonnance, et en parcourant ,les différentes provinces, par. menacés et par châtiments, il forçait tous tes clercs à obéir; il brûlait partout les livres de l’office ambrosien et mettait en prison les clercs rebelles. Or, le bienheureux évêque Eugène partit pour le concile et arriva trois jours après sa clôture. Par sa prudence il fit que le pape rappela. tous les prélats membres du concile, quoiqu'ils fussent à trois journées delà. Le concile, s'étant donc réuni, décida, à l’unanimité de tous les pères, que l’on mettrait sur l’autel du bienheureux Pierre, apôtre, le missel ambrosien et le grégorien, que l’on fermerait soigneusement les portes de l’église qui seraient scellées très exactement du sceau de la plupart des évêques; et qu'eux tous passeraient la nuit entière en prières, afin que le Seigneur daignât révéler duquel des deux offices il voulait qu'on se servît de préférence dans les églises. Tout fut exécuté comme il avait été prescrit. Le matin, ils ouvrirent la porte de l’église et trouvèrent l’un et l’autre missels ouverts sur l’autel. D'autres avancent encore, qu'ils trouvèrent le missel grégorien presque délié et ses feuillets épars çà et là; que, pour l’ambrosien, ils le retrouvèrent simplement (347) ouvert à la même place qu'ils l’avaient mis. Ils connurent, par ce signe miraculeux, que l’office grégorien devait être répandu par tout le monde, et que l’ambrosien devait être suivi dans son église seulement. Les saints Pères décidèrent donc selon qu'ils eu avaient été instruits par le ciel : et encore aujourd'hui cette décision est maintenue. Il est raconté * par le diacre Jean, qui a compilé la vie de saint Grégoire, que, tandis qu'il se livrait à la rédaction de ce travail, il lui sembla qu'un homme, en habits sacerdotaux, lui apparut en songe, pendant qu'il écrivait auprès d'une lanterne ; l’habit de cet homme était tellement léger que sa finesse laissait apercevoir l’habit noir de dessous. Or, il s'approcha de plus près et ne put s'empêcher de rire en gonflant les joues. Et comme Jean lui demandait pourquoi un homme qui remplissait un ministère tellement noble riait avec si peu de retenue; il lui répondit : « C'est parce que tu écris concernant des morts que tu n'as jamais vus vivants. » Jean lui dit : « Si je ne l’ai pas vu de figure, cependant j'écris de lui ce que j'en ai appris par la lecture. » L'autre reprit : « Tu as fait, je le vois, comme tu as voulu; quant à moi; je ne cesserai de faire ce que je pourrai. » Et aussitôt il éteignit la lumière de la lampe de Jean qui en fut effrayé au point de crier comme s'il avait été égorgé avec, une épée de la main de. cet homme. Mais à l’instant saint Grégoire se présenta ayant à sa droite saint Nicolas, et à sa gauche, le diacre Pierre, et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? » Et comme l’esprit malin se cachait derrière le rideau du lit, Grégoire prit dans la main de Pierre une grande torche qu'il paraissait. tenir, et brûlant avec la flamme la bouche et la figure de ce jaloux, il le rendit noir comme un Ethiopien. Alors une étincelle très légère tombant sur son habit blanc le brûla plus vite que la parole et il parut tout noir et Pierre dit à saint Grégoire : « Nous l’avons assez rendu noir. Grégoire lui répondit : « Nous ne l’avons pas rendu noir, mais nous avons montré qu'il a été noir. » Alors ils s'en allèrent en laissant dans l’appartement une grande lumière.
* Livre IV, n° 100.

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