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samedi 21 septembre 2013

Saint Mathieu, apôtre

Saint Mathieu eut deux noms, Mathieu et Lévi. Mathieu veut dire don hâtif, ou bien donneur de conseil. Ou Mathieu vient de magnus, grand, et Theos, Dieu, comme si on disait grand à Dieu, ou bien de main et de Theos, main de Dieu. En effet il fut un don hâtif puisque sa conversion fut prompte. Il donna des conseils par ses prédications salutaires. II fut grand devant Dieu par la perfection de sa vie, et il fut la main dont Dieu se servit pour écrire son Évangile. Lévi veut dire, enlevé, mis, ajouté, apposé. Il fut enlevé à son bureau d'impôts, mis au nombre des apôtres, ajouté à la société des Évangélistes, et apposé au catalogue des martyrs.

Facing pages of the Sherashawa Gospel XV-XVI century Гісторыя Беларусі IX-XVIII стагоддзяў. Першакрыніцы. Кніжныя гравюры і ілюстрацыі Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Saint Mathieu, apôtre, prêchait en Éthiopie * dans une ville nommée Nadaber, où il trouva deux mages Zaroïs et Arphaxus qui ensorcelaient les hommes par de tels artifices que tous ceux qu'ils voulaient paraissaient avoir perdu la santé avec l’usage de leurs membres. Ce qui enfla tellement leur orgueil qu'ils se faisaient adorer comme des dieux par les hommes. L'apôtre Mathieu étant entré dans cette ville où il reçut l’hospitalité de l’eunuque de la reine de Candace baptisé par Philippe (Actes, vin), découvrait si adroitement les prestiges de ces mages qu'il changeait en bien le mal qu'ils faisaient aux hommes. Or, l’eunuque, ayant demandé à saint Mathieu comment il se faisait qu'il parlât et comprit tant de langages différents, Mathieu lui exposa qu'après la descente du Saint-Esprit, il s'était trouvé posséder la science de toutes les langues, afin que, comme ceux qui avaient essayé par orgueil d'élever une tour jusqu'au ciel, s'étaient vus forces d'interrompre leurs travaux par la confusion des langues, de même les apôtres, par la connaissance de tous les idiomes, construisissent, non plus avec des pierres, mais avec des vertus, une tour au moyen de laquelle tous ceux qui croiraient pussent monter au ciel. Alors quelqu'un vint annoncer l’arrivée des deux mages accompagnés de dragons qui, en vomissant un feu de soufre par la gueule et par les naseaux, tuaient, tous les hommes. L'apôtre, se munissant du signe de la croix, alla avec assurance vers eux. Les dragons ne l’eurent pas plutôt aperçu qu'ils vinrent à l’instant s'endormir à ses pieds.
* Honorius d'Autun.

Vocation de Saint Mathieu James Tissot (1836–1902) entre 1886 et 1894 aquarelle opaque sur graphite sur papier vélin gris 26 × 16,8 cm Brooklyn Museum New York Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré

Alors saint Mathieu dit aux mages : « Où donc est votre art ? Éveillez-les, si vous pouvez : quant à moi, si je n'avais prié le Seigneur, j'aurais de suite tourné contre vous ce que vous aviez la pensée de me faire. » Or, comme le peuple s'était rassemblé, Mathieu commanda de par le nom de J.-C. aux dragons de s'éloigner, et ils s'en allèrent de suite sans nuire à personne. Ensuite saint Mathieu commença à adresser un grand discours au peuple sur la gloire du paradis terrestre, avançant qu'il était plus élevé que toutes les montagnes et voisin du ciel, qu'il n'y avait là ni épines ni ronces, que les lys ni les roses ne s'y flétrissaient, que la vieillesse n'y existait pas, mais que les hommes y restaient constamment jeunes, que les concerts des anges s'y faisaient entendre, et que quand on appelait les oiseaux, ils obéissaient tout de suite. Il ajouta que l’homme avait été chassé de ce paradis terrestre, mais que par la naissance de J.-C. il avait été rappelé au Paradis du ciel.
Pendant qu'il parlait au peuple, tout à coup s'éleva un grand tumulte ; car l’on pleurait la mort du fils du roi. Comme les magiciens ne pouvaient le ressusciter, ils persuadaient au roi qu'il avait été enlevé en la compagnie des dieux et qu'il fallait en conséquence lui élever une statue et un temple. Mais l’eunuque, dont il a été parlé plus haut, fit garder les magiciens et manda l’apôtre qui, après avoir fait une prière, ressuscita à l’instant le jeune homme *.

The Calling of Matthew Vittore Carpaccio (1466–1525) 1502 tempera sur toile hauteur : 141 cm. largeur : 115 cm. Scuola di San Giorgio degli Schiavoni, Venice Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré. 

Alors le roi, qui se nommait Egippus, ayant vu cela, envoya publier dans toutes ses provinces : « Venez voir un Dieu caché sous les traits d'un homme. » On vint donc avec des couronnes d'or et différentes victimes dans l’intention d'offrir des sacrifices à Mathieu, mais celui-ci les en empêcha en disant : « O hommes, que faites-vous? Je ne suis pas un Dieu, je suis seulement le serviteur de N.-S. J.-C. » Alors avec l’argent et l’or qu'ils avaient apportés avec eux, ces gens bâtirent, par l’ordre de l’apôtre, une grande église qu'ils terminèrent en trente jours; et dans laquelle saint Mathieu siégea trente-trois ans; il convertit l’Égypte toute entière; le roi Egippus, avec sa femme et tout le peuple, se fit baptiser. Iphigénie, la fille du roi, qui avait été consacrée à Dieu, fut mise à la tête de plus de deux cents vierges.
*Bréviaire.
Après quoi Hirtacus succéda au roi ; il s'éprit d'Iphigénie et promit à l’apôtre la moitié de son royaume s'il la faisait consentir à accepter sa main. L'apôtre lui dit de venir le dimanche à l’église comme son prédécesseur, pour entendre, en présence d'Iphigénie et des autres vierges, quels avantages procurent les mariages légitimes. Le roi s'empressa de venir avec joie, dans la pensée que l’apôtre voudrait conseiller le mariage à Iphigénie. Quand les vierges et tout le peuple furent assemblés, saint Mathieu parla longtemps des avantages du mariage et mérita les éloges du roi, qui croyait que l’apôtre parlait ainsi afin d'engager la vierge à se marier. Ensuite, ayant demandé qu'on fit silence, il reprit son discours en disant « Puisque le mariage est une bonne chose, quand on en conserve inviolablement les promesses, sachez-le bien, vous qui êtes ici présents, que si un esclave avait la présomption d'enlever l’épouse du roi, non seulement il encourrait la colère du prince, mais il mériterait encore la mort, non parce qu'il serait convaincu de s'être marié, mais parce qu'en prenant l’épouse de son seigneur, il aurait outragé son prince dans sa femme. Il en serait de même de vous, ô roi; vous savez qu'Iphigénie est devenue l’épouse du roi éternel, et qu'elle est consacrée par le voile sacré; comment donc pourrez-vous prendre l’épouse de plus puissant que vous et vous unir à elle par le mariage ? »

The Martyrdom of St Matthew Le Caravage (1573–1610) entre 1599 et 1600 huile sur toile hauteur : 323 cm. largeur : 343 cm. San Luigi dei Francesi (Rome) Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Quand le roi eut entendu cela, il se retira furieux de colère *. Mais l’apôtre intrépide et constant exhorta tout le monde à la patience et à la constance; ensuite il bénit Iphigénie, qui, tremblante de peur, s'était jetée à genoux devant lui avec les autres vierges. Or, quand la messe solennelle fut achevée, le roi envoya un bourreau qui tua Mathieu en prières debout devant l’autel et les bras étendus vers le ciel. Le bourreau le frappa par derrière et en fit ainsi un martyr.
A cette nouvelle, le peuple courut, au palais du roi pour y mettre le feu, et ce fut à peine si les prêtres et les diacres purent le contenir; puis on célébra avec joie le martyre de l’apôtre. Or, comme le roi ne pouvait par aucun moyen faire changer Iphigénie de résolution, malgré les instances des dames qui lui furent envoyées, et celles des magiciens, il fit entourer sa demeure tout entière d'un feu immense afin de la brûler avec les autres vierges. Mais l’apôtre leur apparut, et il repoussa l’incendie de leur maison. Ce feu en jaillissant se jeta sur le palais du roi qu'il consuma en entier; le roi seul parvint avec peine à s'échapper avec son fils unique. Aussitôt après ce fils fut saisi par le démon, et courut au tombeau de l’apôtre en confessant les crimes de son père, qui lui-même fut attaqué d'une lèpre affreuse ; et comme il ne put être guéri, il se tua de sa propre main en se perçant avec une épée.
Alors le peuple établit roi le frère d'Iphigénie qui avait été baptisé par l’apôtre. Il régna soixante-dix ans, et après s'être substitué son fils, il procura de l’accroissement au culte chrétien, et remplit toute la province de l’Éthiopie d'églises en l’honneur de J.-C. Pour Zaroës et Arphaxat, dès le jour ou l’apôtre ressuscita le fils du roi, ils s'enfuirent en Perse; mais saint Simon et saint Jude les y vainquirent.
* Bréviaire.

The Martyrdom of St Matthew Claude Vignon (1593–1670) 1617 huile sur toile hauteur : 142 cm. largeur : 96 cm. Musée des beaux-arts d'Arras Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Dans saint Mathieu, il faut considérer quatre vertus :
1° La promptitude de son obéissance : car à l’instant où J.-C. l’appela, il quitta immédiatement son bureau, et sans craindre ses maîtres, il laissa les états d'impôts inachevés pour s'attacher entièrement à J.-C. Cette promptitude dans son obéissance a donné à quelques-uns l’occasion de tomber en erreur, selon que le rapporte saint Jérôme dans son commentaire sur cet endroit de l’Évangile : « Porphyre, dit-il, et l’empereur Julien accusent l’historien de mensonge et de maladresse, comme aussi il taxe de folie la conduite de ceux qui se mirent aussitôt à la suite du Sauveur, comme ils auraient fait à l’égard de n'importe quel homme qu'ils auraient suivi sans motifs. J.-C. opéra auparavant de si grands prodiges et de si grands miracles qu'il n'y a pas de doute que les apôtres ne les aient vus avant de croire. Certainement l’éclat même et la majesté de la puissance divine qui était cachée, et qui brillait sur sa face humaine, pouvait au premier aspect attirer à soi ceux qui le voyaient. Car si on attribue à l’aimant la force d'attirer des anneaux et de la paille, à combien plus forte raison le maître de toutes les créatures pouvait-il attirer à soi ceux qu'il voulait. »

Hl. Matthäus Evangelist und der Engel Guido Reni (1575–1642) 1630-1640 huile sur toile 86 × 68 cm  Pinacoteca Vaticana L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

2° Considérons ses largesses et sa libéralité, puisqu'il donna de suite au Sauveur un grand repas dans sa maison. Or, ce repas ne fut pas grand par cela seul qu'il fut splendide, mais il le fut : a) par la résolution qui lui fit recevoir J.-C. avec grande affection et désir; b) par le mystère dont il fut la signification; mystère que la glose sur saint Luc explique en disant : « Celui qui reçoit J.-C. dans l’intérieur de sa maison est rempli d'un torrent de délices et de volupté » ; c) par les instructions que J.-C. ne cessa d'y adresser comme, par exemple : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » et encore : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont . besoin de médecins; » d) par la qualité des invités, qui furent de grands personnages, comme J.-C. et ses disciples.
3° Son humilité qui parut en deux circonstances : la première en ce qu'il avoua être un publicain. Les autres évangélistes, dit là glose, par un sentiment de pudeur, et par respect pour saint Matthieu, ne lui donnent pas son nom ordinaire. Mais, d'après ce qui est écrit du Juste, qu'il est son propre accusateur, il se nomme lui-même Mathieu et publicain, pour montrer à celui qui se convertit qu'il ne doit jamais désespérer de son salut, car de publicain il fut fait de suite apôtre et évangéliste. La seconde, en ce qu'il supporta avec patience les injures qui lui furent adressées. En effet quand les pharisiens murmuraient de ce que J.-C. eût été loger chez un pécheur, il aurait pu à bon droit leur répondre et leur dire : « C'est vous plutôt: qui êtes des misérables et des pécheurs puisque vous refusez les secours du médecin en vous croyant justes : mais moi je ne puis plus être désormais appelé pécheur, quand j'ai recours au médecin du salut et que je lui découvre mes plaies. »

L'Inspiration de saint Matthieu.Michelangelo Merisi da Caravaggio Le Caravage 1602 huile sur toile 9' 8 1/2" x 6' 2 1/2" Contarelli Chapel, Church of San Luigi dei Francesi Rome Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

4° L'honneur que reçoit dans l’église son évangile qui se lit plus souvent que celui des autres évangélistes comme les psaumes de David et les épîtres de saint Paul, qu'on lit plus fréquemment que les autres livres de la sainte Écriture. En voici la raison : Selon saint Jacques, il y a trois sortes de péchés, savoir: l’orgueil, la luxure et l’avarice. Saul, ainsi appelé de Saül le plus orgueilleux des rois, commit le péché d'orgueil quand il persécuta l’église au delà de toute mesure. David se livra au péché de luxure en commettant un adultère et en faisant tuer par suite de ce premier crime Urie le plus fidèle de ses soldats. Mathieu commit le péché, d'avarice, eu se livrant à des gains honteux, car il était douanier. La douane, dit Isidore, est un lieu sur un port de mer où sont reçues les marchandises des vaisseaux et les gages des matelots. Telos, en grec, dit Bède, veut dire impôt. Or, bien que Saul, David et Mathieu eussent été pécheurs, cependant leur pénitence fut si agréable que non seulement le Seigneur leur pardonna leurs fautes, mais qu'il les combla de toutes sortes de bienfaits : car dit plus cruel persécuteur, il fit le plus fidèle prédicateur; d'un adultère et d'un homicide il fit un prophète et un psalmiste; d'un homme avide de richesses et d'un avare, il fit un apôtre et un évangéliste. C'est pour cela que les paroles de ces trois personnages se lisent si fréquemment : afin que personne ne désespère de son pardon, s'il veut se convertir, eu considérant la grandeur de la race dans ceux qui ont été de si grands coupables. D'après saint Ambroise, dans la conversion de saint Mathieu il y a certaines particularités à considérer du côté du médecin, du côté de l’infirme qui est guéri, et du côté de la manière de guérir.

Détail du vitrail représentant saint Mathieu, chapelle Notre-Dame, Agonac, Dordogne, France Attribution: Père Igor

Dans le médecin il y a eu trois qualités, savoir : la sagesse qui connut, le mal dans sa racine, la bonté qui employa les remèdes, et la puissance qui changea saint Mathieu si subitement. Saint Ambroise parle ainsi de ces trois qualités dans la personne de saint Mathieu lui-même : « Celui-là peut enlever la douleur de mon cœur et la pâleur de mon âme qui connaît ce qui est caché. » Voici ce qui a rapport à la sagesse. « J'ai trouvé le médecin qui habite les cieux et qui sème les remèdes, sur la terre. » Ceci se rapporte à la bonté. « Celui-là seul peut guérir mes blessures qui ne s'en connaît pas. » Ceci s'applique à la puissance. Or, dans cet infirme qui est guéri, c'est-à-dire dans saint Mathieu, il y a trois circonstances à considérer; toujours d'après saint Ambroise. Il se dépouilla parfaitement de la maladie, il resta agréable à celui qui le guérissait, et quand il eut reçu la santé, toujours il se conserva intact. C'est ce qui lui fait dire : « Déjà je ne suis plus ce publicain, je ne suis plus Lévi, je me suis dépouillé de Lévi, quand j'ai eu revêtu J.-C. », ce qui se rapporte à la première considération. « Je hais ma race, je change de vie, je marche seulement à votre suite, mon Seigneur Jésus, vous qui guérissez mes plaies. » Ceci, a trait à la deuxième considération. «Quel est celui qui me séparera de la charité de Dieu, laquelle réside en moi? Sera-ce la tribulation, la détresse, la faim? » C'est ce qui s'applique à la troisième. D'après saint Ambroise le mode de guérison fut triple :

Evangelist Mathäus und der Engel Rembrandt (1606–1669) 1661 huile sur toile 96 × 81 cm Musée du Louvre L'œuvre d'art représentée dans cette image et sa reproduction sont dans le domaine public mondialement.

1° J.-C. le lia avec des chaînes ; 2° il le cautérisa; 3° il le débarrassa de toutes ses pourritures. Ce qui fait dire à saint Ambroise dans la personne de saint Mathieu : « J'ai été lié avec les clous de la croix et dans les douces entraves de la charité ; enlevez, ô Jésus! la pourriture de mes péchés tandis que vous me tenez enchaîné dans les liens de la charité ; tranchez tout ce que vous trouverez de vicieux. » Premier mode. « Votre commandement, sera pour moi un caustique que je tiendrai sur moi, et si le caustique de votre commandement brûle, toutefois il ne brûle que les pourritures de la chair; de peur, que la contagion ne se glisse comme un virus ; et quand bien même le médicament tourmenterait, il ne laisse pas d'enlever l’ulcère. » Deuxième mode. « Venez de. suite, Seigneur, tranchez les passions cachées et profondes. Ouvrez vite la blessure, de peur que le mal ne s'aggrave; purifiez tout ce qui est fétide dans un bain salutaire. » Troisième mode.
— L'évangile de saint Mathieu fut trouvé écrit de sa main l’an du Seigneur 500, avec les os de saint Barnabé. Cet apôtre portait cet évangile avec lui et le posait sur les infirmes qui tous étaient guéris, tant par la foi de Barnabé que par les mérites de Mathieu.

La Légende Dorée

mercredi 26 juin 2013

Les années 410 (de 410 à 419) Culture

Religion et philosophie

412-413 : Augustin d'Hippone (voir les années 390 culture) commence la rédaction de De Civitate Dei contra paganos (La Cité de Dieu).

Tableau de James Tissot (1836–1902) montrant Caïn menant Abel à la mort. Caïn est considéré par Augustin comme le fondateur de la Cité terrestre qui « a un commencement et une fin terrestre » alors qu'Abel est plus tourné vers la Cité de Dieu. This work is in the public domain in the United States, and those countries with a copyright term of life of the author plus 100 years or less.

La Cité de Dieu (De Civitate Dei contra paganos) dont le titre exact est la Cité de Dieu contre les païens est une œuvre en vingt-deux livres d'Augustin d'Hippone (saint Augustin). Le premier livre de La Cité de Dieu fut rédigé par Augustin en 413, le vingt-deuxième fut achevé treize ans plus tard.

Dans les Rétractations, vaste relecture par Augustin de l'ensemble de son œuvre pour en dire les erreurs ou les regrets, l'évêque d'Hippone rappelle lui-même le plan qu'il a suivi pour ces vingt-deux livres :
« Les cinq premiers (1-5) réfutent ceux qui veulent que les destinées des choses humaines tiennent au maintien du culte que les païens ont voué aux faux dieux et qui prétendent que tous les maux arrivent et abondent, parce que ce culte est prohibé.
Les cinq suivants (6-10) sont dirigés contre ceux qui avouent que ces maux n’ont jamais été et ne seront jamais épargnés aux mortels, et que grands ou moindres, ils varient selon les lieux, les temps et les personnes ; mais qui soutiennent en même temps que le culte des faux dieux avec ses sacrifices, est utile à la vie qui doit suivre la mort. Ces dix livres mettent à néant ces deux opinions erronées et opposées à la religion chrétienne.
Mais, pour ne pas être exposé au reproche de nous être borné à réfuter les doctrines de nos adversaires et de n’avoir pas établi les nôtres, la seconde partie de l'ouvrage, qui contient douze livre s(11-22), s’occupe de cette matière. Toutefois, quand il en était besoin, nous n’avons pas manqué, dans les dix premiers livres, d’affirmer nos doctrines, ni dans les douze derniers de réfuter nos adversaires. De ces douze derniers, les quatre premiers (11-14) contiennent l'origine des deux cités, dont l’une est la cité de Dieu, l'autre la cité de ce monde. Les quatre seconds (15-18), leurs progrès et leurs développements. Les quatre troisièmes, qui sont les derniers (19-22), les fins qui leur sont dues. De plus, quoique les vingt-deux livres traitent des deux cités, ils n’empruntent leur titre qu'à la meilleure, la cité de Dieu. »
— Saint Augustin, Rétractations, II,43,1-3.

Victor de Laprade — Poèmes évangéliques
La Cité de Dieu
I
(...)Autour de cet autel où l’amour mit ses flammes,
S’exhalent, jour et nuit, tous les parfums des âmes :
Les larmes du remords, les soupirs innocents,
Le sacrifice obscur dont Dieu goûte l’encens,
Les modestes vertus dont lui seul sait le compte,
Et les longues sueurs de l’âme qui se dompte.
Là, creusant dans les cœurs pour en extraire l’or,
Les douleurs pour le ciel amassent un trésor.
Là, penché sur nos fleurs, un séraphin recueille
La chasteté des lis et leur miel feuille à feuille.
Là, devant Dieu, les pleurs tombés des cœurs aimants
Remplissent les boisseaux de leurs purs diamants.(...)   

415-417 : Historiae adversus paganos (Histoires contre les païens ) du polygraphe espagnol Paulus Orosius.


Paul Orose Miniature tirée d'un manuscrit de Saint-Epure Siglo XI. This image (or other media file) is in the public domain because its copyright has expired.

Orose a composé la première histoire universelle chrétienne, depuis la création du monde jusqu'à son temps, ab orbe condito usque ad dies nostros. La présence de cette histoire dans toutes les bibliothèques médiévales un peu importantes atteste l'immense succès, en même temps que la durée de l'influence d'un auteur qui a été aussi la source de savants compilateurs, de Cassiodore à Paul Diacre en passant par Alfred le Grand, Isidore de Séville et Bède le Vénérable. Ibn Khaldoun se servira de l'histoire d'Orose à son tour pour la rédaction de la partie consacrée à l'histoire antique de son fameux Livre des Exemples, l'appelant Heroshioush.
L'association de l'idée d'une providence liée à la monarchie impériale connut un grand succès au Moyen Âge. Cette influence se retrouve notamment dans la Chronique d'Otton de Freising ou le De monarchia de Dante Alighieri.

''(...)II, 43, 19-20  J'ai développé avec l'aide du Christ selon ta direction, très saint père Augustin, depuis le début du monde jusqu'au jour présent, c'est-à-dire au long de cinq mille six cent dix-huit années, les passions et les châtiments des hommes pécheurs, les épreuves du siècle et les jugements de Dieu, le plus brièvement et le plus simplement que j'ai pu, les temps chrétiens s'étant cependant distingués de cet ancien désordre de l'incroyance à cause de la présence croissante de la grâce du Christ. Ainsi, quant à moi, je jouis désormais de la sûre récompense de mon obéissance, la seule que je devais ardemment désirer; quant à la qualité de ces petits ouvrages, c'est à toi qui les a commandés d'en juger; ils te seront attribués si tu les publies, ils auront été condamnés par toi si tu les détruis."
Attribution http://bcs.fltr.ucl.ac.be/encyc-1/orose.htm

417 : année probable de la rédaction du De Reditu suo de Rutilius Namatianus
Il s’agit avant tout d’une œuvre poétique qui présente un contraste saisissant entre la splendeur du passé et un présent de ruines et de désolation. On perçoit dans la poésie de Rutilius l’appréhension d’un avenir lourd d’incertitudes.
On n'a pas conservé l'ensemble du De reditu suo. On ne conserve que le livre I, ainsi que les 68 premiers vers du livre II, et quelques extraits.
Le texte que nous conservons présente la partie du voyage qui va du départ d'Ostie (31 octobre 417) à l'arrivée à Luni (11 novembre 417, c'est-à-dire le jour de la « fermeture » de la navigation sur mer). Après un vibrant éloge de la Rome éternelle qu'il doit quitter (éloge dans lequel il présente Rome comme la « plus belle reine du monde » — Regina tui pulcherrima mundi, I, 47 —, mère des hommes et mère des dieux — Genitrix hominum genitrixque deorum, I, 49 —, qui a fait une seule patrie de peuples divers — fecisti patriam diuersis gentibus unam, I, 63), Rutilius Namatianus décrit les paysages qu'il voit, et surtout les réflexions mélancoliques qu'ils lui inspirent : car nous avons en Rutilius un des derniers représentants de la littérature païenne, fortement attaché à la grandeur du passé romain (même s'il semble croire au destin éternel de Rome, comme le suggère l'éloge qu'il en fait), et représentant parfaitement l'attitude politique, culturelle et littéraire de ce que P. de Labriolle a appelé la « réaction païenne ».
Ainsi, le lyrisme éprouvé face à certains paysages (par exemple la description de « l'aurore humide de rosée qui luit dans un ciel empourpré » (Roscida puniceo fulsere crepuscula caelo, I, 277) laisse parfois la place à une violente satire d'ordre culturel et politique (contre les Juifs — I, 387-390 —, contre les moines — I, 439-453, puis I, 515-526 —, contre Stilicon, présenté comme un traître — 2, 39-60), qui témoigne de l'aigreur d'un des derniers intellectuels païens attachés à la Rome traditionnelle, au moment où triomphe le christianisme. Car l'antisémitisme de Rutilius, ainsi que sa haine des moines, sont autant d'attaques dissimulées contre le christianisme, qu'un intellectuel ne peut plus, à son époque, attaquer de front : l'insulte de radix stultitiae (« souche de sottise », I, 389) employée contre les Juifs semble faire allusion à la « sottise » issue de cette souche, c'est-à-dire au christianisme ; de même, le « scandale » que constitue la vie asociale des moines, est étendu par Rutilius à toute leur « secte » (secta, I, 525), qui semble empoisonnée par un poison plus violent que celui de Circé…

Itinéraire de Rutilius Claudius Namatianus
ou son retour de Rome dans les Gaules
Traduit en français par F.-L. Collombet
 (...)S'il faut croire ce qu'on en dit, ce fut un taureau qui, avec son front, découvrit la fontaine dont ces bains chauds ont été dormés; il préludait au combat, en faisant voler la poussière, comme c'est la coutume des taureaux, et sa corne inclinée donna contre un vieux tronc. Peut-être aussi un dieu, ne voulant pas que le tésor de ce sol brûlant fût ignoré, se cacha-t-il sous la figure et les armes d'un taureau, de même que, lorsqu'il s'apprêtait à goûter sur les mers la joie du larcin fait à Agénor, il sollicita la vierge pour qu'elle devint son fardeau. Non, la Grèce n'est pas le seul pays des prodiges difficiles.(...)


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