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jeudi 9 février 2012

Sainte Apolline, vierge et martyre

Zurbarán, Francisco de (1598-1664) 1ère moitié de XVIIe siècle huile sur toile Hauteur 113 cm. Largeur : 66 cm. Musée du Louvre Paris Denon, 1er étage, Peintures espagnoles, Salle 26

Au temps de l’empereur Dèce, une affreuse persécution s'éleva à Alexandrie contre les serviteurs de Dieu. Un homme nommé Devin devança. les ordres de l’empereur, comme ministre des démons, en excitant, contre les chrétiens, la superstition de la populace qui dans son ardeur était dévorée de la soif du sang des justes. Tout d'abord on se saisit de quelques personnes pieuses de l’un et de l’autre sexe. Aux uns, on déchirait le corps, membre après membre, à coups de fouets ; à d'autres, on crevait les yeux avec des roseaux pointus, ainsi que le visage, après quoi on les chassait de la ville. Quelques-uns étaient traînés aux pieds des idoles afin de les leur faire adorer; mais comme ils s'y refusaient avec horreur, on leur liait les pieds avec des chaînes, on les traînait à travers les rues de toute la ville, et leurs corps étaient arrachés par flambeaux dans cet atroce et épouvantable supplice.
** Eusèbe, Histoire ecclésiastique, liv. VIII, ch. XXXI.

Sainte Apolline Heures d'Étienne Chevalier, enluminées par Jean Fouquet. musée Condé, Chantilly. Fouquet a mis en scène le martyre de sainte Apolline comme un mystère. Un rideau d'arbres doublé d'un clayonnage limite le devant de la scène. Avec des gestes démonstratifs, les bourreaux, sur l'ordre de Dèce, ligotent la martyre, lui immobilisent la tête en tirant ses cheveux et lui arrachent les dents. Tandis qu'un fou, au geste obscène, déambule avec sa marotte, le régisseur, baguette en main, dirige l'ensemble du jeu et les musiciens. Décor et tribunes ferment le théâtre : à gauche le paradis, au centre les spectateurs et à droite, l'enfer. Jean Fouquet (1420–1480) http://expositions.bnf.fr/fouquet/grand/f112.htm

Or, il y avait; en ce temps-là, une vierge remarquable, d'un age fort avancé, nommée Apollonie, ornée des fleurs de la chasteté, de la sobriété et de la pureté, semblable à une colonne des plus solides, appuyée sur l’esprit même du Seigneur, elle offrait aux anges et aux hommes le spectacle admirable de bonnes œuvres inspirées par la foi et par une vertu céleste. La multitude en fureur s'était donc ruée sur les maisons des serviteurs de Dieu, brisant tout avec un acharnement étrange ; on traîna d'abord au tribunal des méchants la bienheureuse Apollonie, innocente de simplicité, forte de sa vertu, et n'ayant pour se défendre que la conscience d'un cœur intrépide, et la pureté d'une conscience sans tache; elle offrait avec grand dévouement son âme à Dieu et abandonnait à ses persécuteurs son corps tout chaste pour qu'il fût tourmenté.

San Tommaso di Canterbury (Corenno Plinio) Paintings of Saint Apollonia 14th-century frescos in Italy Gothic frescos in Lombardy Travail personnel de Wolfgang Sauber sur Wikimédia Commons

Lors donc que cette bienheureuse vierge fut entre leurs mains, ils eurent la cruauté de lui briser d'abord les dents; ensuite, ils amassèrent du bois pour en dresser un grand billot et la menacèrent de la brûler vive, si elle ne disait avec eux certaines paroles impies. Mais la sainte n’eut pas plutôt vu le bûcher en flammes, que, se recueillant un instant, tout d'un coup, elle s'échappe des mains des bourreaux, et se jette elle-même dans le brasier dont on la menaçait. De là l’effroi des païens cruels qui voyaient une femme plus pressée de recevoir la mort qu'eux de l’infliger. Eprouvée déjà par différents supplices, cette courageuse martyre ne se laissa pas vaincre par la douleur des tourments qu'elle subissait, ni par l’ardeur des flammes, car son cœur était bien autrement embrasé des rayons de la vérité. Aussi ce feu matériel, attisé par la main des hommes, ne put détruire dans son cour intrépide l’ardeur qu'y avait déposée l’œuvre de Dieu.

Oh ! la grande et l’admirable lutte que celle de cette vierge, qui, par l’inspiration de la grâce de Dieu, se livra aux flammes pour ne pas brûler, et se consuma pour ne pas être consumée ; comme si elle n'eût pas été la proie du feu, et des supplices! Elle était libre de se sauvegarder, mais sans combat, elle ne pouvait acquérir de gloire. Cette vierge et martyre intrépide de J.-C. méprise les délices mondains, foule par ses mépris les joies d'ici-bas, et sans autre désir que de plaire au Christ, son époux, elle reste inébranlable dans sa résolution de garder sa virginité, au milieu des tourments les plus violents. Ses mérites éminents la font distinguer au milieu des martyrs pour le glorieux triomphe qu'elle a heureusement remporté. Assurément il y eut dans cette femme un courage viril, puisque la fragilité de son sexe ne fléchit point dans une lutte si violente. Elle refoule la crainte humaine par l’amour de Dieu, elle se saisit de la croix du Christ comme d'un trophée; elle combat et remporte plus promptement la victoire avec les armes de la foi qu'elle n'aurait fait avec le fer, aussi bien contre les passions que contre tous les genres de supplices. Daigne nous accorder aussi cette grâce celui qui avec le Père et le Saint-Esprit règne dans les siècles des siècles.
La Légende Dorée

Scupture de Sainte Appoline Travail personnel de Reinhardhauke sur Wikimédia Commons

Sainte Apolline ou Apollonie, morte à Alexandrie (Égypte) en 249 et fêtée le 9 février.

Le récit du martyre d'Apolline est tiré d'une lettre de Denys, évêque d'Alexandrie (mort en 265), à Fabien, évêque d'Antioche. (...)

On la représente souvent avec une paire de tenailles, et parfois les dents qui lui furent arrachées, ainsi qu'avec la palme du martyre.
Elle est la patronne des dentistes et est invoquée contre les maux de dents.

Omer Englebert, La Fleur des Saints ou Vie des Saints pour chaque jour de l'année, Albin Michel, 1980

Wikipédia





samedi 7 janvier 2012

Arbre de Jessé

Arbre de Jessé de Beauvais

La représentation de l'arbre généalogique de Jésus a été le thème d'une des plus fréquentes et des plus gracieuses compositions du Moyen âge. On y voit, généralement dans le bas, le vieux Jessé étendu et endormi, quelquefois sur un lit, rarement debout ou assis. De sa poitrine ou de sa bouche sort un arbre d'essence indéterminée : il semble que la vigne ait été fréquemment employée, mais, le plus souvent, c'est un arbre de fantaisie chargé de feuilles, de fleurs et de fruits purement décoratifs; aux XVe et XVIe siècles pourtant l'arbre devient plus naturaliste. Des branches sortent les rois de Juda, ancêtres de Jésus, en buste ou en pied, en plus ou moins grand nombre, suivant les dimensions de la surface à décorer. Enfin, sur la dernière branche, généralement sortant du calice d'une fleur, et entourée d'une auréole lumineuse, la Vierge, en costume royal, tenant l'enfant Jésus dans ses bras.

Parmi les ancêtres de Jésus, deux sont faciles à reconnaître : David, par la harpe qu'il tient, et Salomon, par son costume plus riche que les autres et ordinairement oriental. Souvent, les personnages sont accompagnés de leurs noms. Quelquefois, surtout aux XVe et XVIe siècles, tous les rois jouent des instruments de musique et forment un concert autour du Sauveur. Outre ces représentations essentielles, on voit aussi figurer dans les arbres de Jessé d'autres personnages accessoires, tels que les prophètes, les sibylles, des anges. Souvent, Dieu le Père et le Saint Esprit dominent la composition. Dans un vitrail de Saint-Cunibert de Cologne (XIIIe siècle), ce sont des scènes des Évangiles qui tiennent la place des rois de Juda; Jésus seul, entouré des sept dons du Saint-Esprit et tenant une hostie dans sa main, occupe le haut de la composition.

Circle of Ioannis Apakas (?) Virgin with Tree of Jesse (Praises of the Theotokos). Circa 1600. Похвала Богородице, ГМИИ, shakko sur Wikipédia

La représentation de l'arbre de Jessé ne remonte pas à une très haute antiquité. Nous savons qu'en 1097, Guillaume de Tournay (Tournai) fit venir d'Orient un candélabre d'airain en forme d'arbre de Jessé. Suger (De administr. sua, ch. I, p. 348) nous dit qu'il y en avait un sur une des verrières qu'il fit faire pour son église de Saint-Denis. C'est probablement celui qui se trouve encore aujourd'hui dans une des chapelles absidales de la basilique, et qui est ainsi un des plus anciens, exemples d'arbres de Jessé que l'on connaisse. Depuis le XIIIe, siècle, et principalement aux XVe et XVIe, ce sujet devint un des thèmes de prédilection des artistes. Il fut représenté de toutes les manières, par la sculpture sur pierre, sur bois ou sur ivoire, l'orfèvrerie, la peinture murale, la peinture sur bois ou sur verre, la miniature, etc. Il joue un très grand rôle dans la décoration des édifices religieux. On le voit souvent sculpté sur le tympan ou les voussures des portails. Au XVe siècle et à la Renaissance, il figure souvent sur les façades des maisons particulières.

Au XVIe siècle, les figures des rois sont souvent des portraits de personnages contemporains, quelquefois de l'artiste lui-même; les costumes sont souvent d'une extrême richesse. Voici une liste loin d'être complète, mais qui donnera une idée de ce que les artistes chrétiens ont su tirer de ce sujet. Du XIIe siècle: Celui de la basilique de Saint-Denis, cité plus haut. A l'un des portails du baptistère de Parme, sculpté. Cathédrale du Mans, chapelle du Christ, vitrail. Du XIIIe siècle : cathédrales de Laon, sculpté sur une voussure du portail principal; de Reims, ibid.; de Chartres, sur une voussure du portail Sud, et dans une des verrières qui se trouvent au-dessus de la porte occidentale; d'Amiens, sur une des voussures du portail principal et dans un vitrail de la chapelle de la Vierge; de Troyes, un fragment fort beau d'un arbre de Jessé (David jouant de la rote), dans un vitrail de la chapelle absidale, bâtie par l'évêque Hervée en 1223. Sainte Chapelle du Palais à Paris, vitrail du sanctuaire. Miniature du psautier de saint Louis à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris.

Du XIVe siècle, dans un psautier de la bibliothèque de Douai (ms 171), provenant probablement d'Angleterre, où, fol. 1 recto, un ravissant arbre de Jessé étend ses rameaux sur un B orné et la vignette de la page.

Du XVe siècle : peinture murale dans l'église de Cumont (Dordogne). Id. dans l'église dite Buurkerk à Utrecht. En bois sculpté, à Paris, à l'angle d'une maison faisant le coin de la rue Saint-Denis et de la rue des Prêcheurs. Sculpté au tympan de l'église de Saint-Riquier (Somme). Dans une fenêtre bien connue de l'église de Dorcester (Angleterre), l'arbre de Jessé se trouve à la fois sculpté dans les meneaux et peint sur le verre; caprice d'artiste plus original qu'heureux. Un vitrail dans la cathédrale de Troyes, peint en 1498 par Liévin Varin, peintre verrier de Troyes. Miniature dans les Heures d'Anne de Bretagne. Vitrail daté de 1500 dans l'église de Bussy-le-Long (Aisne).

Du XVIe siècle : sculpté au tympan du grand portail de la cathédrale de Rouen par Pierre Deseaulbeaux par ordre du cardinal Georges d'Amboise; peut-être ce même Deseaulbeaux est-il aussi l'auteur d'un grand arbre de Jessé en pierre sculptée qui se trouve dans la chapelle des fonts de l'église de Gisors (Eure). Dans le magnifique tympan à jour du portail de la cathédrale de Beauvais, construit par ordre de François ler mais dont malheureusement les personnages ont disparu.

Bemalte Flachdecke der Hildesheimer Benediktiner-Klosterkirche St. Michel mit »Wurzel Jesse«, Detail: Adam und Eva, de Niedersächsischer Meister en 1200, Wikipédia

Sur un des cadres de confréries provenant de la cathédrale d'Amiens, et conservés au musée de la même ville. Vitrail au transept de l'église de Ceffonds (Haute-Marne). Id., à Saint-Laurent de Nuremberg. Un des plus remarquables est un vitrail de Saint-Etienne de Beauvais, peint par Engrand Leprince. On croit y reconnaître les portraits de Louis XII, de François l et de l'artiste lui-même. Vitrail de Pinaigrier à Saint-Godard de Rouen. Un fort beau vitrail à Saint-Pierre de Roye (Somme). Au musée d'Epinal, une partie d'un vitrail remarquable provenant de ancienne abbaye d'Autrey (Vosges). On voit aussi un arbre de Jessé sur une des tapisseries données â la cathédrale de Reims par Robert de Lenoncourt. Gravure sur bois des heures de Simon Vostre

Psautier de Scherenberg, Strasbourg, c. 1260
Signalons, enfin, pour le XVIIe siècle, époque où cette représentation mystique commence à sortir d'usage, le magnifique ostensoir d'or roussit donné en 1611 à la cathédrale d'Eichstaedt en Bavière, par le prince évêque Conrad de Gemingen, et dont il ne reste malheureusement plus qu'un dessin reproduit par les PP. Cahier et Martin dans les Mélanges d'Archéologie, t. IV, pp. 287-289, pl. XXXV. Il représentait un arbre de Jessé. (C.G.)

Hildesheim, St Michaels Church. Painted wooden ceiling, c 1200
Cosmovision et Wikipédia