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jeudi 4 octobre 2012

Saint François d'Assise

François s'appela d'abord Jean, mais, dans la suite; il changea de nom et s'appela François. Il paraît que ce fut pour plusieurs motifs que ce changement eut lieu.

Représentation de François d'Assise sur une fresque de Cimabue dans la basilique d'Assise, considérée comme son portrait le plus fidèle Domaine public

1° Comme souvenir d'une chose merveilleuse; savoir: qu'il reçut de Dieu d'une manière miraculeuse le don de la langue française ; ce qui fait dire dans sa légende que, toujours, quand il était embrasé du feu de l’Esprit Saint, il exprimait en français ses émotions brûlantes.
2° Afin que son ministère fût manifesté; c'est pour cela qu'il est dit dans sa légende que ce fut par un effet de la sagesse divine qu'il fut ainsi appelé, afin que par ce nom singulier, que personne n'avait encore porté, le but de son ministère fût plus vite connu dans tout l’univers.
3° Pour indiquer les résultats qu'il devait obtenir; car, ainsi, on donnait à comprendre que, par lui et par ses enfants, il devait rendre francs et libres une quantité d'esclaves du péché et du démon.
4° A raison de sa magnanimité de cœur, car franc vient de férocité; il y a en effet, dans le caractère français; un instinct de férocité joint à la magnanimité.
5° En raison de la vertu de sa parole, qui tranchait dans le vice comme une francisque.
6° Pour la terreur que le démon ressentait quand François le mettait en fuite.
7° Pour sa sécurité dans la vertu, la perfection de ses œuvres et l’honnêteté de sa manière de vivre. On dit, en effet, que les francisques étaient des insignes ayant la forme de haches, portées au-devant des consuls, comme marque .de terreur, de sécurité et d'honneur tout à la fois.
* Cette légende est compilée d'après les Vies du Saint et les Chroniques de l’Ordre de Saint-François.

François d'Assise par Francisco de Zurbarán (1598–1664) 1658 Alte Pinakothek, Munich.oil on canvas 64 × 53 cm The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH. 

François, le serviteur et l’ami du Très-Haut, né dans la ville d'Assise, et négociant, vécut dans la vanité jusqu'à l’âge de près de vingt ans. Notre-Seigneur se servit du fouet de l’infirmité pour le corriger et le changea subitement en un autre homme, en sorte que dès cet instant, l’esprit de prophétie commença à se faire remarquer en lui.
Une fois, en effet, que pris avec beaucoup d'autres par des Pérousins, il avait été mis en une dure prison, quand tous ses compagnons étaient dans la tristesse, seul il entra dans des transports de joie ; et comme ils l’en reprenaient, il leur dit : « Vous saurez que si je me réjouis, c'est que je serai honoré, comme un saint du monde entier. »
Un jour, dans un voyage qu'il faisait à Rome par dévotion, il se dépouilla de ses habits et prenant ceux d'un pauvre, il s'assit au milieu des mendiants devant l’église de Saint-Pierre; il mangea avidement avec eux, comme l’un d'entre eux; ce qu'il eût fait plus souvent s'il n'eût été retenu par respect pour les personnes de sa connaissance. L'antique ennemi s'efforçait de le détourner de son bon propos, et lui rappela le souvenir d'une femme de son pays monstrueusement bossue, en le menaçant de le rendre comme elle, s'il ne se désistait de son entreprise ; mais le Seigneur qui le fortifia lui fit entendre ces paroles : « François, les choses amères, prends-les pour douces, et méprise-toi toi-même, si tu désires me connaître. »
Il rencontra lors un lépreux, et quoique tous ceux qui sont affligés de cette maladie soient un sujet d'horreur, il se rappela l’oracle divin et courut embrasser ce lépreux qui disparut aussitôt après. A l’instant il se hâte d'aller dans les asiles des lépreux, leur embrasse les mains avec dévotion et leur donne de l’argent. II entre pour faire sa prière dans l’église de Saint-Damien et une image du Christ lui adresse miraculeusement ces paroles : « François, va réparer ma maison, qui, comme tu le vois, s'écroule de toutes parts. »
A dater de ce moment, son âme s'était comme fondue et la compassion pour J.-C. crucifié fut merveilleusement empreinte en son cœur. Il mit tous ses soins à réparer l’église, et après avoir vendu ce qu'il avait, il voulait en donner l’argent à un prêtre; comme celui-ci refusait de le recevoir par crainte des parents de François, le saint jeta cet argent en sa présence comme une poussière méprisable. Ce fut alors que son père le fit saisir et lier, mais François lui rendit le prix de la vente de ses biens, et se défit pareillement de son habit; dans cet état de nudité il se jeta dans les bras du Seigneur, et se revêtit d'un cilice.

Saint François, gravure de Wenceslas Hollar(1607–1677) 21 x 29 cm.Thomas Fisher Rare Book Library Artwork from University of Toronto Wenceslaus Hollar Digital Collection Attribution: User:Dcoetzee Domaine public

Le serviteur de Dieu appelle alors un simple particulier qu'il regarde comme son père en sollicitant ses bénédictions à la place de celui qui l’accablait de malédictions. Son frère le rencontra, un jour d'hiver, couvert de haillons, et en prières. En le voyant tout grelottant, il dit à quelqu'un : « Demande à François de te vendre une once de sueur. » Ce qu'entendant François, il répondit : « Vraiment j'en vendrai à mon Seigneur*» Un jour qu'il avait entendu ces paroles adressées par Notre-Seigneur à ses disciples, quand il les envoya prêcher, à l’instant il se mit en devoir de les pratiquer toutes à la lettre : il ôte ses souliers, se couvre d'une seule tunique, encore est-elle grossière et à la place d'une ceinture de cuir, il emprunte une corde. Par un temps de neige, et passant dans une forêt, il fut pris par des larrons; ils lui demandèrent qui il était, il répondit qu'il est le héraut de Dieu. Alors ils le prirent et le jetèrent dans la neige, en disant: « Dors, rustique héraut de Dieu. »
Beaucoup de nobles et de roturiers, tant clercs que laïques, quittèrent les pompes du monde pour s'attacher à lui. Ce père en sainteté leur enseigna à pratiquer la perfection évangélique, à embrasser la pauvreté et à marcher dans la voie de la sainte simplicité. Il écrivit en outre une  règle évangélique pour lui et les frères qu'il avait et qu'il aurait, règle qui fut confirmée par le pape Innocent III. Depuis lors, il commença à répandre avec plus de ferveur que jamais la semence de la parole de Dieu, et à parcourir les villes et les bourgs, animé d'un zèle admirable.
* Chronique de l’Ordre de Saint-François, Ire p. l. I, c. v.


Saint François en prière, Salzbourg, porte de Kapuzinerberg.Attribution: Oliver-Bonjoch

— Il y avait un frère qui, extérieurement, paraissait d'une éminente sainteté, toutefois il était fort original; il observait la règle du silence avec une telle rigueur qu'il ne se confessait que par signes et non de vive voix. Tout le monde le louait comme un saint, mais l’homme de Dieu vint dire : « Cessez, mes frères, de louer en lui des illusions diaboliques : Qu'on l’avertisse de se confesser une fois ou deux par semaine; que s'il ne le fait pas, il y a tentation du diable et supercherie. » Quand les frères donnèrent cet. avis à cet homme, il mit un doigt sur sa bouche et secouant la tête, il fit signe qu'il ne se confesserait pas. Peu de jours après il retourna à son vomissement et mourut après avoir passé sa vie dans des actions criminelles.
— Dans un voyage, le serviteur de Dieu fatigué allait monté sur un âne; son compagnon frère Léonard d'Assises, qui était aussi fatigué, se mit à penser et à dire en lui-même : « Ses parents et les miens ne jouaient pas de pair ensemble. » A l’instant l’homme de Dieu descendit de son âne et dit à son frère : « Il n'est pas convenable que j'aille sur un âne et que vous alliez à pied, car vous avez été plus noble que moi. » Le frère, stupéfait, se jeta aux pieds du père et lui demanda pardon.
— Il rencontra, un jour sur son passage, une femme noble qui marchait à pas précipités. Le saint eut pitié de sa fatigue et de l’état d'oppression qui en était la suite; il lui demanda ce qu'elle cherchait « Priez pour moi, mon père, lui dit-elle, parce que mon mari  m’empêche de mettre à exécution un salutaire propos que j'ai résolu de suivre; et il me gêne fort de servir J.-C. » Saint François lui dit : « Allez, ma fille, dans peu, vous en recevrez de la consolation, et vous lui annoncerez, de la part de Dieu tout-puissant et de la mienne, que c'est maintenant pour lui le temps du salut, plus tard, ce sera celui de la justice. » Cette femme rapporta ces paroles à son mari qui se trouva changé tout d'un coup et promit de garder la continence.

St. Francis preaching by Tiberio d'Assisi; Chapel of the Roses; Basilica of Santa Maria degli Angeli, Assisi, Italy Attribution: JoJan

— Un paysan mourait de soif dans un lieu désert; le saint lui obtint au même endroit une fontaine par ses prières.
— Par l’inspiration du Saint-Esprit, il révéla le secret suivant à un des frères qui était de ses intimes : « Il existe aujourd'hui sur la terre un serviteur de Dieu, en faveur duquel, tant qu'il sera en vie, le Seigneur ne permettra pas que la famine sévisse sur les hommes. » Or, on raconte que la prédiction se réalisa effectivement : mais quand il fut mort, il en arriva tout autrement; car, après son heureux trépas, il apparut au même frère et lui dit « Voici la famine, que tout le temps de ma vie, le Seigneur ne laissa pas venir sur la terre.»
— A la fête de Pâques, les frères grecs du désert avaient préparé la table d'une manière plus recherchée qu'à l’ordinaire, avec des nappes et des verres ; quand l’homme de Dieu eut vu cela, il se retira à l’instant; il se mit sur la tête le chapeau d'un pauvre qui se trouvait là pour lors, et un bâton à la main, il sort dehors et va attendre à la porte. Pendant que les frères étaient à table, il criait à la porte que, pour l’amour de Dieu, ils donnassent l’aumône à un pèlerin pauvre et infirme. On appelle le pauvre, on le fait entrer : il s'assied par terre à l’écart et pose son plat sur la cendre. Les frères, voyant cela, furent tout stupéfaits, et il leur dit «J'ai vu la table parée et ornée, je me suis aperçu que ce n'est pas là l’ordinaire de pauvres qui vont mendier de porte en porte. »
Il aimait à tel point la pauvreté en lui et chez les autres qu'il appelait toujours la pauvreté sa dame mais quand il voyait quelqu'un plus pauvre que lui, il en était jaloux et craignait d'être dépassé en cela par autrui. En effet; un jour qu'il avait rencontré une pauvre femme, il dit à son compagnon : « Le dénuement de cette personne nous a fait honte; c'est une critique achevée de notre pauvreté, car à la place de mes richesses, j'ai fait choix de la pauvreté pour ma dame et voici qu'elle reluit plus en cette femme qu'en moi *. »
* Hist. ord. Min., Ire p., I. VI, c. CVII.

Saint François d'Assise Codex Tennenbach avant 1492 http://www.blb-karlsruhe.de/ Reproduction of a painting that is in the public domain because of its age

— Un pauvre vint à passer devant lui, et l’homme de Dieu en fut touché d'une vive compassion; alors son compagnon lui dit : « Bien que cet homme soit pauvre, peut-être aussi n'y en a-t-il pas dans tout le pays qui soit plus riche en désir. » L'homme de Dieu répliqua: « Dépouillez-vous vite de votre tunique, donnez-la à ce pauvre, jetez-vous à ses pieds et reconnaissez hautement la faute dont vous venez de vous rendre coupable. » Le compagnon obéit tout aussitôt.
— Une fois il rencontra trois femmes semblables en tout pour la figure et pour la manière d'être,et elles le saluèrent en ces termes : « Que dame pauvreté soit la bienvenue », et elles disparurent de suite, sans qu'on les ait plus jamais vues.
— En venant à Arezzo où une guerre intestine s'était émue, l’homme de Dieu vit du faubourg des démons qui se réjouissaient au-dessus de ce pays; et appelant son compagnon nommé Silvestre, il lui dit : « Allez à la porte de la ville, et de la part de Dieu tout-puissant, commandez aux démons d'en sortir. » Silvestre se hâta d'aller à la porte où il cria avec force : « De la part de Dieu et par l’ordre de notre père François, démons, sortez, tous. » Peu de temps après, la concorde se rétablit parmi les citoyens.
— Ce même Silvestre, n'étant encore que prêtre séculier, vit en songe sortir de la bouche de saint François une croix d'or dont le sommet touchait le ciel, et les bras étendus au large embrassaient l’une et l’autre partie du monde. Touché de componction, le prêtre quitta aussitôt le monde et devint un parfait imitateur de l’homme de Dieu.

Francis of Assisi Church, Acambaro, Guanajuato State, Mexico http://www.flickr.com/photos/eltb/8129262105 Attribution: Enrique López-Tamayo Biosca

L'homme de Dieu était en oraison et le diable l’appela trois fois par son nom. Le saint lui répondit, et le diable ajouta : « Il n'est dans ce monde aucun homme, tel pécheur qu'il soit, auquel le Seigneur ne fasse miséricorde, s'il se convertit ; mais celui qui se tuera par une dure pénitence, ne trouvera jamais miséricorde. » Aussitôt le serviteur de Dieu connut par révélation la malice de l’ennemi qui s'était efforcé de le faire tomber dans la tiédeur. Mais l’antique ennemi voyant qu'il n'avait pas eu le dessus de cette manière, lui inspira une forte tentation de la chair ; en la ressentant, l’homme de Dieu se dépouilla de son habit et se frappa avec une corde très mince, très serrée, en disant Allons, frère l’âne, garde-toi bien de remuer, voilà comment il faut subir le fouet. » Mais comme la tentation tardait à s'éloigner, saint François alla se précipiter tout nu dans une neige épaisse, puis prenant de cette neige, il en fit sept blocs cri forme de boule, et se les mettant sous les yeux, il parla à son corps « Vois, lui dit-il : celle-ci qui est plus grosse, c'est ta femme ; de ces quatre, deux sont tes fils et deux sont tes filles, les deux qui restent sont ton domestique et ta servante. » Hâte-toi de les revêtir toutes, car elles meurent de froid; mais si ces soins multipliés t'importunent, ne sers que le Seigneur avec sollicitude. » Aussitôt le diable confus se retira et le saint revint à sa cellule en glorifiant Dieu.
— Il logeait depuis quelque temps chez Léon, cardinal de Sainte-Croix, qui l’avait invité. Une nuit les démons vinrent le battre avec la plus grande violence. Il appela alors son compagnon et lui dit : « Les démons sont des hommes d'affaires destinés par Notre-Seigneur pour punir nos excès : or, je ne me rappelle pas avoir commis une faute que je n'aie expiée avec la miséricorde de Dieu et par la satisfaction; mais peut-être que le majordome a permis que ses gens se ruent sur moi, parce que je demeure à la cour des grands; ce qui a pu fournir à mes pauvres petits frères l’occasion de concevoir de mauvais soupçons, quand ils me voient vivre dans les délices et, l’abondance. » Il se leva de grand matin et s'en alla.
* Castaldus. Sic appellabant Longobardi locorum, praediorum ac villarum praefectos, rerum dominicarum actores, procuratores, administratores, villicos. Ducange,V° Castaldus.


Représentation de saint François d'Assise, vitraux de l'église Saint-Jean Saint-Charles, Périgueux, Dordogne, France. Attribution: Père Igor

— Il était en oraison, un jour qu'il entendit sur le toit de la maison, des troupes de démons qui couraient avec grand bruit : aussitôt il sortit et faisant sur lui le signe de la croix, il dit : « De la part du Dieu tout-puissant, je vous dis, démons, de faire sur mon corps tout ce qui vous est permis : je suis disposé à tout supporter, parce que n'ayant pas de plus grand ennemi que mon corps, vous me vengerez de mon adversaire, pendant qu'à ma place, vous exercerez vengeance contre lui. » Alors les démons confus s'évanouirent.
— Un frère, le compagnon de l’homme de Dieu, vit, en extase, parmi les trônes du ciel, un de ces trônes très remarquable et brillant d'une gloire extraordinaire. Plein d'admiration il se demandait à qui ce siège éclatant était réservé, et il entendit qu'on lui disait : « Ce siège a appartenu à un des princes chassés du ciel et maintenant il est préparé à l’humble François. » Après sa prière, il demanda à l’homme de Dieu : « Que pensez-vous de vous-même, père? » « Je me considère, répondit le saint, comme un très grand pécheur. » Et aussitôt l’Esprit dit dans le cœur du frère « Sache que ce que tu as vu est véritable; parce que l’humilité élèvera le plus humble de tous au trône qui a été perdu par l’orgueil. »
Dans une vision, le serviteur de Dieu aperçut au-dessus de lui un séraphin crucifié qui imprima les marques de sa crucifixion d'une manière si évidente sur François que le saint paraissait avoir été lui-même crucifié. Ses mains, ses pieds et son côté, furent marqués du caractère de la croix; mais il cacha ces stigmates à tous les yeux avec grand soin. Quelques-uns cependant les virent de son vivant; mais à sa mort, il y en eut beaucoup qui les considérèrent. L'existence réelle de ces stigmates fut confirmée par de nombreux miracles, dont il suffira d'en rapporter deux qui eurent lieu après son décès.

François d'Assise recevant les stigmates par Giotto (1267-1337). Ce dernier a peint les fresques de sa vie (église supérieure de la basilique d'Assise).Domaine public

Dans la Pouille, un homme appelé Roger, qui avait sous les yeux l’image de saint François, se mit à penser ceci en lui-même: «Serait-il vrai qu'il eût été honoré d'un pareil miracle; ou bien serait-ce une pieuse illusion, ou même une fourberie inventée par ses frères ? » Tandis qu'il roulait cela dans son esprit, tout à coup il entendit, un bruit semblable à celui d'un javelot lancé, par une baliste, et se sentit grièvement blessé à la main gauche; mais comme il n'y avait aucune déchirure à son gant, il l’ôta et trouva sur la paume de sa main une blessure profonde faite comme par une flèche. Il en résultait une chaleur si vive qu'il semblait devoir entièrement défaillir de douleur et de chaleur. Alors il se repentit et témoigna croire à la réalité des stigmates de saint François ; deux jours après, ayant prié le saint par ses stigmates, il fut aussitôt guéri.
— Au royaume de Castille, un homme dévot, à saint François allait à complies, et fut la victime innocente d'embûches dressées pour faire mourir un autre que lui ; il fut mortellement blessé et laissé pour mort. Après quoi, son cruel meurtrier lui enfonça une épée dans la gorge et ne pouvant la retirer, il s'enfuit. On accourt, de toutes parts, on s'écrie et on le pleure comme un homme mort. Or, à minuit, comme la cloche des frères sonnait les matines, sa femme se mit à lui crier: «Mon maître, lève-toi et va aux matines ; voici la cloche qui t'appelle. » Aussitôt le blessé lève la main et semble faire signe à quelqu'un d'extraire l’épée, quand, aux yeux de tous, voici l’épée qui saute en l’air comme si elle eût été lancée par un poignet très vigoureux : à l’instant cet homme se leva parfaitement guéri en disant: « Le bienheureux François est venu à moi, et apposant ses stigmates sur mes blessures, il en a rempli chacune d'elles . d'une onction suave et les a guéries miraculeusement par ce contact: comme il voulait se retirer, je lui faisais signe d'ôter l’épée, parce que je ne pouvais parler autrement. Il la saisit et la jeta avec force et aussitôt il guérit entièrement ma gorge, en passant doucement ses stigmates dessus. »
— Saint François et saint Dominique ces deux lumières du monde, se trouvaient à Rome en compagnie du cardinal d'Ostie qui devint ensuite souverain pontife. Cet évêque leur dit : « Pourquoi ne faisons-nous pas de vos frères des évêques et des prélats qui l’emporteraient sur les autres par leur enseignement et leurs exemples ? » Ce fut à qui répondrait le premier. L'humilité de saint François lui donna la victoire en ne s'avançant pas : saint Dominique remporta aussi la victoire en répondant le premier par obéissance. Saint Dominique répondit donc : « Seigneur, s'ils veulent le reconnaître, mes frères ont été élevés à une position convenable et tant que cela sera en mon pouvoir, je ne souffrirai pas qu'ils obtiennent d'autre marque de dignité. » Après quoi saint François prit la parole et répondit : « Seigneur, mes frères ont été appelés mineurs, afin qu'ils n'eussent pas la présomption de devenir majeurs. »

"Sanzkower Altar" with scenes from the life of Saint Francis of Assisi, c. 1500, today in Kulturhistorisches Museum Stralsund Domaine public

Saint François, qui avait la simplicité d'une colombe, invitait toutes les créatures à l’amour du Créateur; il prêchait les oiseaux qui l’écoutaient, qui se laissaient toucher par lui et qui ne se retiraient qu'après en avoir reçu la permission. Des hirondelles babillaient tandis qu'il prêchait, elles se turent immédiatement après qu'il leur eut donné ordre de le faire.
A la Portioncule, une cigale qui restait sur un figuier, vis-à-vis de sa cellule, chantait souvent. L'homme de Dieu étendit la main et l’appela en disant : « Ma sœur la cigale, viens à moi. » L'insecte obéissant monta aussitôt sur la main de saint François qui lui dit « Chante, ma soeur la cigale, et loue ton Seigneur. Elle se mit aussitôt à chanter et ne se retira qu'après avoir été congédiée.
Il ne touchait ni aux lanternes, ni aux lampes, ni aux chandelles, car il ne voulait pas en ternir l’éclat avec sa main. Il marchait sur les pierres avec révérence par considération, pour celui qui s'appelle Pierre. Il ôtait les vers de dessus le chemin de crainte qu'ils ne fussent écrasés sous les pieds des passants. Afin que les abeilles ne mourussent pas au milieu du froid de l’hiver, il leur faisait donner du miel et ce qu'il y a de meilleur en vin. Tous les animaux il les appelait ses frères. Rempli d'une joie merveilleuse et ineffable dans son amour pour le Créateur, il contemplait le soleil, la lune et les étoiles et les invitait à aimer le Créateur. Il empêchait qu'on ne lui fît une grande couronne en disant: « Je veux que mes frères simples aient part en mon chef. »
— Un homme fort mondain, ayant rencontré le serviteur de Dieu François qui prêchait à Saint-Séverin, vit, par une révélation divine, deux épées très brillantes placées en travers sur le saint en forme de croix; l’une allait de la tête aux pieds et la seconde s'étendait d'une main à l’autre en passant transversalement par sa poitrine. Or, il n'avait jamais vu François, mais il le reconnut à cette marque: alors il fut touché, entra dans l’ordre des frères Mineurs où il mourut heureusement.
— Les larmes qu'il versait constamment. lui firent contracter une maladie aux yeux; on lui conseilla alors de cesser de pleurer; mais il répondit : « Ce n'est pas par amour pour cette lumière qui nous est commune avec les mouches qu'il faut renoncer à voir la lumière éternelle. »

The Ecstasy of st Francis 1437-44 Sassetta (1392–1450) http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/s/sassetta/index.html Bernson collecton Settignano Domaine public

— Ses frères le pressaient de se laisser faire une opération à cause de son mal d'yeux, et le chirurgien avait en main un instrument de fer rougi au feu; alors l’homme de Dieu dit : « Mon frère, le feu, sois doux et courtois pour moi. Je prie le Seigneur qui t'a créé de tempérer pour moi ta chaleur. » Et en disant cela il fit le signe de la croix sur l’instrument qui fut enfoncé dans la chair vive depuis l’oreille jusqu'au sourcil, sans qu'il en ressentît aucune douleur; il le témoigna lui-même.
— Le serviteur de Dieu était attaque d'une très grave maladie à l’ermitage de Saint-Urbain. Sentant lui-même que la nature était en défaillance, il demanda à boire du vin, mais il n'y en avait point: on lui apporta de l’eau qu'il bénit en faisant le signe de la croix ; et à l’instant elle fut changée en un vin excellent. La pureté du saint homme lui fit obtenir ce que la pauvreté d'un lieu désert n'avait pu lui procurer : il n'en eut pas plutôt goûté qu'il entra de suite en convalescence.
Il préférait les mépris aux louanges : et lorsque les peuples exaltaient les mérites de sa sainteté, il commandait à quelque frère de lui lancer aux oreilles des paroles de nature à l’avilir. Et quand le frère, bien malgré lui, l’appelait rustique, mercenaire, maladroit et inutile, saint François tout égayé lui disait : « Que le Seigneur vous bénisse, parce que vous dites les choses les plus vraies : elles sont telles que je dois en entendre. »
Le serviteur de Dieu ne voulut pas tant être supérieur qu'inférieur, ni tant commander qu'obéir. Aussi il se démit du généralat et demanda un gardien à la volonté duquel il serait soumis en tout. Il promit et pratiqua toujours l’obéissance à l’égard du frère avec lequel il avait coutume d'aller.
Un frère ayant commis un acte de désobéissance, en témoignait du repentir ; cependant l’homme de Dieu, pour inspirer de la crainte aux autres, fit jeter le capuce de ce frère dans le feu. Après que le capuce fut resté quelque temps, en plein foyer, il ordonna, de l’ôter et de le rendre au frère. On ôte donc le capuce du milieu des flammes, sans qu'il y eût la moindre trace de brûlure.
— Un jour qu'il se promenait dans les marais de Venise, il trouva une énorme multitude d'oiseaux qui chantaient, et il dit à son compagnon : « Mes frères les oiseaux louent leur Créateur, allons au milieu d'eux chanter les heures canoniales. » Quand il pénétra dans cette volée, les oiseaux ne furent pas effrayés, mais le saint et son compagnon ne pouvant s'entendre l’un l’autre à cause du gazouillement excessif de ces animaux, François dit : « Mes frères les oiseaux, cessez de chanter jusqu'à ce que nous ayons terminé notre office de Laudes. » Les oiseaux se turent aussitôt, et quand les Laudes furent achevées, il leur donna la permission de chanter et à l’instant ils continuèrent leur ramage comme à l’ordinaire.

Fresco by Domenico Ghirlandaio, in the Cappella Sassetti ("Sassetti chapel"), in Santa Trinita church, Florence (Italy). Domaine public

— Il avait été invité par un chevalier auquel il dit : « Frère hôte, suivez mes avis, et confessez vos péchés, car bientôt vous mangerez ailleurs. » Le chevalier consentit; il régla ses affaires domestiques, et reçut une pénitence salutaire. Or, comme ils entraient pour se mettre à table, l’hôte mourut subitement.
— Il avait rencontré une multitude d'oiseaux et il les avait salués comme des créatures douées de raison. « Mes frères les oiseaux, leur dit-il, vous devez beaucoup de louanges à votre Créateur qui vous a revêtus de plumes; il vous a donné des ailes pour voler, il vous a départi les régions de l’air et il vous gouverne sans aucune sollicitude de votre part. » Les oiseaux se mirent alors à allonger le cou, à battre de l’aile, à ouvrir le bec et à regarder le saint attentivement. En passant au milieu d'eux, il les touchait avec sa robe et cependant aucun ne changea de place jusqu'à ce que leur en ayant donné la permission, ils s'envolèrent tous à la fois.
— Au château d'Alviane, pendant une prédication, on ne pouvait l’entendre à cause du gazouillement des hirondelles dont le nid était proche. Et il leur dit : « Mes sœurs les hirondelles, c'est à moi de parler maintenant ; vous avez assez dit ; gardez le silence jusqu'à ce que la parole du Seigneur soit achevée. » Aussitôt elles lui obéirent et se turent.
Un jour que l’homme de Dieu voyageait dans la Pouille, il trouva sur le chemin une grande bourse toute grosse d'argent. En la voyant, son compagnon voulut la prendre, pour en faire largesse aux pauvres ; mais le saint s'y opposa formellement. « Il n'est pas permis, dit-il, mon fils, de prendre le bien d'autrui. » Mais comme le frère insistait fortement, François, après une courte oraison, lui commanda de ramasser la bourse qui au lieu d'argent ne renfermait plus qu'une couleuvre. A cette vue le frère eut peur, mais comme il voulait obéir et exécuter l’ordre qu'il avait reçu, il prit la bourse avec les mains, et il en sortit un grand serpent. Alors le saint dit : « L'argent, pour les serviteurs de Dieu, n'est rien autre chose que diable et serpent venimeux. »
— Un frère, fortement tenté, se mit dans l’esprit que s'il avait sur lui quelque papier avec l’écriture du saint, la tentation cesserait aussitôt. Mais comme il n'osait pas lui manifester son désir, il arriva que l’homme de Dieu l’appela : « Apportez-moi, lui dit-il, mon fils, du papier et de l’encre, car je veux écrire quelque chose à la louange de. Dieu. » Et après avoir écrit, il dit: « Prenez ce papier et gardez-le soigneusement jusqu'au jour de votre mort. » Et aussitôt toute tentation s'éloigna de lui.
— Ce même frère, lorsque le saint était malade, se mit à penser : « Voilà que le Père est près de mourir, et ce serait pour moi grande consolation, si après sa mort, j'avais la tunique de mon Père. » Peu après, saint François l’appelle et lui dit : «Je vous donne cette tunique et après ma mort, elle vous appartiendra de plein droit. »
— Il avait reçu l’hospitalité à Alexandrie, en Lombardie, chez un honnête homme, qui le pria, pour observer l’évangile, de manger de tout ce qu'on servirait. Le saint ayant consenti au pieux désir de son hôte, celui-ci courut lui préparer un chapon de sept ans pour le repas. Pendant qu'ils étaient à table, un infidèle demanda l’aumône pour l’amour de Dieu. Aussitôt le saint homme, entendant bénir le nom de Dieu, fit passer au mendiant un morceau de chapon. Le malheureux infidèle conserve ce qui vient de lui être donné, et le lendemain, tandis que le saint prêchait, il le montre en disant : « Voici, quelle sorte de viande mange ce frère que vous honorez comme un saint : c'est ce qu'il  m’a donné hier soir. » Mais. le morceau de chapon parut à tout le monde être du poisson. Alors l’infidèle, traité d'insensé par toute l’assemblée, ayant appris ce qu'il en était, resta confus et demanda pardon. Le morceau reparut être de la chair quand le prévaricateur fut rentré en lui-même *.
* Saint Antonin, tit. XXIV, ch. II, § 2. — Wading.
— Une fois que le saint était à table et qu'il y avait conférence sur la pauvreté de la Bienheureuse Vierge et de son Fils, aussitôt l’homme de Dieu quitta 1a table en poussant des sanglots de douleur et couvert de larmes il mange sur la terre nue le morceau de pain qui lui reste.
— Il voulait qu'on témoignât une grande révérence pour les mains des prêtres à qui a été confié le pouvoir de faire le sacrement du corps de N.-S. Aussi disait-il souvent : « Si je rencontrais un saint venant du ciel et un pauvre prêtre, j'irais au plus tôt embrasser les mains du prêtre, et je dirais au saint « Attendez-moi, saint Laurent, parce que les mains que voici touchent le verbe de vie, et elles possèdent quelque chose de surhumain. »

Sa vie fut illustrée par de nombreux miracles. En effet, des pains qu'on lui présenta à bénir guérirent beaucoup de malades; il changea de l’eau en vin, et un malade qui en goûta récupéra aussitôt la santé;, il fit encore beaucoup d'autres miracles.
Quand il approcha de sa fin, bien que réduit par une longue maladie, il se fit mettre sur la terre nue et appela auprès de lui tous les frères qui se trouvaient dans la maison. Imposant alors les mains sur eux tous, il les bénit, et, comme à la Cène du Seigneur, il donna à chacun une petite bouchée de pain.
Il invitait, suivant la coutume, toutes les créatures à louer Dieu ; la mort elle-même, qui est si terrible pour tous et si odieuse, il l’invitait aussi; il l’accueillit avec joie, et la priait de venir en son hôtellerie, en disant : « Qu'elle soit la bienvenue, ma sueur la mort.» Quand fut arrivée sa dernière heure, il s'endormit dans le Seigneur. Un frère vit son âme, sous la forme d'une étoile semblable à la lune en grandeur et brillante, comme le soleil.

St. Francis in Ecstasy Le Caravage c. 1595 Oil on canvas, 92,5 x 128,4 cm Wadsworth Athenaeum, Hartford, Connecticut Attribution:'carulmare' user on Flickr.com; Painting by Caravaggio

Le supérieur des frères dans la terre de Labour, appelé Augustin, qui était à l’extrémité, et qui avait déjà perdu depuis longtemps l’usage de la parole, s'écria subitement : « Attendez-moi, père, attendez ; je vais avec vous. » Comme les frères lui demandaient ce qu'il voulait dire, il répondit : « Ne voyez-vous pas notre père François qui va au ciel? » Et, au même instant, il s'endormit en paix et suivit le père.
— Une dame qui avait été fort dévouée à saint François vint à mourir. Les clercs et les prêtres étaient autour de sa bière pour ses funérailles, quand tout à coup cette femme se lève sur le lit funèbre, et appelant un des prêtres qui étaient là, elle lui dit « Mon frère, je veux me confesser. J'étais morte et j'étais destinée à rester dans une dure prison, parce que je n'avais pas encore confessé un péché que je vous découvrirai; mais saint François ayant prié pour moi, il m’a été accordé de revenir à mon corps, afin qu'après avoir déclaré ce péché, je pusse en obtenir le pardon. Et je ne vous l’aurai pas plus tôt dit, que sous vos yeux je reposerai en paix. » Elle se confessa donc, reçut l’absolution ; après quoi, elle s'endormit dans le Seigneur.
— Les frères de Vicéra demandèrent à un homme de leur prêter son chariot; il répondit, tout indigné : « J'aimerais mieux écorcher deux d'entre vous et saint François en même temps, que de vous prêter mon chariot. » Mais, rentré en lui-même, il se reprocha sa conduite et se repentit de son blasphème, par la peur de la colère de Dieu. Peu après, son fils devint malade et, fut réduit à l’extrémité. Quand il vit son fils mort, il se roulait par terre, pleurait, et évoquait saint François, en disant : « C'est moi qui ai péché, c'est moi que vous auriez dû frapper. Rendez, ô saint, à celui qui vous supplie dévotement, ce que vous avez ravi à celui qui a blasphémé indignement. » Bientôt, son fils ressuscita, et fit cesser ses pleurs, en disant : « Quand je fus mort, saint François  m’a mené par un chemin long et obscur, jusqu'à ce qu'il  m’eût placé dans un verger des plus beaux, et ensuite il  m’a dit : « Retourne vers ton père je ne veux pas te retenir davantage. »
— Un pauvre devait une certaine somme d'argent à un riche, qu'il pria, pour l’amour de saint François, de proroger son terme. Ce riche lui répondit avec orgueil : «Je t'enfermerai dans un endroit où ni saint François, ni personne ne pourra t'aider. » Et aussitôt il fit enfermer cet homme dans une prison obscure, après l’avoir enchaîné. Peu après, saint François vint, brisa la prison, rompit les chaînes de cet homme et le ramena sain et sauf à la maison.
— Un soldat, qui se moquait des œuvres de saint François et de ses miracles, jouait un jour aux dés, et, rempli de folie et d'incrédulité, il dit aux assistants : « Si François est saint, qu'il vienne un coup de dix-huit. » Et aussitôt les trois dés apportèrent le nombre six, et jusqu'à neuf fois de suite; à chaque coup, il amena sur les trois dés le nombre six. Mais ce soldat, ajoutant  folie sur folie, dit encore : « S'il est vrai que ce François soit saint, que mon corps aujourd'hui tombe percé d'un coup d'épée; mais s'il n'est pas saint, que je  m’en retire sain et sauf. » Quand la partie fut finie,: afin que sa prière aggravât son iniquité, il insulta son neveu qui, saisissant une épée, la plongea dans les entrailles de son oncle et le tua incontinent*.
— Un homme avait une jambe perdue, au point qu'il ne pouvait faire aucun mouvement. Il invoqua saint François, en disant : « Saint François, venez à mon aide ; souvenez-vous de mon dévouement et des services que je vous ai rendus, car je vous ai porté sur mon âne; j'ai baisé vos saints pieds et vos mains, et voici que je meurs dans les tourments les plus affreux. » Aussitôt le saint lui apparut avec un petit bâton qui avait la forme d'un thau ; il toucha l’endroit malade, et un abcès creva; alors, il fut guéri, mais la marque du thau resta toujours en cet endroit. C'était avec ce caractère que saint François avait coutume de signer ses lettres.
* Saint Bonaventure.
— A Castro-Pomérélo, dans les montagnes de la Pouille, une jeune fille unique vint à mourir. Sa mère, qui avait de la dévotion à saint François, était abîmée dans une tristesse profonde. Or, le saint lui apparut: «Ne pleurez pas, lui dit-il; car la lumière de votre, lampe, que vous pleurez comme éteinte, vous sera rendue à mon intercession. » La mère reprit donc confiance et ne laissa pas emporter le cadavre de sa fille, mais elle invoqua le nom de saint François, et prenant sa fille toute morte, elle la leva rendue à la vie.
— Dans la ville de Rome, un petit enfant, tombé d'une fenêtre d'un palais, avait été, tué sur le coup. On invoque saint François, et l’enfant est aussitôt rendu à la vie.
— Dans la ville de Sezza, une maison en s'écroulant écrasa un jeune homme, et déjà son cadavre était posé sur un lit pour être enseveli. La mère invoquait saint François, avec toute la dévotion dont elle pouvait être capable, quand, vers minuit, l’enfant bâilla, puis il se leva guéri et il s'épancha en paroles de louanges.
— Frère Jacques de Riéti avait passé un fleuve dans une nacelle avec des frères, et déjà ses compagnons étaient descendus sur la rive; il se disposait lui-même à sortir du bateau, quand, la barque venant à chavirer, il tomba au fond du fleuve. Les frères se mirent à invoquer saint François pour la délivrance du noyé qui, lui-même, implorait, selon son pouvoir et de tout cœur, le secours du bienheureux. Alors ce noyé, marchant au fond de l’eau comme sur la terre ferme, prit la nacelle submergée et vint avec elle au rivage. Ses vêtements ne furent même pas mouillés, et pas une goutte d'eau n'atteignit sa tunique.

La Légende Dorée

dimanche 22 juillet 2012

Sainte Marie-Magdeleine

Marie-Madeleine au pied de la croix, déplorant la mort du Christ. Détail de la Pietà d'Agnolo Bronzino, 1529, Galerie des Offices (Florence). L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Marie signifie mer amère, ou illuminatrice, ou illuminée. Ces trois significations font comprendre les trois excellentes parts qu'elle a choisies, savoir : la part de la pénitence, de la contemplation intérieure et de la gloire céleste. C'est de ces trois parts que le Seigneur a dit : « Marie a choisi une excellente part qui ne lui sera pas enlevée. » La première part ne lui sera pas enlevée à cause de la fin qu'elle se proposait d'acquérir, la béatitude; ni la seconde à cause de la continuité, parce que la contemplation de la vie est continuée par la contemplation de la patrie : ni la troisième en raison de son éternité. En tant donc qu'elle a choisi l’excellente part de pénitence, elle est appelée mer amère, parce qu'elle y eut beaucoup d'amertumes : ce qui est clair par l’abondance des larmes qu'elle répandit et avec lesquelles elle lava les pieds du Seigneur. En tant qu'elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle reçoit le nom d'illuminatrice, parce qu'elle y a reçu avec avidité ce qu'elle a dans la suite rendu avec abondance : elle y a reçu la lumière avec laquelle elle a plus tard éclairé les autres. En tant qu'elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle est nommée illuminée, parce qu'elle est maintenant illuminée dans son esprit par la lumière de la parfaite connaissance, et que, dans son corps, elle sera illuminée de clarté. Madeleine veut dire restant coupable (manens rea) ou bien encore munie, invaincue, magnifique, qualités qui indiquent ce qu'elle fut avant, pendant, et après sa conversion.
* Raban, Maur, Bréviaires de: Provence.
Avant sa conversion en. effet, elle restait coupable et engagée a la damnation éternelle; pendant sa conversion, elle était munie et invaincue, parce qu'elle était armée de pénitence; elle se munit donc excellemment de toutes les armes de la pénitence ; car autant elle a eu de délectation, autant elle en a fait l’objet de ses holocaustes. Après sa conversion elle fut magnifique par la surabondance de grâces, car où avait abondé le péché, là a surabondé la grâce *.

La Madeleine à la veilleuse (Madeleine Terff) Georges de La Tour (1593–1652) ca. 1640-1645 (1642-1644) 128 × 94 cm Musée du Louvre L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Marie, surnommée Magdeleine, du château de Magdalon, naquit des parents les plus illustres, puisqu'ils descendaient de la race royale. Son père se nommait Syrus et sa mère Eucharie. Marie possédait en commun avec Lazare, son frère et Marthe, sa sueur, le château de Magdalon, situé à deux milles de Génézareth, Béthanie qui est proche de Jérusalem, et une grande partie de Jérusalem. Ils se partagèrent cependant leurs biens de cette manière : Marie eut Magdalon d'où elle fut appelée Magdeleine, Lazare retint ce qui se trouvait à Jérusalem, et Marie posséda Béthanie.
Mais comme Magdeleine recherchait tout ce qui peut flatter les sens, et que Lazare avait son temps employé au service militaire, Marthe, qui était pleine de prudence, gouvernait avec soin les intérêts de sa sueur et ceux de son frère; en outre elle fournissait le nécessaire aux soldats, à ses serviteurs, et aux pauvres. Toutefois ils vendirent tous leurs biens après l'ascension,de J.-C. et en apportent le prix aux apôtres.
* Pour la vie de sainte Marie-Magdeleine, consulter les Monuments de l’apostolat, par M. Faillon, prêtre de Saint-Sulpice. Celte publication extraordinaire confirme les faits de la légende, à l’exception du pèlerinage du prince à Rome et à Jérusalem avec saint Pierre. Toutefois, M. Faillon ne parait rejeter ce fait qu'en s'appuyant sur l’impossibilité où le prince aurait pu d'être reconnu par saint Pierre à la croix qu'il portait sur l’épaule. Ce qui ne paraît pas rigoureux.

Madeleine repentante par Le Caravage (1573–1610) 1594-1596 huile sur toile 106 × 97 cm Galleria Doria Pamphilj Rome Originally uploaded 9 februari 2005 kl.07.17 by sv:Användere:Lamré Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Comme donc Magdeleine regorgeait de richesses et que la volupté est la compagne accoutumée de nombreuses possessions, plus elle brillait par ses richesses et sa beauté, plus elle salissait son corps par la volupté; aussi perdit-elle son nom propre pour ne plus porter que celui de pécheresse. Comme J.-C. prêchait çà et là, inspirée par la volonté divine, et ayant entendu dire que J.-C. dînait chez Simon le lépreux, Magdeleine y alla avec empressement, et n'osant pas, en sa qualité de pécheresse, se mêler avec les justes, elle resta aux pieds du Seigneur, qu'elle lava de ses larmes, essuya avec ses cheveux et parfuma d'une essence précieuse : car les habitants du pays, en raison de l'extrême chaleur du soleil, usaient de parfums et de bains. Comme Simon le pharisien pensait à part soi que si J.-C. était un prophète, il ne se laisserait pas toucher par une pécheresse, le Seigneur le reprit de son orgueilleuse justice et remit à cette femme tous ses péchés. C'est à cette Marie-Magdeleine que le Seigneur accorda tant de bienfaits et donna de si grandes marques d'affection. Il chassa d'elle sept démons, il l'embrasa entièrement d'amour pour lui; il en fit son amie de préférence; il était son hôte; c'était elle qui; dans ses courses, pourvoyait à ses besoins, et en toute occasion il prenait sa défense. Il la disculpa auprès dit pharisien qui la disait immonde, auprès de sa sœur qui la traitait de paresseuse, auprès de Judits qui l'appelait prodigue. En voyant ses larmes, il ne put retenir les siennes.


Par son amour, elle obtint que son frère, mort depuis trois jours, fût ressuscité ; ce fut à son amitié que Marthe, sa sœur, dut d'être délivrée d'un flux de sang, dont elle était affligée depuis sept ans; à ses mérites Martille, servante, de sa sœur, dut d'avoir l'honneur de proférer ce mot si doux qu'elle dit en s'écriant : « Bienheureux le sein qui vous a porté. »
D'après saint Ambroise, en effet, c'est de Marthe et de sa servante qu'il est question en cet endroit. C'est elle, dis-je, qui lava les pieds du Seigneur de ses larmes, qui les essuya avec ses cheveux, qui les parfuma d'essence, qui, le temps de la grâce arrivé, fit tout d'abord une pénitence exemplaire, qui choisit la meilleure part, qui se tenant assise aux, pieds du Seigneur écouta sa parole, et lui parfuma la tête, qui était auprès de la croix lors de la passion, qui prépara des aromates dans l'intention d'embaumer son corps, qui ne quitta pas le sépulcre quand les disciples se retirèrent ; ce fut à elle la première que J.-C. apparut lors de sa résurrection, et il la fit l'apôtre des apôtres.
Après l'ascension du Seigneur, c'est-à-dire quatorze ans après la passion, les Juifs ayant massacré depuis longtemps déjà saint Étienne et ayant chassé les autres disciples de leur pays, ces derniers se retirèrent dans les régions habitées par les gentils, pour y semer la parole de Dieu.

Feast of Simon the Pharisee, Rubens (1577–1640) entre 1618 et 1620 huile sur toile transferred from wood Hauteur : 189 cm. Largeur : 285 cm. Musée de l'Ermitage Sankt Petersburg Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Il y avait pour lors avec les apôtres saint Maximin, l'un des 72 disciples, auquel Marie-Magdeleine avait été spécialement recommandée par saint Pierre. Au moment de cette dispersion, saint Maximin, Marie-Magdeleine, Lazare, son frère, Marthe, sa sœur, et Manille, suivante de Marthe, et enfin le bienheureux Cédonius, l’aveugle-né guéri par le Seigneur, furent mis par les infidèles sur un vaisseau tous ensemble avec plusieurs autres chrétiens encore; et abandonnés sur la mer sans aucun pilote afin qu'ils fussent engloutis en même temps.
Dieu permit qu'ils abordassent à Marseille. N'ayant trouvé la personne qui voulût les recevoir, ils restaient sous le portique d'un temple élevé à la divinité du pays. Or, comme sainte Marie-Magdeleine voyait le peuple accourir pour sacrifier aux dieux, elle se leva avec un visage tranquille, le regard serein, et par des discours fort adroits, elle le détournait du culte des idoles et lui prêchait sans cesse J.-C. Tous étaient dans l’admiration pour ses manières fort distinguées, pour sa facilité à parler, et pour le charme de son éloquence. Ce n'était pas merveille si une bouche qui avait embrassé avec autant de piété et de tendresse les pieds du Sauveur, eût conservé mieux que les autres le parfum de la parole de Dieu.

Sainte Marie-Magdeleine Fra Angelico (1395–1455) Fresque 1437-1446 Museo San Marco Florence L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Alors arriva un prince du pays avec son épouse qui venait sacrifier aux idoles pour obtenir un enfant. Magdeleine, en leur annonçant J.-C., les dissuada d'offrir des sacrifices. Quelques jours s'étant écoulés, Magdeleine, se montra dans une vision à cette dame et lui dit: « Pourquoi, vous qui vivez dans l’abondance, laissez-vous les saints. de Dieu mourir de faim et de froid? » Elle finit par la menacer que si elle ne persuadait pas son mari de venir au secours de la misère des saints, elle encourrait la colère du Dieu tout puissant. Toutefois la princesse n'eut pas la force de découvrir sa vision à son mari.
La nuit suivante Magdeleine lui apparut et lui dit la même chose; mais cette femme négligea encore d'en faire part à son. époux. Une troisième fois, au milieu du silence de la nuit, Marie apparut à l’un et à l’autre ; elle frémissait et le feu de sa colère jetait une lumière qui aurait fait croire que toute la maison était eu flammes. « Dors-tu, tyran, dit-elle ? membre de Satan qui est ton père, tu reposes avec cette vipère, ta femme, qui n'a pas voulu te faire connaître ce que je lui ai dit Te reposes-tu, ennemi de la croix de J.-C. ? Quand ton estomac est rempli d'aliments de toutes sortes, tu laisses périr de faim et de soif les saints de Dieu. Tu es couché dans un palais; autour de toi ce ne sont que tentures de soie, et tu les vois désolés et sans asile, et tu passes outre. Non, cela ne finira pas de cette sorte : et ce ne sera pas impunément que tu auras différé de leur faire du bien. »
Elle dit et se retira. — A son réveil la femme, haletante et effrayée, dit à son mari troublé comme elle : «Mon seigneur, avez-vous eu le même songe que moi? » « Oui, répondit-il, et je ne puis m’empêcher d'admirer et de craindre. Qu'avons-nous donc à faire? » « Il vaut mieux pour nous, reprit la femme, nous conformer à ce qu'elle dit, plutôt que d'encourir la colère de son Dieu dont elle nous menace. » Ils reçurent donc les saints chez eux, et leur fournirent le nécessaire.

Or, un jour que Marie-Magdeleine prêchait, le prince dont on vient de parler lui dit: « Penses-tu pouvoir justifier la foi que tu prêches ? » « Oui, reprit-elle, je suis prête à la défendre; elle est confirmée par les miracles quotidiens et la prédication de mon maître saint Pierre, qui préside à Rome.

Maddalena, sculputure by Donatello in Opera del Duomo Museum Museo in Florence, Italy Firenze/Wikimédia Commons

Le prince et son épouse lui dirent : « Nous voilà disposés à obtempérer à tous tes dires, si tu nous obtiens un fils du Dieu que tu prêches. » « Alors, dit Magdeleine, ce ne sera pas moi qui serai un obstacle. » Et la bienheureuse pria pour eux le Seigneur qu'il leur daignât accorder un fils. Le Seigneur exauça ses prières et la dame conçut.. Alors son mari voulut partir pour aller trouver saint Pierre, afin de s'assurer si ce qu'avait annoncé Magdeleine touchant J.-C. était réellement la vérité. Sa femme lui dit: « Quoi ! mon seigneur, pensez-vous partir sans moi ? Point du tout ; si vous partez, je partirai, si vous venez, je viendrai, si vous restez, je resterai. » Son mari lui dit: « Il n'en sera pas ainsi, ma dame ; car vous êtes enceinte et sur la mer on court des dangers sans nombre ; vous pourriez donc, facilement être exposée; vous resterez en repos à la maison et vous veillerez sur nos possessions. » Elle n'en persista pas moins, et obstinée comme l’est une personne de son sexe, elle se jeta avec larmes aux pieds de son mari qui obtempéra enfin à sa demande. Alors Marie mit le signe de la croix sur leurs épaules de crainte que l’antique ennemi ne leur nuisit en route. Ils chargèrent un vaisseau de tout ce qui leur était nécessaire, et après avoir laissé le reste à la garde de Marie-Madgdeleine, ils partirent. Ils n'avaient voyagé qu'un jour et une nuit quand la mer commença à s'enfler, le vent à gronder, de sorte que tous les passagers et principalement la dame enceinte et débile, ballottés ainsi par les vagues, furent en proie aux plus graves inquiétudes; les douleurs de l’enfantement saisirent la femme tout à coup, et au milieu de ses souffrances et de la violence de la tempête, elle mit un enfant au monde et expira.

Ascension of Mary Magdalene Miniature médiévale peut-être du XV°siècle Auteur inconnu Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Or, le petit nouveau-né palpitait éprouvant. le besoin de se nourrir du lait de sa mère qu'il semblait chercher en poussant des vagissements pitoyables. Hélas! quelle douleur! En recevant la vie, cet enfant avait donné la mort à sa mère, il ne lui restait plus qu'à mourir lui-même puisqu'il n'y avait personne pour lui administrer la nourriture nécessaire à sa conservation. Que fera le pèlerin envoyant sa femme morte, et son, fils qui, par ses cris plaintifs, exprimait le désir de prendre le sein? Il se lamentait beaucoup en disant: « Hélas ! malheureux! que feras-tu ? Tu as souhaité un fils et tu as perdu la mère qui lui donnait la vie. » Les matelots criaient : « Qu'on jette ce corps à la mer, avant que nous ne soyons engloutis en même temps que lui, car tant qu'il sera avec nous, cette tempête ne cessera pas.» Et comme ils avaient pris le cadavre pour le jeter à la mer: « Un instant, dit le pèlerin, un instant: si vous ne voulez pas attendre ni pour la mère ni pour moi, ayez pitié au moins de ce petit enfant qui crie; attendez un instant, peut-être que la mère a seulement perdu connaissance dans sa douleur et qu'elle vit encore.» Et voici que non loin,du vaisseau apparut une colline ; à cette vue, il pensa qu'il n'y avait rien de mieux à faire que d'y transporter le corps de la mère et l’enfant plutôt que de les jeter en pâture, aux bêtes marines. Ce fut par prières et par argent qu'il parvint à obtenir des matelots d'aborder.
Et comme le rocher était si dur qu'il ne- put creuser une fosse, il plaça le corps enveloppé d'un manteau dans un endroit des plus écartés de la montagne et déposant son fils contre son sein, il dit : « O Marie-Magdeleine ; c'est pour mon plus grand malheur que tu as abordé à Marseille! Pourquoi, faut-il que j'aie eu le malheur d'entreprendre ce voyage d'après tes avis? As-tu demandé à Dieu que ma femme conçût afin qu'elle pérît ? Car voici qu'elle a conçu et, en devenant mère, elle subit la mort; son fruit est né et il faut qu'il meure, puisqu'il n'y a personne pour le nourrir. Voici ce que j'ai obtenu par ta prière, je t'ai confié tous mes biens, je les confie à ton Dieu. Si tu as quelque pouvoir, souviens-toi de l’âme de la mère et à ta prière que ton Dieu ait pitié de l’enfant et ne le laisse pas périr. » Il enveloppa alors dans son manteau le corps de sa femme et de son fils et remonta sur le vaisseau.
Quand il fut arrivé chez saint Pierre, celui-ci vint à sa rencontre, et en voyant le signe de la croix attaché sur ses épaules il lui demanda qui il était et doit il venait. Le pèlerin lui raconta tout ce qui s'était passé. — Pierre lui dit: « La paix soit avec vous,. vous avez bien fait de venir et vous avez été bien inspiré de croire. Ne vous tourmentez pas si votre femme dort, et si son enfant repose avec elle ; car le Seigneur a le pouvoir de donner à qui il veut, de reprendre ce qu'il a donné, de rendre ce qui a été enlevé, et de changer votre douleur en joie. »

Sainte Marie-Magdeleine El Greco (1541–1614) vers 1580 huile sur toile 156,5 × 121 cm Musée des beaux-arts de Budapest L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Or, saint Pierre le conduisit lui-même à Jérusalem et lui montra chacun des endroits où J.-C. avait prêché, et avait fait des miracles, comme aussi le lieu où il avait souffert, et celui d'où il était monté aux cieux. Après avoir été instruit avec soin dans la foi par saint Pierre, il remonta sur un vaisseau après deux ans révolus, dans l’intention. de regagner sa patrie. Dieu permet que„ dans le trajet, ils passassent auprès de la colline où avait été déposé le corps de sa femme avec le nouveau-né, et par prière et par argent il obtint d'y débarquer.
Or, le petit enfant, qui avait été gardé sain et sauf par sainte Marie-Magdeleine, venait souvent sur le rivage, et comme tous les enfants, il avait coutume de se jouer avec des coquillages et dès cailloux. En abordant, le pèlerin vit donc un petit enfant qui s'amusait, comme on le fait à son âge, avec des pierres; il ne se lassait pas, d'admirer jusqu'à ce qu'il descendît de la nacelle. En l’apercevant, l’enfant, qui n'avait jamais vu de semblable chose, eut peur, courut comme il avait coutume de le faire au sein de sa mère sous le manteau de laquelle il se cacha. Or, le pèlerin; pour mieux s'assurer de ce qui se passait, s'approcha de cet endroit et y trouva un très bel enfant qui prenait le sein de sa mère.
Il l’accueillit dans ses bras. « O bienheureuse Marie-Magdeleine, dit-il, quel bonheur pour moi ! comme tout me réussirait, si ma femme vivait et pouvait retourner avec moi dans notre patrie! Je sais, oui, je sais, et je crois sans aucun doute que vous qui m’avez donné un enfant et qui l’avez nourri sur rocher pendant deux ans, vous pourriez, par vos prières, rendre à sa mère la santé dont elle a joui auparavant. » A ces mots, la femme respira et dit comme si elle se réveillait: « Votre mérite est grand, bienheureuse Marie-Magdeleine, vous êtes glorieuse, vous qui, dans les douleurs de l’enfantement, avez rempli pour moi l’office de sage-femme, et qui en toute circonstance m’avez rendu les bons soins d'une servante. » En entendant ces paroles, le pèlerin fut plein d'admiration. « Vivez-vous, dit-il, ma chère épouse? » « Oui, répondit-elle, je vis ; je viens d'accomplir le pèlerinage que vous avez fait vous-même. C'est saint Pierre qui vous a conduit à Jérusalem et qui vous a montré tous les lieux où J.-C. a souffert, est mort et a été enseveli, et beaucoup d'autres encore; moi, c'est avec sainte Marie-Magdeleine pour compagne et pour guide que j'ai vu chacun de ces lieux avec vous; j'en ai confié le souvenir à ma mémoire. » Alors elle énuméra tous les endroits où J.-C. a souffert, raconta les miracles qui avaient eu son mari pour témoin, sans la moindre hésitation. Le pèlerin joyeux prit la mère et l’enfant,s'embarqua et peu après ils abordèrent à Marseille, où, étant entrés, ils trouvèrent sainte Marie-Magdeleine annonçant la parole de Dieu avec ses disciples. Ils se jetèrent à ses pieds en pleurant, lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, et reçurent le saint baptême des mains du bienheureux Maximin.
Alors ils détruisirent dans Marseille tous les temples des idoles, et élevèrent des églises en l’honneur de J.-C., ensuite ils choisirent à l’unanimité le bienheureux Lazare pour évêque de la cité. Enfin conduits par l’inspiration de Dieu, ils vinrent à Aix dont ils convertirent la population à la foi de J.-C. en faisant beaucoup de miracles et où le bienheureux Maximin fut de son côté, ordonné évêque.

Maria Magdalena Honoré Daumier (1808–1879) 2nd third of 19th century huile sur toile 41 × 33 cm Collection particulière Paris L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Cependant la bienheureuse Marie-Magdeleine, qui aspirait ardemment se livrer à la contemplation dés choses supérieures, se retira dans un désert affreux où elle resta inconnue l’espace de trente ans, dans un endroit préparé par les mains des anges. Or, dans ce lieu, il n'y avait aucune ressource, ni cours d'eau, ni arbres, ni herbe, afin qu'il restât évident que notre Rédempteur avait disposé de la rassasier; non pas de nourritures terrestres, mais seulement des mets du ciel. Or, chaque jour, à l’instant des sept heures canoniales; elle était enlevée par les anges au ciel et elle y entendait, même des oreilles du corps, les concerts charmants des chœurs célestes. Il en résultait que, rassasiée chaque jour à cette table succulente, et ramenée par les mêmes anges aux lieux qu'elle habitait, elle n'éprouvait pas le moindre besoin d'user d'aliments corporels.
Un prêtre, qui désirait mener une vie solitaire, plaça sa cellule dans un endroit voisin de douze stades de celle de Marie-Magdeleine. Un jour donc, le Seigneur ouvrit les yeux de ce prêtre qui put voir clairement comment les anges descendaient dans le lieu où demeurait la bienheureuse Marie, la soulevaient dans les airs et la rapportaient une heure après dans le même lieu, en chantant les louanges du Seigneur. Alors le prêtre, voulant s'assurer de la réalité de cette vision; après s'être recommandé parla prière à son créateur, se dirigea avec dévotion et courage vers cet endroit . il n'en était éloigné que d'un jet e pierre, quand, ses jambes commencèrent à fléchir, une crainte violente le saisit et lui ôta la respiration : s'il revenait en arrière, ses jambes et ses pieds reprenaient des forces pour marcher, mais s'il rebroussait chemin pour tenter de s'approcher du lieu en question, autant de fois la lassitude s'emparait de son corps, et son esprit s'engourdissait. L'homme de Dieu comprit donc qu'il y avait là un secret du ciel auquel l’esprit humain ne pouvait atteindre. Après avoir invoqué le nom du Sauveur il s'écria : « Je t'adjure par le Seigneur, que si tu es un homme ou bien une créature raisonnable habitant cette caverne tu me répondes et tu me dises la vérité. «
Et quand il eut répété, ces mots par trois fois, la bienheureuse Marie-Magdeleine lui répondit : «Approchez plus près, et vous pourrez connaître la vérité de tout ce que votre âme désire. » Quand il se fut approché tout tremblant jusqu'au milieu de la voie à parcourir, elle lui dit : « Vous souvenez-vous qu'il est question, dans l’Évangile, de Marie, cette fameuse pécheresse, qui lava de ses larmes les pieds du Sauveur, et les essuya de ses cheveux, ensuite mérita le pardon de ses fautes? » Le prêtre lui répondit : « Je m’en. souviens; et depuis plus de trente ans la sainte église croit et confesse ce fait.»
— « C'est moi, dit-elle, qui suis cette femme. J'ai demeuré inconnue aux hommes l’espace de trente ans, et comme il vous a été accordé de le voir hier, chaque jour, je suis enlevée au ciel par les mains des anges, et j'ai eu le bonheur d'entendre des oreilles du corps les admirables concerts des chœurs célestes, sept fois par chaque jour. Or, puisqu'il m’a été révélé par le Seigneur que je dois sortir de ce monde, allez trouver le bienheureux Maximin, et dites-lui que, le jour de Pâques prochain, à l’heure qu'il a coutume de se lever pour aller à matines, il entre seul dans son oratoire et qu'il m’y trouvera transportée par le ministère des anges. »

Scenes from the Life of Mary Magdalene: The Hermit Zosimus Giving a Cloak to Magdalene Giotto di Bondone (1266–1337) années 1320 fresque Lower Church, San Francesco, Assisi Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré

Le prêtre entendait sa voix, comme on aurait dit de celle d'un ange, mais il ne voyait personne. Il se hâta donc d'aller trouver saint Maximin, et lui raconta tous ces détails. Saint Maximin, rempli d'une grande: joie, rendit alors au Sauveur d'immenses actions de grâce, et au jour et à l’heure qu'il lui avait été dit, en entrant dans son oratoire, il voit la bienheureuse Marie-Magdeleine debout dans le chœur, au milieu des anges qui l’avaient amenée. Elle était de deux coudées au-dessus de terre, debout au milieu des anges et priant Dieu, les mains étendues. Or, comme le bienheureux Maximin tremblait d'approcher auprès d'elle, Marie dit en se tournant vers lui : « Approchez plus près ; ne fuyez pas votre fille, mon père. » En s'approchant, selon qu'on le lit dans les livres de saint Maximin lui-même, il vit que le visage de la sainte rayonnait de telle sorte par les continuelles et longues communications avec les anges, que les rayons du soleil étaient moins éblouissants que sa face. Maximin convoqua tout le clergé et le prêtre dont il vient d'être parlé.
Marie-Magdeleine reçut le corps et le sang du Seigneur des mains de l’évêque, avec une grande abondance de larmes. S'étant ensuite prosternée devant la base de l’autel, sa très sainte âme passa au Seigneur après qu'elle fut sortie de son corps, une odeur si suave se répandit dans le lieu même, que pendant près de sept jours, ceux qui entraient dans l’oratoire la ressentaient. Le bienheureux Maximin embauma le très saint corps avec différents aromates, l’ensevelit, et ordonna qu'on l’ensevelit lui-même auprès d'elle après sa mort.
Hégésippe, ou bien Joseph, selon d'autres, est assez d'accord avec cette histoire. Il dit, en effet, dans son traité, que Marie-Magdeleine, après l’ascension du Seigneur, poussée par son amour envers J.-C. et par l’ennui qu'elle en avait, ne voulait plus jamais voir face d'homme; mais que dans la suite elle vint au territoire d'Aix, s'en alla dans un désert où elle resta: inconnue l’espace de trente ans, et, d'après son récit chaque jour, elle était transportée dans le ciel pour les sept heures canoniales. Il ajoute cependant qu'un prêtre, étant venu chez elle, la trouva enfermée dans sa cellule. Il lui donna un vêtement sur la demande qu'elle lui en fit. Elle s'en revêtit, alla avec le prêtre à l’église où après avoir reçu la communion, elle éleva, les mains pour prier et mourut en paix vis-à-vis l’autel. —
Du temps de Charlemagne, c'est-à-dire, l’an du Seigneur 769, Gyrard, duc de Bourgogne, ne pouvant avoir de fils de son épouse, faisait de grandes largesses aux pauvres, et construisait beaucoup d'églises et de monastères. Ayant donc fait bâtir l’abbaye de Vézelay, il envoya, de concert avec l’abbé de ce monastère, un moine avec une suite convenable, à la ville d'Aix, pour en rapporter, s'il était possible, les reliques de sainte Marie-Madeleine. Ce moine arrivé à Aix trouva la ville ruinée de fond en comble par les païens; le hasard, lui fit découvrir un sépulcre dont les sculptures en marbre lui prouvèrent que le corps de sainte Marie-Magdeleine était renfermé dans l’intérieur; en effet l’histoire de la sainte était sculptée avec un art merveilleux sur le tombeau. Une nuit donc le moine le brisa, prit les reliques et les emporta à son hôtel. Or, cette nuit-là même, la bienheureuse Marie-Magdeleine apparut à ce moine et lui dit de n'avoir aucune crainte mais d'achever l’oeuvre qu'il avait entreprise.
A son retour, il était éloigné d'une demi-lieue de son monastère, quand il devint absolument impossible de remuer les reliques, jusqu'à l’arrivée de l’abbé avec les moines qui les reçurent en procession avec grand honneur. Un soldat qui avait l’habitude de venir chaque année en pèlerinage au corps de la bienheureuse Marie-Magdeleine, fut tué dans une bataille. On l’avait mis dans le cercueil et ses parents en pleurs se plaignaient avec confiance à sainte Magdeleine de ce qu'elle avait laissé mourir, sans qu'il eût eu le temps de se confesser et de faire pénitence, un homme qui lui avait été si dévot. Tout à coup, à la stupéfaction générale, celui qui était mort ressuscita, demanda un prêtre, et après s'être dévotement confessé et avoir reçu le viatique, il mourut en paix aussitôt. —
Un navire sur lequel se trouvaient beaucoup d'hommes et de femmes fit naufrage. Mais une femme enceinte, se voyant en danger de périr dans la mer, invoquait, autant qu'il était en son pouvoir, sainte Magdeleine, et faisait vœu que si, grâce à ses mérites elle échappait au naufrage et mettait un fils au monde, elle le dédierait à son monastère. A l’instant, une femme d'un aspect et d'un port vénérable lui apparut, la prit par le menton, et la conduisit saine et sauve sur le rivage; quand tous les autres périssaient *. Peu de temps après, elle mit au monde un fils, et accomplit fidèlement son voeu.
* Vincent de B., Hist., l. XXIV, c. XXXV.

Mary Magdalene, Lucas Cranach (1472-1553) d. Ä., 1525 huile sur panneau 47 × 30 cm Wallraf-Richartz-Museum Köln L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

Il y en a qui disent que Marie-Magdeleine était fiancée à saint Jean l’évangéliste, et qu'il allait l’épouser quand J.-C. l’appela au moment de ses noces. Indignée de ce que le Seigneur lui avait enlevé son fiancé, Magdeleine s'en alla et se livra tout à fait à la volupté. Mais parce qu'il n'était pas convenable que la vocation de Jean fût pour Magdeleine une occasion de se damner, le Seigneur, dans sa miséricorde, la convertit à la pénitence; et en l’arrachant aux plaisirs des sens, il la combla des joies spirituelles qui se trouvent dans l’amour de Dieu.
Quelques-uns prétendent que si N.-S. admit saint Jean dans une intimité plus grande que les autres, ce fut parce qu'il l’arracha à l’amour de Magdeleine. Mais ce sont choses fausses et frivoles; car frère Albert, dans le prologue sur l’Evangile de saint Jean, pose en fait que cette fiancée dont saint Jean fut séparé au moment de ses noces par la vocation de J.-C., resta vierge, et s'attacha parla suite à la sainte Vierge Marie, mère de J.-C. et qu'enfin elle mourut saintement.
Un homme privé de la vue venait au monastère de Vézelay visiter le corps de sainte, Marie-Magdeleine, quand son conducteur lui dit qu'il commençait à apercevoir l’église. Alors l’aveugle s'écria à haute voix: « O sainte Marie-Magdeleine ! que ne puis-je avoir le bonheur, de voir une fois votre église ! » et à l’instant ses yeux furent ouverts.
Un homme avait écrit ses péchés sur: une feuille qu'il posa sous la nappe de l’autel de sainte Marie-Magdeleine, en la priant de lui en obtenir la rémission. Peu de temps après il reprit sa feuille et tous les péchés en avaient été effacés.
Un homme détenu en, prison pour de l’argent qu'on exigeait de lui invoquait à son secours sainte Marie-Magdeleine; et voici qu'une nuit lui apparut une femme d'une beauté remarquable qui, brisant ses chaînes et lui ouvrant la porte, lui commanda de fuir. Ce prisonnier se voyant délivré s'enfuit aussitôt *.

Un clerc de Flandre, nommé Etienne, était tombé dans de si grands crimes, en s'adonnant à toutes les scélératesses, qu'il ne voulait pas plus entendre parler des choses qui regardent le salut. qu'il ne les pratiquait. Cependant il avait une grande dévotion en sainte Marie-Magdeleine ; il jeûnait ses vigiles et honorait le jour de sa fête. Une fois qu'il visitait soit tombeau; sainte Marie-Magdeleine lui apparut; alors qu'il n'était ni tout à fait endormi, ni tout à fait éveillé; elle avait la figure d'une belle femme; ses veux étaient tristes, et elle était soutenue a droite et, à gauche par deux anges : alors elle lui dit: « Je t'en prie, Etienne, pourquoi te livres-tu à des actions indignes de moi ? Pourquoi n'es-tu pas touché des paroles pressantes que je t'adresse, de ma propre bouche? dès l’instant que tu as eu de la dévotion pour moi, j'ai toujours prié d'une manière pressante le Seigneur pour toi. Allons, courage, repens-toi, car je ne t'abandonnerai pas que tu ne sois réconcilié avec Dieu. » Et il se sentit inondé de tant de grâces que, renonçant au inonde, il entra en religion et mena une vie très parfaite. A sa mort, on vit sainte Marie-Magdeleine apparaître avec des anges auprès de son cercueil, et porter au ciel, avec des cantiques, son âme sous la forme d'une colombe **.
* Vincent de B., Hist., 1. XXIV, c. XXXV, ms. de la Bible, Bibliothèque nationale, n° 5296.
** Denys le Chartr., Sermon IV, de sainte Marie-Magdeleine.

La Légende Dorée