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vendredi 25 novembre 2011

Béroul Tristan et Iseut

Béroul est un poète normand du XII° siècle.
Béroul est le nom que l'on donne par convention à l'auteur d'une version en vers de la légende de Tristan et Iseut, écrite dans un dialecte normand; ce roman nous a été transmis par un unique manuscrit (fr. 2171 de la BNF), amputé du début et de la fin (il ne reste que 4 485 vers). Ce manuscrit date pour sa part de la deuxième moitié du XIII° siècle. (En effet, les romans médiévaux sont la plupart du temps transmis par des manuscrits bien postérieurs à la composition du texte.)
Sur le plan historique, nous ne savons presque rien de la vie de Béroul. L'auteur se nomme lui-même dans son oeuvre, par deux fois, aux v. 1268 et 1790. Toutefois, rien ne permet de savoir si ce "Berox"1 est l'auteur de la version que l'on possède, ou bien de la source de cet auteur. Des indices textuels et linguistiques permettent de dire que l'auteur du roman était normand, mais il connaissait aussi très bien l'Angleterre et a pu y vivre et, probablement, écrire pour la cour de Henri II Plantagenêt. Par ailleurs, le médiéviste André de Mandach a découvert un Beroldus, moine bénédictin à St-Evroul, qui serait peut-être ce Béroul (mais rien ne peut être prouvé). Il est difficile de dater l'écriture du texte: elle se situe entre 1160 et 1190, et plus précisément aux alentours de 1170 probablement.
Par ailleurs, les médiévistes débattent pour savoir si le texte transmis par le manuscrit a été écrit par un seul auteur ou par deux ("Béroul" ne serait alors l'auteur que de la première moitié du roman, jusqu'au v. 2751). Il y a peu de chances que ce débat soit résolu un jour: les arguments sont assez nombreux pour soutenir l'hypothèse d'une dualité d'auteur, mais insuffisants pour la prouver définitivement3, d'autant plus que l'œuvre est marquée par une certaine unité de composition. L'hypothèse de la dualité d'auteur permet d'affiner la date d'écriture: 1165-1170 pour la première partie, et 1190 pour la seconde.
La version de la légende de Tristan et Iseut telle que Béroul la raconte est assez sauvage et violente: il semble que cette version soit proche de la version populaire qui devait circuler oralement à l'époque; plutôt archaïque, elle n'est que très peu influencée par l’amour courtois. Le style est particulièrement vif, exclamatif et dramatique; le texte est très oral, et certains procédés littéraires sont hérités de la chanson de geste. Par ailleurs, Béroul aime mélanger les genre, puisqu'il passe parfois, très rapidement, du drame au comique; notamment l'épisode dit du Mal Pas, assez obscène, semble inspiré du fabliau.
On ne sait donc que peu de choses sur ce Béroul, et le peu que l'on sait reste très hypothétique. Il n'en demeure pas moins que son roman est une des premières attestations écrites de la légende de Tristan et Iseut.


Pour voir les manuscrits

vendredi 18 novembre 2011

Jean, chroniqueur

Jean, chroniqueur de la fin du XIIe siècle, moine de l'abbaye de Marmoutiers vers 1170. Il a remanié à cette époque la compilation connue sous le nom de Gesta consulum Andegavorurn, qu'il dédia au roi d'Angleterre Henri II, et a écrit une histoire de Geoffroy V le Bel (Historia Gaufredi comitis Andegavorum). Ces œuvres ont été plusieurs fois publiées et notamment par Marchegay, Salmon et Mabille dans les Chroniques des comtes d'Anjou (Paris, 1856-1874, in-8; Coll. de la Soc. de l'hist. de France)
Cosmovisions

dimanche 6 novembre 2011

Saint Thomas de Cantorbéry

Thomas Becket représenté sur un vitrail de la cathédrale d'Angers User Isis on en.wikipedia Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
  
Thomas Becket, dit saint Thomas de Cantorbéry, (Londres, 21 décembre 1117-Cantorbéry, 29 décembre 1170) fut archevêque de Cantorbéry de 1162 à 1170. Il engagea un conflit avec le roi Henri II d’Angleterre sur les droits et privilèges de l’Eglise et fut assassiné par les partisans du roi. Il fut canonisé en 1173.

Vie avant l’accession à l’épiscopat.
Il naquit à Londres en 1117 de parents marchands originaires de Mondeville en Normandie. Il reçut une excellente éducation à l’école cathédrale de Cantorbéry, complétée par des études à Bologne, alors le centre majeur en Occident pour la science juridique.
Retournant en Angleterre, il attira l’attention de Thibaut du Bec, archevêque de Cantorbéry, qui lui confia plusieurs missions importantes à Rome et le fit nommer archidiacre de Cantorbéry et prévôt de Beverley. Il se distingua par son zèle et son efficacité, aussi Thibaut le recommanda au roi Henri II quand le haut poste de chancelier fut vacant.
Henri, comme tous les rois normano-angevins, désirait être le maître absolu, tant de son royaume que de l’Eglise, et pouvait pour ce faire s’appuyer sur les traditions de sa maison. Ce qu’il fit quand il voulut se débarrasser des privilèges du clergé anglais qu’il voyait comme autant d’entraves à son autorité. Becket lui parut comme l’instrument adapté pour accomplir ses desseins ; le jeune homme se montra dévoué aux intérêts de son maître et un agréable grand ami tout en maintenant avec diplomatie une certaine fermeté, de sorte que personne, sauf peut-être Jean de Salisbury, n’aurait pu douter qu’il ne se fût pas totalement dévoué à la cause royale. Le roi Henri envoya son fils Henri le Jeune, plus tard le jeune roi, vivre au domicile de Becket comme c’était la coutume pour les enfants nobles d’être accueillis dans une autre maison. Plus tard ce sera une des raisons pour lesquelles « le jeune roi » se retournera contre son père, s’étant affectivement attaché à son tuteur Becket.
L’archevêque Thibaut du Bec mourut le 18 avril 1161 et le chapitre apprit avec quelque indignation que le roi espérait qu’il choisirait Thomas pour successeur. Il se rallia cependant à l’avis royal, l’élection eut lieu en mai 1162 et Thomas fut consacré le 3 juin 1162.

 Thomas Becket trônant en tant qu'archevêque, albâtre de Nottingham, Victoria & Albert Museum.Original uploader was Saracen78 at en.wikipedia

Dès qu’il fut nommé, une transformation radicale du caractère du nouveau primat s’opéra à la stupéfaction générale du roi et de tout le royaume. Le courtisan gai et amant des plaisirs fit place à un prélat ascétique en robe de moine, prêt à soutenir jusqu’au bout la cause de la hiérarchie. Dans la Légende Dorée, Jacques de Voragine raconte qu’il se mortifiait en portant le cilice caché sous ses habits et que, chaque soir, il lavait les pieds de treize pauvres, les nourrissait et les renvoyait avec quatre pièces d'argent.
Devant le schisme qui divisait l’Église, il se déclara pour le pape Alexandre III, fidèle à un homme voué aux mêmes principes hiérarchiques, et il reçut le pallium d’Alexandre au concile de Tours.
À son retour en Angleterre, Becket mit immédiatement à exécution le projet qu’il avait préparé de libérer l’Église d’Angleterre des limitations mêmes qu’il avait contribué à faire appliquer. Son but était double : l’exemption complète de l’Église de toute juridiction civile, avec un contrôle exclusif de sa propre juridiction par le clergé, liberté d’appel, etc. et l’acquisition et la sécurité de la propriété comme un fonds indépendant.
Le roi comprit rapidement le résultat inévitable de l’attitude de Thomas et convoqua le clergé à Westminster le 11 octobre 1163, demandant l’abrogation de toute demande d'exemption des juridictions civiles et que soit reconnue l’égalité de tous les sujets devant la loi. Le haut clergé tendait à consentir à la demande du roi, ce que refusa l’archevêque. Henri n’était pas prêt pour une lutte ouverte et proposa un accord plus vague relevant de la coutume de ses ancêtres. Thomas accepta ce compromis en maintenant cependant des réserves sur la sauvegarde des droits de l’Église. Rien ne fut résolu et la question restait ouverte. Henri quitta donc Londres très content.

 Martyre de saint Thomas de Cantorbéry Hamburg Master Francke (1380–1430) c. 1424 The work of art depicted in this image and the reproduction thereof are in the public domain worldwide. The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.

Désaccord avec le roi
Henri convoqua une autre assemblée à Clarendon le 30 janvier 1164 où il présenta ses demandes en seize points. Ce qu’il demandait impliquait un relatif recul par rapport aux concessions faites aux églises par Henri 1er lors du concordat de Londres en 1107 puis par le roi Etienne d’Angleterre en 1136 mais se situait dans la droite ligne d'une monarchie qui, depuis l’époque de Guillaume le Conquérant, entendait gouverner sans partage toutes les affaires du royaume. Les Constitutions de Clarendon représentaient cependant une codification écrite, plus contraignante que la coutume qui prévalait jusque-là, et surtout entendaient placer tous les sujets du roi, y compris les clercs, de plus en plus nombreux, sur un pied d’égalité judiciaire (ce qui signifiait aussi percevoir les amendes afférentes aux condamnations), tous ne relevant que des tribunaux royaux. Le roi s’employa à obtenir l’accord du clergé et apparemment l’obtint, sauf celui du primat.
Becket chercha encore à parvenir à ses fins par la discussion, puis il refusa définitivement de signer. Cela signifiait la guerre entre les deux pouvoirs en place. Henri essaya de se débarrasser de Becket par voie judiciaire et le convoqua devant un grand conseil à Northampton le 8 octobre 1164 pour répondre de l'accusation de contestation de l'autorité royale et malfaisance dans son emploi de chancelier.

 St.David's ( Wales ). Cathedral: Thomas Becket chapel - Stained glass window ( 1958 ) by Carl J.Edwards showing the martyrdom of Thomas Becket.    Wolfgang Sauber/Wikimédia Commons
Becket quitte l’Angleterre
Becket dénia à l'assemblée le droit de le juger. Il fit appel au pape et sentant que sa vie était trop précieuse pour l'église pour être risquée, partit en exil volontaire. Le 2 novembre 1164, il embarqua sur un bateau de pêcheurs qui le débarqua en France. Dans une lettre célèbre alors adressée au pape, il exalte le principe de la supériorité pontificale, notamment en matière judiciaire. Il s'en prend surtout à l'attitude des autres évêques anglais qui sont ralliés au roi et qui selon lui, méconnaissent le principe de hiérarchie ecclésiastique. Il alla à Sens, où était réfugié le pape Alexandre III. Ce dernier venait de recevoir des ambassadeurs envoyés par le roi d'Angleterre qui demandait au pape de prendre des sanctions contre Becket et réclamait qu'un légat soit envoyé en Angleterre avec autorité plénière pour résoudre la dispute. Le pape Alexandre y opposa son refus, et quand quelques jours plus tard Becket arriva et lui fit le récit complet de la procédure, le pape lui accorda son soutien.


 Thomas Becket Master Francke (1380–1430) c. 1424 The work of art depicted in this image and the reproduction there of are in the public domain worldwide. The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.
Henri II poursuivit l'archevêque fugitif avec une série de décrets applicables à tous ses amis et partisans aussi bien qu'à Becket lui-même ; mais Louis VII de France le reçut avec respect et lui offrit sa protection, d'autant qu'il s'agissait là d'un moyen d'affaiblir son royal vassal Plantagenêt. Thomas Becket resta presque deux ans dans l’abbaye cistercienne de Pontigny (fin 1164-1166), jusqu'à ce que les menaces d'Henri l'obligent à se rendre de nouveau à Sens où il demeura à l’abbaye de Sainte-Colombe de Sens. Louis VII comme Alexandre III organisent diverses missions de conciliation auxquelles prennent part des religieux de divers ordres, notamment chartreux et grandmontains.
Becket, en pleine possession de ses prérogatives, désirait voir sa position soutenue par les armes de l'excommunication et de l'interdit. Mais le pape Alexandre III, bien que sympathisant des idées de Becket, préférait temporiser car sa propre lutte avec Frédéric Ier requérait au moins la neutralité du roi d'Angleterre. Les divergences se creusèrent entre le pape et l'archevêque, et les relations devinrent même plus amères quand les légats furent envoyés en 1167 avec autorité d'arbitre. Négligeant cette limitation de sa propre juridiction et persistant sur ses principes, Thomas palabra avec les légats, conditionnant toujours son obéissance au roi par les droits de son ordre.

 Canterbury Cathedral, stained glass- ancient panel showing the Murder of St Thomas a becket in the Cathedral 13th century? Domaine publique

Sa fermeté sembla être récompensée quand, enfin en 1170, le pape fut sur le point d'appliquer ses menaces d'excommunication du roi Henri qui, inquiet de cette éventualité, mit ses espoirs dans un accord qui permettrait à Thomas de retourner en Angleterre et de continuer son ministère. Finalement, le 22 juillet 1170, la paix qui fut conclue à Fréteval entre Henri et Thomas permit à l'archevêque anglais de rentrer en Angleterre.
Thomas débarqua à Sandwich le 3 décembre 1170 et deux jours plus tard il entrait à Cantorbéry. Mais les deux parties restèrent cependant inconciliables, et Henri, incité par ses partisans, refusa de rendre les propriétés ecclésiastiques qu'il avait saisies. Thomas avait déjà préparé la sanction contre ceux qui avaient privé l'Église de ses biens et contre les évêques qui avaient inspiré la saisie.
La tension était désormais trop grande pour trouver une issue autre que la catastrophe qui ne fut pas longue à venir. Une phrase du roi exaspéré : « n'y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? » (bien qu'il puisse s'agir d'une phrase apocryphe, la phrase exacte étant incertaine) fut interprétée comme ordre par quatre chevaliers anglo-normands : Reginald Fitzurse, Hugues de Morville, Guillaume de Tracy et Richard le Breton. Ces quatre chevaliers projetèrent donc immédiatement le meurtre de l'archevêque et le perpétrèrent près de l'autel de la cathédrale de Canterbury le 29 décembre 1170.

Enluminure du XIIIe siècle représentant le meurtre de Thomas Becket

Henri II se résolut alors à faire pénitence publique à Avranches en 1172 et à revenir sur les décisions entérinées dans les Constitutions de Clarendon.
Becket fut ensuite révéré par les fidèles dans toute l’Europe comme martyr et canonisé par Alexandre en 1173. Le 12 janvier de l'année suivante, Henri II dut faire pénitence publiquement sur la tombe de son ennemi, qui resta un des lieux de pèlerinage les plus populaires en Angleterre, jusqu'à sa destruction lors de l'anéantissement des monastères. Un reliquaire fut cependant conservé, et ce site est visité par de nombreux touristes de nos jours.


 Reliquaire représentant des scènes de la vie de saint Thomas Becket, œuvre de Limoges.с 1180 до 1190 Victoria and Albert Museum  Marie-Lan Nguyen (2012)/Wikimédia Commons

Les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer se passent en compagnie de pèlerins sur leur route vers le sanctuaire de Thomas.
W. J. Williams a suggéré que l'histoire du meurtre de Thomas a pu inspirer la légende maçonnique de la mort de Hiram Abiff. Cette théorie comprend la référence à un groupe de maçons dans la ville de Londres faisant une procession à la chapelle de Thomas le jour du saint. Il suggère qu'il pouvait y avoir une pièce emblématique. Il y avait aussi un ordre militaire dit des chevaliers de St. Thomas qui fut actif pendant les croisades et proche des Templiers.

Postérité

Bien que Becket fût assassiné et qu’il devînt un martyr, il est, selon un sondage réalisé en janvier 2006, la deuxième pire personnalité britannique qui soit, sans doute pour avoir divisé l’Église d’Angleterre en deux.

Reliques

Façade de la Basilique des Saints-Boniface-et-Alexis

Les reliques de Thomas Becket sont conservées dans la crypte de la basilique des Saints-Boniface-et-Alexis à Rome.