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vendredi 17 mai 2013

Les années 100 (de 100 à 109) Culture

Inventions, découvertes, introductions
Vers 105 : invention du papier par l'eunuque chinois Cai Lun, qui le présente à l'empereur Hedi de la dynastie Han.

 Cai Lun 18th century Source: Gutenberg and the Koreans: The Invention of Paper Domaine publique

Cai Lun, (v. 50 - 121), dont le prénom social était Jìngzhòng (敬仲), fut un eunuque haut fonctionnaire de la cour impériale chinoise pendant la dynastie des Han orientaux.
Cai est un personnage célèbre de l'histoire chinoise car on lui attribue, par tradition, l'invention du papier, ou tout au moins l'amélioration de sa technique de fabrication. Il aurait eu l'idée, en l'an 105, de remplacer les supports anciens de l'écriture, c'est-à-dire les tablettes de bambou et la soie, par un papier réalisé à partir d'une pâte à base d'écorce d'arbres (notamment de mûrier à papier), de lin et de chanvre.
L'archéologie vient contredire cette tradition. Des fragments de papiers issus de fibres végétales nettement antérieurs à l'époque de Cai Lun ont été retrouvés dans un certain nombre de sites chinois, les plus anciens datant du IIe siècle av. J.-C. ou du début du Ier siècle av. J.-C..
Mais le pouvoir impérial chinois a participé à forger la légende de Cai Lun (par le biais d'une biographie officielle), conduisant à en faire une sorte de divinité des papetiers. Un temple en son honneur aurait été érigé à Chengdu pendant la dynastie Song (960-1279).
Apparition présumée des premières brouettes en Chine.
En histoire, et surtout en histoire des techniques, il est souvent dangereux de supposer forcément ancien ce qui paraît aller naturellement de soi : l’histoire de la brouette semble s’inscrire dans ce principe.
Étymologiquement, une brouette est un véhicule à deux roues. Le terme, qui apparaît au XIVe siècle, serait un diminutif de beroue, lui-même venant du bas latin birota, véhicule à deux roues.

Combinaisons techniques évolutives aboutissant à la brouette.Image personnelle de Yelkrokoyade d'après Bertand GILLE Petite question et grand problème : la brouette LA RECHERCHE en histoire des sciences.Auteur: The original uploader was Yelkrokoyade at French Wikipedia  

L’engin serait une invention chinoise du début de l’ère chrétienne, soit environ dix siècles avant qu’elle ne fasse son apparition en Europe. Cependant les sinologues restent souvent flous, voire contradictoires dans leurs affirmations ; les images sont souvent tardives. Le général Zhuge Liang (181-234), de la période des Trois royaumes (IIIe siècle) aurait ravitaillé ses armées et transporté ses blessés avec des brouettes, tâche qui paraît pourtant mal convenir à l’engin plutôt performant pour le transport de charges sur de courtes distances. Ils auraient aussi inventé une brouette dotée d’un petit mât et comportant une voile, censée diminuer l’effort humain lorsque le vent est favorable.

Mechanik & Transportmittel & Schubkarre Heinrich Zeising 1612 gravure sur cuivre sur papier 12 x 13,5 cm Source: Deutsche Fotothek Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.  

Selon Robert Temple, la brouette aurait été inventée dans le Sud-Est de la Chine, un siècle avant J.-C., par un personnage semi légendaire nommé Ko Yu. Il est supposé avoir fabriqué une sorte de mouton en bois et l’avoir monté à travers la montagne. Les brouettes ayant longtemps été décrites comme des « bœufs de bois » ou des « chevaux glissant, » il est probable que l’invention de ce personnage légendaire soit la brouette. Selon ce même auteur, les premières représentations de l’engin dateraient du Ier siècle après J.-C.
Les arases de brique sont désormais employées de façon constante dans la construction romaine.

Le syrien Maès Titianos reconnaît la Route de la soie, vers la Chine.
Maès Titianos est un commerçant macédonien ou syrien du Ier siècle. Il est connu pour avoir envoyé une expédition jusqu'en Chine, par la route de la soie. Cette expédition nous est connue par Marin de Tyr, cité par Ptolémée.

Religion et philosophie

Les Parthes créent l’office du chef de la communauté juive de Babylone, qui devient le représentant politique des Juifs à la cour royale.

 Statuette de femme nue, peut-être la Grande Déesse babylonienne. Albâtre or, rubis et terre cuite, IIe siècle av./ap. J.-C. Provenance : nécropole d'Hillah, près de Babylone. Dimensions H. 15.4 cm (6 in.), W. 11.8 cm (4 ½ in.) Louvre Museum Source/Photographer Marie-Lan Nguyen (2006)

Apparition des premières formules chrétiennes sur le dogme et la morale (Symbole des apôtres).

Époque probable de la rédaction de l'Évangile selon Jean en Asie Mineure.

Le Concile du Cachemire fixe la nouvelle forme du bouddhisme, le bouddhisme mahāyāna (ou vers 120).

 Avec le Mahāyanā, la Bouddhéité multiplie ses visages et ses moyens… Relief image of an eleven-faced depiction of the bodhisattva Avalokiteśvara, from Jiuhuashan in China's Anhui province. This work has been released into the public domain by its author, Nat Krause at the wikipedia project

Le bouddhisme mahāyāna est un terme sanskrit ( महायान ) signifiant « grand véhicule » (chinois : 大乘, dàchéng ; japonais : 大乗, daijō ; vietnamien : Đại Thừa ; coréen : 대승, dae-seung). Le bouddhisme mahāyāna apparaît vers le début de l’ère commune dans le Nord de l’Inde et dans l'Empire kouchan, d’où il se répand rapidement au Tarim et en Chine, avant de se diffuser dans le reste de l’Extrême-Orient.
Art et culture
L'école de philosophie et de rhétorique d'Autun en Gaule attire des étudiants de tout l'Empire romain.
Autun fut célèbre pour son école de rhétorique, dont les premiers à avoir apporté les lettres à Trèves furent les panégyristes, professeurs de rhétorique venant des écoles d'Autun, Bordeaux, Rome et de Trèves même. Dans les discours de 197 à 312, cinq sont composés à Autun. En 107 déjà cette école de philosophie et de Rhétorique d'Autun attire des étudiants de tout l'Empire. Le poème de 148 hexamètre, est écrit par un rhéteur de la fameuse école de rhétorique qui florissait à Autun à l'époque de Constantin

Littérature
Le plus ancien dictionnaire chinois, le Shuo Wen, est terminé dans ces années.
Le Shuōwén Jiězì (說文解字/说文解字) ou Shuowen (début du IIe siècle), du spécialiste des Cinq classiques Xu Shen (en) (許慎 58-147), est le premier dictionnaire de caractères chinois à proposer une analyse de leur composition et à les classer à l’aide des clés. Son titre est « Explication des pictogrammes (wen 文) et des idéo-phonogrammes (zi 字) », les deux catégories de caractère inventés par Cang Jie selon l’auteur.
L’ouvrage aurait été achevé vers 100, mais ne fut présenté à l’empereur qu’en 121 par Xu Chong (許沖), fils de Xu Shen.
Shuowen Jiezi – réimpression moderne d’une édition Song This image (or other media file) is in the public domain because its copyright has expired. 

Selon W.G. Boltz, l’entreprise de Xu Shen n’était pas uniquement linguistique mais également politique, liée à l’idée confucéenne que l’emploi de mots justes (zhengming 正名) est nécessaire pour bien gouverner, comme l’auteur le rappelle dans la postface.
Açvaghocha rédige un récit poétique de la vie de Bouddha, le Bouddha-Charita.
Aśvaghoṣa, mot sanskrit signifiant "le cri du cheval", (vers 80-vers 150) était un philosophe et poète indien, né à Saketa dans le centre de l'Inde. Il est considéré comme le premier dramatiste sanskrit, et l'un des plus grands poètes avec Kalidasa.
Aśvaghoṣa est considéré comme l'un des plus grands auteurs bouddhistes. Il est l'un des quatre grands sages bouddhistes surnommés « quatre soleils éclairant le monde » avec Nagarjuna, Aryadeva, et Kumaralata. Il est considéré par la tradition du bouddhisme Zen comme son douzième patriarche.
L'ensemble de ses œuvres expose dans un style accessible les enseignements bouddhistes sous forme de paraboles et de récits.
Œuvres principales
Shariputra-Prakarana, drame.
Saudrarananda Kavya, épopée.
Mahalankara, livre de gloire.
Réveil de la foi dans le Mahayana (attribution parfois contestée).
Bouddha-Charita, "acte du Bouddha", épopée.

Plutarque écrit ses Vies parallèles des hommes illustres.
Plutarque (en grec ancien Πλούταρχος / Ploútarkhos), né à Chéronée en Béotie vers 46 ap. J.-C. et mort vers 125, est un historien et penseur majeur de la Rome antique, Grec d'origine, influencé par le courant philosophique du moyen-platonisme.

Gravure représentant Plutarque dans l'édition des Vies parallèles par Amyot (1565) This image (or other media file) is in the public domain because its copyright has expired.

Les Vies parallèles des hommes illustres (en grec Βίοι Παράλληλοι / Bíoi Parállêloi) rassemblent cinquante biographies, dont 46 sont présentées par paire, comparant des Grecs et des Romains célèbres6 (par exemple Thésée et Romulus, Alexandre le Grand et César, Démosthène et Cicéron). À la fin de chaque doublet, la plupart du temps, un bref texte (σύγκρισις / súnkrisis) compare les deux personnages. Nous avons perdu la première paire, consacrée à Épaminondas et Scipion l'Africain. Parmi les biographies séparées figurent celle d'Artaxerxès II, Aratos de Soles, et les huit biographies de Césars, d'Auguste à Vitellius. On date l'écriture de ces biographies entre 100 et 110. Les Œuvres morales sont plus de 230 traités consacrés à des sujets nombreux et variés. Seuls 79 nous sont parvenus : De la curiosité, De la tranquillité de l'âme, Des vertus morales, Du démon de Socrate, De la face qui paraît sur la Lune, Sur Isis et Osiris...

Une page des Vies parallèles imprimée à Rome en 1470, collection de l'Université de Leeds This image (or other media file) is in the public domain because its copyright has expired.

Les Vies parallèles sont l'œuvre la plus connue de Plutarque. Elles étaient admirées de Montaigne comme du Grand Condé ; Corneille et Shakespeare y ont puisé des sujets de tragédie (le Sertorius de Corneille). Un autre grand lecteur des Vies parallèles fut Rousseau, qu'elles accompagnèrent jusqu'à la fin de sa vie.
105-107 : Tacite publie le Dialogue des orateurs, un ouvrage sur le déclin de l'éloquence à Rome.
109 : Histoires, de Tacite. (voir années 90)

Architecture

102-105 : agrandissement du port d’Ostie.

 Deux navires avec une partie de l'inscription « navicul. Karthag. de suo » (CIL XIV, 4549, 18). Emplacement 18 appartenant à des navicularii de Carthage. Piazzale delle Corporazioni (regio II, insula VII, 4), Ostia Antica, Italie. Author: Patrick Denker

103-105 : l’architecte Apollodore de Damas jette un pont de pierre de 1135 mètres de longueur, 50 mètres de hauteur, 20 mètres de largeur sur le Danube à Drobeta, près des Portes de Fer.

 Bas-relief de la colonne Trajane, montrant le pont à tablier de charpente segmentaire et les piles en maçonnerie. Au premier plan, l'empereur préside à un sacrifice.Source/Photographer     Conrad Cichorius: "Die Reliefs der Traianssäule", Zweiter Tafelband: "Die Reliefs des Zweiten Dakischen Krieges", Tafeln 58-113, Verlag von Georg Reimer, Berlin 1900

103-104 : construction d’un temple dédié aux empereurs divinisés par l’architecte Caius Julius Lacer à Alcántara, en Espagne.

104-109 : construction des Thermes de Trajan à Rome.

 
 Thermes de Trajan sur la maquette d'I. Gismondi. Museo della Civilta Romana, EUR, Rome.Author. Cassius Ahenobarbus

104-106 : construction du pont d’Alcántara en Espagne.

 Pont romain d'Alcántara sur le Tage, province de Cáceres, Estrémadure (Espagne) Author. José Luis Filpo 

106 : Apollodore de Damas termine ou restaure l'Odéon de Domitien, à Rome.

 L'Odéon sur une maquette de la Rome antique This file is in the public domain, because the Theatrum Pompei Project declars all their images are in the public domain

Après 106 : construction du limes de Dacie : limes des monts Meszes au nord-ouest (mur de pierre, palissades, retranchements, tours de bois à fondation de pierre, château forts en arrière) ; limes fluvial du Szamos au nord ; limes des Carpates (forts barrant les routes d’invasions) ; ligne de la Temes à l’ouest, ligne de l’Aluta à l’est.

 La Dacie romaine entre 106 et 271.Auteur. User:Andrei nacu, uploaded at Commons by El_Bes

 Reconstitution d'une Porta Praetoria ; ancien "limes" romain (Kastell Welzheim) Author. Mediatus sowie dessen Vater (Erlaubnis zur Veröffentlichung erteilt)

107-113 : construction du forum de Trajan à Rome.

109 : construction du monument Tropaeum Traiani en Mésie inférieure (Adamclisi en Dobroudja actuelle) pour célébrer la victoire romaine sur les Daces.

Début de la construction en adobes de la Huaca de la Luna et de la Huaca del Sol au Pérou par les Moches.

 Facade décorée de la Huaca de la Luna, Trujillo, Pérou Author Martin St-Amant (S23678)

 Photographie de la huaca del Sol Autor de la fotografía: Antonio Velasco. Mayo de 2005, viaje turístico al Perú.

Construction de l’aqueduc de Ségovie.

 Le granite est assemblé à sec  Foto di Nicolás Pérez, settembre 2004.

Construction de la bibliothèque de Pantainos à Athènes.

Wikipédia

samedi 29 décembre 2012

Saint Thomas de Cantorbéry

Thomas de Cantorbéry, restant à la cour du roi d'Angleterre vit commettre différentes actions contraires . à la religion; il se retira alors pour se mettre sous la conduite de l’archevêque de Cantorbéry qui le nomma son archidiacre. Il se rendit cependant aux instances de l’archevêque qui lui conseilla de conserver la charge de chancelier du roi, afin que par la prudence, dont il était excellemment doué, il devînt un obstacle au mal que les méchants pourraient exercer contre l’église. Le roi avait pour lui tant d'affection que, lors du décès de l’archevêque, il voulut l’élever sur le siège épiscopal. Après de longues résistances, il consentit à recevoir ce fardeau sur les épaules.
Mais tout aussitôt il fut changé en un autre homme: il était devenu parfait, il mortifiait sa chair par le cilice et par les jeûnes ; car il portait non seulement un cilice au lieu de chemise, mais il avait des caleçons de poil de chèvre qui le couvraient jusqu'aux genoux. Il employait une telle adresse à cacher sa sainteté que, tout en conservant une honnêteté exquise, sous des habits convenables et n'ayant que des meubles décents, il se conformait aux mœurs de chacun. Tous les jours, il lavait à genoux les pieds de treize pauvres auxquels il donnait un repas et quatre pièces d'argent.

Thomas Becket représenté sur un vitrail de la cathédrale de Canterbury Le Jour ni l’Heure 0033 : saint Thomas Becket, 1118-1170, vitrail réalisé en 1919 par Samuel Caldwell jr, né c. 1862, avec des fragments du XIIIe s., cathédrale de Cantorbéry, Kent, Angleterre, mercredi 11 avril 2012, 10:18:30 (cropped from File:Saint Thomas Becket (Samuel Caldwell, 1919).jpg Attribution: Renaud Camus from Plieux, France

Le roi s'efforçait de le faire plier à sa volonté au détriment de l’église, en exigeant qu'il sanctionnât lui aussi, des coutumes dont ses prédécesseurs avaient joui contre les libertés ecclésiastiques. Il n'y voulut jamais consentir, et il s'attira ainsi la haine du roi et des princes. Pressé un jour par le roi, lui et quelques évêques, sous l’influence de la mort dont on les menaçait et trompé par les conseils de plusieurs grands personnages, il consentit de bouche à céder au vœu du monarque; mais s'apercevant qu'il pourrait en résulter bientôt un grand détriment pour les âmes, il s'imposa dès lors de plus rigoureuses mortifications il cessa de dire la messe, jusqu'à ce qu'il eût pu obtenir d'être relevé, par le souverain Pontife, des suspenses qu'il croyait avoir encourues. Requis de confirmer par écrit ce qu'il avait promis de bouche, il résista au roi avec énergie, prit lui-même sa croix pour sortir de la cour, aux clameurs des impies qui disaient : « Saisissez le voleur, à mort le traître: »

Becket's death XIVe siècle http://www.bl.uk/learning/images/medieval/new4.jpg Domaine public

Deux personnages éminents et pleins de foi vinrent alors lui assurer avec serment qu'une foule de grands avaient juré sa mort. L'homme de Dieu, qui craignait pour l’église plus encore que pour lui, prit la fuite, et vint trouver à Sens le juge Alexandre, et avec des recommandations pour le monastère de Pontigny, il arriva en France. De son côté, le roi envoya à Rome demander des légats afin de terminer le différend mais il n'éprouva que des refus, ce qui l’irrita plus encore contre le prélat. Il mit la saisie sur tous ses biens et sur ceux de ses amis, exila tous les membres de sa famille, sans avoir aucun égard pour la condition ou le sexe, le rang ou l’âge des individus.

Thomas Becket trônant en tant qu'archevêque, albâtre de Nottingham, Victoria & Albert Museum. Attribution: Original uploader was Saracen78 at en.wikipedia

Quant au saint, tous les jours, il priait pour le roi et pour le royaume d'Angleterre. Il eut alors une révélation qu'il rentrerait dans son église, et qu'il recevrait du Christ la palme du martyre. Après sept ans d'exil, il lui fut accordé de revenir et fut reçu avec de grands honneurs.

Quelques jours avant le martyre de Thomas, un jeune homme mourut et ressuscita miraculeusement et il disait avoir été conduit jusqu'au rang le plus élevé des saints où il avait vu une place vide parmi les apôtres. Il demanda à qui appartenait cette place, un ange lui répondit qu'elle était réservée par le Seigneur à un illustre prêtre anglais. Un ecclésiastique qui tous les jours célébrait la messe en l’honneur de la Bienheureuse Vierge, fut accusé auprès de l’archevêque qui le fit comparaître devant lui et le suspendit de son office, comme idiot et ignorant.
Or, le bienheureux Thomas avait caché sous son lit son cilice qu'il devait recoudre quand il en aurait le temps; la bienheureuse Marie apparut au prêtre et lui dit : « Allez dire à l’archevêque que celle pour l’amour de laquelle vous disiez vos messes a recousu son cilice qui est à tel endroit et qu'elle y a laissé le fil rouge dont elle s'est servi. Elle vous envoie pour qu'il ait à lever l’interdit dont il vous a frappé. »
Thomas en entendant cela et trouvant tout ainsi qu'il avait été dit, fut saisi, et en relevant le prêtre de son interdit, il lui recommanda de tenir cela sous le secret. Il défendit, comme auparavant les droits de l’Église et il ne se laissa fléchir ni par la violence, ni par les prières du roi. Comme donc on ne pouvait l’abattre en aucune manière, voici venir avec leurs armes des soldats du roi qui demandent à grands cris où est l’archevêque.

Extrait du vitrail de la vie de Thomas Becket sur le transept nord de la cathédrale de Coutances le représentant traversant la Manche. Attribution: Giogo

Il alla au-devant d'eux et leur dit : «Me voici, que voulez-vous? » «Nous venons, répondent-ils, pour te tuer, tu n'as pas plus longtemps à vivre. » Il leur dit : « Je suis prêt à mourir pour Dieu, pour la défense de la justice et la liberté de l’Église. Donc si c'est à moi que vous en voulez, de la part du Dieu tout-puissant et sous peine d'anathème, je vous défends de faire tel marque ce soit à ceux qui sont ici, et je recommande la cause de l’Église et moi-même à Dieu, à la bienheureuse Marie, à tous les saints et à saint Denys. »

Willem Vrelant (Flemish, died 1481, active 1454 - 1481) - The Martyrdom of Saint Thomas Becket - Google Art Project.jpg early 1460s "Tempera colors, gold leaf, and ink on parchment" hauteur : 256 mm. largeur : 173 mm. The J. Paul Getty Museum Californie Domaine public

Après quoi sa tête vénérable tombe sous le glaive des impies, la couronne de son chef est coupée, sa cervelle jaillit sur le pavé de l’église et il est sacré martyr du Seigneur l’an 1174. Comme les clercs commençaient Requiem aeternam de la messe des morts qu'ils allaient célébrer pour lui, tout aussitôt, dit-on, les chœurs des anges interrompent la voix des chantres et entonnent la messe d'un martyr : Laetabitur justus in Domino, que les autres clercs continuent.
Ce changement est vraiment l’ouvrage de la droite du Très Haut, que le chant de la tristesse ait été changé en un cantique de louange, quand celui pour lequel on venait de commencer les prières des morts, se trouve à l’instant partager les honneurs des hymnes des martyrs. Il était vraiment doué d'une haute sainteté ce martyr glorieux du Seigneur auquel les anges donnent ce témoignage d'honneur si éclatant en l’inscrivant eux-mêmes par avance au catalogue des martyrs.
Ce saint souffrit donc la mort pour l’Église, dans une église; dans le lieu saint, dans un temps saint, entre les mains des prêtres et des religieux, afin que parussent au grand jour et la sainteté du patient et la cruauté des persécuteurs. Le Seigneur daigna opérer beaucoup d'autres miracles par son saint, car en considération de ses mérites, furent rendus aux aveugles la vue, aux sourds l’ouïe, aux boiteux le marcher, aux morts la vie. L'eau dans laquelle on lavait les linges trempés de son sang, guérit beaucoup de malades.

The Becket Leaves XIVe siècle http://www.mondes-normands.fr/france/histoires/9/images/bleavesx.jpg Domaine public

Par coquetterie et afin de paraître plus belle, une dame d'Angleterre désirait avoir des yeux vairons et pour cela elle vint, après en avoir fait le vœu, nu-pieds au tombeau de saint Thomas. En se levant après sa prière, elle se trouva tout à fait aveugle; elle se repentit alors et commença à prier saint Thomas de lui rendre au moins les yeux tels qu'elle les avait, sans parler d'yeux vairons, et ce fut à peine si elle put l’obtenir.
Un plaisant avait apporté dans un vase, à son maître à table, de l’eau ordinaire au lieu de l’eau de saint Thomas. Ce maître lui dit : « Si tu ne m’as jamais rien volé, que saint Thomas te laisse apporter l’eau, mais si tu es coupable de vol, que cette eau s'évapore aussitôt. » Le serviteur, qui savait avoir rempli le vase; il n'y avait qu'un instant, y consentit. Chose merveilleuse ! On découvrit le vase, et il fut trouvé vide et de cette manière le serviteur fut reconnu menteur et convaincu d'être fin voleur.
Un oiseau, auquel on avait appris à parler, était poursuivi par un aide, quand il se mit à crier ces mots qu'on lui avait fait retenir: « Saint Thomas, au secours, aide-moi. L'aigle tomba mort à l’instant et l’oiseau fut sauvé.

Reliquaire de saint Thomas Becket. Cuivre champlevé, gravé, ciselé, émaillé et doré. Limoges, premier quart du XIIe siècle. Musée national du Moyen Âge Cluny Attribution: Marie-Lan Nguyen (2006)

Un particulier que saint Thomas avait beaucoup aimé tomba gravement malade; il alla à son tombeau prier pour recouvrer la santé : ce qu'il obtint à souhait. Mais en revenant guéri, il se prit à penser que cette guérison n'était peut-être pas avantageuse à son âme. Alors il retourna prier au tombeau et demanda que si sa guérison ne devait pas lui être utile pour son salut, son infirmité lui revînt, et il en fut ainsi qu'auparavant.
La vengeance divine s'exerça sur ceux qui l’avaient massacré : les uns se mettaient les doigts en lambeaux avec les dents, le corps des autres: tombait en pourriture ; ceux-ci moururent de paralysie, ceux-là succombèrent misérablement dans des accès de folie.
 * Tirée de sa vie écrite par plus de dix auteurs contemporains.

dimanche 6 novembre 2011

Saint Thomas de Cantorbéry

Thomas Becket représenté sur un vitrail de la cathédrale d'Angers User Isis on en.wikipedia Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
  
Thomas Becket, dit saint Thomas de Cantorbéry, (Londres, 21 décembre 1117-Cantorbéry, 29 décembre 1170) fut archevêque de Cantorbéry de 1162 à 1170. Il engagea un conflit avec le roi Henri II d’Angleterre sur les droits et privilèges de l’Eglise et fut assassiné par les partisans du roi. Il fut canonisé en 1173.

Vie avant l’accession à l’épiscopat.
Il naquit à Londres en 1117 de parents marchands originaires de Mondeville en Normandie. Il reçut une excellente éducation à l’école cathédrale de Cantorbéry, complétée par des études à Bologne, alors le centre majeur en Occident pour la science juridique.
Retournant en Angleterre, il attira l’attention de Thibaut du Bec, archevêque de Cantorbéry, qui lui confia plusieurs missions importantes à Rome et le fit nommer archidiacre de Cantorbéry et prévôt de Beverley. Il se distingua par son zèle et son efficacité, aussi Thibaut le recommanda au roi Henri II quand le haut poste de chancelier fut vacant.
Henri, comme tous les rois normano-angevins, désirait être le maître absolu, tant de son royaume que de l’Eglise, et pouvait pour ce faire s’appuyer sur les traditions de sa maison. Ce qu’il fit quand il voulut se débarrasser des privilèges du clergé anglais qu’il voyait comme autant d’entraves à son autorité. Becket lui parut comme l’instrument adapté pour accomplir ses desseins ; le jeune homme se montra dévoué aux intérêts de son maître et un agréable grand ami tout en maintenant avec diplomatie une certaine fermeté, de sorte que personne, sauf peut-être Jean de Salisbury, n’aurait pu douter qu’il ne se fût pas totalement dévoué à la cause royale. Le roi Henri envoya son fils Henri le Jeune, plus tard le jeune roi, vivre au domicile de Becket comme c’était la coutume pour les enfants nobles d’être accueillis dans une autre maison. Plus tard ce sera une des raisons pour lesquelles « le jeune roi » se retournera contre son père, s’étant affectivement attaché à son tuteur Becket.
L’archevêque Thibaut du Bec mourut le 18 avril 1161 et le chapitre apprit avec quelque indignation que le roi espérait qu’il choisirait Thomas pour successeur. Il se rallia cependant à l’avis royal, l’élection eut lieu en mai 1162 et Thomas fut consacré le 3 juin 1162.

 Thomas Becket trônant en tant qu'archevêque, albâtre de Nottingham, Victoria & Albert Museum.Original uploader was Saracen78 at en.wikipedia

Dès qu’il fut nommé, une transformation radicale du caractère du nouveau primat s’opéra à la stupéfaction générale du roi et de tout le royaume. Le courtisan gai et amant des plaisirs fit place à un prélat ascétique en robe de moine, prêt à soutenir jusqu’au bout la cause de la hiérarchie. Dans la Légende Dorée, Jacques de Voragine raconte qu’il se mortifiait en portant le cilice caché sous ses habits et que, chaque soir, il lavait les pieds de treize pauvres, les nourrissait et les renvoyait avec quatre pièces d'argent.
Devant le schisme qui divisait l’Église, il se déclara pour le pape Alexandre III, fidèle à un homme voué aux mêmes principes hiérarchiques, et il reçut le pallium d’Alexandre au concile de Tours.
À son retour en Angleterre, Becket mit immédiatement à exécution le projet qu’il avait préparé de libérer l’Église d’Angleterre des limitations mêmes qu’il avait contribué à faire appliquer. Son but était double : l’exemption complète de l’Église de toute juridiction civile, avec un contrôle exclusif de sa propre juridiction par le clergé, liberté d’appel, etc. et l’acquisition et la sécurité de la propriété comme un fonds indépendant.
Le roi comprit rapidement le résultat inévitable de l’attitude de Thomas et convoqua le clergé à Westminster le 11 octobre 1163, demandant l’abrogation de toute demande d'exemption des juridictions civiles et que soit reconnue l’égalité de tous les sujets devant la loi. Le haut clergé tendait à consentir à la demande du roi, ce que refusa l’archevêque. Henri n’était pas prêt pour une lutte ouverte et proposa un accord plus vague relevant de la coutume de ses ancêtres. Thomas accepta ce compromis en maintenant cependant des réserves sur la sauvegarde des droits de l’Église. Rien ne fut résolu et la question restait ouverte. Henri quitta donc Londres très content.

 Martyre de saint Thomas de Cantorbéry Hamburg Master Francke (1380–1430) c. 1424 The work of art depicted in this image and the reproduction thereof are in the public domain worldwide. The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.

Désaccord avec le roi
Henri convoqua une autre assemblée à Clarendon le 30 janvier 1164 où il présenta ses demandes en seize points. Ce qu’il demandait impliquait un relatif recul par rapport aux concessions faites aux églises par Henri 1er lors du concordat de Londres en 1107 puis par le roi Etienne d’Angleterre en 1136 mais se situait dans la droite ligne d'une monarchie qui, depuis l’époque de Guillaume le Conquérant, entendait gouverner sans partage toutes les affaires du royaume. Les Constitutions de Clarendon représentaient cependant une codification écrite, plus contraignante que la coutume qui prévalait jusque-là, et surtout entendaient placer tous les sujets du roi, y compris les clercs, de plus en plus nombreux, sur un pied d’égalité judiciaire (ce qui signifiait aussi percevoir les amendes afférentes aux condamnations), tous ne relevant que des tribunaux royaux. Le roi s’employa à obtenir l’accord du clergé et apparemment l’obtint, sauf celui du primat.
Becket chercha encore à parvenir à ses fins par la discussion, puis il refusa définitivement de signer. Cela signifiait la guerre entre les deux pouvoirs en place. Henri essaya de se débarrasser de Becket par voie judiciaire et le convoqua devant un grand conseil à Northampton le 8 octobre 1164 pour répondre de l'accusation de contestation de l'autorité royale et malfaisance dans son emploi de chancelier.

 St.David's ( Wales ). Cathedral: Thomas Becket chapel - Stained glass window ( 1958 ) by Carl J.Edwards showing the martyrdom of Thomas Becket.    Wolfgang Sauber/Wikimédia Commons
Becket quitte l’Angleterre
Becket dénia à l'assemblée le droit de le juger. Il fit appel au pape et sentant que sa vie était trop précieuse pour l'église pour être risquée, partit en exil volontaire. Le 2 novembre 1164, il embarqua sur un bateau de pêcheurs qui le débarqua en France. Dans une lettre célèbre alors adressée au pape, il exalte le principe de la supériorité pontificale, notamment en matière judiciaire. Il s'en prend surtout à l'attitude des autres évêques anglais qui sont ralliés au roi et qui selon lui, méconnaissent le principe de hiérarchie ecclésiastique. Il alla à Sens, où était réfugié le pape Alexandre III. Ce dernier venait de recevoir des ambassadeurs envoyés par le roi d'Angleterre qui demandait au pape de prendre des sanctions contre Becket et réclamait qu'un légat soit envoyé en Angleterre avec autorité plénière pour résoudre la dispute. Le pape Alexandre y opposa son refus, et quand quelques jours plus tard Becket arriva et lui fit le récit complet de la procédure, le pape lui accorda son soutien.


 Thomas Becket Master Francke (1380–1430) c. 1424 The work of art depicted in this image and the reproduction there of are in the public domain worldwide. The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.
Henri II poursuivit l'archevêque fugitif avec une série de décrets applicables à tous ses amis et partisans aussi bien qu'à Becket lui-même ; mais Louis VII de France le reçut avec respect et lui offrit sa protection, d'autant qu'il s'agissait là d'un moyen d'affaiblir son royal vassal Plantagenêt. Thomas Becket resta presque deux ans dans l’abbaye cistercienne de Pontigny (fin 1164-1166), jusqu'à ce que les menaces d'Henri l'obligent à se rendre de nouveau à Sens où il demeura à l’abbaye de Sainte-Colombe de Sens. Louis VII comme Alexandre III organisent diverses missions de conciliation auxquelles prennent part des religieux de divers ordres, notamment chartreux et grandmontains.
Becket, en pleine possession de ses prérogatives, désirait voir sa position soutenue par les armes de l'excommunication et de l'interdit. Mais le pape Alexandre III, bien que sympathisant des idées de Becket, préférait temporiser car sa propre lutte avec Frédéric Ier requérait au moins la neutralité du roi d'Angleterre. Les divergences se creusèrent entre le pape et l'archevêque, et les relations devinrent même plus amères quand les légats furent envoyés en 1167 avec autorité d'arbitre. Négligeant cette limitation de sa propre juridiction et persistant sur ses principes, Thomas palabra avec les légats, conditionnant toujours son obéissance au roi par les droits de son ordre.

 Canterbury Cathedral, stained glass- ancient panel showing the Murder of St Thomas a becket in the Cathedral 13th century? Domaine publique

Sa fermeté sembla être récompensée quand, enfin en 1170, le pape fut sur le point d'appliquer ses menaces d'excommunication du roi Henri qui, inquiet de cette éventualité, mit ses espoirs dans un accord qui permettrait à Thomas de retourner en Angleterre et de continuer son ministère. Finalement, le 22 juillet 1170, la paix qui fut conclue à Fréteval entre Henri et Thomas permit à l'archevêque anglais de rentrer en Angleterre.
Thomas débarqua à Sandwich le 3 décembre 1170 et deux jours plus tard il entrait à Cantorbéry. Mais les deux parties restèrent cependant inconciliables, et Henri, incité par ses partisans, refusa de rendre les propriétés ecclésiastiques qu'il avait saisies. Thomas avait déjà préparé la sanction contre ceux qui avaient privé l'Église de ses biens et contre les évêques qui avaient inspiré la saisie.
La tension était désormais trop grande pour trouver une issue autre que la catastrophe qui ne fut pas longue à venir. Une phrase du roi exaspéré : « n'y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? » (bien qu'il puisse s'agir d'une phrase apocryphe, la phrase exacte étant incertaine) fut interprétée comme ordre par quatre chevaliers anglo-normands : Reginald Fitzurse, Hugues de Morville, Guillaume de Tracy et Richard le Breton. Ces quatre chevaliers projetèrent donc immédiatement le meurtre de l'archevêque et le perpétrèrent près de l'autel de la cathédrale de Canterbury le 29 décembre 1170.

Enluminure du XIIIe siècle représentant le meurtre de Thomas Becket

Henri II se résolut alors à faire pénitence publique à Avranches en 1172 et à revenir sur les décisions entérinées dans les Constitutions de Clarendon.
Becket fut ensuite révéré par les fidèles dans toute l’Europe comme martyr et canonisé par Alexandre en 1173. Le 12 janvier de l'année suivante, Henri II dut faire pénitence publiquement sur la tombe de son ennemi, qui resta un des lieux de pèlerinage les plus populaires en Angleterre, jusqu'à sa destruction lors de l'anéantissement des monastères. Un reliquaire fut cependant conservé, et ce site est visité par de nombreux touristes de nos jours.


 Reliquaire représentant des scènes de la vie de saint Thomas Becket, œuvre de Limoges.с 1180 до 1190 Victoria and Albert Museum  Marie-Lan Nguyen (2012)/Wikimédia Commons

Les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer se passent en compagnie de pèlerins sur leur route vers le sanctuaire de Thomas.
W. J. Williams a suggéré que l'histoire du meurtre de Thomas a pu inspirer la légende maçonnique de la mort de Hiram Abiff. Cette théorie comprend la référence à un groupe de maçons dans la ville de Londres faisant une procession à la chapelle de Thomas le jour du saint. Il suggère qu'il pouvait y avoir une pièce emblématique. Il y avait aussi un ordre militaire dit des chevaliers de St. Thomas qui fut actif pendant les croisades et proche des Templiers.

Postérité

Bien que Becket fût assassiné et qu’il devînt un martyr, il est, selon un sondage réalisé en janvier 2006, la deuxième pire personnalité britannique qui soit, sans doute pour avoir divisé l’Église d’Angleterre en deux.

Reliques

Façade de la Basilique des Saints-Boniface-et-Alexis

Les reliques de Thomas Becket sont conservées dans la crypte de la basilique des Saints-Boniface-et-Alexis à Rome.