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lundi 17 septembre 2012

Saint Lambert

Lambert était noble de naissance, mais plus noble encore par la pureté de sa vie. Dès ses premières années, il fut instruit dans les lettres ; sa sainteté le fit tellement aimer de tous qu'après la mort de Théodard, son maître, il mérita d'être promu à l’évêché de l’église de Maestricht. Le roi Childéric l’aimait beaucoup et le préféra toujours aux autres évêques. Mais la malice des envieux prenant le dessus, ces impies, après l’avoir chassé, le privèrent de l’honneur qui lui était dû et mirent Féramond sur son siège. Alors Lambert se retira dans un monastère où il passa sept ans dans l’exercice des bonnes œuvres. Une nuit qu'il s'était levé pour prier, il fit involontairement du bruit sur le pavé.
* Etienne, évêque de Liège, a écrit la Vie de saint Lambert; ses Actes.

Musée National du Moyen Âge (Hôtel de Cluny) in Paris; Herkunft: Mittelrhein, um 1470; Darstellung: hl. Lambertus von Lüttich Attribution: GFreihalter

L'abbé dit en l’entendant: « Que celui qui a fait ce bruit aille à l’instant à la croix. » Tout aussitôt Lambert courut à la croix, nu-pieds et en cilice ; il y resta debout malgré la neige, la gelée et la glace, jusqu'à ce que l’abbé s'aperçut que le saint ne se trouvait pas avec les frères qui se chauffaient après matines. Un frère lui dit que c'était Lambert qui était allé à la croix; alors il le fit venir et lui demanda pardon avec les moines. Lambert ne se contenta pas d'avoir de l’indulgence, mais il leur parla d'une manière sublime sur le mérite de la patience *.
Après sept ans, Féramond fut expulsé et saint Lambert, par l’ordre de Pépin, fut réintégré dans son propre siège. Or, comme il était puissant en paroles et en exemples, de même que par le passé, deux méchants s'élevant contre lui, se mirent à le tourmenter gravement: mais ils furent tués, ainsi qu'ils l’avaient mérité, par les amis du pontife.

Lambert de Maastricht Statue en bois polychrome de saint Lambert exposée musée Grand Curtius à Liège (Belgique) Attribution: Michel wal

Dans ce temps-là, Lambert adressa de vifs reproches à Pépin au sujet d'une femme de mauvaise vie qu'il gardait. Dodon, parent de ceux qui avaient été tués, et frère de cette femme, officier employé à la cour du roi, rassembla des soldats et entoura de toutes parts la maison de l’évêque, dans l’intention de se venger sur le saint de la mort de ceux qui avaient été tués. Un valet en ayant informé Lambert, qui était en oraison, celui-ci, plein de confiance dans le Seigneur, saisit une épée pour se défendre ; mais rentré en lui-même, il jeta le glaive, jugeant qu'il valait mieux vaincre en restant tranquille et en mourant que souiller ses mains sacrées dans le sang de ces impies.
* Eteienne, c. II.

Martyre de saint Lambert représenté sur un panneau peint du XVème siècle.Domaine public

Alors l’homme de Dieu recommanda à ses gens de confesser leurs péchés et de souffrir la mort avec patience. Aussitôt les impies se ruèrent sur saint Lambert qui était prosterné en prière et le tuèrent vers l’an du Seigneur 620. Quand les assassins furent retirés, quelques-uns des serviteurs du saint s'échappèrent et conduisirent secrètement, dans une nacelle, le corps de Lambert à l’église cathédrale où ils l’ensevelirent, accompagnés de tous les citoyens plongés dans la tristesse.

La Légende Dorée

dimanche 8 juillet 2012

Saint Pierre l’Ermite

Pierre l'Ermite priant au Saint Sépulcre. Illustration tirée de Guillaume de Tyr : Histoire d'Outremer Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Pierre l’Ermite (°1053 - + 1115) ou Pierre L’Hermite ou Pierre d’Amiens est un religieux français du XIe siècle, qui prêche la croisade après l’appel d’Urbain II au concile de Clermont et qui prend ensuite la tête d’une des principales croisades populaires de 1096. Il échappe au massacre des croisés de Civitot, rejoint la croisade des barons, la suit jusqu’à Jérusalem, mais disparaît au moment de la prise de la ville.
C'est un bienheureux catholique fêté le 8 juillet.

Crusaders discovers dead pilgrims of Peter the Hermit Gustave Doré (1832–1883) XIXe siècle http://www.danshort.com/crusade/page1.php?p=8 Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Né vers 1050, il serait le fils de Renauld L'Ermite, prétendument de la Maison d'Auvergne, et d'Alide de Montaigu, de la Maison de Picardie. Il aurait été, avant de rentrer veuf dans les ordres, marié à Béatrix de Roussy, de la Maison de Normandie, avec laquelle il aurait eu deux enfants : Pierre et Ailide.
Ils seraient, selon une fable sans aucun fondement sérieux, à l'origine de la famille de L'Hermite, encore existante de nos jours, et dont auraient notamment fait partie Louis Tristan L’Hermite, sinistre ministre de Louis XI, Jacques L'Hermite (1582-1624), navigateur qui a donné son nom aux Îles Hermite du Cap Horn et François Tristan L'Hermite (1601-1655), écrivain et membre de l'Académie Française. Mais ces trois "illustres" l'Hermite sont-ils parents entre eux?

Croisade de Pierre l'Ermite 1337 FRANCAIS 22495 Maître de Fauvel Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Une jeunesse sujette à caution
Le surnom de Pierre d’Amiens attribué par quelques chroniqueurs milite en faveur d’une origine autour de cette ville, à défaut de la ville elle-même. Au XIXe siècle, les historiens le considèrent comme issu d’une famille noble, comme un chevalier ayant longtemps guerroyé et qui se serait ensuite repenti et aurait décidé de vivre en ermite. Mais les études critiques modernes ont montré qu’à part la citation très imprécise d’Albert d’Aix, cette affirmation n’est absolument étayée par rien. De toute manière aucun de ces anciens historiens n’a pu donner un nom à la famille dont serait issu Pierre l’Ermite. De même, on lui attribue un pèlerinage à Jérusalem effectué en 1093, au cours duquel il aurait constaté les persécutions exercées à l’encontre des pèlerins et qu’il aurait rapporté au pape, l’incitant à lancer son appel aux croisades, mais René Grousset qualifie cet épisode de « légende à rayer définitivement de l’histoire ».

Arrivée de Pierre l'Ermite à Rome XIIIe siècle http://visualiseur.bnf.fr/ConsulterElementNum?O=IFN-08100461&E=JPEG&Deb=56&Fin=56&Param=C Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
La croisade populaire
Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II, qui a déjà reçu les envoyés de l’empereur byzantin Alexis Comnène au concile de Plaisance six mois auparavant, lance un appel solennel à la Chrétienté pour inciter ses barons à partir en expédition pour délivrer les Lieux Saints.
L’idée de la croisade prend tellement bien que des prédicateurs parcourent les campagnes pour haranguer les foules dont un grand nombre décide de partir, que l'historien Jacques Heers a appelé les « fous de Dieu ». Ceux-ci, associés à la diffusion de l'appel pontifical, drainaient de larges auditoires auxquels ils prêchaient la réforme des mœurs.
L’un des prédicateurs les plus connus est Pierre l’Ermite, qui commence sa prédication dans le Berry, puis l’Orléanais, la Champagne, la Lorraine et la Rhénanie, emmenant dans son sillage quinze mille pèlerins, encadrés par quelques chevaliers dont Gautier Sans-Avoir. Arrivé à Cologne le 12 avril 1096, il continue de prêcher auprès des populations allemandes, tandis que Gautier Sans-Avoir conduit les pèlerins en direction de Constantinople.

Bataille de Kibotos (1096)1337 Français 22495 Maître de Fauvel Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Les travaux historiques commencent à se développer sur les premières persécutions contre les Juifs lors des croisades « allemandes ». L'historien Jean Richard note :
« Une récente étude de l'historien Jean Flori a mis à nouveau l'accent sur l'originalité de la croisade, telle qu'elle fut prêchée par ces prédicateurs, en ce qu'elle ne suivait pas uniquement les lignes tracées par Urbain II dans son discours de Clermont, notamment en introduisant dans leurs prêches une note antijuive qui allait se traduire par les exactions dont les juifs de Rhénanie et de la vallée du Danube ont été les principales victimes. »
Contrairement à d’autres prédicateurs comme Gottschalk, il ne semble pas que Pierre l’Ermite ait appelé à persécuter les Juifs, mais il use des terreurs créées par les massacres commis dans d’autres régions pour obtenir des communautés juives des régions qu’il traverse le ravitaillement et le financement des croisés.
Ayant persuadé un certain nombre d’Allemands de partir, il quitte Cologne à la tête d’environ douze mille croisés le 19 avril 1096 et traverse le Saint-Empire et la Hongrie en suivant le Danube.

Statue de Saint Pierre l'Ermite (Saint Pierre d'Amiens) au chevet de la cathédrale d'Amiens, France. Oeuvre de Gédéon de Forceville, inaugurée en 1854. 25 janvier 2008 Travail personnel de Florestan sur Wikimédia Commons
 
Une contestation, probablement à propos de l’achat de vivres, dans la ville de Semlin, près de la frontière entre la Hongrie et l’empire byzantin déclenche des bagarres, la ville est prise d’assaut et quatre mille Hongrois sont tués. Les croisés n’échappent à la colère du roi Coloman de Hongrie qu’en se sauvant dans le territoire byzantin. Méfiants, les Byzantins cherchent à canaliser cette foule, n’y parviennent pas et évacuent Belgrade qui est aussitôt mise à sac. Ce pillage ainsi que celui des faubourgs de Nish montrent que Pierre l’Ermite ne maîtrise déjà plus sa troupe. Malgré ces heurts, l’empereur Alexis Comnène fait bon accueils aux croisés et leur conseille d’attendre la venue des barons à Constantinople, mais comme les Croisés pillent les faubourgs de la ville, il leur fait traverser le Bosphore et leur attribue le camp de Civitot.
Ne parvenant pas à discipliner les croisés qui choisissent d’autres chefs et commencent à faire des incursions en territoire turc, Pierre l’Ermite repart vers Constantinople pour demander conseil à l’empereur. Les croisés remportent quelques succès face aux paysans turcs et à des garnisons faibles et peu nombreuses, mais sont massacrés lorsque le sultan Kılıç Arslan Ier revient avec son armée. Des vingt-cinq mille croisés installés à Civitot, seuls trois mille réussissent à être évacués à Constantinople où ils retrouvent Pierre l’Ermite.
Les barons arrivent à Byzance au cours du printemps 1097 et après négociations, franchissent le Bosphore et mettent le siège devant Nicée. Pierre l’Ermite les y rejoints avec les rescapés de la croisade populaire. La ville se rend aux Byzantins le 26 juin 1097. Puis la croisade continue son chemin à travers l’Anatolie, défait à nouveau les Seldjoukides à Dorylée (1er juillet 1097) et atteint Antioche le 21 octobre 1097.

Illustration issue du Roman du Chevalier du Cygne. Manuscrit enluminé sur parchemin. 3e tiers du XIIIe siècle. BnF, Arsenal (Ms 3139 fol. 176v) Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.
Ce siège, l’un des plus durs de la croisade en raison de sa durée (près de huit mois) et des difficultés de ravitaillement est la cause d’un certain nombre de défections, comme celle du comte Etienne-Henri de Blois. Pierre l’Ermite lui-même perd espoir et déserte, avec Guillaume Ier, dit « le Charpentier » (en), vicomte de Melun. Mais Tancrède de Hauteville, craignant une désaffection générale, ne l’entend pas ainsi, poursuit les deux fugitifs et les ramène de force aux abord d’Antioche où Bohémond de Tarenteleur inflige une virulente admonestation. La ville d’Antioche est prise le 2 juin 1098, mais elle est assiégée le lendemain par une armée de secours commandée par Kerbogha, atabeg de Mossoul. Les croisés manquent de vivres, n’ayant pas eu le temps de reconstituer les réserves, mais la découverte de la Sainte Lance par un pèlerin provençal du nom de Pierre Barthélemy redonne espoir aux croisés. Ils sont tellement sûrs d’eux qu’ils envoient Pierre l’Ermite accompagné d’un certain Herlouin, qui parlait la langue arabe et servait d’interprète, en ambassade auprès de Kerbogha pour lui demander de lever le siège. Devant le refus de ce dernier, les croisés attaquent le camp de Kerbogha et défont son armée.

Croisade de Pierre l'Ermite - siège de Nish (1096) 1337 FRANCAIS 22495 Maître de Fauvel Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Après la victoire, les croisés restent de longs mois à Antioche et ne repartent en direction de Jérusalem que le 13 janvier 1099. Pierre l'Ermite les accompagne et sa dernière apparition se fait sur le mont des Oliviers le 8 juillet 1099 lorsqu'il harangue la foule des croisés avant la prise de Jérusalem. La ville est prise le 15 juillet 1099, cependant on ne trouve plus de trace du personnage qui selon toute vraisemblance trouve la mort dans la bataille.

Peter the Hermit and Alexius Comnenus XIXe siècle anonyme huile sur toile Château de Versailles Salle des croisades Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Faits légendaires
Illustration issue du Roman du Chevalier du Cygne. Manuscrit enluminé sur parchemin. 3e tiers du XIIIe siècle. BnF, Arsenal (Ms 3139 fol. 176v)
Une légende fait cependant réapparaître le personnage à Huy en 1100, où il fonde le monastère de Neufmoustier et où il finit ses jours en 1115. Cette légende trouve son origine dans les écrits de Jacques de Vitry qui trouva commode, pour convaincre les gens originaires de l'évêché de Liège du bien-fondé d'une participation à la croisade contre les Albigeois, de manipuler un peu l'histoire et de faire naître quelques personnages héroïques issus du Pas-de-Calais en bord de Meuse. Et pourtant l'obituaire de l'abbaye de Neufmoustier à Huy note en sa page du 8 juillet 1115 que ce jour voit "la mort de Dom Pierre, de pieuse mémoire, vénérable prêtre et ermite, qui mérita d'être désigné par le Seigneur pour annoncer, le premier, la sainte Croix" et le texte poursuit par "après la conquête de la terre Sainte, Pierre revint au pays natal" et aussi que "il fonda cette église ... et s'y choisit une sépulture convenable".
Une autre "légende" est donnée au XIVe siècle par le trouvère français Jehan-le-Bouteiller, qui chante la mémoire d’un dict Pierre l'Hermite deschendant d'un comte de Clairmont par un sieur d'Herrymont qui épousera une de Montagut. Les parents de Pierre l'Ermite seraient donc Renauld d'Hérimont et Aleïdis de Montaigu (Aleïdis est signalée à Huy dans l'obituaire de Neufmoustier, déjà cité, comme la mère de Dom Pierre, possédant une maison à Huy).

Wikipédia

mercredi 9 mai 2012

La Cité des dames

La Cité des dames est un récit allégorique de Christine de Pisan paru à Paris en 1405.
Christine de Pisan souhaitait donner sa version du De mulieribus claris (Des Femmes Illustres) de Boccace tout en poursuivant le débat qu'elle avait contribué à susciter autour d'œuvres misogynes et cyniques comme la seconde partie du Roman de la Rose ou Les Lamentations de Matheolus de Jehan Le Fevre. Et comme elle l'indique, elle fut motivée pour écrire ce livre après la lecture de l'œuvre antiféministe Lamentationes Matheoli de Mathieu de Boulogne-sur-Mer.
Christine de Pisan décrit une société allégorique, où la dame est une femme dont la noblesse est celle de l'esprit plutôt que de la naissance. L'ouvrage cite une série de figures féminines du passé que Christine de Pizan donne comme exemple de la façon dont les femmes peuvent mener une existence pleine de noblesse tout en apportant leur contribution à la société.
Ce livre contient également des dialogues didactiques entre trois figures allégoriques, la déesse de la Raison, de la Droiture et de la Justice. Cette dernière demande à Christine de Pizan de construire une cité métaphorique où pourront résider les Dames.

Christine de Pizan presents her book to Queen Isabeau of Bavaria.Illustrator: Master of the Bedford trend Detail of scan from James Laver, The Concise History of Costume, 1979. Crop from Christine_de_Pisan_and_Queen_Isabeau.jpg Domaine publique

Construction de la ville
Les fondations et les murs
La raison est représentée avec le miroir de la connaissance à la main. C'est donc avec l'aide de la raison, ciment solide et apte à résister au temps, que Christine de Pisan peut entreprendre la construction de cette cité aux fondations profondes et aux murailles élevées.

Cette cité moderne sera édifié à l'aide de blocs de pierre qui représentent des femmes illustres de l'Antiquité : Sémiramis, Amazone, Frédégoride, Clélie, Bérénice, Zénobie et Artémis.


Les bâtiments

Ensuite, Christine de Pisan édifiera les bâtiments qui symbolisent les vertus avec l'aide de la Droiture. Celle-ci tient en main une règle qui mesure le juste et l'injuste, le bien et le mal; cette règle sert à montrer la voie droite aux bons et à frapper les méchants .

Les finitions et le peuplement de la cité

La Justice tient une coupe à la main où elle verse à chacun selon ses mérites. Cette troisième allégorie, à son tour, va aider la narratrice en mettant la dernière main aux bâtiments qu'elle recouvrira d'or fin. Ensuite elle sélectionnera les femmes dignes de venir dans la cité, formant une communauté vertueuse2. La cité peuplée, elle ouvre ses portes à la reine, la Vierge Marie, accompagnée des saintes et des martyres. La narratrice se voir remettre les clefs.

Christine de Pisan demande si les femmes doivent recevoir la même éducation que les hommes et pourquoi cette idée déplaît aux hommes. Elle évoque également des questions comme celle de l'illégalité du viol, l'affinité des femmes pour l'étude et leur capacité à gouverner.

Christine de Pisan: Le livre des trois vertus. Paris: Antoine Vérard, 8.VIII.1497. 2°, Exemplar der ÖNB Wien vers 1497 http://data.onb.ac.at/dtl/2788460 Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Interprétations critiques
Le livre de Christine de Pisan est considéré par certains auteurs contemporains comme un des premiers ouvrages féministes de la littérature1, en ce sens qu'il ne reprend pas les tropes usés du débat rhétorique utilisés par les auteurs masculins pour attaquer ou défendre la femme, mais se place délibérément dans une perspective nouvelle, la narratrice prenant conscience de ce que sa vision d'elle-même est en fait déterminée par les clichés qui circulent sur les femmes et leur infériorité "naturelle".

L'allégorie de la cité renvoie aussi aux arts de la mémoire ou théâtres de la mémoire hérités de l'antiquité. Dans une époque où le livre est rare et cher, la mémoire entraînée est la bibliothèque de son possesseur1. Christine de Pisan fait appel à une série de loci faciles à mémoriser, placés selon un plan logique qui suit celui de l'édification de la cité.

Premièrement l'exposition des thèse antiféministes des Boccace et autres Jean de Meung, ordes pierres broconneuses et noires (643) qu'il faut déblayer pour creuser les fondations de la ville. Chaque pierre ôtée par la narratrice correspond à une opinion erronée d'un auteur masculin, sans épargner les plus grands, Aristote, Virgile, Ovide ou Cicéron.
Deuxièmement la réfutation par l'exemple en édifiant un nouveau paradigme à l'aide de belles reluysans pierres (787) :

D'abord les pierres qui formeront le soubassement de la cité, la première étant Sémiramis, célèbre bâtisseuse de l'antiquité. Comme celle des autres exempla, sa figure est décrite de façon saisissante, sous forme d'une statue d'airain, l'épée à la main, les cheveux tressés d'un côté mais non de l'autre car la reine a interrompu sa toilette pour aller soumettre une rébellion dans ses royaumes. Les autres pierres qui forment l'assise de la cité correspondent toutes à des femmes fortes, comme il convient à ce rôle d'étayage. Ce détournement de la plus virile des vertus, la Force, non sous forme d'allégorie mais d'exemples, répond aux critiques sur l'infériorité physique et morale des femmes.

Lorsqu'on s'élève dans la construction de l'édifice, on passe à des vertus plus cérébrales, comme la prudence, de nouveau à travers des exemples qui forment les murs de la cité. Les premiers bâtiments sont édifiés dans la même perspective, y ajoutant des exemples de bon gouvernement (Didon) et de piété filiale avec Pero, souvent prise comme exemple de la Charité.
Les femmes choisies pour peupler la cité illustrent des vertus conjugales : ce sont des épouses exemplaires, héroïques dans la défense de leur époux, chastes et constantes.
La dernière étape de la construction est l'arrivée de la reine, la Vierge Marie, chief du sexe femenin (977), fontaine mystique à laquelle les femmes pourront venir boire toutes les vertus. La Vierge sera entourée des Vierges et des martyrs, illustrant la plus importante des vertus théologales, la foi.

Picture from The Book of the City of Ladies Beginning of 15th century Pergament 12 × 18 cm Bibliothèque Nationale Paris Domaine publique

Sources
La littérature allégorique chrétienne commence avec la Psychomachie de l'auteur latin Prudence; composée au IVe siècle, elle était encore très populaire au Moyen Âge. Ce poème épique raconte le triomphe des vertus contre les vices dont l'étape ultime est la construction du temple de l’âme chrétienne. Ce texte fondateur fournit aux poètes des générations suivantes les prototypes des allégories chrétiennes qui vont se généraliser avec leurs attributs respectifs dans la littérature, le spectacle et les arts plastiques, ainsi que deux schèmes narratifs, celui du combat et celui de la construction d'un édifice allégorique.

À la fin du XIIe et du XIIIe siècle, les figures allégoriques des vices et des vertus sont présentes dans tous les arts, sacrés et profanes. Vincent de Beauvais avait déjà mis en scène la figure de dame Raison avec son miroir. Le mot miroir, en latin speculum, est employé dans un grand nombre de titres d'ouvrages didactiques médiévaux, tant religieux que scientifiques, avec le sens de « traité » ou d’« encyclopédie ». Les plus célèbres sont le Speculum majus de Vincent de Beauvais, qui date du milieu du XIIIe siècle, le Speculum iuris de Guillaume Durand (c. 1271) ou le Speculum humanae salvationis (Miroir du salut humain) du début du XIVe siècle. Le miroir de dame Raison indique donc à la fois le caractère encyclopédique de l'œuvre entreprise par la narratrice tout en réclamant pour les femmes une éducation semblable à celle des hommes.


Pygmalion au temple de Vénus Christine de Pisan (v1363-v1430), Epître d’Othéa entre 1450 et 1475 6,5 x 9 cm Koninklijke Bibliotheek, KB, 74 G 27, fol. 25 r°La Haye Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

À côté des figures allégoriques, Christine de Pisan cite toute une galerie de personnages féminins historiques ou légendaires. La tradition des catalogues d’hommes illustres remonte à l'antiquité, avec des œuvres qui ont eu une influence majeure comme les Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque ou les différents De viris illustribus latins. Plutarque avait également abordé la question des vertus féminines dans ses Moralia, illustrant son propos d'une série d’exempla. La forme du catalogue avait été reprise par Pétrarque, dans un nouveau De viris illustribus, dont le livre II notamment fournit l'inspiration du de claris mulieribus de Boccace. Les exemples choisis par Christine de Pisan lui ont été fournis par Boccace, auquel elle se réfère plusieurs fois. La vogue de ce genre de catalogue était alors très grande en Europe, et l'année même où Christine de Pisan compose La Cité des dames, Laurent de Premierfait donne une traduction française de l'ouvrage de Boccace qui sera très populaire en Europe. Dans la tradition évhémériste, Christine de Pisan cite plusieurs personnages de la mythologie auxquels elle attribue une existence réelle, par exemple Arachné.
Arachné ou Arachne (en grec ancien Ἀράχνη / Arákhnê), dans la mythologie gréco-romaine, est une jeune fille originaire de Lydie qui excellait dans l'art du tissage.

Intriguée, Athéna se déguisa en vieille femme pour rendre visite à la jeune tisseuse et observer son travail. Arachné prétendit devant la déesse qu'elle était la meilleure tisseuse du monde, meilleure qu'Athéna elle-même. La déesse entra alors dans une grande colère en constatant qu'une simple mortelle pouvait prétendre être aussi adroite qu'elle. Elle révéla à Arachné sa véritable identité et organisa un concours avec la jeune femme. Athéna illustra sur sa toile les divers dieux de l'Olympe tandis qu'Arachné préféra tisser Zeus avec ses nombreuses amantes. Ce fut finalement la fille de Lydie qui gagna. Furieuse, Athéna déchira l'ouvrage d'Arachné. Humiliée, Arachné alla se pendre. La déesse, prise de remords, décida d'offrir une seconde vie à Arachné : elle la changea en araignée suspendue à son fil, pour qu'elle puisse à nouveau tisser sa toile.


Livre de la cité des dames » . BN Paris fr. 1177, Bl. 3v - Autorinnenbild mit Damen und Büchergestell Bibliothèque nationale de France Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Postérité
Les ouvrages manuscrits de Christine de Pisan étaient illustrés de portraits de l'auteure, qui disparaîtront plus tard des éditions imprimées. C'est peut-être la raison pour laquelle le nom de Christine de Pisan disparaît et que la Cité des dames est attribuée à un auteur masculin, tant d'érudition sans doute paraissant difficile à verser au crédit d'une femme. Cependant la chercheuse Susan Groag Bell a montré qu'il y avait eu une certaine diffusion de tapisseries basées sur l'ouvrage allégorique de Christine de Pisan dans le milieu des cours européennes.

Bibliographie
Le Livre de la Cité des Dames, Texte traduit et présenté par Thérèse Moreau et Éric Hicks, 2005, Stock, collection Moyen Âge, (ISBN 2) 234 01989 3


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samedi 25 février 2012

Maître de Bedford

Le Maître de Bedford, ou Maître du duc de Bedford, est un enlumineur qui fut actif à Paris dans la première moitié du XVe siècle.

L'artiste anonyme français doit son nom au commanditaire de deux de ses chefs d'œuvre, le duc de Bedford Jean de Lancastre, pour qui il exécuta entre 1423 et 1435 le Bréviaire de Salisbury (Bibliothèque nationale de France, Paris) et un livre d'heures, les Heures du duc de Bedford (British Library, Londres, ms add. 18 850).

Clovis recevant la fleur de lys. Bedford Book of Hours, 1423.http://admissions.uwa.edu.au/__data/page/74416/Fleurdelys.gif Domaine publique

À sa première phase d'activité, vers 1405-15, se rattachent des œuvres probablement réalisées en collaboration avec le Maître de Boucicaut ou le Maître de Rohan : un Bréviaire (Bibliothèque municipale, Châteauroux, France) ; le Livre des Merveilles et le Livre du roi Modus (tous deux à la Bibbliothèque nationale de France, Paris).

La tour de Babel, Heures du duc de Bedford 41 x 28 cm, British Library, London 1423 Domaine publique

Après les travaux pour le duc de Bedford et l'installation à Paris d'un atelier florissant, qui joua un rôle décisif dans le second quart du XVe siècle, en particulier dans la formation des peintres franco-flamands de la génération de Jean Fouquet et de Robert Campin, on attribue encore au Maître de Bedford les Heures Sobieski (Château de Windsor) ; un Livre d'Heures (vers 1423, Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne) ; une Bible en français (Bibliothèque nationale de France, Paris) ; enfin les Heures d'Isabelle de Bretagne (Fondation Calouste-Gulbenkian, Lisbonne).

Toppling of the Pagan Idols (Flight into Egypt); Isaiah 19:1, Pseudo-Matthew 22-23 Date 1423 http://www.osjoseph.org/stjoseph/art/detail.php?id=410 Bedford Master Domaine publique

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dimanche 12 février 2012

Maître de Dunois

Le Maître de Dunois est un nom de convention pour désigner un peintre de miniatures et de panneaux actif entre 1435 et 1466 à Paris. Il doit son nom au premier manuscrit qui lui a été attribué, le Livre d'heures de Jean de Dunois (British Library). Il est aussi appelé « Principal associé du maître de Bedford ». Plusieurs enluminures de manuscrits ainsi que des panneaux peints lui sont attribués par les historiens de l'art. Selon François Avril, son véritable nom serait Jean Haincelin, peut-être le fils d'un autre miniaturiste, Haincelin de Haguenau.

Miniature extraite du Livre d'heures de Dunois, représentant le commanditaire agenouillé devant la Vierge à l'Enfant. (British Library, British Library, Yates Thompson 3 f. 22v) 1440-1450 Domaine publique

Le Maître de Dunois est repéré pour la première fois en tant que collaborateur d'un autre maître anonyme, le Maître de Bedford, l'un des artistes les plus en vue à Paris dans les années 1420-1430. Il collabore notamment aux Heures du duc de Bedford dans les années 1430. Après le départ des Anglais de Paris en 1436, le maître de Dunois se tourne vers une nouvelle clientèle, l'entourage du roi Charles VII. C'est à cette époque qu'il réalise pour Jean de Dunois, compagnon de Jeanne d'Arc, un livre d'heures qui lui a donné son nom.
François Avril, conservateur à la Bibliothèque nationale de France, identifie le maître anonyme à Jean Haincelin. En effet, celui-ci travaille aussi pour de nombreux commanditaires proches de Charles VII exactement à la même époque, tels que le duc d'Orléans et l'amiral Prigent de Coëtivy. Les textes signalent qu'il réalise pour ce dernier une version de Lancelot et un Guiron le Courtois aujourd'hui disparus. Sa carrière s'achève dans les années 1460 et il confie sans doute son atelier au Maître de Jean Rolin.

Dunois Master (illuminator) Water-based pigments, gilding and ink on parchment http://collections.vam.ac.uk/item/O90849/manuscript/
Tableaux
Le Jugement dernier, en collaboration avec le Maître de Bedford, années 1440, musée des Arts décoratifs de Paris
La Trinité aux chanoines de Notre-Dame de Paris, panneau peint (Retable peut-être commandé pour l’autel des Ardents, qui était situé derrière le maître-autel dans la cathédrale Notre-Dame de Paris), Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, inv. Mu. 1261

Bibliographie
F. Avril and N. Reynaud, Quand la peinture était dans les livres. Les Manuscrits à Peintures en France 1440-1520, Paris, 1993, p. 38
Dominique Thiébaut (dir.), Primitifs français. Découvertes et redécouvertes : Exposition au musée du Louvre du 27 février au 17 mai 2004, Paris, RMN, 2004, 192 p. (ISBN 2-7118-4771-3), p. 89-92
Nicole Reynaud, « Les Heures du chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins et la peinture parisienne autour de 1440 », Revue de l'Art, 1999, n°1. pp. 23-35 [lire en ligne]

Wikipédia

Maîtres anonymes

Les maîtres anonymes sont des artistes dont on ignore le nom (mais non les œuvres) pour les raisons historiques suivantes :

Maître du Registrum Gregorii Le Registrum Gregorii est un recueil des lettres du pape Grégoire le Grand, aujourd'hui conservé à Chantilly, au Musée Condé. Domaine publique

Avant la Renaissance : L'artiste n'a pas d'existence en tant qu'individu désigné par son nom : il s'efface devant le sujet qu'il peint, par humilité car il s'agit souvent d'œuvres destinées à la dévotion religieuse.
Il sera alors repéré et désigné (par les historiens de l'art au début du XXe siècle) par le sujet du tableau qu'il a peint, le nom du commanditaire, celui de son œuvre principale :

Dante e Virgilio incontrano tre centauri seguiti da altri centauri Le surnom de Maître des Vitae Imperatorum a été donné par Pietro Toesca en 1912 à l'auteur anonyme des miniatures qui illustrent une traduction italienne des Vitae imperatorum de Suétone, datée de 1431, effectuée pour Filippo Maria Visconti.
Ainsi le Maestro del San Francesco Bardi est le peintre commandité par la famille Bardi pour leur chapelle à Santa Croce et qui a peint, entre autres tableaux, celui de la Vie de saint François qui y figure ; le Maître du buste de femmes (ou des demi-figures), du début XVIe siècle, est clairement désigné par le sujet abordé.

À la Renaissance : Il faudra attendre la Renaissance, dans le monde occidental européen, pour que l'individu artiste acquiert une personnalité reconnue par ses pairs (Giorgio Vasari les recense dans Le Vite), soit nommé personnellement et qu'il porte :

Son vrai nom ou celui de son père (patronyme) : Filippino Lippi par son père Fra Filippo Lippi
Un pseudonyme qu'il choisit, lié à sa ville natale, au métier du père : Giuliano da Sangallo travaille à la porte de saint Gall
Antonio Pollaiuolo car son père élève des poulets
Jacopo del Sellaio, par son père, sellier
Les Della Robbia (du toscan robbia, la garance des teinturiers, métier des parents de Luca della Robbia
Masuccio Segondo disciple de Masuccio Primo
etc.
Un surnom qu'on lui attribue et qui le qualifie : Il Cronaca qui parle tout le temps des ruines qu'il a vues à Rome
Daniele da Volterra surnommé Il Barghettone (le culottier) pour avoir censuré les nus des tableaux en rajoutant des vêtements ou des branches (à la demande du pape Paul IV)
Luca della Robbia pour la couleur garance qu'il utilise en tant que céramiste
Masaccio qui veut dire idiot
etc.

Sculptures du Maître de Rieux, Musée des Augustins, Toulouse XIV°siècle Au premier plan, Jean Tissendier, évêque de Rieux Travail personnel BastienM sur Wikimédia Commons

Une corporation prend un nom générique et l'attribue aux productions de tous ses membres :
les Maestri campionesi, sculpteurs et constructeurs d'édifices religieux (Ugo da Campione, Bonino da Campione, Giovanni da Campione, Zenone de Campione, Matteo da Campione)

La problématique de l'attribution des œuvres au XXe siècle : La notion de peintre nommé et reconnu étant acquise, les historiens d'art, au début du XXe siècle, attribuent les œuvres qu'ils recensent à des peintres connus. Il reviennent ensuite sur ces attributions et baptisent anonymes des peintres qui se distinguent des précédents, les vraies auteurs des œuvres considérées.
On soulignera le cas de Pier Francesco Fiorentino auquel Bernard Berenson avait attribué un certain nombre d'œuvres qui seront ensuite placées, comme sous la main de Pseudo Pier Francesco Fiorentino copiste de Florence.
Certains peintres même, avant qu'on leur reconnaisse une véritable identité, peuvent être précédemment décrits comme anonymes (même plusieurs fois comme Barthélemy d'Eyck). Ils sont donc porteurs de plusieurs noms historiquement (ce qui est précisé dans la page qui leur est consacré) ou dont le doute subsiste encore comme Giovanni Gaddi (après 1333 - 1383) peut-être le Maestro della Misericordia dell’Accademia.

Rejoice, Virgin Mother of Christ...c.1415 The Rohan Master Domaine publique

Malgré tout certains restent encore anonymes.

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samedi 4 février 2012

Saint Ignace

Ignatius of Antioch Source: http://days.pravoslavie.ru/Images/ii897&3011.htm (Originally uploaded on en.wikipedia) (Transferred by terraflorin/Originally uploaded by Carlaude)

Saint Ignace fut disciple de saint Jean et évêque d'Antioche. On dit qu'il adressa à la Sainte Vierge une lettre conçue en ces termes :
« A Marie Porte-Christ, Ignace son dévoué. Vous avez dû fortifier et consoler en moi le néophyte et le disciple de votre Jean. J'ai appris en effet de votre Jésus des choses admirables à dire, et j'ai été stupéfait en les entendant. Or, j'attends de vous, qui avez toujours été unie d'amitié avec lui, et qui étiez de tous ses secrets, que vous m’assuriez la vérité de tout ce que j'ai entendu. » Une autre leçon ajoute ce qui suit:
« Je vous ai déjà écrit plusieurs fois, et vous ai demandé des explications. Adieu et que les néophytes qui sont avec moi reçoivent force de vous, par vous et en vous.»
Alors la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, lui répondit: « A Ignace, son disciple chéri, l’humble servante de Jésus-Christ. Les choses que vous avez apprises et entendues de Jean, touchant Jésus, sont vraies ; croyez-les, étudiez-les, attachez-vous fermement à ce que vous avez promis à Jésus-Christ, et conformez-y vos mœurs et votre vie. Je viendrai avec Jean vous voir et ceux qui sont avec vous. Soyez ferme et agissez avec les principes de la foi, pour que la violence de la persécution ne vous ébranle pas, mais que votre esprit soit fort et ravi en Dieu voire sauveur; ainsi soit-il » *.
Or, saint Ignace jouissait d'une autorité si grande que Denys lui-même, le disciple de l’apôtre saint Paul, qui fut si profond en philosophie et si accompli dans la science divine, citait les paroles de saint Ignace comme une autorité, pour prouver ce qu'il avançait. En son livre des Noms divins, il rapporte que quelques-uns voulaient rejeter le nom d'amour en disant que dans les choses divines il y avait plutôt dilection qu'amour; il dit, en voulant montrer que ce mot d'amour devait être employé en tout dans les choses divines :
« Le divin Ignace a écrit : Mon amour a été crucifié. »
On lit dans l’Histoire tripartite* que saint Ignace entendît les anges chanter des Antiennes sur une montagne, et dès lors il ordonna qu'on chanterait dés Antiennes dans l’église et qu'on entonnerait des Psaumes sur les Antiennes. Après avoir longuement prié le Seigneur pour la paix de l’église, saint Ignace redoutant le péril, non pour lui, mais pour les faibles, alla au-devant de l’empereur Trajan, qui commença à régner l’an 100, alors qu'à son retour, après une victoire, il menaçait de mort tous les chrétiens; il déclara ouvertement qu'il était lui-même chrétien. Trajan le fit charger de chaînes, le confia à dix soldats et ordonna de le conduire à Rome en le menaçant de le jeter en pâture aux bêtes. Or, pendant le trajet, Ignace préparait des lettres, destinées à toutes les Églises et, les confirmait dans la foi de Jésus-Christ. Il y en avait une pour l’Eglise de Rome, ainsi que le rapporte l’Histoire ecclésiastique, dans laquelle il priait qu'on ne fit rien pour, empêcher son martyre. Voici ses paroles:

Martyrdom of St Ignatius of Antioch XVIe siècle http://www.josemariaescriva.info/index.php?id_cat=1651&id_scat=1572 Anonyme

« De la Syrie jusqu'à Rome, je combats avec les bêtes par mer et parterre, le jour et la nuit, lié et attaché au milieu de dix léopards (ce sont les soldats qui me gardent), dont la cruauté augmente en raison du bien que je leur fais: mais leur cruauté est mon instruction. O bêtes salutaires qui me sont réservées ! quand viendront-elles ? quand seront-elles lâchées ? quand leur sera-t-il permis de se nourrir de mes chairs ? Je les inviterai à me dévorer, je les prierai pour qu'elles ne craignent pas de toucher mon corps, comme elles l’ont fait à d'autres. Je ferai plus, si elles tardent trop, je leur ferai violence, je me mettrai dans leur gueule. Pardonnez-moi, je vous prie ; je sais ce qui m’est avantageux. Qu'on réunisse contre moi le feu, les croix, les bêtes, que mes os soient broyés, que tous les membres de mon corps soient mis en pièces, que tous les tourments. inventés par le diable soient amassés sur moi, pourvu que je mérite d'être uni à Jésus-Christ. »
Arrivé à Rome et amené devant Trajan, cet empereur lui dit: « Ignace, pourquoi fais-tu révolter Antioche et convertis-tu mon peuple à la chrétienté? » Ignace lui répondit : « Plût à Dieu que je puisse te convertir aussi, afin que. tu jouisses à toujours d'une autorité inébranlable. » Trajan lui dit : « Sacrifie à mes Dieux et tu seras le premier de tous les prêtres. » Ignace répondit: et Je ne sacrifierai point à tes dieux, et je n'ambitionne pas la dignité que tu m’offres. Tu pourras faire de moi tout ce que tu veux, mais jamais tu ne me changeras. » « Brisez-lui les épaules, reprit Trajan, avec des fouets plombés, déchirez-lui les côtés et frottez ses blessures avec des pierres aiguës. »
* Ces deux lettres sont-elles authentiques? Les auteurs anciens disent oui, les modernes disent non. Ce qu'il y a de certain c'est qu'elles remontent à une très haute antiquité.
* Liv. X, ch. IX.

Lorenzo Lotto (1480–1556) Vierge à l'enfant with St Ignatius of Antioch and St Onophrius (détail) 1508 huile sur panneau Galerie Borghèse


Il resta immobile au milieu de tous les tourments, et Trajan dit ; «Apportez des charbons ardents, et faites-le marcher dessus les, pieds nus.» Ignace lui dit : «Ni le feu ardent, ni l’eau bouillante ne pourront éteindre en moi la charité de J-C. » Trajan ajouta « C'est maléfice cela de ne point céder après de pareilles tortures. » Ignace lui répondit: « Nous autres chrétiens, nous n'usons pas de maléfices, puisque dans notre loi, nous devons ôter la vie aux enchanteurs c'est vous, au contraire qui usez de maléfices, vous qui adorez des idoles.» Trajan reprit; « Déchirez-lui le dos avec des ongles de fer, et mettez du sel dans ses plaies. » Ignace lui dit : « Les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec la gloire à venir. » Trajan insista: « Enlevez-le, attachez-le avec des chaînes de fer à un poteau, gardez-le au fond d'un cachot, laissez-le sans boire ni manger et dans trois jours, donnez-le à dévorer aux bêtes. » Le troisième jour donc étant venu, l’Empereur, le Sénat et tout le peuple s'assemblèrent pour voir l’évêque d'Antioche combattre les bêtes, et Trajan dit : « Puisque Ignace est superbe et contumace, liez-le et lâchez deux lions sur lui afin qu'il ne reste rien de sa personne. » Alors saint Ignace dit au peuple présent : « Romains, qui assistez à ce spectacle, je n'ai pas travaillé pour rien. Si je souffre, ce n'est pas pour avoir commis des crimes, mais c'est pour ma piété envers Dieu. » Ensuite il se mit à dire ainsi que le rapporte l’Histoire ecclésiastique : « Je suis le froment de J.-C., je serai moulu par les dents des bêtes afin de devenir un pain pur. » En entendant ces mots, l’empereur dit: « La patience des, chrétiens est grande; quel est celui des Grecs qui en endurerait autant pour son Dieu ? » Ignace répondit : « Ce n'a pas été par ma vertu, mais avec l’aide de Dieu que j'ai supporté ces tourments.» Alors saint Ignace (269) provoqua les lions pour qu'ils accourussent le dévorer. Deux lions furieux accoururent donc et ne firent que l’étouffer sans toucher aucunement sa chair. Trajan, à cette vue, se retira dans une grande admiration en donnant l’ordre de ne pas empêcher que l’on vint enlever les restes du martyr. C'est pourquoi les chrétiens prirent son corps et l’ensevelirent avec honneur. Quand Trajan eut reçu une lettre, par laquelle Pline le jeune recommandait vivement les chrétiens que l’empereur immolait, il fut affligé, de ce qu'il avait fait endurer à Ignace, et ordonna qu'on ne recherchât plus les chrétiens, mais que s'il en tombait quelqu'un entre les mains de la justice, il fût puni.

Ignatius of Antioch before XVII c. http://days.pravoslavie.ru/Images/ii897&3009.htm Anonyme

On lit encore que saint Ignace, au milieu de tant de tourments, ne cessait d'invoquer le nom de J.-C. Comme ses bourreaux lui demandaient pourquoi il répétait si souvent ce nom, il dit : « Ce nom, je le porte écrit dans mon cœur ; c'est la raison pour laquelle je ne puis cesser de l’invoquer. » Or, après sa mort, ceux qui l’avaient entendu parler ainsi ; voulurent s'assurer du fait; ils ôtent donc son cœur de son corps, le coupent en deux, et trouvent ces mots gravés en lettres d'or au milieu : « J.-C. » Ce qui donna la foi à plusieurs. Saint Bernard parle ainsi de ce saint, dans son commentaire sur le Psaume : Qui habitat. « Le grand saint Ignace fut l’élève du disciple que Jésus aimait ; il fut martyr aussi et ses précieuses reliques enrichirent notre pauvreté. Dans plusieurs lettres qu'il adressa . à Marie, il la salue du nom de Porte-Christ : c'est un bien grand titre de dignité et une recommandation d'un immense honneur! »
La Légende Dorée

Ignace fut arrêté par les autorités et transféré à Rome pour être mis à mort dans l'arène, pendant la persécution de Trajan. On espérait ainsi faire un exemple afin de freiner l'expansion du christianisme. Au contraire, il rencontra et encouragea de nombreux chrétiens sur son chemin et il écrivit des lettres aux Éphésiens, aux Magnésiens, Tralliens, Philadelphiens, Smyrniens, et aux Romains, de même que la lettre à Polycarpe, qui selon la tradition était évêque de Smyrne et un disciple de Saint Jean l'Évangéliste.
Son désir très fort de martyre sanglant dans l'arène peut sembler étrange au lecteur moderne : il conçoit le martyre comme une libation, un sacrifice envers le Christ comme le veut l'Évangile.

Ignace d'Antioche ou saint Ignace, né vers 35 d'origine syrienne, mort probablement en 107 ou 113, fut le troisième évêque d'Antioche, après saint Pierre et Evode, à qui Ignace a succédé vers 68.
Ignace, qui se donnait aussi le nom de « Théophore » (c'est-à-dire, qui « porte Dieu » en lui), avait été probablement un disciple des apôtres Pierre et Jean.
Plusieurs de ses lettres nous sont parvenues. On le considère en général comme l'un des Pères apostoliques (les premiers des Pères de l'Église).
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