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lundi 21 octobre 2013

Les onze mille vierges

Les onze mille vierges furent martyrisées ainsi qu'il suit : Il y avait en Bretagne un roi fort chrétien nommé Notlhus, ou Maurus, dont la fille s'appelait Ursule. Elle se faisait distinguer par la douceur admirable de ses mœurs, sa sagesse et sa beauté; de sorte que sa renommée était répandue en tout lieu. Or, le roi d'Angleterre, prince fort puissant, qui avait subjugué à ses lois une quantité de nations, en entendant parler de cette jeune vierge, avouait qu'il serait le plus heureux des hommes si elle épousait son fils unique. Le jeune homme en témoignait aussi un ardent désir. On envoie donc une ambassade solennelle au père de la jeune fille; à des flatteries et à de grandes promesses on ajoute des menaces, si les ambassadeurs reviennent sans une réponse favorable. Le roi de Bretagne se trouva dans une extrême anxiété. Il regardait comme une indignité de donner à un adorateur des idoles une personne qui s'était rangée sous la foi de J.-C. ; il savait bien d'ailleurs qu'elle n'y consentirait jamais ; enfin, il redoutait singulièrement la férocité du roi anglais.

 Le Rêve de sainte Ursule, Venise Vittore Carpaccio, the Dream of St Ursula; tempera on canvas, 274 x 267 cm; Gallerie dell'Accademia, Venice c.1495–1500 Domaine publique

Mais Ursule, inspirée de Dieu, conseilla à son père d'accéder à la demande du prince à condition toutefois que le roi son père, de concert avec son futur époux, lui donnerait dix vierges très distinguées pour la consoler; qu'on lui confierait à elle et aux autres, mille vierges ; qu'on équiperait des vaisseaux ; qu'on lui accorderait un délai de trois ans pour faire le sacrifice de sa virginité, et que le jeune homme lui-même se ferait baptiser et instruire dans la foi, dans le même espace de trois ans. C'était prendre un sage parti en effet, ou bien détourner le jeune homme de son dessein car les conditions qu'elle mettait devaient sembler difficiles à accepter, ou bien pour avoir le moyen de pouvoir consacrer à Dieu toutes ces vierges avec elle.


Statue dans l'église Sainte-Ursule, Cologne, Allemagne Author: Photographed by Hans Peter Schaefer URL: http://www.reserv-a-rt.de

Mais le jeune homme souscrivit de bon cœur à ces conditions, insista lui-même auprès de son père; et s'étant fait baptiser, il commanda de hâter l’exécution de tout ce que la jeune vierge avait exigé. Le père d'Ursule régla que cette fille chérie eût aussi pour cortège des hommes qui la protégeraient elle-même et ses compagnes. De toutes parts donc les vierges s'empressent, de toutes parts les hommes accourent à un si grand spectacle. Grand nombre d'évêques se joignent à Ursule et à ses compagnes qu'ils veulent suivre; parmi eux se trouvait Pantulus, évêque de Bâle, qui les conduisit jusqu'à Rome, et qui, à son retour, reçut avec elles le martyre.
Sur l’avis officiel que lui en avait donné par lettres le père de sainte Ursule, sainte Gérasime, reine de Sicile (dont le mari, fort cruel, était devenu, grâce à elle, un agneau pour ainsi dire, de loup qu'il était), sœur de l’évêque Marcirisus et de Daria, mère de sainte Ursule, suivit l’inspiration divine, laissa le royaume à un de ses fils et mit à la voile pour la Bretagne avec ses quatre filles, Babille, Julienne, Victoire et Aurée. Hadrien, un de ses enfants encore tout petit, se mit aussi de lui-même, en pèlerinage, par amour pour ses sœurs. De l’avis de sainte Gérasime se rassemblèrent des vierges de différents royaumes : elle fut constamment leur conductrice et souffrit enfin le martyre avec elles. D'après ce dont il avait été convenu, la reine s'étant procuré des trirèmes bien approvisionnées, dévoile aux vierges qui devaient l’accompagner le secret de son dessein, et toutes jurent d'être fidèles à ce nouveau genre de milice. Bientôt, en effet, elles préludent aux exercices de la guerre ; tantôt elles courent ici, tantôt là. Quelquefois elles font semblant de fuir; tout ce qui se peut présenter à leur esprit pour s'exercer à tous les genres de jeux, elles l’exécutent; quelquefois elles revenaient à midi, quelquefois à peine au soir.

 Master of the (Bruges) legend of St. Ursula (1436-1504/1505) c. 1485 47 × 30 cm The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.

Il y avait affluence de princes, de seigneurs pour jouir d'un pareil spectacle et tous en étaient comblés d'admiration et de joie. Enfin, quand Ursule eut converti toutes les vierges à la foi, après un jour de traversée et sous un vent favorable, elles abordèrent à un port de la Gaule nommé Tyelle, et de là à Cologne, où un ange apparut à Ursule et lui prédit qu'elles reviendraient toutes ensemble en ce lieu où elles recevraient la couronne du martyre. Sur l’avis de l’ange, et se dirigeant vers Rome, elles abordèrent à Bâle, où, ayant quitté leurs navires, elles vinrent à pied à Rome.

A leur arrivée, le pape Cyriaque fut tout joyeux ; il était originaire lui-même de la Bretagne, et comptait parmi elles beaucoup de parentes. Il les reçut avec tout son clergé en grande pompe. Cette nuit-là même, le pape eut du ciel révélation qu'il devait recevoir la couronne du martyre avec les vierges. Il ne parla de cela à qui que ce fut, et conféra le baptême à beaucoup de ces jeunes personnes qui n'avaient point encore reçu ce sacrement. Voyant une circonstance si favorable, après avoir gouverné l’église, le 19° après saint Pierre*, pendant un an et onze semaines, il découvrit son projet au public, et devant tout le monde, il résigna sa dignité et son office. Les réclamations furent unanimes surtout de la part des cardinaux qui pensaient que le pape était dans le délire pour vouloir quitter les honneurs du pontificat afin de suivre quelques petites femmes folles; il ne tint cependant aucun compte de leurs observations; mais il ordonna pontife à sa place un saint homme qui fut nommé Amétus. Et pour avoir quitté le siège apostolique malgré le clergé, celui-ci effaça son nom du catalogue des pontifes, et cette sainte compagnie de vierges perdit dès ce moment tous les égards qu'on avait eus pour elles à la cour de Rome.
* Ce fut saint Antère qui régna un an et le 19e après saint Pierre, 235-236.


Master of the (Bruges) legend of St. Ursula (1436-1504/1505) c. 1485 47 × 30 cm The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.

 Il v avait alors à la tête des armées romaines deux mauvais princes, Maxime et Africanus, qui, en voyant cette multitude de vierges accompagnées de beaucoup d'hommes et de femmes, craignirent que, par elles, la religion des chrétiens ne prit trop d'accroissements. Ils eurent donc soin de s'informer exactement du chemin. qu'elles devaient prendre, et envoyèrent des députés à Jules, leur parent, et prince de la nation des Huns, afin que, marchant contre elles avec une armée, il les massacrât à leur arrivée à Cologne, parce qu'elles étaient chrétiennes.

Alors le bienheureux Cyriaque sortit de Rome avec cette illustre multitude de vierges. Il fut suivi par Vincent, cardinal-prêtre et par Jacques qui, de la Bretagne, sa patrie, venu à Antioche, y avait exercé la dignité archiépiscopale pendant sept ans. Il était à cette époque en visite auprès du pape, et déjà il avait quitté la ville, lorsqu'il entendit parler de l’arrivée des vierges ; il se hâta de revenir et il fut le compagnon de leur route et de leur martyre. Maurice, évêque de Lévicane, oncle de Babile et de Julienne, Foillau, évêque de Lucques, et Sulpice, évêque de Ravenne, alors à Rome, se joignirent encore à ces vierges. Ethéré, époux de sainte Ursule, qui était resté en Bretagne, avait été averti du Seigneur, par l’entremise d'un ange, d'exhorter sa mère à se faire chrétienne. Car son père était mort un an après avoir été converti à la foi, et Ethéré lui avait succédé dans le gouvernement du royaume.

Quand les vierges sacrées revinrent de Rome avec les évêques, dont il a été parlé, Ethéré reçut du Seigneur l’avertissement d'aller de suite à la rencontre de sa fiancée, afin de recevoir avec elle, dans Cologne, la palme du martyre. Il acquiesça aux avertissements de Dieu, fit baptiser sa mère et avec elle, une toute petite sœur nommée Florentine déjà chrétienne; accompagné de l’évêque Clément, il alla au-devant des vierges pour s'associer à leur martyre. Marculus, évêque de Grèce et sa nièce Constance, fille de Dorothée; roi de Constantinople, qui avait fait vœu de virginité après la mort de son fiancé, un fils de roi, prévenus par une vision, vinrent à Rome et se joignirent aussi à ces vierges pour avoir part à leur martyre.

Le martyre de Sainte Ursule, tempera, art allemand du XVIe siècle Attribution: Spiridon Manoliu

Toutes donc, et ces évêques revinrent à Cologne alors assiégée par les Huns. Quand ces barbares les virent, ils se jetèrent sur elles en poussant des cris affreux et comme des loups qui se jettent sur des brebis, ils massacrèrent toute la multitude. Quand, après le massacre des autres, on arriva au tour de sainte Ursule, le chef, voyant sa merveilleuse beauté, resta stupéfait, et en la consolant de la mort de ses compagnes, il lui promit de s'unir à elle par le mariage. Mais comme elle rejeta sa proposition bien loin, cet homme, se voyant méprisé, prit une flèche et en perça Ursule qui consomma ainsi son martyre.

— Une des vierges, nommée Cordula, saisie de frayeur, se cacha, cette nuit-là, dans le vaisseau ; mais le lendemain, elle s'offrit de plein gré à la mort et reçut la couronne du martyre. Or, comme ou ne faisait pas sa fête parce qu'elle n'avait pas souffert avec les autres, elle apparut longtemps après à une recluse, en lui ordonnant de célébrer sa fête le lendemain de celle des vierges.

Elles souffrirent l’an du Seigneur 238. La supputation des époques, d'après l’opinion de quelques-uns, ne permet pas de penser que ces choses se soient passées alors. La Sicile, ni Constantinople n'étaient pas des royaumes, et cependant on dit ici que les reines de ces pays accompagnèrent ces vierges: Il vaut mieux croire que ce fut après Constantin, au moment où les Huns et les Goths exerçaient leurs ravages, que ce martyre eut lieu, c'est-à-dire, du temps de l’empereur Martien (selon qu'on le lit dans une chronique) qui régna l’an du Seigneur 352.

 Sainte Ursule de Cologne Sandro Gozzoli approx. entre 1455 et 1460 28 cm x 44 cm Tempera sur bois National Gallery of Art Washington Insecula.com

— Un abbé avait demandé. à l’abbesse de Cologne le corps d'une vierge, avec promesse de le placer en son église dans une châsse d'argent; mais l’ayant laissé, une année entière, sur un autel, dans une châsse de bois, une nuit, que l’abbé de ce monastère chantait matines avec sa communauté, cette vierge descendit corporellement de dessus l’autel et après avoir fait une profonde révérence devant l’autel, elle passa, en présence de tous les moines effrayés, à travers le chœur et se retira. L'abbé courut alors à la châsse qu'il trouva vide. Il vint en toute hâte à Cologne et exposa la chose en détail à l’abbesse. Ils allèrent à l’endroit où ils avaient pris le corps et l’y trouvèrent. L'abbé, après avoir fait ses excuses, demanda le même corps ou au moins un autre, avec les promesses les plus certaines de faire confectionner au plus tôt fine châsse précieuse ; mais il ne put l’obtenir.

'Altarpiece of Saint Ursula and the Eleven Thousand Virgins Juan Reixach vers 1468 Tempera, canvas, gold leaf on wood 73 × 286 × 18 cm Musée national d'art de Catalogne Barcelone Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

— Un religieux, qui avait une grande dévotion pour, ces saintes vierges, vit, un jour qu'il était gravement malade, une vierge d'une grande beauté, lui apparaître et lui demander s'il la connaissait. Comme il était surpris de cette vision, et avouait qu'il ne la connaissait aucunement, elle lui dit : « Je suis une des vierges, à l’égard desquelles vous avez une touchante dévotion ; et afin de vous en récompenser, si par amour et par honneur pour nous, vous récitez onze mille fois l’oraison dominicale, vous éprouverez, à l’heure de votre mort, les effets de notre protection et de notre consolation. » Alors elle disparut, et le religieux accomplit ce qu'on lui avait demandé le plus tôt qu'il put; et aussitôt après il fit appeler l’abbé pour recevoir l’extrême-onction. Au milieu de la cérémonie, ce religieux s'adressa tout à coup aux assistants en leur criant de se retirer, pour faire place aux vierges saintes qui arrivaient. L'abbé lui ayant demandé ce que cela signifiait, le religieux lui raconta la promesse qu'il avait faite à la vierge, alors tous se retirèrent, et revenant un moment après, ils trouvèrent que le religieux avait rendu son âme a Dieu.

La Légende Dorée

mercredi 28 août 2013

Saint Augustin, docteur

Augustin fut ainsi nommé, ou bien en raison de l’excellence, de sa dignité, ou bien pour l’ardeur de son amour; ou bien par la signification étymologique de son nom.
1° L'excellence de sa dignité. De même qu'Auguste excellait sur tous les rois, de même Augustin excelle sur tous les docteurs, selon ce qu'en dit Remi. Daniel compare les autres docteurs à des étoiles quand il dit (XII) : « Ceux qui enseignent aux autres la voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute l’éternité. » Mais saint Augustin est comparé au soleil dans l’épître qu'on chante en sa messe **. Il a lui dans le temple de Dieu comme un soleil éclatant de lumière.
2° L'ardeur de son amour. De même que le mois d'Auguste (août) est très chaud, de même saint Augustin brûla extraordinairement du feu de l’amour divin.
* Théodore Studite, traduit par Anastase le Bibliothécaire.
** C'était sans doute l’épître de la messe de saint Augustin telle qu'elle se lisait au XIII° siècle, et, qui était prise du L° chapitre de l’Ecclésiastique.

Michael Pacher (1430–1498) Les quatre pères de l'Église : Augustin, Jérôme de Stridon, Ambroise de Milan, Grégoire Ier 1471-1475 Alte Pinakothek Munich The reproduction is part of a collection of reproductions compiled by The Yorck Project. The compilation copyright is held by Zenodot Verlagsgesellschaft mbH and licensed under the GNU Free Documentation License.

Aussi dit-il de lui au livre de ses Confessions: « Vous avez percé mon cœur des flèches de votre charité, etc. » Il dit encore dans le même ouvrage: « Quelquefois vous répandez en moi une douceur si merveilleuse, les sentiments que j'éprouve sont si extraordinaires que, s'ils recevaient leur perfection, ils surpasseraient tout ce qu'on peut ressentir ici-bas. »
3° L'étymologie de son nom. Augustin, vient de augeo, augmenter et de astin, ville, et ana, en haut. Augustin, c'est donc celui qui augmente la cité d'en haut. Et c'est pour cela qu'on chante dans son office *: Qui praevaluit, amplificare civitatem. Voici comme il parle lui-même de cette ville dans le livre XI de la Cité de Dieu: « Dans la Trinité, la cité sainte a son origine, sa beauté, sa béatitude. Demandez-vous son auteur? C'est Dieu qui l’a créée; - l’auteur de sa sagesse? C'est Dieu qui l’éclaire; l’auteur de sa félicité? C'est Dieu dont elle jouit; Dieu perfection de son être, lumière de sa contemplation, joie de sa fidélité ; elle est, elle voit, elle aime; elle vit dans l’éternité de Dieu; elle brille dans la vérité de Dieu; elle jouit dans la bonté de Dieu. »
— Ou bien selon le Glossaire, Augustin veut dire magnifique, heureux, lumineux; car il fut magnifique dans sa vie, lumineux dans sa doctrine, et heureux dans la gloire. Sa vie fut compilée par Possidius, évêque de Catane, ainsi que le dit Cassiodore, en son livre des Hommes illustres **.

* Le bienheureux Jacques avait un office propre de saint Augustin sous les yeux, car ces paroles ne se rencontrent pas dans les Sacramentaires.
** La vie de saint Augustin est compilée ici d'après Possidius et le livre des Confessions.

Augustin, docteur éminent, naquit dans la province, d'Afrique, en la ville de Carthage, de parents fort distingués; son père s'appelait Patrice et sa mère Monique. Il fut instruit dans les arts libéraux suffisamment pour être regardé comme un profond philosophe et comme un rhéteur très habile. Il lut et comprit seul les ouvrages d'Aristote et tous les livres qui traitent des arts libéraux; il l’assure dans son livre des Confessions : « J'ai lu, dit-il, et compris, sans aucun secours, tout ce que je pus lire traitant de ce qu'on appelle les arts libéraux. Tout ce qui tient à l’art de parler et de raisonner, aux dimensions des corps, à la musique, aux nombres, je l’ai appris sans beaucoup de peines et sans le secours de personne ; vous le savez, ô Seigneur, mon Dieu, puisque cette vivacité de conception, cette pénétration d'esprit sont des avantages que je tiens de vous, cependant je ne songeais pas à vous en témoigner ma reconnaissance. » Mais parce que la science isolée de la charité enfle sans édifier, il tomba dans l’erreur des Manichéens qui affirment que le corps de J.-C. est fantastique et nient la résurrection de la chair.

Augustin à l'école de Thagaste par Benozzo Gozzoli (1420–1497) Source: www.backtoclassics.com Domaine public

Et cela dura pendant l’espace de neuf ans, c'est-à-dire tout le temps de sa jeunesse. Il en vint au point de dire que le figuier pleurait quand on en arrachait les feuilles ou le fruit, A l’âge de dix-neuf ans, comme il lisait l’ouvrage d'un philosophe et dans lequel on démontre qu'il faut mépriser les vanités du monde et s'attacher à la philosophie, il fut contrarié de ne pas rencontrer dans ce livre, qui l’attachait beaucoup, le nom de J.-C. qu'il avait sucé, pour ainsi dire, avec le lait de sa mère. Quant à celle-ci, elle pleurait beaucoup et s'efforçait de le ramener à l’unité de foi. Un jour, dit-il au III° livre de ses Confessions, elle se vit debout sur une règle en bois, fort affligée; quand vient à elle un jeune homme qui lui demanda la cause d'une si grande tristesse. Quand elle lui eut répondu Je déplore la perte de mon fils »., le jeune homme répondit: « Consolez-vous, voyez, il est où vous êtes.» Et voici que tout à coup elle vit son fils à côté d'elle.
* L'Hortensius, de Cicéron.

Quand elle eut raconté sa vision à Augustin, celui-ci dit à sa mère : « Vous vous trompez, ma mère, vous vous trompez; on ne vous a pas dit cela ; mais on vous a dit que vous étiez où je suis. » «Non, s'écria-t-elle, non, car l’on ne m’a pas dit: « Vous êtes où il est, mais il est où vous êtes. » Cette mère pleine de zèle priait avec importunité, d'après les paroles de saint Augustin dans ses Confessions, un saint évêque de vouloir bien intercéder pour son fils. Et cet homme vaincu en quelque sorte par ses instances lui répondit ces paroles prophétiques: « Allez, soyez tranquille; car il est impossible qu'un fils ainsi pleuré périsse pour toujours. » Après avoir enseigné pendant bien des années la rhétorique à Carthage, il vint à Rome, secrètement, sans en prévenir sa mère, et il y rassembla beaucoup de disciples. En effet sa mère l’ayant accompagné jusqu'au port pour le retenir ou pour aller avec lui, il la trompa et partit cette nuit-là même à la dérobée. Le matin quand elle s'en aperçut, elle fit retentir ses clameurs aux oreilles de Dieu. Or, chaque jour, le matin et le soir, elle allait à l’église et priait pour son fils.

A cette époque, les habitants de Milon envoyèrent prier Symmaque, préfet de Rome, de leur envoyer un maître de rhétorique. C'était alors saint Ambroise, un homme de Dieu, qui était évêque de Milan; Augustin y fut envoyé. Mais sa mère, qui ne pouvait pas goûter de repos, vint le joindre après de grandes difficultés; elle le trouva ni tout à fait manichéen, ni tout à fait catholique. Or, Augustin se prit à s'attacher à saint Ambroise, et à écouter souvent ses prédications. Le saint évêque balançait. beaucoup si dans ses discours il parlerait pour ou contre le manichéisme. Une fois pourtant Ambroise parla longtemps contre cette hérésie, de sorte que par les raisons et par les autorités avec lesquelles il la réfuta, cette erreur fut extirpée entièrement du cœur d'Augustin.

Il raconte ainsi au livre de ses Confessions ce qui lui arriva dans la suite: « A peine eus-je commencé à vous connaître, la faiblesse de ma vue fut éblouie par les flots de lumière que vous lançâtes alors sur moi: une horreur mêlée d'amour fit frémir mon âme, et je découvris que j'étais bien éloigné de vous, dans une région qui vous est étrangère, il me semblait entendre une voix qui me criait d'en haut : « Je suis la nourriture des forts; croissez et vous pourrez vous « nourrir de moi. Vous ne me changerez point, en votre propre substance, comme ces aliments dont votre chair se nourrit; mais ce sera vous qui serez changés en moi. » Or, comme il était bien aise de voir que le Sauveur est lui-même la voie véritable, mais qu'il lui répugnait encore de marcher dans ses étroits sentiers, le Seigneur lui inspira la pensée d'aller trouver Simplicien en qui brillait la lumière, c'est-à-dire la grâce divine, et de lui révéler toutes ses agitations, de sorte que le connaissant bien, il pût lui indiquer le moyen le plus propre à le faire entrer dans la voie de Dieu, où l’un marchait d'une façon et l’autre d'une autre. Il avait pris en aversion la vie qui se menait dans le monde, quand il la comparait aux douceurs et à la beauté de la demeure céleste qu'il aimait.

Alors Simplicien se mit à l’exhorter en lui disant : « Combien d'enfants et de jeunes filles qui servent Dieu dans le sein de son Église ! Et vous ne pourrez pas ce qu'ont pu ceux-ci et celles-là? L'ont-ils pu par eux-mêmes et non par le Seigneur leur Dieu ? Pourquoi compter sur vos propres forces? N'avoir que vous-même pour appui, c'est comme si vous n'en aviez point. Jetez-vous dans son sein, il vous recevra, il vous guérira. » Au milieu de ces entretiens, on vint à parler de Victorin ; alors Simplicien, enchanté, lui raconte comment ce vieillard n'étant encore que gentil, avait mérité, à cause de sa sagesse, qu'on lui dressât une statue à Rome, sur le forum ; chose extraordinaire pour ce temps-là ! et comment il ne cessait de se dire chrétien. Car comme Simplicien disait à Victorin : « Je n'en croirai rien, tant que je ne vous aurai pas vu dans l’église. » Mais lui se moquait de cette réponse, en disant: « Sont-ce donc les murailles qui font qu'un homme soit chrétien? » Enfin Victoria vint à l’église, et comme on lui donnait, en cachette, dans la crainte qu'il n'en rougît, le livre qui contenait le symbole de la foi afin de le lire tout haut, comme c'était alors la coutume, il monta alors sur l’estrade et en prononça à haute voix les paroles ; Rome eu était dans l’admiration et l’Eglise toute joyeuse. Sa présence avait soudainement excité un frémissement et dans un transport unanime suivi d'un profond, silence, chacun s'écria : «C'est Victorin ! c'est Victoria! »Saint Augustin reçut alors la visite d'un ami, nommé Pontitient, qui venait d'Afrique; celui-ci lui raconta la vie et les miracles du grand Antoine qui menait de mourir eu Egypte sous l’empereur Constantin. Augustin embrasé fortement par les exemples de ces personnages et en proie à une agitation intérieure que trahissait l’expression de son visage, se tourna vers Alype, son compagnon, et s'écria avec force : « Qu'attendons-nous? Qu'avez-vous entendu? Voici des ignorants qui s'empressent de ravir le ciel, et nous, avec notre science, nous nous précipitons dans l’enfer! Rougirions-nous de marcher après eux, parce qu'ils ont pris le devant, au lieu de, rougir de n'avoir pas même le courage de les suivre ? » Alors il alla dans un jardin s'étendre sous un figuier; c'est encore lui qui le rapporte dans ses Confessions ; et là, en versant des larmes amères, il poussait ces cris lamentables. « Jusqu'à quand? Jusqu'à quand? Demain et toujours demain? Tout à l’heure; encore un instant. » Mais cet instant n'avait point de terme et ce court répit se prolongeait indéfiniment. Il se plaignait beaucoup de cette lenteur qui l’engourdissait, selon ce qu'il en dit plus tard dans le même ouvrage: « O faiblesse de mon intelligence ! que vous êtes élevé, Seigneur, dans les choses les plus élevées! Que vous pénétrez profondément les plus profondes ! Jamais vous ne vous éloignez de nous, et cependant nous avons tant de peine à retourner à vous. Agissez en nous, Seigneur, mettez-vous à l’œuvre, réveillez-nous et rappelez-nous ; enflammez-nous et entraînez-nous; embrasez-nous, pénétrez-nous de vos douceurs. » J'appréhendais de me voir libre de toutes les entraves du monde autant qu'il faudrait craindre de s'y voir engagé. J'ai commencé bien tard à vous aimer, ô beauté toujours ancienne et toujours nouvelle ! J'ai commencé bien tard à vous aimer! vous étiez au-dedans de moi; mais j'étais hors de moi; et c'était là que je vous cherchais: quand j'étais moi-même si difforme à vos yeux; je brûlais pour ces beautés qui sont l’ouvrage de vos mains. Vous étiez avec moi et je n'étais pas avec vous. Vous m’avez appelé, vous avez crié et vous avez ouvert mes oreilles sourdes jusqu'alors. Vous avez frappé mon âme de vos éclairs ; vous avez lancé vos rayons sur elle et mes yeux aveuglés se sont ouverts. Vous m’avez fait sentir l’odeur de vos parfums et je respire, je soupire pour vous. Vous m’avez touché, et mon ardeur s'est enflammée pour jouir de votre paix. » Et comme il versait des larmes amères, il entendit une voix qui lui dit: « Prenez et lisez; prenez et lisez. » Et il se hâta d'ouvrir le livre de l’apôtre, et il lut le chapitre sur lequel ses yeux se portèrent d'abord: « Revêtez-vous de Notre-Seigneur J.-C. », et à l’instant furent dissipées les ténèbres où ses doutes l’avaient plongé.

Four canons with Sts Augustine and Jerome by an open grave, with the Visitation.[1] Master of the Spes Nostra (fl. entre 1490 et 1520)vers 1500 huile sur panneau hauteur : 88,7 cm. largeur : 104,3 cm.Musée Boijmans Van Beuningen Rotterdam Pays-Bas.Domaine public

Sur ces entrefaites, il fut tourmenté d'un très violent mal de dents, en, sorte qu'il en serait presque venu à croire, c'est lui qui le dit, à l’opinion du philosophe Cornélius, qui faisait consister le souverain bien de l’âme dans la sagesse et le souverain bien du corps dans l’absence entière du sentiment de la douleur. Or, cette douleur fut si violente qu'il en perdit la parole. Ce fut alors, ainsi qu'il le rapporte dans ses Confessions, qu'il écrivit sur des tablettes de cire que tous ses amis priassent pour lui, afin que le Seigneur le guérit. Il se mit lui-même à genoux avec les autres, et à l’instant il se sentit guéri. Il écrivit donc au saint pontife Ambroise pour lui confier ses intentions, en le priant de lui indiquer ce qu'il devait lire, de préférence, dans les Livres saints, pour le rendre plus digne de la foi catholique. L'évêque recommanda la lecture du prophète Isaïe, qui lui paraissait avoir prédit le plus clairement l’Evangile et la vocation des gentils. Mais Augustin n'en comprenant pas le commencement et pensant qu'il était partout obscur, l’abandonna, en se réservant d'y revenir lorsque les saintes Ecritures lui seraient devenues plus familières. Or, quand l’époque de Pâques fut arrivée, Augustin, parvenu à l’âge de trente ans, reçut, avec Alype, son ami, le saint baptême ainsi que son fils Adéodat, enfant plein d'esprit, qu'il avait eu dans sa jeunesse, alors qu'il était encore païen et philosophe. Il devait ce bonheur aux mérites de sa mère et à la prédication de saint Ambroise, Alors, diton, saint Ambroise s'écria : Te Deum laudamus ! et Augustin répondit: Te Dominum confitemur. Et ce fut . ainsi que tous les deux composèrent, en se répondant alternativement, cette hymne qu'ils chantèrent en entier jusqu'à la fin. C'est ce qu'atteste encore Honorius (d'Autun), Patrol. lat., 172, dans son livre intitulé Miroir de l’Eglise. Cependant dans quelques livrés anciens, le Te Deum est intitulé ainsi: « Cantique compilé par saint Ambroise et saint Augustin. » Tout aussitôt après, Augustin fut affermi merveilleusement dans la foi catholique ; il abandonna toutes les espérances qu'il pouvait attendre du monde et renonça à donner des leçons dans les écoles. Il raconte lui-même dans ses Confessions l’abondance des douceurs que lui faisait éprouver l’amour divin : « Vous aviez, dit-il, Seigneur, percé mon cœur des traits de votre amour et je portais vos paroles comme fixées au fond de mes entrailles; les exemples de vos serviteurs qui étaient passés, par votre secours, des ténèbres à la lumière et de la mort à la vie, se pressaient en foule dans mon esprit pour enflammer mon ardeur et dissiper ma languissante apathie. Je sortais de cette vallée de larmes et je chantais le cantique des degrés *, blessé des flèches aiguës et des charbons ardents qui venaient de vous. Je trouvais une douceur infinie, dans ces premiers jours, à considérer la profondeur de vos desseins sur le salut des hommes. Combien de larmes je versai en prêtant l’oreille à ce mélodieux concert dés, hymnes et des cantiques qui retentissaient dans vôtre église! Pendant que mes oreilles cédaient au, charme de ces paroles, votre vérité se glissait par elles dans mon cœur : mes larmes coulaient par torrents, et c'était un bien pour moi de les répandre. Ce fut alors en effet qu'on établit le chant des cantiques dans l’église de Milan. Je m’écriais du fond de mon cœur : Oh ! ce sera dans la paix ! oh! ce sera dans son sein (ah quelles paroles !) que je dormirai, que je me reposerai, que je prendrai mon sommeil! car vous êtes bien cet être qui ne change point: en vous je trouve le repos qui fait oublier toutes les. peines: Je lisais ce psaume en entier ** et je brûlais, moi qui tout à l’heure n'étais qu'un ennemi acharné, un aveugle et furieux détracteur de ces Ecritures qui distillent un miel céleste et brillent de tout l’éclat de votre lumière: je séchais de douleur en pensant aux ennemis de ce divin Livre. O Jésus, mon appui! Que soudain il me parut doux: de renoncer aux douceurs des vains amusements ! Ce que j'avais tant redouté de perdre; je le quittai avec joie. Car vous les chassiez loin de moi ces douceurs; vous, la véritable et la souveraine douceur; vous les chassiez pour prendre leur place, vous qui êtes plus suave que toutes les voluptés, mais d'une suavité inconnue de la chair et du sang; qui êtes plus brillant que toute lumière, mais plus caché que ne l’est aucun secret; qui êtes plus élevé que toutes les dignités, mais non aux yeux de ceux qui s'élèvent eux-mêmes. »
* C'est-à-dire le psaume CXIX, Ad te levavi.
** Le psaume IV, Cum invocarem, exaudivit me Deus.

Le baptême d'Augustin par Ambroise de Milan, toile de Benozzo Gozzoli (1420–1497), 1464 and 1465 Apsidal chapel, Sant'Agostino, San Gimignano Domaine publique

Après quoi, il se prépara à revenir en Afrique avec Nébrode, Evode et sa mère. Mais arrivés à Ostie, sa pieuse mère mourut. Alors Augustin revint dans ses propriétés, où se livrant avec ceux qui lui étaient. attachés, aux jeûnes et à la prière, il écrivait des livres et instruisait les ignorants. Sa réputation se répandait partout : on le trouvait admirable dans tous ses écrits et dans ses actions. Il avait soin de ne point aller dans les villes où les sièges étaient vacants, de peur qu'il ne fût exposé aux embarras de l’épiscopat. Il y avait dans le même temps à Hippone un homme jouissant d'une grande fortune qui envoya dire à saint Augustin que, s'il venait le trouver et le faire jouir de son entretien, il pourrait bien renoncer au monde. A cette nouvelle, Augustin se hâta de venir. Alors Valère, évêque d'Hippone, informé de sa réputation, l’ordonna prêtre de son église, malgré toutes ses résistances. Quelques-uns attribuaient ses larmes à son orgueil, et lui disaient, pour le consoler, que le poste qu'il occupait comme prêtre, bien qu'inférieur à son mérite, était un acheminement vers l’épiscopat. Aussitôt Augustin établit un monastère de clercs, dans lequel il commença à vivre selon la règle instituée par les saints apôtres, et d'où il sortit au moins dix évêques. Or, comme l’évêque Valère était grec de naissance et peu versé dans les lettres et dans la langue latine, il donna à Augustin le pouvoir de prêcher en sa présence dans l’église, ce qui était contre les usages de l’Orient: mais comme beaucoup d'évêques ne les suivaient pas en ce point, il ne s'en inquiéta pas, pourvu que le bien qu'il ne pouvait opérer se fit par un autre que soi. Dans le même temps, il convainquit, gagna et réfuta Fortunat, prêtre manichéen et d'autres hérétiques, principalement les rebaptiseurs, les donatistes et les manichéens. Alors Valère commença à craindre qu'on ne lui enlevât Augustin et que quelque autre ville ne le demandât pour évêque. Et on aurait bien pu le lui ravir, s'il n'eût pris garde de l’envoyer dans un lieu retiré, de manière qu'on ne put le trouver. Il demanda donc à l’archevêque de Carthage la permission de se démettre en faveur d'Augustin qui serait promu à l’évêché d'Hippone. Mais Augustin s'opposa de toutes ses forces à ce projet : enfin, pressé et poussé, il fut obligé de céder, et il se chargea du fardeau de l’épiscopat. Dans la suite il dit et il écrivit qu'on n'aurait pas dû l’ordonner évêque du vivant de celui qu'il remplaçait. Il sut plus tard que cela était défendu par un concile général; aussi ne voulait-il pas faire pour d'autres ce qu'il regrettait qu'on eût fait pour lui. Et il donna tous ses soins à ce que dans les conciles des évêques il fût statué que ceux qui conféraient les ordres intimassent toutes les ordonnances des Pères à ceux qui devaient être ordonnés. On lit qu'il dit plus tard en parlant de lui-même : « Je n'ai jamais mieux reconnu que Dieu fût irrité contre moi, que quand j'ai été placé au gouvernail de l’église, alors que je n'étais pas digne d'être mis au nombre des rameurs. » Ses vêtements, sa chaussure et ses autres ornements n'étaient ni trop brillants ni trop négligés, toutefois ils étaient simples et convenables. On lit en effet qu'il dit de soi : « Je l’avoue, je rougis d'avoir un habit précieux; c'est pour cela que quand on m’en donne un, je le vends, afin de pouvoir au moins en partager le produit, puisque je ne puis partager l’habit. » Sa table était servie frugalement et simplement, et avec les herbes et les légumes, il y avait le plus souvent de la viande pour les infirmes et les hôtes. Pendant les repas, il goûtait plus la lecture ou la discussion que les mets eux-mêmes et il avait fait graver dans sa salle ce distique contre le poison de la médisance:
Quisquis amat dictis absentûm rodere vitam,
Hanc mensam indignam noverit esse sibi *.
Aussi il arriva une fois que quelques-uns de ses collègues dans l’épiscopat avec lesquels il vivait dans
* O vous qui des absents déchirez la conduite,
Sachez qu'aux détracteurs ma table est interdite. la familiarité, s'étant permis de médire, il les reprit durement, et dit que s'ils ne cessaient, ou bien il effacerait ces vers ou bien il allait quitter la table. Ayant invité un jour quelques intimes à un repas, l’un d'eux, plus curieux que les autres, entra dans la cuisine, où, ayant trouvé tout refroidi, il demanda à son retour à saint Augustin quels mets le père de famille avait commandé de servir. Augustin, qui ne s'occupait pas de choses pareilles, lui répondit: « Et je ne le sais pas plus que vous. »

Saint Augustin et sa mère sainte Monique (1846), par Ary Scheffer (1795–1858) 1858 Domaine public

Il disait avoir appris trois choses de saint Ambroise: la première de ne demander jamais de femme pour quelqu'un; la seconde de ne jamais exciter personne qui voulût s'engager dans l’état militaire, à suivre ce parti ; et la troisième de n'accepter aucune invitation pour un repas. Quant à la première, c'était dans la crainte que les époux ne se convinssent pas et se querellassent ; quant à la seconde, c'était de peur que. si les militaires se livraient à la calomnie, cela ne lui fût reproché ; enfin, quant à la troisième, c'était pour ne point dépasser les bornes de la tempérance. Telle fut sa pureté et son humilité, que même les péchés les plus légers, qui parmi nous sont réputés nuls ou minimes, il les avoue dans le livre des Confessions et s'en accuse en toute humilité devant Dieu: car il s'y accuse qu'étant enfant, il jouait à la paume, au lieu d'aller à l’école. Il s'accuse encore de ne vouloir ni lire, ni s'appliquer, si son maître ou ses parents ne l’y forçaient; de ce qu'étant enfant, il lisait volontiers les fables des poètes, comme celle d'Enée, et qu'il pleurait sur Didon se tuant par amour; de dérober sur la table ou dans le cellier quelque chose qu'il pût donner aux enfants, ses compagnons de jeu; de les avoir trompés quelquefois au jeu. Il s'accuse aussi d'avoir volé, à l’âge de seize ans, des poires sur l’arbre de son voisin.
Dans ce même livre de ses Confessions, il s'accuse d'une légère délectation qu'il éprouvait quelquefois en mangeant: «Vous m’avez appris, dit-il, Seigneur, à ne considérer les aliments que comme un remède, et c'est dans cet esprit que je m’efforce de satisfaire à ce besoin. Mais lorsque je passe de la douleur que me cause la faim à cet état de quiétude qui s'empare de moi quand elle est apaisée, alors la concupiscence me tend des pièges. Cette transition est vraiment une volupté, et il n'est pas d'autre voie pour satisfaire à cette nécessité à laquelle nous sommes réduits.
« En effet le boire et le manger étant nécessaires à la conservation de notre existence, un certain plaisir s'est attaché à cette nécessité comme une compagne inséparable : mais bien souvent elle s'efforce de prendre les devants, pour m’obliger à faire pour elle-même ce que je dois et ne veux faire seulement que pour ma santé. Pour les excès du vin, j'en suis bien éloigné, et j'espère que vous me ferez la race de n'y tomber jamais. Après les repas, un certain engourdissement peut s'emparer de quelqu'un des vôtres, vous me ferez la grâce d'en être préservé. Quel est donc l’homme, ô mon Dieu, qui n'est pas quelquefois entraîné au delà des bornes que lui prescrit la nécessité? Oh ! celui-là est grand ; qu'il glorifie votre nom. Mais ce n'est pas moi qui suis un malheureux pécheur! » Il ne se croyait pas exempt de fautes par rapport à l’odorat et il disait: « Quant aux plaisirs qu'excitent en nous les odeurs, je m’en inquiète peu: je ne les recherche pas quand elles me manquent ; quand elles viennent à moi, je ne les repousse pas, toujours disposé à m’en priver pour toujours. C'est du moins, si je ne me trompe, ce que je crois ressentir : car nul ne doit être dans une sécurité complète dans cette vie qu'à juste titre on peut appeler une tentation continuelle, puisque celui qui de méchant est devenu bon, ne sait pas si de bon il ne deviendra pas plus méchant. » Voici ce qu'il dit touchant le sens de l’ouïe: « Les plaisirs de l’ouïe avaient pour moi, je l’avoue, plus de charmes et plus d'attraits; mais vous avez rompu ces liens et m’en avez affranchi. S'il m’arrive d'être plus ému par la mélodie que par les paroles que l’on chante, alors je reconnais avoir péché et je préférerais ne point entendre chanter en cette occasion. »

Augustin vu par Ph. de Champaigne, peintre de sensibilité janséniste ca 1645-1650. LACMA, gift of the Ahmanson Foundation, M.88.177 Domaine public

Il s'accuse encore des péchés de la vue, comme quand il dit qu'il aimait trop volontiers à voir un chien courir, qu'il prenait plaisir à regarder la chassé, quand il lui arrivait de passer dans la campagne, qu'il examina avec trop d'attention des araignées enveloppant des mouches dans leurs toiles, alors qu'il était chez lui. Il s'accuse de cela devant Dieu comme de choses qui distraient dans es bonnes méditations et qui troublent les prières. Il s'accuse aussi de désirer les louanges et d'être entraîné par la vaine gloire : « Celui, dit-il, Seigneur, qui ambitionne les louanges des hommes, alors qu'il s'attire votre blâme, ne sera point défendu par les hommes lorsque vous le jugerez, ni délivré par eux; lorsque vous le condamnerez.
Un homme que l’on félicite de quelque bienfait qu'il a reçu de votre main; se complaît plus dans les louanges qu'on lui donne, que dans la grâce qui les lui a méritées. Nous sommes tous les jours exposés sans relâche à ces sortes de tentation, et la langue de l’homme est une fournaise où nous sommes mis journellement à l’épreuve. Néanmoins je ne voudrais pas que le bon témoignage des autres n'ajoutât rien à la satisfaction que j'éprouve du bien qui peut être en moi; mais il faut l’avouer non seulement ce bon témoignage l’augmente, mais le brame la diminue. Je suis contristé des éloges que l’on me prodigue, soit qu'ils se rapportent à des choses que je suis fâché de trouver en moi, soit que l’on y estime de petites qualités plus qu'elles ne le méritent. »
Ce saint homme réfutait les hérétiques avec une si grande énergie, qu'ils disaient entre eux publiquement que ce n'était pas pécher de tuer Augustin qu'ils regardaient comme un loup à égorger ; et ils affirmaient aux assassins que Dieu leur pardonnerait alors tous leurs péchés.

Sassetta, sant'agostino, Tempera and gold on panel, 44.7 x 37.3 cm, 1437-44 collezione privata Domaine public

Il eut à subir grand nombre d'embûches de leur part quand il avait besoin de voyager; mais la providence de Dieu permettait. qu'ils se trompassent de chemin et qu'ils ne le rencontrassent point. Pauvre lui-même, il se souvenait toujours des pauvres, et il leur donnait libéralement de tout ce qu'il pouvait avoir : car il en vint jusqu'à faire briser et fondre les vases sacrés afin d'en donner la valeur aux pauvres, aux captifs et aux indigents. Il ne voulut jamais acheter ni champ, ni maison à la ville ou à la campagne. Il refusa grand nombre d'héritages qui lui avaient été légués, par la raison que cela devait appartenir de préférence aux enfants ou aux parents des défunts. Quant aux biens de l’Église, il n'y était pas attaché: ils ne lui donnaient aucun tracas; mais le jour et la nuit, il méditait les Saintes Écritures et les choses de Dieu. Jamais il ne s'occupait de nouvelles constitutions qui auraient pu lui embarrasser l’esprit que toujours il voulait conserver exempt de tout tracas extérieur, afin de pouvoir se livrer avec liberté à des méditations continuelles et à des lectures assidues. Ce n'est pas qu'il empêchât quelqu'un de bâtir, à moins qu'il ne s'aperçût qu'on le fît sans mesure.

Il louait aussi beaucoup ceux qui avaient le désir de la mort, et il rapportait fort souvent à ce sujet les exemples de trois évêques. C'était saint Ambroise qui, au lit de la mort, répondit à ceux qui lui demandaient d'obtenir pour soi, par ses prières, un prolongement de vie : «Je n'ai pas vécu de manière à rougir de vivre parmi vous, et je ne crains pas de mourir, puisque nous avons un bon maître. » Réponse que saint Augustin vantait extraordinairement. Il citait encore l’exemple d'un autre évêque auquel on disait qu'il était fort nécessaire à l’Église, et que cette raison ferait que Dieu le délivrerait encore, et qui répondit: « Si je ne devais jamais mourir, ce serait bien; mais si je dois mourir un jour, pourquoi pas maintenant ? » Il rapportait encore ce que saint Cyprien racontait d'un autre évêque qui, souffrant beaucoup, demandait le rétablissement de sa santé. Un jeune homme d'une grande beauté lui apparut alors et lui dit avec un mouvement d'indignation: « Vous craignez de souffrir, vous ne voulez pas mourir, que vous ferai-je? »

Il ne laissa demeurer avec lui aucune femme, pas même sa sœur Germaine, ni les filles de son frère qui s'étaient vouées ensemble au service de Dieu. Il disait que, quand bien même on n'aurait aucun soupçon mauvais par rapport à sa sœur et à ses nièces, cependant parce que ces personnes auraient besoin des services d'autres femmes, qui viendraient chez elles, avec d'autres, ce pourrait être un sujet de tentation pour les faibles, ou certainement une source de mauvais soupçons pour les méchants. Jamais il ne voulait parler seul à seule avec une femme, à moins qu'il ne se fût agi d'un secret. Il fit du bien à ses parents, non pas en leur procurant des richesses, mais en les empêchant, d'être dans la gêne ou bien dans l’abondance. Il était rare qu'il s'entremît en faveur de quelqu'un par lettres ou par paroles, imitant en cela la conduite d'un philosophe qui par amour de sa réputation ne rendit pas de grands services à ses amis, et qui répétait souvent : « Presque toujours, pouvoir qu'on demande, pèse. » Mais quand il le faisait, il mesurait son style de manière à ne pas être importun, mais à mériter d'être exaucé en faveur de la politesse de sa demande.
Il préférait avoir à juger les procès de ceux qui lui étaient inconnus, plutôt que ceux de ses amis; et il disait que parmi les premiers il pouvait distinguer le coupable, sans avoir rien à craindre, et que de l’un d'eux il s'en ferait un ami, mais qu'entre ses amis, il en perdrait certainement un, savoir celui contre lequel il prononcerait sa sentence.

Beaucoup d'églises l’invitèrent ; il y prêchait la parole de Dieu et opérait des conversions. Quelquefois, dans ses prédications, il sortait du cadre qu'il s'était tracé; alors il disait que cela entrait dans le plan de Dieu pour le salut de quelqu'un. Ce qui fut évident, par rapport à un homme d'affaires des manichéens, qui se convertit en assistant a une prédication où saint Augustin fit une digression contre cette hérésie. En ce temps-la les Goths s'étaient emparés de Rome; alors les idolâtres et les infidèles insultaient beaucoup les chrétiens; à cette occasion, saint Augustin composa son livre de la Cité de Dieu, pour démontrer qu'ici-bas les justes doivent souffrir et les impies prospérer. Il y traite des deux cités, celle de Jérusalem et celle de Babylone et de leurs rois, parce que le roi de Jérusalem, c'est J.-C., et le roi de Babylone, c'est le diable. « Deux amours, dit-il, ont bâti ces deux cités, l’amour de soi, allant jusqu'au mépris de Dieu, a bâti la cité du diable, et l’amour de Dieu, allant jusqu'au mépris de soi, la cité de Dieu. »

Pendant qu'Augustin vivait encore, vers l’an du Seigneur 440, les Vandales s'emparèrent de toute la province d'Afrique, ravageant tout, et n'épargnant ni le sexe, ni le rang, ni l’âge. Quand ils arrivèrent devant la ville d'Hippone, ils l’assiégèrent vigoureusement. Au milieu de cette tribulation, saint Augustin, plus que personne, passa les dernières années de sa vie dans l’amertume et la tristesse. Ses larmes lui servaient de pain le jour et la nuit, en voyant ceux-ci tués, ceux-là forcés de fuir, les églises veuves de leurs prêtres, et les villes détruites et sans habitants: Au milieu de tant de maux, il se consolait par cet adage d'un sage, qui disait. Celui-là n'est pas un grand homme qui regarde comme chose extraordinaire que les arbres tombent, que les pierres s'écroulent et que les mortels meurent. »
Mais il rassembla ses frères et leur dit : « Oui, j'ai prié Dieu afin qu'il nous délivre de ces périls, ou qu'il nous accorde la patience, ou bien qu'il m’enlève de cette vie pour n'être point forcé de voir tant de calamités. »
Il n'obtint que la troisième demande, car après trois mois de siège, en février, la fièvre le prit, et il se mit au lit. Comprenant que sa fin approchait, il se fit écrire les sept Psaumes de la pénitence qu'il commanda ,d'attacher à la muraille, à côté de son lit, d'où il les lisait, en versant sans cesse des larmes abondantes et afin de ne penser qu'à Dieu et de n'être gêné par personne, dix jours avant sa mort, il défendit de laisser entrer qui que ce fût dans sa chambre, si ce n'est le médecin ou bien celui qui lui apportait quelque nourriture.
Or, un malade vint le trouver, et le pria instamment de lui imposer les mains et de le guérir. Augustin lui répondit : « Que dis-tu là, mon fils ? Penses-tu que si je pouvais faire chose pareille; je ne me l’accorderais pas pour moi? » Mais le malade insistait, et lui assurait que dans une vision qu'il avait eue, il lui avait été ordonné de venir le trouver, et qu'il serait guéri. Alors Augustin, voyant sa foi, pria pour lui et il fut guéri. Il délivra beaucoup d'énergumènes et fit plusieurs autres miracles. Au livre XXII de la Cité de Dieu, il rapporte, comme ayant été opérés par un autre, deux miracles qu'il fit. « A ma connaissance, dit-il, une jeune personne d'Hippone, ayant répandu sur elle une huile où le prêtre qui priait pour elle avait mêlé ses larmes, fut délivrée du démon. »
Il dit encore au même endroit : « Il est aussi à ma connaissance que le démon quitta soudain un jeune possédé; un évêque avait prié pour ce jeune homme sans le voir. » Il n'y a aucun doute qu'il ne parle de lui-même, mais par humilité, il n'a pas voulu se nommer. Il rapporte, dans ce même ouvrage, qu'un malade devait être taillé, et on craignait beaucoup qu'il ne mourait de cette opération. Le malade pria Dieu avec abondance de larmes; Augustin pria avec lui et pour lui, et sans aucune incision, il reçut une guérison parfaite.
Enfin, à l’approche de son trépas, il laissa cet enseignement mémorable, savoir que l’homme, quelque excellent qu'il soit, ne doit pas mourir sans confession, et sans recevoir l’Eucharistie. Quand ses derniers instants furent arrivés, jouissant de toutes ses facultés, la vue et l’ouïe encore saines, à l’âge de 77 ans, et de son épiscopat la 40e, en présence de ses frères rassemblés et priant, il passa au Seigneur. Il ne fit aucun testament, parce que ce pauvre de J.-C. ne laissait rien qu'il prît léguer. Il vivait vers l’an du Seigneur 400.
Augustin, cet astre éclatant de sagesse, cette forteresse de la vérité, ce rempart de la foi, l’emporta sans comparaison sur tous les docteurs de l’Eglise, aussi bien par son génie que par sa science : Il fut aussi illustre par ses vertus que par sa doctrine: C'est ce qui fait que le bienheureux Remi, en parlant de saint Jérôme et de quelques autres docteurs, conclut ainsi « Saint Augustin les surpassa tous par le génie et par la science. Car bien que saint Jérôme avoue avoir lu les 6000 ouvrages d'Origène, cependant saint Augustin en a tant écrit, que non seulement, personne, y passât-il ses jours et ses nuits, ne saurait transcrire ses livrés, mais qu'il ne s'en rencontre pas même un, qui les ait lus en entier. ».
Volusien, auquel saint Augustin adressa une lettre, parle ainsi : « Cela ne se trouve pas dans la loi de Dieu si saint Augustin l’ignore.» Saint Jérôme dit dans une lettre écrite par lui à saint Augustin : « Je n'ai encore pu répondre à vos deux opuscules si pleins d'érudition et d'une éloquence si brillante ; certes, tout ce qu'on peut dire, tout ce à quoi peut atteindre le génie, et tout ce qu'on saurait puiser dans les saintes Ecritures, vous l’avez traité, vous l’avez épuisé : mais je prie Votre Révérence de me permettre de donner à votre génie les éloges qu'il mérite. »
Dans son ouvrage des Douze Docteurs, saint Jérôme écrit ces mots sur saint Augustin : « Saint Augustin, évêque, est comme l’aigle qui plane sur le sommet des montagnes : Il ne s'occupe pas de ce qui se trouve au bas, mais il traite avec clarté de ce qu'il y a de plus élevé dans les cieux; il embrasse d'un coup d'œil la terre avec les eaux qui l’entourent. » On peut juger du respect et de l’amour qu'éprouvait saint Jérôme pour saint Augustin par les lettres que celui-ci lui adressa. Il s'exprime ainsi dans l’une d'elles « Jérôme, au saint et très heureux seigneur pape, salut. En tout temps, j'ai eu le plus profond respect pour votre béatitude, et j'ai chéri J.-C. notre Sauveur qui habite en vous; mais aujourd'hui je veux, s'il est possible, ajouter quelque chose encore et mettre le comble à ma pensée; c'est que je ne me permets pas de passer même une heure sans avoir votre nom, présent à mon esprit. » Dans une autre lettre qu'il lui envoie : « Tant s'en faut, dit-il, que j'ose toucher à quoi que ce soit des ouvrages de votre béatitude; j'ai déjà assez de corriger les miens, sans porter la main sur ceux des autres. »
Saint Grégoire s'exprime ainsi dans une lettre écrite à Innocentius, préfet d'Afrique. « Nous nous réjouissons du désir que vous manifestez de recevoir de nous l’exposition sur Job. Mais si vous souhaitez vous rassasier de quelque nourriture délicieuse, lisez les opuscules de saint Augustin, votre compatriote ; vous trouverez que c'est en comparaison de notre livre, de la fleur de farine à côté de quelque chose de fort inférieur venant de nous. » Voici ce qu'il écrit dans son Registre : « On lit que saint Augustin ne consentit pas même à habiter avec sa, soeur; car, disait-il, elles qui sont avec ma soeur ne sont pas mes soeurs. La précaution excessive de ce grand docteur doit nous servir de leçon. On lit dans la Préface Ambroisienne : « Nous adorons, Seigneur, votre magnificence au jour de la mort de saint Augustin : car votre force, qui opère dans tous, a fait que cet homme embrasé de votre esprit, ne se laissa pas vaincre par les promesses des attraits fallacieux vous l’aviez en effet rempli de tout genre de piété, en sorte qu'il vous était tout à la fois, l’autel, le sacrifice, le prêtre et le temple. »
Saint Prosper dans son Traité de la vie contemplative (Julien Pomère, l. III), parle ainsi. de saint Augustin: « Il avait un génie pénétrant, une éloquence suave; un grand fonds de littérature classique ; il avait scruté les matières ecclésiastiques ; il était clair dans ses discussions de tous les jours, grave dans son maintien, habile à résoudre une question, attentif à réfuter les hérétiques, catholique dans l’exposition du dogme, sûr dans l’explication des écritures canoniques. » Saint Bernard dit de son côté : « Augustin, c'est le fléau le plus redoutable des hérétiques. »
Après sa mort, les barbares ayant fait invasion dans le pays, ils profanèrent les lieux saints ; alors les fidèles prirent le corps de saint Augustin et le transportèrent en Sardaigne. 280 ans s'étant écoulés depuis sa mort, vers l’année du Seigneur 718, Luitprand, pieux roi des Lombards, apprenant que la Sardaigne avait été dépeuplée par les Sarrasins, fit partir des messagers pour faire rapporter à Pavie les reliques du saint docteur *. Au prix d'une somme considérable, ils obtinrent le corps de saint Augustin et le transportèrent jusqu'à Gênes. Le saint roi l’ayant appris, il se fit un bonheur de venir à sa rencontre et de le recevoir. Mais le lendemain matin, quand on voulut reprendre le corps, on ne put le lever de l’endroit qu'il occupait, jusqu'au moment où le roi fit vœu que si le saint se laissait emmener, il ferait bâtir, au même lieu,. une église qui serait dédiée en son nom. Aussitôt on put prendre le corps sans difficulté. Le roi tint sa promesse et fit construire à Gènes une église en l’honneur de saint Augustin:
* Vincent de Beauvais., Hist., l, XXIII, c. CXLVIII ; — Sigebert, an 721.
Pareil miracle arriva le lendemain dans une villa du diocèse de Tortone, nommée Casal, où l’on construisit encore une église en l’honneur de saint. Augustin. De plus, Luitpraud concéda cette même villa avec toutes ses dépendances, pour être possédée à perpétuité par ceux qui desserviraient l’église. Or, comme le roi voyait qu'il plaisait au saint qu'on lui élevât une église partout où il s'arrêtait, dans la crainte qu'il ne se choisît un autre lieu que celui où il voulait le mettre, partout où on passait la nuit avec le saint corps, il fondait une église en son honneur. Ce fut ainsi qu'on arriva à Pavie dans des transports de joie, et que l’on plaça les saints restes avec de grands honneurs dans l’église de saint Pierre, appelée au Ciel d'or.
— Un meunier, qui avait une dévotion toute spéciale à saint Augustin, souffrait à la jambe d'une tumeur nommée phlegma salsum, et il invoquait pieusement saint Augustin à son secours. Le saint, dans une vision, lui toucha la jambe et le guérit. A son réveil, se trouvant délivré, il rendit grâces à Dieu et à saint Augustin.
— Un enfant avait la pierre et de l’avis des médecins, il fallait le tailler. La mère qui craignait que l’enfant ne mourût, s'adressa dévotement à saint Augustin pour qu'il secourût son fils. Elle n'eut pas plutôt fini sa prière que l’enfant rendit la pierre en urinant et recouvra une parfaite santé.
Dans un monastère, appelé Elémosina, un moine, la veille de la fête de saint Augustin, fut ravi en extase et vit une nuée lumineuse descendant du ciel, et sur cette nuée saint Augustin assis revêtu de ses habits pontificaux. Ses yeux étaient comme deux rayons de soleil illuminant toute l’église qui était remplie d'une odeur très suave.
— Saint Bernard étant à Matines s'assommeilla un peu, et pendant qu'on chantait une leçon de saint Augustin, il vit un jeune homme très beau gui se tenait debout, et de la bouche duquel sortait une si grande abondance d'eau que toute l’église, paraissait devoir en être remplie. Saint Bernard ne fit pas difficulté de penser que c'était saint Augustin qui a fait couler dans l’Eglise entière des fontaines de doctrine.
— Un homme, qui aimait singulièrement saint Augustin, donna beaucoup d'argent à un moine, gardien du saint corps, pour avoir un doigt d'Augustin. Le moine reçut bien l’argent, mais, à la place' du doigt de saint Augustin, il lui donna le doigt d'un mort qu'il enveloppa dans de la soie. L'homme le reçut avec respect et lui adressait sans cesse ses hommages avec grande dévotion, le pressant sur sa bouche, sur ses yeux et le suspendant à sa poitrine. Dieu, qui voyait sa foi, lui donna d'une manière aussi miraculeuse que miséricordieuse un doigt de saint Augustin ; l’autre avait disparu. Cet homme étant rentré dans sa patrie, il s'y fit beaucoup de miracles et le bruit en alla jusqu'à Pavie. Mais comme,le moine assurait que c'était le doigt d'un mort, on ouvrit le sépulcre et on trouva, qu'il manquait un des doigts du saint. L'abbé, qui sur le fait, déposa le moine de son office et le punit sévèrement.
* Herbert, De miraculis, l. III, c. XXXVIII ; — Opp. de saint Bernard.
— En Bourgogne*, dans un monastère nommé Fontaines, vivait un moine appelé Hugues, très dévot à saint Augustin, dont il lisait les ouvrages avec bonheur. Il le priait souvent de ne pas permettre qu'il trépassât de ce monde un autre jour que celui où l’on solennisait sa fête. Quinze jours auparavant, la fièvre le saisit si violemment que la veille de la fête on le posa par terre dans l’église comme un mourant. Et voici que plusieurs personnages beaux et brillants, en aubes, entrèrent processionnellement dans l’église dudit monastère : à leur suite venait un personnage vénérable revêtu d'habits pontificaux. Un moine qui était alors dans l’église fut saisi à cette vue; il demanda qui ils étaient et où ils allaient. L'un d'eux lui répondit que c'était saint Augustin avec ses chanoines qui venait assister à la mort de ce moine qui lui était dévot afin de porter son âme au royaume de la gloire. Ensuite cette noble procession entra dans l’infirmerie, et après y être restée quelque temps, la sainte âme du moine fut délivrée des liens de la chair. Son doux ami le fortifia contre les embûches des ennemis et l’introduisit dans la joie du ciel.

Confesiones Book Confessions (St. Augustine), Pedro de Ribadeneyra, 1654 Attribution: JoanKeops

— On lit encore que, de son vivant, saint Augustin, étant occupé à lire, vit passer devant lui le démon portant un livre sur ses épaules. Aussitôt le saint l’adjura de lui ouvrir ce livre pour voir ce qu'il contenait. Le démon lui répartit que c'étaient les péchés des hommes qui s'y trouvaient écrits, péchés qu'il avait recueillis de tous côtés et qu'il y avait couchés. Et à l’instant saint Augustin lui commanda que, s'il se trouvait porté quelqu'un de ses péchés, il le lui donnât à lire de suite. Le livre fut ouvert et saint Augustin n'y trouva rien d'écrit, si ce n'est qu'une fois, il avait oublié de réciter complies. Il commanda au diable d'attendre son retour; il entra alors dans l’église, récita les complies avec dévotion et après avoir fait ses prières accoutumées, il revint et dit au démon de lui montrer encore une fois l’endroit qu'il voulait relire. Le diable, qui retournait toutes les feuilles avec rapidité, finit par trouver la page, mais elle était blanche: alors il dit tout en colère : « Tu m’as honteusement déçu; je me repens de t'avoir montré mon livre, puisque tu as effacé ton péché par la vertu de tes prières. » Ayant parlé ainsi, il disparut tout plein de confusion.
Une femme avait à souffrir les injures de quelques personnes pleines de malice : elle vint trouver saint Augustin pour lui demander conseil. L'ayant trouvé qui étudiait, et l’ayant salué avec respect, il ne la regarda ni ne lui répondit point, Elle pensa que peut-être c'était par une sainteté extrême qu'il ne voulait pas jeter les regards sur une femme : cependant elle s'approcha et lui exposa son affaire avec soin. Mais il ne se tourna pas vers elle, pas plus qu'il ne lui adressa de réponse: alors elle se retira pleine de tristesse. Un autre jour que saint Augustin célébrait la messe et que cette femme y assistait, après l’élévation, elle se vit transportée devant le tribunal de la très sainte Trinité, où elle vit Augustin, la face inclinée, discourant avec la plus grande attention et en termes sublimes sur la gloire de la Trinité. Et une voix se fit entendre qui lui dit : « Quand tu as été chez Augustin, il était tellement occupé à réfléchir sur la gloire de la sainte Trinité qu'il n'a pas remarqué que tu sois venue le trouver; mais retourne chez lui avec assurance ; tu le trouveras affable et tu recevras un avis salutaire. » Elle le fit et saint Augustin l’écouta avec bonté et lui donna un excellent conseil.
— On rapporte aussi qu'un saint homme étant ravi en. esprit dans le ciel et examinant tous les saints dans la gloire, n'y voyant pas saint Augustin, demanda à quelqu'un des bienheureux où il était. Il lui fut répondu : « Augustin réside au plus haut des cieux, où il médité sur la gloire de la très excellente Trinité. »

Expositio Psalmorum Beati Agustini San Agustín, Obispo de Hipona, 354-430 Códice manuscrito, comentarios a los psalmos hechos por San Agustín de Hipona. Attribution: http://somni.uv.es/Universidad de Valencia

— Quelques habitants de Pavie étaient détenus en prison par le marquis de Malaspina. Toute boisson leur fut refusée afin de pouvoir en extorquer une grosse somme d'argent. La plupart rendaient déjà l’âme, quelques-uns buvaient leur urine. Un jeune homme d'entre eux, qui avait une grande dévotion pour saint Augustin; réclama son assistance. Alors au milieu de la nuit; saint Augustin apparut à ce jeune homme, et comme s'il lui prenait la main, il le conduisit au fleuve de Gravelon où avec une feuille de vigne trempée dans l’eau, il lui rafraîchit tellement la langue, que lui, qui aurait souhaité boire de l’urine, n'aurait plus souhaité maintenant boire du nectar.
— Le prévôt d'une église, homme fort dévot envers saint Augustin; fut malade pendant trois ans au point de ne pouvoir sortir du lit. La fête de saint Augustin était proche, et déjà on sonnait les vêpres de la vigile, quand il se mit à prier saint Augustin de tout cœur. Saint Augustin se montra à lui revêtu d'habits blancs et en l’appelant trois fois par son nom, il lui dit: « Me voici, tu m’as appelé assez longtemps, lève-toi de suite, et va me célébrer l’office des Vêpres. » Il se leva guéri, et, à l’étonnement de tous, il entra dans l’église, où il assista dévotement à tout l’office.
 — Un pasteur avait un chancre affreux entre les épaules. Le mal s'accrut au point de le laisser absolument sans forces. Comme il priait saint Augustin, celui-ci lui apparut, posa la main sur la partie malade et la guérit parfaitement; Le même homme, dans la suite, perdit la vue. Il s'adressa avec confiance à saint Augustin, qui, un jour sur le midi, lui apparut, et en lui essuyant les yeux avec les mains, il lui rendit la santé .
Vers l’an du Seigneur 912, des hommes gravement malades, au nombre de plus de quarante, allaient à Rome de l’Allemagne et de la Gaule pour visiter le tombeau des apôtres. Les uns courbés se traînaient par terre sur des sellettes, d'autres se soutenaient sur des béquilles,, ceux qui étaient aveugles se laissaient traîner par ceux qui marchaient en avant, ceux-là enfin avaient les mains et les pieds paralysés. Ils passèrent une montagne et parvinrent à un endroit appelé la Charbonnerie. Ils étaient près d'un lieu qui se nomme Cana, à une distance de trois milles de Pavie, quand saint Augustin revêtu de ses ornements pontificaux, et sortant d'une église érigée en l’honneur des saints Côme et Damien, leur apparut et leur demanda où, ils se dirigeaient. Ils lui répondirent qu'ils allaient à Rome; alors saint Augustin ajouta : « Allez à Pavie et demandez le monastère de saint Pierre qui s'appelle Ciel d'or, et là vous obtiendrez les miséricordes que vous désirez. Et comme ils lui demandaient son nom, il dit : « Je suis Augustin autrefois évêque de l’église d'Hippone. » Aussitôt il disparut à leurs regards.

Saint Augustin debout, de face Ernest Hebert (né en 1817 ; mort en 1908) H. en m 0,273 ; L. en m 0,183 Institution:Ministère de la culture et de la communication, Musées de France Domaine public

Ils se dirigèrent donc vers Pavie, et étant arrivés au monastère indiqué et apprenant que c'était là que reposait le corps de saint Augustin, ils se mirent toits à élever la voix et à crier tous ensemble : « Saint Augustin, aidez-nous. » Leurs clameurs émurent les citoyens et les moines qui s'empressaient d'accourir à un spectacle si extraordinaire. Or, voilà que, par l’extension de leurs nerfs, une grande quantité de sang se mit à couler,de telle sorte que depuis l’entrée du monastère, jusqu'au tombeau de saint Augustin, la terre paraissait en être tolite couverte. Parvenus au tombeau, tous furent entièrement guéris, comme S'ils n'avaient jamais été estropiés. Depuis ce moment, la renommée du saint se propagea de plus en plus et une multitude d'infirmes vint à son tombeau, où tous recouvraient la santé, et laissaient des gages de leur guérison. Telle fut la quantité de ces gages que tout l’oratoire de saint Augustin et le portique en étaient pleins, en sorte que cela devint la cause d'un grand embarras pour entrer et pour sortir. La nécessité força les moines à les ôter.
— Il y a trois choses qui sont l’objet des désirs des personnes du monde, les richesses, les plaisirs et les honneurs. Or, le saint atteignit à un tel degré de perfection qu'il méprisa les richesses, qu'il repoussa les honneurs et qu'il eut les plaisirs en aversion.
— Il méprisa les richesses; c'est lui-même, qui Passure dans ses Soliloques, où la raison l’interroge et lui dit: « Est-ce que tu ne désires pas,de richesses ? » Et Augustin répond : « Je ne saurais avouer ce premier point : j'ai trente ans, et il y en a bien quatorze que j'ai cessé de les désirer. Des richesses, je n'en désire que ce qu'il faut pour me procurer ma nourriture. C'est un. livre de Cicéron qui m’a entièrement convaincu qu'il ne faut en aucune manière souhaiter les richesses. » Il a repoussé les honneurs : il le témoigne dans le même livre. «Que pensez-vous des honneurs? » lui demande la raison. Et saint Augustin répond : « Je l’avoue, c'est seulement depuis peu de temps, presque depuis quelques jours que j'ai cessé de les ambitionner. » Les plaisirs et les richesses, il les méprisa, par rapport à la chair et au goût. La raison lui demandé donc : « Quelle est votre opinion au sujet d'une épouse? Ne .vous plairait-elle. pas, si elle était belle, chaste, honnête, riche, et surtout si vous aviez la certitude qu'elle ne vous serait pas à charge? » Et saint Augustin répond : « Quelque bien que vous la vouliez peindre; quand vous la montreriez comblée de tous les dons, j'ai décidé que je n'avais rien tant à craindre que le commerce avec une femme. » « Je ne demande pas, reprend la raison, ce que vous avez décidé, je vous demande si vous vous y sentez porté ? Et saint Augustin répond : « Je ne cherche, je ne désire rien à ce sujet : les souvenirs qui m’en restent me sont à charge, affreux et détestables. » Pour ce qui est du second point, la raison l’interroge en disant : « Et pour la nourriture, qu'avez-vous à dire? »
Pour ce qui est du boire, et du manger, des bains et des autres plaisirs du corps, ne me demandez rien. J'en prends ce qu'il me faut seulement, pour conserver la santé. »

La Légende Dorée

jeudi 15 août 2013

L'Assomption de Marie

L'Assomption de Marie est un dogme mariologique de l'Église catholique selon lequel, au terme de sa vie terrestre, la mère de Jésus a été « élevée au ciel ». Le terme « assomption » provient du verbe latin assumere, qui signifie « prendre », « enlever ». La fête catholique célébrant l'assomption de Marie a lieu le 15 août.

Icon depiction the giving of the girdle to St Thomas the Apostle Attribution: Paul Barlow      Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Vox populi, vox Dei : l'assomption catholique, une croyance d'abord populaire
En 373 [ap. J-C.], Saint Ephrem évoque le concept selon lequel le corps de Marie serait resté, après son décès, intact - à savoir non atteint par 'l'impureté' de la mort.
Au IVe siècle, Épiphane de Salamine souligne que nul ne sait ce qu'il est advenu de Marie à la fin de sa vie. La tradition à ce sujet n'est pas attestée avant le Ve siècle. 

Madonna della Cintola (détail) Benozzo Gozzoli (1420–1497) Tempera sur bois 1450 Pinacoteca Vaticana Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

En Occident, Grégoire de Tours est le premier à en faire mention, à la fin du VIe siècle. Il s'appuie apparemment sur un corpus de textes apocryphes, appelés collectivement le Transitus Mariæ, généralement rattaché au Ve siècle. Cet ensemble de textes est explicitement désigné par Gélase Ier en 495-496, comme étant "à ne pas retenir" car apocryphe, jugement qui porte sur cette compilation et non sur la croyance en elle-même. Selon cette tradition, Marie rencontre sur le mont des Oliviers un ange qui lui remet une palme de l'arbre de vie et lui annonce sa mort prochaine. Marie rentre chez elle et fait part de la nouvelle à son entourage. Miraculeusement, les apôtres reviennent des différents endroits où ils sont partis prêcher, afin de l'entourer. Jésus apparaît entouré d'anges pour recevoir l'âme de sa mère, qu'il confie à l'archange Michel. Les apôtres enterrent le corps au pied du mont des Oliviers. Quelques jours plus tard, Jésus apparaît de nouveau et emporte le corps au Paradis, où l'âme et le corps de Marie sont réunis.
Assomption de Marie Francesco Granacci (1469–1543) entre 1517 et 1519 Ringling Museum of Art, Sarasota Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

En Orient, Jean Damascène rapporte la tradition de l'Église de Jérusalem à ce sujet : selon lui, Juvénal, évêque de Jérusalem, se voit demander lors du concile de Chalcédoine le corps de Marie par le couple impérial, Marcien et Pulchérie. Juvénal répond que Marie est morte entourée de tous les apôtres, sauf Thomas, qui est en retard. À son arrivée, quelques jours plus tard, Thomas demande à voir la tombe, mais celle-ci s'avère vide ; les apôtres en déduisent alors qu'elle a été emportée au ciel.
Une autre tradition rapporte que l'Assomption a lieu à Éphèse, dans la maison connue aujourd'hui comme la « Maison de la Vierge Marie », accompagnée de l'apôtre Jean, à qui le Christ, sur la croix, avait confié Marie. La première allusion attestée ne date que de la fin du IXe siècle, dans un manuscrit syriaque qui rapporte que Marie suit Jean à Éphèse et qu'elle y meurt. Les seules autres sources pré-modernes sont trois auteurs syriaques des XIIe et XIIIe siècles.

Assomption de Marie Palma le Vieux (1480–1528) entre 1512 et 1514 Gallerie dell'Accademia de Venise Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

L'Assomption de Marie 1497 Le Pérugin (1448–1523) Vittoria Garibaldi: Perugino. Silvana, Milano 2004, ISBN 88-8215-813-6 Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

Une fête avant d'être un dogme
Au VIe siècle, l'empereur byzantin Maurice instaure dans son empire, la fête de la Dormition de la Vierge Marie chaque année à la date du 15 août, semble-t-il pour commémorer l'inauguration d’une église dédiée à la Vierge montée au ciel, le Sépulcre de Marie.
La fête est introduite en Occident sous l'influence du pape Théodore au VIIe siècle et prend le nom d'Assomption à partir du siècle suivant. Elle est citée sous ce nom en 813 par le Concile de Mayence parmi les fêtes d'obligation.
En 1637, le roi Louis XIII désirant un héritier consacre la France à la Vierge Marie et demande à ses sujets de faire tous les 15 août une procession dans chaque paroisse afin d'avoir un fils. Comme Louis XIV naît l'année suivante, la fête célébrée par le Vœu de Louis XIII prend une importance particulière en France.
 Santa Maria delle Grazie (San Giovanni Valdarno), giovanni della robbia, madonna della cintola.JPG Attribution: I, Sailko

En 1854 la proclamation du dogme de l’Immaculée conception entraîne de nombreuses pétitions à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption. « De 1854 à 1945, huit millions de fidèles écriront en ce sens. Il faut y ajouter les pétitions de 1 332 évêques, de 83 000 prêtres, religieuses et religieux. Face à ces demandes répétées, Pie XII demande aux évêques du monde de se prononcer. 90 % des évêques y sont favorables. 10 % des évêques s’interrogent sur l’opportunité d’une telle déclaration ».
Assomption de Marie Sano di Pietro (1405–1481) entre 1448 et 1452 Tempera sur bois Lindenau-Museum Thuringia, Germany.Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré. 

Le 1er novembre 1950, Pie XII institutionnalise la fête mariale qui existe depuis quatorze siècles en proclamant la croyance en l'Assomption, dogme de l'Église Catholique : n'ayant commis aucun péché, Marie est directement montée au Paradis, avec son âme et aussi avec son corps car épargnée par le péché originel (dogme de l'Immaculée Conception), rien n'oblige son enveloppe charnelle à attendre la résurrection des corps à la fin des temps (Constitution Munificientissimus, 1er novembre 1950).

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jeudi 20 juin 2013

Les années 370 (de 370 à 379) Culture

Inventions, découvertes, introductions

370 : les mariages entre étrangers et habitants des provinces romaines sont interdits.
   
370 ou 373 : un édit interdit l’exportation de vin et d’huile de l’empire romain vers le monde barbare.
   
378-379 : le savant coréen Wani apporte l'écriture chinoise au Japon.

漢字, hànzì (écriture traditionnelle) et 汉字, hànzì (écriture simplifiée).Author     User:Kjoonlee, User:Tomchen1989 File:Hanzilead.png by en:User:Naus Wikimédia Commons

Les sinogrammes (ou caractères chinois) sont les unités de l’écriture logographique chinoise han.
L’effectif précis des sinogrammes existants est sujet à débat. Les estimations vont de 40 000 à plus de 60 000 si on prend en considération leur nombre sur la durée totale d’existence de l’écriture chinoise (les 3⁄4 sont des variantes graphiques (異體字) qui ne sont plus utilisées), le chinois courant requiert la connaissance de 3 000 à 5 000 sinogrammes et le japonais de 2 000 à 3 000. Le nombre de graphèmes (筆素, bǐ sù) par sinogramme est compris entre un (一/乙) et trente six (齉, Nàng) pour ce qui est de l’écriture simplifiée (簡體字, jiǎntǐzì) en usage en République populaire de Chine et à Singapour. Taïwan et Hong Kong, quant à eux, utilisent toujours l’écriture que les occidentaux appellent « traditionnelle » et que les Chinois désignent soit par le terme 繁體字, fántǐzì, « caractères compliqués » soit par le terme 正體字, zhèngtǐzì, « caractères corrects » (cette deuxième appellation est principalement utilisée a Taïwan).

Les Huns introduisent en Europe des arcs réflexes composites en bois renforcés par des plaques d'os.
   
Arc réflexe '''hun bow''' from en.wikipedia length 125cm strung, 132 cm unstrung. picture taken by User:ulv {{GFDL}}

Inde : Œuvres importantes rédigées en sanskrit dans les domaines des mathématiques et de l’astronomie sous le règne de Chandragupta II.
Chandragupta porte l'empire à son apogée territorial et culturel. Il s'entoure d'un cercle de poètes d'expression sanskrite surnommés les "neuf joyaux", dont le plus célèbre serait Kalidasa.
Kâlidâsa (en écriture devanāgarī : कालिदास, littéralement « serviteur de Kâlî ») fut un poète et dramaturge sanskrit que l'on situe entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ve siècle. Réputé pieux adorateur de Shiva, ses écrits s'inspirent largement de la mythologie et philosophie hindoues. Son immense célébrité lui a valu le titre de Kavikoula-gourou « précepteur de tous les poètes ».

Religion et philosophie

371 ou 372 : Martin devient évêque de Tours (fin en 397). Il fonde l’abbaye de Marmoutier et organise l’évangélisation des campagnes.

Plan de l'ancienne abbaye de Marmoutier (Tours) Attribution: Guill37/Wikimédia Commons 

L'abbaye de Marmoutier fut une abbaye bénédictine importante, dont les dépendances s'étendaient dans une bonne partie de la France médiévale. Elle était située au nord de la Loire, face à la vieille ville de Tours. Elle correspond à un terrain de plusieurs hectares, sur lesquels subsistent les vestiges de l'ancienne église abbatiale monumentale.
   
Tour des cloches à Marmoutier (Tours) Attribution: Guill37/Wikimédia Commons 

 372-373 : Augustin, âgé de 19 ans, adhère au manichéisme (fin en 381-382).
Augustin d’Hippone, ou saint Augustin, né dans le municipe de Thagaste (actuelle Souk Ahras, Algérie) le 13 novembre 354 et mort le 28 août 430 à Hippone (actuelle Annaba, Algérie)1, est un philosophe et théologien chrétien de l’Antiquité tardive, évêque d’Hippone, et un écrivain latino-berbère romano-africain, né d’un père romano-africain citoyen romain et d’une mère berbère chrétienne non romanisée, sainte Monique.
Il est l’un des quatre Pères de l'Église latine (avec saint Ambroise, saint Jérôme et Grégoire Ier) et l’un des 35 docteurs de l’Église. Les catholiques le fêtent le 28 août, anniversaire de sa mort, alors que les orthodoxes le fêtent le 15 juin. En tant que philosophe, on le considère comme un platonicien chrétien, souvent proche de Plotin. Mais il rejette les notions de transmigration des âmes et de réminiscence. Surtout, chez Plotin, Dieu créait le monde involontairement, ce qui n'est pas compatible avec la conception juive et chrétienne de la création.

Augustin à l'école de Thagaste par Benozzo Gozzoli (1420–1497) www.backtoclassics.com The work of art itself is in the public domain

Son tombeau se trouve à Pavie. Après saint Paul, il est considéré comme le personnage le plus important dans l’établissement et le développement du christianisme occidental. Il a été également le penseur le plus lu au Moyen Âge.
Son influence est marquée depuis le Haut Moyen Âge jusqu’à la plupart des théologiens chrétiens contemporains… Elle a influencé toute l’histoire de l’Église médiévale, puis alimenté les débats lors de la Réforme protestante, puis encore le jansénisme. Les débats suscités par l’interprétation de l’augustinisme ont contribué aux conceptions modernes de la liberté et de la nature humaine, de la foi et de la raison, mais aussi à la réflexion sur la nature du langage et à son apprentissage par les enfants.
Augustin d'Hippone a été un inspirateur majeur de Thomas d'Aquin, autre Docteur de l'Eglise.
   
375-378 : Jérôme de Stridon (347-420) (années 370 et liste des saints) se retire au désert de Chalcis, en Syrie.
   
375 : Rav Ashi devient Amora (v. 352-427). Selon la tradition il commence la rédaction du Talmud de Babylone, continuée par ses successeur à l’académie de Sura jusqu’à Rabbina II (mort en 499). Commentaire de la Mishnah, il contient environ 2,5 millions de mots sur 5894 pages.

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Rav Achi (ou Rav Ashi) (hébreu & judéo-araméen :?? ???) est l'un des derniers, et plus éminents, Amoraïm (docteurs du Talmud) babyloniens (352–427). Il rétablit l'académie talmudique de Soura à Mata Mehassia, et la dirige pendant 60 ans. Il y réalise avec ses disciples, au cours de cette période d'activité inhabituellement longue, la compilation de la Guemara (étude de la Mishna) babylonienne, à l'origine du Talmud de Babylone.

Le rituel orthodoxe est fixé dans les Constitutions apostoliques.
Les constitutions apostoliques sont un recueil de doctrine chrétienne, de liturgie et de discipline ecclésiastique écrit vers la fin du IVe siècle, destinés à servir de guide pour les œuvres du clergé ainsi que pour une partie du laïcat.
Les constitutions prétendent être l'œuvre des douze apôtres, dont les instructions sont censées avoir été transmises par le pape Clément de Rome au début du IIe siècle. Elles ont été fréquemment lues et relues au long de l'histoire, et pour cela, leur valeur historique est non négligeable
Les six premiers livres sont inspirés de la didascalie des apôtres. Le septième livre est tiré de la Didachè. Le huitième livre est une composition mixte, issue du travail des synodes et des conciles. Leur canonicité fut rejetée par le Décret de Gélase mais plus tard acceptée par Jean Damascène et l'Église éthiopienne.
   
D'après Basile de Césarée (années 370), la propriété privée est un vol fait à la communauté8.

Art et culture

Vers 370-371 : le poète latin Ausone (années 370) évoque un voyage sur le Rhin et la Moselle dans son œuvre La Moselle.
   
Vers 375 : apparition d’une forme originale de fibules en forme de cigales dans les vestiges du Nord Caucase et de Crimée.
Fibule romaine dite « en Oméga », construite sur le principe de la boucle de ceinture Fondos arqueológicos del centro de interpretación de Julióbriga. Author :Jesús Ángel García Arnay.

Fibule aquiliforme, wisigothique Made with bronze and glass paste by the cloisonné technique. 6th century National Archaeological Museum of Spain Attribution: Luis García

Elles se répandent ensuite jusqu’à la mer Baltique par la vallée de la Vistule ou jusqu’à la plaine de Moravie dans la vallée du Danube.

Construction de l'église San Lorenzo de Milan.

Marc'Antonio Dal Re (1697-1766), San Lorenzo in Milan. This engraving is # 19 from a set of 88 Vedute di Milano ("Views of Milan") published by Del Re around 1745.The whole series of 88 engravings is online here: http://www.storiadimilano.it/repertori/pres_dalre/dalre.html Cette image est dans le domaine public car son copyright a expiré.

La basilique Saint-Laurent de Milan (en italien, Chiesa di San Lorenzo Maggiore) est une église construite entre 364 et 402 et remaniée au XVIIIe siècle, dédiée à Laurent de Rome, située dans la ville de Milan en Italie.
   
Le peintre chinois Gu Kaizhi (Ku Kai-Chih ou Kou Kai-tche) peint son œuvre La Déesse du Fleuve Lo.
Mort vers 406. IVe siècle, est un peintre chinois.
   
Luoshenfu, par Gu Kai Zhi "Nymph of the Luo River", 13th century Song Dynasty copy of original by Gu Kaizhi; ink and colours on silk, 21,7 x 572,8cm. Palace Museum at Beijing, China. Gu Kaizhi (near 345-406), copy : VI - VIIIe s. This is a 13th century Song Dynasty copy of the original by Gu kaizhi [1]. Domaine public

A la cour de Chandragupta II, le poète indien Kâlidâsa aurait écrit son œuvre Meghaduta, Le Nuage messager.
Kâlidâsa fut un poète et dramaturge sanskrit que l'on situe entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ve siècle. Réputé pieux adorateur de Shiva, ses écrits s'inspirent largement de la mythologie et philosophie hindoues. Son immense célébrité lui a valu le titre de Kavikoula-gourou « précepteur de tous les poètes ».

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