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samedi 21 juillet 2012

Les années 30 (de 30 à 39) Culture

Religion et philosophie
7 avril 30 ou 4 avril 33 : Passion du Christ.

Scènes de la Passion du Christ, de l’Ascension et de la Pentecôte, panneau d’ivoire provenant de Paris, second quart du XIVe siècle.Musée du Louvre Department of Decorative Arts, Richelieu, first floor, room 3 a Auteur de la photo Jastrow (2006)/wikimédia Commons

La flagellation et le début du chemin de Croix par Théophane le Crétois, icône byzantine du Mont Athos Monastère de Stavroniketa Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

"The Sermon on the Mount", a Bible illustration by Gustave Doré. Scanned by uploader.Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Début de la chrétienté, après l'exécution de Jésus de Nazareth à Jérusalem sur ordre de Ponce Pilate, gouverneur romain de Judée, autour des douze apôtres et des sept diacres.

31-36 :
Étienne, diacre de la première communauté chrétienne de Jérusalem, un converti qui n’est pas d’origine juive et a prédit la destruction du Temple, est lapidé par les Juifs.

Lapidation de saint Étienne (Saint Stephen).Fronton de retable, église de Saleilles (66).Cliché Jean Tosti. Licence GFDL.

Le personnage de saint Étienne, premier martyr de la chrétienté — ou protomartyr, apparaît comme étant à l’origine du culte des saints.
Son nom provient du grec Στέφανος (Stephanos), « couronné » ou encore, selon Jacques de Voragine dans La Légende dorée, du mot hébreu pour « norme ». Ce nom est d’ailleurs repris de manière plus fidèle en russe (Stéphane Стефан — en russe moderne: Stepan), en anglais (Stephen) ou en néerlandais (Stefaan).
Fête : le 26 décembre en Occident, le 27 décembre en Orient et encore le 2 août (translation de ses reliques) en Orient et en Occident.

Saül, le futur saint Paul, un pharisien fabricant de tentes, approuve la lapidation d’Étienne et participe à la répression des disciples du Christ par les Juifs qui voient dans la nouvelle foi une menace contre l’Alliance avec Dieu et la fin du judaïsme.
De nombreux chrétiens s’exilent et continuent à prêcher la parole de leur maître. L'enseignement de Jésus pénètre en Syrie (Antioche, Damas). Dispersion des « hellénistes », qui annoncent l'Évangile aux non-juifs.

Époque probable de la conversion du Pharisien Paul de Tarse à la doctrine de Jésus, à Damas, lors d'une révélation. L'Église catholique fête cet événement le 25 janvier.

The Conversion of Saul Michel-Ange (1475–1564) entre 1542 et 1545 fresque Hauteur : 625 cm. Largeur : 661 cm. Cappella Paolina, Palazzi Pontifici, Vatican Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

32: Début probable du pontificat de saint Pierre (fin vers 69).

Le Christ confie l'église à Pierre, Raphaël, Victoria and Albert Museum de Londres Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

vers 35: mort de Jean le Baptiste à la suite d'un conflit ayant pour objet les territoires de l'ancienne tétrarchie d'Hérode Philippe qui conduira d'ailleurs à une guerre entre Hérode Antipas et Arétas IV. Selon les Evangiles, Jean aurait reproché à Hérode Antipas d'avoir épousé la femme de son frère Philippe, Hérodiade. Par jalousie, celle-ci veut la mort de Jean, et obtient d'Hérode, par sa fille Salomé, que Jean soit décapité et que sa tête lui soit présentée sur un plateau. Une partie des disciples de Jean semblent s’être ralliée à Jésus de Nazareth, prédicateur apparu en Galilée, juste après que Jean a commencé sa prédication. Jésus, baptisé dans le Jourdain par Jean le Baptiste, auteur de prodiges, rallie de nombreux disciples. Hérode se montre soupçonneux. Le bruit court qu’il cherche à le faire mourir.

Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste (1607), par Le Caravage (1573-1610) from Web Gallery of Art - http://www.wga.hu/index1.html. Web Gallery of Art have given permission for use of images on Wikipedia.Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Memling, polittico di san giovanni Hans Memling (vers 1433–1494) entre 1474 et 1479 huile sur panneau de chêneHauteur : 173,6 cm. Largeur : 173,7 cm. (central) Hans Memlingmuseum Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Interprétation symbolique de la Bible par Philon (Allégorie).
(...)Les Puissances divines sont les attributs de Dieu, le Logos est sa Sagesse même, son pouvoir créateur. Les Anges sont des émanations de Dieu, des hypostases dénommées « Fils de Dieu », « Ancien des Anges », etc. Il y a ensuite des archétypes de la Création, sortes de Verbes-idées, lieux et images de tout ordre créé. Enfin, l’esprit humain, l’âme et l’intelligence, sont eux-mêmes logos et susceptibles de s’ouvrir aux autres puissances dont l’enchevêtrement, la hiérarchie, l’harmonie forment la structure du monde.
Cette théorie est une sorte de synthèse autour des termes employés par la Bible grecque pour parler de Dieu, de la création et de la prophétie. Alliant la terminologie de la Bible à la mystique de Platon et au mystérisme de l’Orient, elle inspira (étant bien déformée au passage) la gnose, la philosophie de Plotin.(...)

Inventions, découvertes, introductions
Aulus Celse compose De Artibus, un dictionnaire sur les arts et la science. Seule son encyclopédie médicale en huit livres, De Arte medica, nous est parvenue.

Aulus Cornelius Celsus; aus:http://ar.utmb.edu/areas/informresources/collections/blocker/portraits/bios/celsus.asp Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Le sixième livre de l'ouvrage De Medicina (Celse)"De Medicina libri octo ", est la seule partie de son œuvre qui nous soit parvenue. Il représente le premier ouvrage complet sur la profession médicale. Il fut le premier auteur médical dont l'œuvre fut imprimée en caractères mobiles par Nicolao en 1478, à Florence, grâce à l'invention de Gutenberg, avant même les œuvres d'Hippocrate et de Galien. Il eut ensuite d'innombrables éditions à l'époque de la Renaissance.
Celse a le constant souci de ne retenir que les faits vérifiables et bien établis: Celse"Puisque les choses incertaines ne sont pas compréhensibles, mieux vaut n'utiliser que celles qui sont assurées et démontrées, comme on le fait dans tous les autres arts: l'agriculteur comme le pilote ne se forment pas dans les discussions spéculatives, mais dans la pratique… Si l'art de raisonner faisait les bons médecins, il n'y en aurait pas de meilleurs que les philosophes; mais ceux-ci excellent dans la science des mots et ne possèdent point celle qui guérit… Un homme privé du don de s'exprimer mais versé dans la pratique serait certes un plus grand médecin que s'il avait cultivé l'art de bien dire sans s'appuyer sur l'expérience… La médecine est liée à la théorie, mais doit se fonder sur les phénomènes visibles; les causes obscures doivent être écartées, non pas de l'esprit du médecin, mais de l'art proprement dit."

Art et culture
30-50 : Style ornemental dans la peinture romaine. Les éléments architecturaux encadrent le motif central.

Fresco from the villa of P. Fannio Sinistore in Boscoreale, currently located in the Metropolitan Museum of Art, New York. This extraordinarily well preserved image makes remarkable use of perspective and color to create an immersive,. It is unknown what the function of the orb on the table is, perhaps it is a glass bowl with a butterfly pattern on it. Roman fresco from Boscoreale, 43-30 BCE, Metropolitan Museum of Art.jpg Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

(...)La (...) phase, dite ornementale, présente une architecture beaucoup plus fastueuse. Selon Gilles Sauron, cette nouvelle décoration est fortement influencée par l'architecture palatiale et théâtrale. Le passage d'un décor architectonique à un décor scénographique va également de pair avec une ouverture de la paroi : arrières plans composés de villes, de ciel, de tholos... La paroi montre souvent un haut podium au premier plan sur lequel sont érigées deux ou quatre colonnes qui la divisent. Sur ces colonnes reposent des architraves, des arcs et des plafond à caissons. Les effets d'espace sont suggérés par des ouvertures du décor, dans la partie centrale et les parties supérieures de la fresque, qui donnent sur un paysage extérieur ou d'autres éléments architecturaux comme vus depuis une fenêtre.

The photo was taken at the excavated Villa in Oplontis, the modern Torre Annunziata near Naples in Campania, Italy. It shows a detail of one wall in room 15.Domaine publique

(...)Vitruve qualifia de dépérissement de l'art cette évolution, qu'il jugeait fantaisiste et irrationnelle : « Cette belle nature, dans laquelle les anciens allaient prendre leurs modèles, nos goûts dépravés la repoussent aujourd'hui. On ne voit plus sur les murs que des monstres, au lieu de ces représentations vraies, naturelles ; en place de colonnes, on met des roseaux ; les frontons sont remplacés par des espèces de harpons et des coquilles striées, avec des feuilles frisées et de légères volutes. On fait des candélabres soutenant de petits édifices, du haut desquels s'élèvent, comme y ayant pris racine, quantité de jeunes tiges ornées de volutes, et portant sans raison de petites figures assises; on voit encore des tiges terminées par des fleurs d'où sortent des demi-figures, les unes avec des visages d'hommes, les autres avec des têtes d'animaux ».

Littérature
Phèdre traduit les fables d’Ésope et en compose d’originales.

Ésope représenté dans une édition allemande des Fables de 1479 Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

L'aigle et l'escarbot Ésope
Une aigle poursuivait un lièvre. Ce lièvre, se voyant dénué de tout secours, recourut au seul être que le hasard offrit à ses yeux ; c’était un escarbot ; il le supplia de le sauver. L’escarbot le rassura, et, voyant approcher l’aigle, il la conjura de ne pas lui ravir son suppliant. Mais l’aigle, dédaignant sa petitesse, dévora le lièvre sous les yeux de l’escarbot. Dès lors l’escarbot, plein de rancune, ne cessa d’observer les endroits où l’aigle faisait son nid, et, quand elle couvait, il s’élevait en l’air, faisait rouler les œufs et les cassait, tant qu’enfin pourchassée de partout, elle eut recours à Zeus (car c’est à Zeus que cet oiseau est consacré), et elle le pria de lui procurer un asile sûr pour y faire ses petits. Zeus lui permit de pondre dans son giron, mais l’escarbot avait vu la ruse : il fit une boulette de crotte, prit son essor, et, quand il fut au-dessus du giron de Zeus, il l’y laissa tomber. Zeus se leva pour secouer la crotte, et jeta les œufs à terre sans y penser. Depuis ce temps-là, dit-on, pendant la saison où paraissent les escarbots, les aigles ne nichent plus.
Cette fable apprend à ne mépriser personne ; il faut se dire qu’il n’y a pas d’être si faible qui ne soit capable un jour de venger un affront.

Book cover of s:Three Hundred Aesop's Fables 1867 Author:George Fyler Townsend Author died more than 70 years ago - public domain

D'un loup et d'un agneau Ésope
Un Loup buvant à la source d'une fontaine, aperçut un Agneau qui buvait au bas du ruisseau ; il l'aborda tout en colère, et lui fit des reproches de ce qu'il avait troublé son eau. L'Agneau, pour s'excuser, lui représenta qu'il buvait au-dessous de lui, et que l'eau ne pouvait remonter vers sa source. Le Loup redoublant sa rage, dit à l'Agneau qu'il y avait plus de six mois qu'il tenait de lui de mauvais discours. "Je n'étais pas encore né, répliqua l'Agneau. Il faut donc, repartit le Loup, que ce soit ton père ou ta mère." Et sans apporter d'autres raisons, il se jeta sur l'Agneau et le dévora, pour le punir (disait-il) de la mauvaise volonté et de la haine de ses parents.

Title page of s:Three Hundred Aesop's Fables 1867 Author:George Fyler Townsend Author died more than 70 years ago - public domain

Le loup et l'agneau Phèdre
Un Loup et un Agneau, pressés par la soif, étaient venus au même ruisseau. Le Loup se désaltérait dans le haut du courant, l’agneau se trouvait plus bas ; mais, excité par son appétit glouton, le brigand lui chercha querelle. « Pourquoi, lui dit-il, viens-tu troubler mon breuvage ? » L’Agneau répondit tout tremblant : « Comment, je vous prie, puis-je faire ce dont vous vous plaignez ? cette eau descend de vous à moi. » Battu par la force de la vérité, le Loup reprit : « Tu médis de nous, il y a six mois. — Mais je n’étais pas né, » répliqua l’Agneau. « Par Hercule ! ce fut donc ton père, » ajouta le Loup. Et, dans sa rage, il le saisit et le met en pièces injustement.
Cette fable est pour ceux qui, sous de faux prétextes, oppriment les innocents.

30 : Velleius Paterculus écrit l'histoire générale des pays connus dans l'Antiquité.
Histoire romaine Livre second
(...)
Xl. - Vint alors la guerre de Jugurtha que dirigea Quintus Metellus, le premier général de son siècle. Son lieutenant fut Caius Marius, dont nous avons déjà parlé. Chevalier de naissance, il était grossier et rude mais d'une vertu irréprochable ; aussi remarquable à la guerre que détestable pendant la paix, il était affamé de gloire, insatiable, emporté, toujours agité. Par l'intermédiaire des publicains et des autres négociants d'Afrique, il accusa Métellus de traîner, de prolonger la guerre depuis trois années déjà, de montrer la morgue naturelle à la noblesse et de vouloir s'éterniser dans le commandement. Il fit si bien qu'ayant obtenu la permission d'aller à Rome, il fut nommé consul ; on lui confia même la direction d'une guerre que Métellus avait presque terminée en mettant par deux fois Jugurtha en déroute. Metellus obtint cependant le triomphe le plus éclatant et reçut le surnom de Numidicus qu'il avait mérité par sa loyauté et son courage.
Nous avons signalé un peu plus haut l'éclat de la famille des Domitius ; il faut noter aussi celle des Cécilius. A cette époque, en effet, en moins de douze ans, plus de douze Métellus obtinrent soit le consulat, soit la censure, soit le triomphe. On voit bien là que, tout comme les villes et les empires, les familles voient leur fortune fleurir, vieillir et disparaître.(...)"

Architecture
32 : Le Temple de Bel à Palmyre est inauguré.

Temple de Bel : cella, colonnes et merlons (est) Auteur de la photo Jerzy Strzelecki/Wikimédia Commons

Vers 37-41 : Construction des navires (temples flottants ?) du Lac de Nemi, près de Rome, pour Caligula.

Reconstitution hypothétique du premier navire, avec les appartements de CaligulaTransferred from it.wikipedia; transferred to Commons by User:Xander89 using CommonsHelper.Attribution: Gelo4 at the Italian language Wikipedia

Les navires romains du lac de Nemi sont deux grands navires antiques que Caligula (37-41 ap. J.-C.) fit construire en l'honneur de la déesse Diane. Ils ont été retirés du fond du lac volcanique de Nemi, à 27 km au sud-est de Rome, en 1929-1930 et détruits par un incendie, lors des opérations militaires de libération de l'Italie, en 1944.

Vers 39 : Construction du phare de Boulogne-sur-Mer ().
La revue ancienne le Magasin pittoresque, édition de 1847, rapporte les propos de l'abbé de Montfaucon (Antiquité expliquée, suppl. IV, p. 133) au sujet du phare de Boulogne-sur-Mer, écroulé le 29 juillet 1644 :
Le phare de Boulogne-sur-Mer qui était un des plus beaux monuments de la magnificence romaine, fut entièrement détruit il y a vingt ans; mais il s'est trouvé par bonheur un dessin fait lorsque le phare subsistait encore, qui m'a été communiqué par le savant P. Lequien, religieux dominicain.
C'était un bâtiment octogone, sa hauteur sans y comprendre les 6 pieds de fondation était de 124 pieds en douze étages qui allaient tous en diminuant vers le haut. Le premier étage avait 224 pieds de circuit et chacun des côtés 28 pieds de longueur. La circonférence du dernier étage était de 40 pieds et le côté de 5. Il y avait une porte à chaque angle et par conséquent 96 portes, non compris celle de la lanterne. L'escalier par lequel on montait au sommet était pratiqué dans le mur extérieur.
Toutes les nuits on y allumait un feu pour guider les vaisseaux qui se trouvaient dans les parages.

Construction de l'aqueduc romain d'Uzès à Nîmes (50 km) qui franchit le Gardon (sous le nom Pont du Gard) sur 269 m avec 3 étages d'arcades.
Le pont du Gard est un pont-aqueduc romain à trois niveaux, situé sur la commune de Vers-Pont-du-Gard, près de Remoulins, dans le département du Gard (France). Il enjambe le Gardon, ou Gard. Probablement bâti dans la première moitié du Ier siècle, il assurait la continuité de l'aqueduc romain qui conduisait l’eau d’Uzès à Nîmes. Les dernières recherches montreraient que son fonctionnement cessa au début du VIe siècle.


Pont du Gard Auteur de la photo Birkett/Wikimédia Commons

Le pont du Gard est la partie monumentale d'un aqueduc de près de 50 km de longueur (52 702 m), qui apportait l'eau de la Fontaine d'Eure, située au pied d'Uzès, jusqu'à la ville romaine de Nemausus, aujourd'hui Nîmes. Les eaux de la source proviennent en partie de la rivière d'Alzon, qui passe par les environs d'Uzès, et des eaux récoltées du mont Bouquet, situé plus près d'Alès. L'aqueduc proprement dit est un chef-d'œuvre d'ingénierie, témoignage de l'extraordinaire maîtrise des constructeurs anciens : le dénivelé entre les points de départ et d'arrivée n'est que de 12,6 m, la pente moyenne générale étant de 24,8 cm par km. À cause du relief, l'aqueduc serpente à travers les petites montagnes et vallées des garrigues d'Uzès et de Nîmes.

Wikipédia

jeudi 3 mai 2012

L'invention de la Sainte Croix

Cette fête est appelée l’Invention de la Sainte Croix, parce qu'on rapporte que la sainte croix fut trouvée à pareil jour. Mais auparavant, elle avait été trouvée par Seth, fils d'Adam, dans le paradis. terrestre, comme il est raconté plus bas; par Salomon, sur le Liban ; par la reine de Saba, dans le temple, de Salomon ; par les Juifs, dans l’eau de la piscine ; et en ce Jour par sainte Hélène, sur le mont du Calvaire.
L'Invention de la Sainte Croix eut lieu plus de deux cents ans après la résurrection de J.-C. On lit dans l’évangile de Nicodème (ch. XIX) qu'Adam étant devenu malade, Seth, son fils, alla à la porte du paradis et demanda de l’huile du bois de la miséricorde pour oindre le corps de son père afin qu'il recouvrât la santé. L'archange Michel lui apparut et lui dit : « Ne pleure pas et ne te mets point en peine d'obtenir de l’huile du bois de la miséricorde, car il te sera absolument impossible d'en obtenir, avant que cinq mille cinq cents ans soient révolus. Cependant on croit, que d'Adam jusqu'à la passion du Seigneur il s'écoula seulement 5099 ans. On lit encore ailleurs que l’ange lui offrit un, petit rameau et lui ordonna de le planter sur le mont Liban. Mais ou lit, dans une histoire apocryphe des Grecs, que l’ange lui donna du bois de l’arbre par le fruit duquel Adam avait péché, en l’informant que son père serait guéri. quand ce bois porterait du fruit. A son retour, Seth trouva son père mort et il planta ce rameau sur sa tombe. Cette branche plantée devint en croissant un grand arbre qui subsista jusqu'au temps de Salomon. (Mais il faut laisser au lecteur à juger si ces choses sont vraies, puisqu'on n'en fait mention dans aucune chronique, ni dans aucune histoire authentique.) Or, Salomon considérant la beauté de cet arbre le fit couper et mettre dans la maison du Bois *.
* Au IIIe livre des Rois, ch. VII, il est question de cette maison qui. fut construite par Salomon. Elle reçut le nom de maison du Bois, saltus, à cause de la quantité de cèdres qui entra dans sa construction.

L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode I : Adam mourant et Seth, son troisième fils, rencontrant saint Michel archange aux portes du Paradis qui lui remet une graine (ou un rameau) de l'Arbre de la Vie à mettre dans la bouche d'Adam après sa mort pour racheter le péché originel.  Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Cependant, ainsi que le dit Jean Beleth. (ch. CLI), On ne pouvait le mettre nulle part, et il n'y avait pas moyen de lui trouver un endroit où il pût être employé convenablement : car il était tantôt trop long, tantôt trop court : si on l’avait raccourci dans les proportions qu'exigeait la place où on le voulait employer, il paraissait si court qu'on ne le regardait plus comme bon à rien. En conséquence, les ouvriers, de dépit, le rejetèrent et le mirent sur une pièce d'eau pour qu'il servît de pont aux passants. Or, quand la reine de Saba vint entendre la Sagesse de Salomon, et voulut passer sur cette pièce, elle vit en esprit que le Sauveur du monde devait être suspendu à ce bois, et pour cela elle ne voulut point passer dessus, mais aussitôt elle l’adora. Cependant dans l’Histoire scholastique (liv. III Rois, c. XXVI), on lit que la reine de Saba vit cette pièce dans la maison du Bois, et en revenant à son palais elle communiqua à Salomon que sur ce bois devait être suspendu celui dont la mort devrait être la cause de la destruction du royaume des Juifs. C'est pourquoi Salomon le fit ôter du lieu où il était, et enterrer dans les entrailles les plus profondes de la terre. Dans la suite on y établit la Piscine Probatique où les Nathinéens * lavaient les victimes, et ce n'est pas seulement à la descente de l’ange, mais encore à la vertu de ce. bois que l’on attribue que l’eau en était troublée et que les infirmes y étaient guéris.
* C'étaient des Gabaonites qui étaient attachés au service du temple depuis Josué. Cf. Paralipomènes, IX, 2; Sigonius, De Repub. Hebraeor., liv. IX, ch. VII.

L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode II : La Reine de Saba au passage du pont sur le fleuve Siloe, se prosterne en reconnaissant le bois de la Croix, refuse d'avancer avant sa rencontre avec le roi Salomon Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Or, quand approcha le temps de la passion de J.-C., on rapporte que cette pièce surnagea, et les Juifs en la voyant, la prirent pour en fabriquer la croix du Seigneur. On dit encore que cette croix fut faite de quatre essences de bois, savoir de palmier, de cyprès, d'olivier et de cèdre. De là ce vers :
Ligna Crucis palma, cedrus, cupressus, oliva.
Car dans la croix, il y avait le bois qui servait de montant droit, la traverse, la tablette de dessus, et le tronc où était fixée la croix, ou bien, selon Grégoire de Tours*, la tablette qui servait de support, sous les pieds de J.-C. Par là on, peut voir que chacune des pièces pouvait être d'une de ces essences de bois dont on vient de parler. Or, l’apôtre paraît avoir eu en vue ces différentes sortes de bois quand il dit : « Afin que vous puissiez comprendre avec tous. les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur » (Ep. aux Ephés., c. II, 18). Ces paroles sont expliquées comme il suit par l’illustre docteur saint Augustin : « La largeur de la croix du Seigneur, dit-il, c'est la traverse, sur laquelle on a étendu ses mains sa longueur allait depuis la terre jusqu'à cette traverse en largeur sur quoi tout le corps de J.-C. fut attaché, moins les mains; sa hauteur, c'est à partir de cette largeur jusqu'à l’endroit de dessus où se trouvait la tête; sa profondeur, c'était la partie cachée et enfoncée dans la terre. Dans la croix on trouve décrites toutes les actions d'un homme chrétien, qui sont de faire de bonnes oeuvres en J.-C., de lui être persévéramment attaché, d'espérer les biens célestes, et ne pas profaner les sacrements.
* Miracul., liv. I, c. VI.

  
 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode III : Enlèvement du Saint Bois (par des personnages-type incarnant les défauts humains) Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Ce bois précieux de la croix resta caché sous terre deux cents ans et plus : mais il fut découvert ainsi qu'il suit par Hélène, mère de l’empereur Constantin. En ce temps-là, sur les rives du Danube, se rassembla une multitude innombrable de barbares voulant passer le fleuve, et soumettre à leur domination tous les pays jusqu'à l’occident. Dès que l’empereur Constantin le sut, il décampa et vint se placer avec son. armée sur le Danube. Mais la multitude des barbares s'augmentant, et passant déjà le fleuve, Constantin fut, frappé d'une grande terreur, en considérant qu'il aurait à livrer bataille le lendemain. Or, la nuit suivante, il est réveillé par un ange qui l’avertit de regarder en l’air. Il tourne les veux vers le ciel et voit le signe de la croix formée par une lumière fort resplendissante, et portant écrite en lettres d'or cette inscription : « In hoc signo vinces, par ce signe tu vaincras. » Réconforté par cette vision céleste, il fit faire une croix semblable qu'il ordonna de porter à la tête de son armée: se précipitant alors sur les ennemis, il les mit en fuite et en tua une multitude immense. Après quoi Constantin convoqua tous les pontifes des temples et s'informa avec beaucoup de soin de quel Dieu c'était le signe. Sur leur réponse qu'ils l’ignoraient, vinrent plusieurs chrétiens qui lui firent connaître le mystère de la sainte croix et la foi de la Trinité. Constantin  crut alors parfaitement en J.-C. et reçut le saint baptême des mains d'Eusèbe, pape, ou selon quelques livres, évêque de Césarée. Mais dans ce récit, il y a beaucoup de points contredits par l’Histoire tripartite et par l’Ecclésiastique, par la Vie de saint Silvestre et les Gestes des pontifes romains. D'après certains auteurs, ce ne fut pas ce Constantin que le pape Silvestre baptisa après sa conversion à la foi, comme paraissent l’insinuer plusieurs histoires, mais ce fut Constantin, le père de ce Constantin, ainsi qu'on le voit dans des historiens. En effet ce Constantin reçut la foi d'une autre manière rapportée dans la légende de saint Silvestre, et ce n'est pas Eusèbe de Césarée qui le baptisa, mais bien saint Silvestre. Après la mort de son père, Constantin, qui n'avait pas perdu le souvenir de la victoire remportée par la vertu de la sainte croix, fit passer Hélène, sa mère, à Jérusalem pour trouver cette croix, ainsi que nous le dirons plus bas.

 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode IV : L'Annonciation Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Voici maintenant un récit tout différent de cette victoire, d'après l’Histoire Ecclésiastique (ch. IX). Elle rapporte donc que Maxence ayant envahi l’empire romain, l’empereur Constantin. vint lui présenter la bataille vis-à-vis le pont Albin. Comme il était dans une grande anxiété, et qu'il levait souvent les yeux au ciel pour implorer son secours, il vit en songe, du côté de l’orient dans le ciel, briller une croix, couleur de feu : des anges se présentèrent devant lui et lui dirent : « Constantin, par cela tu vaincras. » Et, selon le témoignage de l’Histoire tripartite *, tandis que Constantin s'étonnait de ce prodige, la nuit suivante, J.-C. lui apparut avec le signe vu dans le ciel; il lui ordonna de faire des images pareilles qui lui, porteraient bonheur dans les combats. Alors Constantin fut rendu à la joie et assuré de la victoire ; il se marqua le front du signe qu'il avait vu dans le ciel, fit transformer les enseignes militaires sur le modèle de la croix et prit à la main droite une croix d'or. Après quoi il sollicita du Seigneur que cette droite, qu'il avait munie du signe salutaire de la croix, ne fût ni ensanglantée, ni souillée du sang romain, mais qu'il remportât la victoire sur le tyran sans effusion de sang.
* Liv. IX, c. IX.
 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode V : Le songe de Constantin le Grand qui voit un ange lui montrant la croix et l'incitant à vaincre le paganisme Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Quant à Maxence, dans l’intention de tendre un piège, il fit disposer des vaisseaux, fit couvrir le fleuve de faux ponts. Or, Constantin s'étant approché du fleuve, Maxence accourut à sa rencontre avec peu de monde, après avoir donné ordre aux autres corps de le suivre; mais il oublia lui-même qu'il avait fait construire un faux pont, et s'y engagea avec une poignée de soldats. Il fut pris au piège qu'il avait tendu lui-même, car il tomba dans le fleuve qui était profond; alors Constantin fut acclamé empereur à l’unanimité. D'après ce qu'on lit dans une chronique assez authentique, Constantin ne crut pas parfaitement dès ce moment; il n'aurait même pas alors reçu le baptême; mais peu de temps après, il eut une vision de saint Pierre et de saint Paul; et quand il eut reçu la vie nouvelle du baptême et obtenu la guérison de sa lèpre, il crut parfaitement dans la suite en J.-C. Ce fut alors qu'il envoya sa mère Hélène à Jérusalem pour chercher la croix du Seigneur. Cependant saint Ambroise; dans la lettre où il rapporte la mort de Théodose, et l’Histoire tripartite *, disent que Constantin reçut le baptême seulement dans ses derniers moments; s'il le différa jusque-là, ce fut pour pouvoir le recevoir dans le fleuve du Jourdain. Saint Jérôme en dit autant dans sa chronique. Or, il est certain qu'il fut fait chrétien sous le pape saint Silvestre, quant à savoir s'il différa son baptême, c'est douteux ; ce qui fait qu'en la légende de saint Silvestre, il y a là-dessus, comme en d'autres points, bien peu de certitude. Or, l’histoire de l’Invention de la sainte croix, telle qu'on la lit dans les histoires ecclésiastiques conformes en cela aux chroniques, paraît plus authentique de beaucoup que celle qu'on récite dans les églises. Il est en effet constant qu'il s'y trouve des endroits peu' conformes à la vérité, si ce n'est qu'on veuille dire, comme ci-dessus, que ce ne fut pas Constantin, mais son père qui portait le même nom : ce qui du reste né paraît pas très plausible, quoique ce soit le récit de certaines histoires d'outre-mer.
 * Liv. III, ch. XII.

L'invention ou redécouverte de la sainte croix  Épisode VI : Victoire de Constantin sur Maxence à la bataille du pont Milvius Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Hélène arrivée à Jérusalem fit réunir autour d'elle les savants qu'on trouva dans toute la contrée. Or, cette Hélène était d'abord restée dans une hôtellerie**, mais épris de sa beauté, Constantin se l’attacha, selon que saint Ambroise l’avance en disant : « On assure qu'elle fut hôtelière, mais elle fut unie à Constantin l’ancien qui, dans la suite, posséda l’empire. Bonne hôtelière, qui chercha avec tant de soin la crèche du Seigneur! Bonne hôtelière, qui connut cet hôtelier dont les soins guérirent cet homme blessé parles brigands *! Bonne hôtelière, qui a regardé toutes choses comme des ordures afin de gagner J.-C. **! Et pour cela Dieu l’a tirée de l’ordure pour l’élever sur un trône » (saint Ambroise). D'autres affirment, et c'est l’opinion émise dans une chronique assez authentique, que cette Hélène. était fille de Clohel, roi des Bretons ;Constantin en venant dans la Bretagne la prit pour femme, parce qu'elle était fille unique. Delà vient qui• l’île de Bretagne échut à Constantin après la mort clé Clohel. Les Bretons eux-mêmes (attestent; on lit pourtant ailleurs qu'elle était de Trèves. 
 ** Le mot latin stabularia voudrait dire servante de cour. Saint Ambroise paraît l’indiquer quelques lignes plus loin. Nous avons mieux aimé donner un féminin au mot, hôtelier, hôtelière est un mot qui a vieilli.
* Allusion à la parabole du Samaritain de l’Evangile.
** Expression de saint Paul dans l’Epître aux Philippiens, c. III, 8.

 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode VII : Torture du Juif Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Or, les Juifs, remplis de crainte, se disaient les uns aux autres : « Pour quel motif pensez-vous que la Reine nous ait convoqués auprès d'elle? » L'un d'eux nommé Judas, dit : « Je sais, moi, qu'elle veut apprendre de nous. l’endroit oit se trouve le bois de la croix sur lequel le Christ a été crucifié. Gardez-vous bien d'être assez présomptueux pour le lui découvrir. Sinon tenez pour très certain que notre loi sera détruite et que toutes les traditions de nos pères seront totalement. abolies : car Zachée mon aïeul l’a prédit à mon père Siméon et mon père  m’a dit avant de mourir : « Fais attention, mon fils, à l’époque où l’on cherchera la croix du Christ : dis où elle se trouve, avant d'être mis à la torture; car à dater de cet instant le pouvoir des Juifs, à Jamais aboli, passera entre les mains de ceux qui adorent le crucifié, parce que ce Christ était le fils de Dieu.» Alors j'ai répondu : «Mon père, si vraiment nos ancêtres ont su que ce Christ était le fils de Dieu, pourquoi l’ont-ils attaché au gibet de la croix? » « Le Seigneur est témoin, répondit-il, que je n'ai jamais fait partie de leur conseil; mais que souvent je me suis opposé à leurs projets : or, c'est parce que le Christ reprochait les vices des Pharisiens qu'ils le firent crucifier : mais il est ressuscité le troisième jour et il a monté au ciel à la vue de ses disciples. Mon frère Etienne, que les Juifs en démence ont lapidé, a cru en lui. Prends garde donc, mon fils, de n'oser jamais blasphémer le Christ ni ses disciples. »

L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode VIII : Découverte par Sainte Hélène (mère de Constantin) et preuve formelle de la Vraie Croix Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.
 — « Il ne paraît cependant pas, très probable que le père de ce Judas ait existé au temps de la Passion de J.-C., puisque de la passion jusqu'au temps d'Hélène, sous laquelle vécut Judas, il s'écoula plus de 270 ans; à moins qu'on ne veuille dire qu'alors les hommes vivaient plus longtemps qu'à présent. » Cependant les Juifs dirent à Judas : « Nous n'avons jamais entendu dire choses semblables. Quoi. qu'il. en soit, si: la Reine t'interroge, aie soin de ne lui faire aucun aveu.» Lors donc qu'ils furent en présence, de la Reine, et qu'elle leur eut demandé le lieu où le Seigneur avait été crucifié, pas un d'eux ne consentit à le lui indiquer alors elle les condamna tous à être brûlés. Ils furent saisis d'effroi et signalèrent Judas en disant : « Princesse, voici le fils d'un juste et d'un prophète qui a connu parfaitement la loi ; demandez-lui tout ce que vous voulez, il vous l’indiquera. » Alors elle les congédia tous à l’exception de Judas qu'elle retint et auquel elle dit : « Je te propose la vie ou la mort; choisis ce que tu préfères. Montre-moi donc le lieu qui s'appelle Golgotha, où le Seigneur a été crucifié, afin que je puisse trouver sa croix. » Judas répondit « Comment puis-je le savoir, puisque deux cents ans et plus se sont écoulés et que je n'étais pas né à cette époque ? » La Reine lui dit : « Par le crucifié, je te ferai mourir de faim, si tu ne me dis la vérité. » Elle ordonna donc qu'il fût jeté dans un puits desséché pour y endurer les horreurs de la faim. Or, après y être resté six jours sans nourriture, le septième il demanda à sortir, en promettant de découvrir la croix. On le retira. 

 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode IX : La Bataille entre Héraclius et Khosro II. Défaite et décapitation des vaincus  Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Quand il fut arrivé à l’endroit, après avoir fait une prière, tout à coup la terre tremble, il se répandit une fumée d'aromates d'une admirable odeur; Judas lui-même, plein d'admiration, applaudissait des deux mains et disait : « En vérité, ô Christ, vous êtes le Sauveur du monde ! » Or, d'après l’Histoire ecclésiastique, il y avait, en ce lieu, un temple de Vénus construit, autrefois par l’empereur Hadrien, afin que si quelque chrétien eût voulu y adresser ses adorations, il parût adorer Vénus : et, pour ce motif, ce lieu avait cessé d'être fréquenté et était presque entièrement délaissé, mais la Reine fit détruire ce temple jusque dans ses fondements et en fit labourer la place. Après quoi Judas se ceignit et se mit à creuser avec courage. Quand il eut atteint à la profondeur de vingt pas, il trouva trois croix enterrées, qu'il porta incontinent à la reine. Or, comme l’on ne savait pas distinguer celle de J.-C. d'avec celles des larrons; on les plaça au milieu de la ville pour attendre que la gloire de Dieu se manifestât. Sur la onzième heure, passa le corps d'un jeune homme qu'on portait en terre : Judas arrêta le cercueil, mit une première et nue seconde croix sur le cadavre du défunt, qui ne ressuscita pas, alors on approcha la troisième croix dit corps et à l’instant il revint à la vie.

 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisode X : Exaltation (ou restitution) de la Croix ; Retour de la Croix à Jérusalem  Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

On lit cependant, dans les histoires ecclésiastiques *, qu'une femme des premiers rangs de la ville gisait demi-morte, quand Macaire, évêque de Jérusalem, prit la première et la deuxième croix, ce qui ne produisit aucun résultat : mais quand il posa sur elle la troisième,, cette femme rouvrit les yeux et fut guérie à l’instant. Saint Ambroise dit, de son côté, que Macaire distingua la croix du Seigneur, par le titre qu'avait fait mettre Pilate, et dont l’évêque lut l’inscription qu'on trouva aussi. Alors le diable se mit à vociférer en l’air : « O Judas, disait-il, pourquoi as-tu fait cela? Le Judas qui est le mien a fait tout le contraire : car celui-ci, poussé par moi, fit la trahison, et toi, en me reniant, tu as trouvé la croix de Jésus. Par lui, j'ai Bagué les âmes d'un grand nombre; par toi, je parais perdre celles que j'ai gagnées : par lui, je régnais sur le peuple; par toi, je suis chassé de mon royaume. Toutefois je te rendrai la pareille, et je susciterai contre toi un autre roi qui, abandonnant la foi dit crucifié, te fera renier dans les tourments le crucifié. »
* Sozomène. — Hist. eccl., l. II, c. I ; — Nicéph. cal., l. XVII, c. XIV, XV ; — Evagr., IV, 26.

L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisodes XI et XII : Les prophètes Jérémie et Isaïe Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.
Ceci paraît se rapporter à l’empereur Julien : celui-ci, lorsque Judas fut devenu évêque de Jérusalem, l’accabla de nombreux tourments et le fit mourir martyr de J.-C. En entendant les vociférations du diable, Judas ne craignit rien, mais il ne cessa de maudire le diable en disant : « Que le Christ te damne dans l’abîme du feu éternel! » Après quoi Judas est baptisé, reçoit le nom de Cyriaque, puis est ordonné évêque de Jérusalem, quand le titulaire fut mort. (Belette, c. XXV). Mais comme la bienheureuse Hélène ne possédait pas les clous du Seigneur, elle pria l’évêque Cyriaque d'aller au Golgotha et de les chercher. Il y vint et aussitôt après avoir adressé des prières à Dieu, les clous apparurent brillants dans la terre, comme de l’or. Il les prit et les porta à la reine. Or, celle-ci se mit à genoux par terre et, après avoir incliné la tête, elle les adora avec grande révérence. Hélène porta une partie de la croix à son fils, et renferma l’autre dans des châsses d'argent qu'elle laissa à Jérusalem ; quant aux clous avec lesquels le corps du Seigneur avait été attaché, elle les porta à son fils. Au rapport d'Eusèbe de Césarée, elle en fit deux freins dont Constantin se servait dans les batailles, et elle mit les autres à son casque en guise d'armure. 
 Quelques auteurs, comme Grégoire de Tours*, assurent que le corps du Seigneur fut attaché avec quatre clous Hélène en mit deux au frein du cheval de l’empereur, le troisième à la statue de Constantin qui domine la ville de Rome, et elle jeta le quatrième dans la mer Adriatique qui jusque-là avait été un gouffre pour les navigateurs.
* Miracul., lib. I, ch. VI.

 
 L'invention ou redécouverte de la sainte croix Épisodes XI et XII : Les prophètes Jérémie et Isaïe Piero della Francesca (1420–1492) 1452-1466 Fresque San Francesco.Arezzo.The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.

Elle ordonna que cette fête de l’Invention de la sainte croix fût célébrée chaque année solennellement. Voici ce que dit saint Ambroise e : « Hélène chercha les clous du Seigneur et les trouva. De l’un elle fit faire des freins ; elle incrusta l’autre dans le diadème : belle place que la tête pour ce clou ; c'est une couronne sur le front, c'est une bride à la main : c'est l’emblème de la prééminence du sentiment, de la lumière de la foi, et de la puissance impériale. » Quant à l’évêque saint Cyriaque, Julien l’apostat le fit mourir plus tard, pour avoir trouvé la sainte croix dont partout il prenait à tâche de détruire le signe. Avant de partir contre les Perses, il fit inviter Cyriaque à sacrifier aux idoles : sur le refus du saint, Julien lui fit couper le bras en disant : « Avec cette main il a écrit beaucoup de lettres qui ont détourné bien du monde de sacrifier aux dieux. » 

Cyriaque lui répondit : « Chien insensé, tu  m’as bien rendu service ; car avant de croire à J.-C., trop souvent j'ai écrit des lettres que j'adressais aux synagogues des Juifs afin que personne ne crût en J.-C. et voilà que tu viens de retrancher de mon corps ce qui en avait été le scandale. » Alors Julien fit fondre du plomb qu'il ordonna de lui verser dans la bouche ; ensuite il fit apporter un lit en fer sur lequel Cyriaque fut étendu et au-dessous on mit des charbons ardents et. de la graisse. 

Hélène et Constantin autour de la Vraie Croix,  (1789–1870) http://lj.rossia.org/users/john_petrov/594655.html Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

 Comme Cyriaque restait immobile, Julien lui dit : « Si tu ne veux pas sacrifier aux idoles, dis au moins que tu n'es pas chrétien. » L'évêque s'y refusa avec horreur. Julien fit creuser une fosse profonde qu'on fit remplir de serpents venimeux. Cyriaque y fut jeté, mais les serpents moururent aussitôt. Julien ordonna alors que Cyriaque fût jeté dans une chaudière pleine d'huile bouillante. Or, comme le saint voulait y entrer spontanément, il se signa, et pria le Seigneur de le baptiser une seconde fois dans l’eau du martyre, mais Julien furieux lui fit percer la poitrine avec une épée. Ce fut ainsi que saint Cyriaque mérita de consommer son martyre dans le Seigneur.
* De obitu Theod., nos 47-48.
La grandeur de la vertu de la Croix est manifeste dans ce notaire fidèle, trompé par un magicien qui le conduisit en un lieu où il avait fait venir des démons, en lui promettant des richesses immenses. Il vit un Ethiopien de haute stature, assis sur un trône élevé, et entouré d'autres Ethiopiens- debout, armés de lances et de bâtons. Alors l’Ethiopien demanda à ce magicien : « Quel est cet enfant ? » Le magicien répondit: « Seigneur, c'est votre serviteur. » Le démon dit au notaire : « Si tu veux  m’adorer, être mon serviteur, et renier ton Christ, je te ferai asseoir à ma droite. » Mais le notaire se hâta de faire le signe de la croix et s'écria qu'il était de toute son âme le serviteur du Sauveur J.-C. Il n'eut pas plutôt fait le signe de la croix que toute cette multitude de démons disparut. 
  
La redécouverte de la Croix d'après Gustave Doré Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Peu de temps après, ce même notaire entra un jour avec son maître dans le temple de Sainte-Sophie; se trouvant ensemble devant une image du Sauveur, le maître remarqua que cette image avait les yeux fixés sur le notaire qu'elle regardait attentivement (67). Plein de surprise, le maître fit passer le jeune homme à droite et vit que l’image avait encore tourné les veux de ce côté, en les dirigeant sur le notaire. I1 le fit de nouveau revenir à gauche, et voici que l’image tourna encore les yeux et se mit à regarder le notaire comme auparavant. Alors le maître le conjura de lui dire ce qu'il avait fait à Dieu pour mériter que l’image le regardât, ainsi. Il répondit qu'il n'avait la conscience d'aucune bonne action, si ce n'est qu'il n'avait pas voulu renier le Sauveur devant le diable.

L'Invention de la Croix, Agnolo Gaddi, Florence, 1380. PDArt Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

 La Légende Dorée

samedi 26 novembre 2011

Gustave Doré

Gustave Doré est un illustrateur, graveur, peintre et sculpteur français, né à Strasbourg le 6 janvier 1832, au 5 (aujourd'hui 16), rue de la Nuée-Bleue, et mort le 23 janvier 1883 à Paris dans son hôtel de la rue Saint-Dominique. Il fut reconnu internationalement de son vivant.

En 1843, le père de Gustave, Jean-Philippe Doré, polytechnicien, est nommé ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de l'Ain et la famille Doré s'installe à Bourg-en-Bresse. L'enfant aux dons précoces est un très bon élève du collège mais il se fait encore davantage remarquer par ses caricatures et ses dessins inspirés du monde bressan qui l'entoure : à douze ans un imprimeur local publie ses premières lithographies sur Les Travaux d'Hercule. Elles amènent l'éditeur parisien Charles Philipon à lui proposer de s'installer à Paris où à partir de 1847 il suit les cours du lycée Charlemagne et dessine en même temps des caricatures pour le Journal pour rire de Philippon. Il connaît vite la célébrité et débute en 1848 au Salon avec deux dessins à la plume mais continue à vivre auprès de sa mère après la mort de son père en 1849.

À partir de 1851, tout en exposant ses toiles, il réalise quelques sculptures de sujets religieux et collabore à diverses revues dont le Journal pour tous. En 1854, l'éditeur Joseph Bry publie une édition des œuvres de Rabelais, illustrée d'une centaine de ses gravures. De 1861 à 1868, il illustre La Divine Comédie de Dante.

De plus en plus reconnu, à la fois autodidacte et exubérant, Gustave Doré illustra entre 1852 et 1883 plus de cent vingt volumes qui parurent en France, mais aussi en Angleterre, en Allemagne et en Russie. Lors de la campagne de Crimée, il réalise, à la fois comme auteur et comme illustrateur, L'Histoire de la Sainte Russie, une charge contre ce pays avec qui la France et l'Angleterre étaient entrées en guerre. C'est un album qui préfigure la bande dessinée, où il joue sur le décalage entre le texte et l'illustration, et où il utilise d'étonnantes astuces graphiques.


Il fréquente alors la société mondaine et élargit ses activités picturales en composant de grands tableaux comme Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l’Enfer (1861 - 311 x 428 cm – musée de Brou), L'Enigme (au Musée d'Orsay) ou Le Christ quittant le prétoire (1867-1872), un tableau mesurant six mètres de haut par neuf mètres de large. Ce tableau a été restauré de 1998 à 2003 au Musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg, dans une haute salle qui lui est dédiée.

Multipliant en même temps dessins et illustrations en tous genres (fantastique, portraits-charges), sa notoriété devient européenne et il rencontre un immense succès en Angleterre avec la Doré Gallery qu'il ouvre à Londres en 1869.

Il meurt d'une crise cardiaque à 51 ans, le 23 janvier 1883, en laissant une œuvre imposante de plus de dix mille pièces qui exercera par la suite une forte influence sur nombre d'illustrateurs. Son ami Ferdinand Foch organise les obsèques à Sainte-Clotilde, l'enterrement au Père-Lachaise et un repas d'adieu rue Saint-Dominique.

En 1931, Henri Leblanc publie un catalogue raisonné qui recense 9 850 illustrations, 68 titres de musique, 5 affiches, 51 lithographies originales, 54 lavis, 526 dessins, 283 aquarelles, 133 peintures et 45 sculptures. Le musée de Brou à Bourg-en-Bresse, conserve pour sa part 136 œuvres de toute nature (peinture à l'huile, dessins, sculptures).

Gustave Doré illustra plus de cent chefs-d'œuvre de la littérature universelle

Honoré de Balzac : Les Cent contes drolatiques
La Bible : Traduction de Bourassé et Janvier, appelée aussi Bible de Tours, 1866
François Rabelais : Œuvres, 1851, 104 ill.
Les Russes, 1854, bande dessinée dont il est l'auteur et l'illustrateur.
Comtesse de Ségur : Nouveaux contes de fées, 1857, 20 vign.
Hippolyte Taine : Voyage aux Pyrénées, 1858
Dante Alighieri : La Divine Comédie, 1861, 136 ill. et L'Enfer
Gottfried August Bürger : Aventures du Baron de Münchhausen, Charles Furne, traduction nouvelle de Théophile Gautier Fils 1862, 158 ill.
Lépine : La Légende du Croque-Mitaine, Librairie de L. Hachette, 1863, 177 vignettes sur bois.
Miguel de Cervantes : Don Quichotte, 1863, 377 ill.
Sinbad le Marin, 1865
Théophile Gautier : Le Capitaine Fracasse, 1866, 60 ill.
Victor Hugo : Les Travailleurs de la mer, 1867, 22 ill.
Jean de La Fontaine : Fables, 1868, 248 ill.
Samuel Coleridge : The Rime of the Ancient Mariner, 1876
Lord Byron : Œuvres.
Charles Perrault : Les Contes de ma mère l'Oye (La Barbe bleue, Cendrillon, Le Chat botté, Le Petit Chaperon rouge, Le Petit Poucet, Riquet à la houppe, Griselidis, Les Fées, La Belle au bois dormant, Peau d'Âne ).
John Milton, Le Paradis perdu, 1674.
Jules Verne, diptyque des voyages lunaires : De la Terre à la Lune et Autour de la Lune, ainsi que d'autres œuvres de l'auteur.

Ainsi que des ouvrages sur la tauromachie :

Jean Charles Davillier, « Voyages en Espagne » publié de 1862 à 1873 dans la revue « Le Tour du monde », sous le titre « Combats de taureaux », Hachette 1862, republié en 1984 par l'Union des Bibliophiles Taurins de France, 1984, sous le titre : La Tauromachie de Gustave Doré(ISBN 2904202048)

Peintures

Les Saltimbanques, huile sur toile, 1874, musée d'art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand.
Torrent de montagne, huile sur toile, 92 x 166 cm, non daté, Musée d'art de Toulon.
Paysage avec troupeau, huile sur toile, 94 x 168,5 cm, non daté, Musée d'art de Toulon.

Sculptures

La Parque et l’Amour, terre-cuite, 1877, musée des Beaux-Arts de Brou à Bourg-en-Bresse.
L'Effroi, bronze, Salon de 18791.
Monument à Alexandre Dumas père, 1883, Place Malesherbes, Paris2.
À saute-mouton, bronze1
Acrobates, bronze, Ringling Museum of Art, Sarasota, Floride1.
La Défense Nationale, bronze, Rosenberg Library, Galveston, Texas.

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